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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Chatron

II. ― Osaka


Population catholique 3.711
Baptêmes d’adultes 243
Baptêmes d’enfants de païens 511
Conversions d’hérétiques 4
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Le travail d’évangélisation a continué son cours normal, remarque Mgr Chatron. Il a rencontré les mêmes obstacles. C’est toujours la première éducation païenne, la fièvre du commerce et de l’industrie, le désir de se procurer des richesses, du bien-être et des jouissances et surtout la lutte contre les passions, exigée par la sainteté de la morale chrétienne, qui empêchent les païens d’étudier notre sainte religion et d’aller jusqu’au baptême. Les relations de famille, dans les petites localités en particulier, en arrêtent un grand nombre.
« Oh ! la parenté, s’écrie M. Hébert, chargé du district de Tamashima, dans une petite ville « comme celle-ci, elle est le plus grand obstacle à l’évangélisation. Tout le monde se connaît : « tous les parents sont sur les lieux mêmes ou dans les environs. Et si quelqu’un a l’air de « vouloir se faire chrétien, de suite, parents, amis, voire même indifférents feront tout leur « possible pour l’en dissuader. Malheureusement, trop souvent ils réussissent. »
La crise commerciale et financière qui étreint le pays a, spécialement cette année, absorbé bien des esprits. La méthode employée pour amener les âmes à la vérité varie selon les postes et les milieux. Les grandes conférences données par plusieurs missionnaires réunis ont toujours du succès. « Elles ont une grande importance, dit M. Relave, chargé du district de « Miyazu, car elles amènent les gens à la mission, et font peu à peu connaître le catholicisme. « Elles détruisent les préjugés et les objections qui courent contre nous, et si le résultat « sensible n’est pas immédiat, le grain, ainsi semé à grande volée, portera ses fruits un jour ou « l’autre. »
Malheureusement, ces conférences demandent trop de dépenses pour pouvoir être multipliées au gré des ouvriers apostoliques.
Mais partout les visites à domicile, les relations immédiates et directes avec les familles païennes, sont possibles. M. Marie, à Hiroshima, a essayé avec succès les réunions privées, « sorte de ruse, écrit-il, qui consiste à inviter les hommes à se réunir chez nous, pour parler de « tout. Ils sont flattés de l’invitation personnelle. Ils viennent à la mission, tantôt dix, tantôt « quinze, parfois plus. On ne prêche pas dans ces réunions qui durent de 7 heures à minuit, « mais on y évangélise beaucoup. »
A Osaka, à Otsu, à Hiroshima, à Nara, les écoles du dimanche ou cercles sont florissants. « Chaque dimanche, dit M. Bousquet, je réunis avec les enfants des chrétiens plus de 50 petits « païens. Grâce à ces enfants, je me mets en contact avec les parents, et , sur le nombre, il y a « quelques familles qui se laissent toucher par l’action divine. Ainsi , cette année , une « quinzaine de mes baptêmes sont dus aux enfants. Quelques autres bonnes et nombreuses « familles sont bien près de demander à s’instruire.
« Les enfants païens ne pouvant être baptisés sans leurs parents, ou du moins sans leur « consentement, il est touchant de voir avec quelle instance ces pauvres petits pressent leurs « pères et leurs mères de se convertir. J’ai été témoin de cette scène : trois ou quatre enfants « suppliant avec larmes leurs parents de les accompagner à la messe et d’étudier la religion, « disant qu’ils ne voulaient pas aller en enfer, mais recevoir le baptême pour être sauvés. »
Dernièrement, à Hiroshima, un médecin militaire fut déplacé. « Il alla avec ses deux enfants faire ses adieux, au missionnaire. « Je ne saurais vous exprimer mes regrets, lui dit-il, « de n’avoir pas écouté la voix secrète qui me poussait à venir m’entretenir avec vous, sur ce « que me répétaient mes enfants en sortant du catéchisme. Mais, comme je l’espère, je reviens « ici dans deux ans, ce sera toute la famille qui s’instruira. »
Par ces enfants, les missionnaires se mettent aussi en contact avec leurs maîtres, comme à Nara, où plusieurs d’entre eux se sont convertis et étudient avec zèle notre sainte religion. C’est par une œuvre de ce genre que M. Grinand a gagné les sympathies de plusieurs familles à Otsu. « Les enfants, remarque-t-il, qui m’insultaient autrefois parce que je suis étranger, me « disent maintenant : « Bonjour, Père » chaque fois qu’ils me rencontrent. Bien des parents « me saluent aussi, et si, par respect humain, ils n’osent pas encore venir à la mission, je vois, « à leur figure souriante, que je ne leur suis plus antipathique. »
MM. Cettour, à Yamaguchi, Marie, à Hiroshima, Charron, à Himéji, groupent des étudiants pour les défendre contre la corruption de leur milieu et les amener peu à peu à la lumière de la foi.
Dans d’autres postes, comme à Wakayama, une œuvre de bienfaisance, qui a pour but de procurer des habits aux jeunes délaissés, donne d’heureux résultats. Elle plaît aux païens et les touche. Elle permet au missionnaire de se mettre en relation avec des personnes de la haute société qui s’y intéressent facilement et lui prêtent leur concours.
A Kishiwada, M. Puissant, grâce à l’eau de Card, dont la vertu est actuellement connue à plusieurs lieues à la ronde, voit accourir à lui, chaque jour, 40 à 50 personnes qui lui demandent quelques gouttes de ce précieux collyre pour leurs yeux malades. La reconnaissance touche assez les uns pour les amener à l’étude de la religion. Le missionnaire se sert des autres pour découvrir les enfants malades et les moribonds des villages voisins. C’est là un champ fécond où il a récolté cette année 150 baptêmes.
Le 1er octobre de l’année dernière, M. Relave a ouvert à Miyazu, sous le patronage de Notre-Dame du Saint-Rosaire, un ouvroir dont il espère d’heureux résultats. Il est encouragé et soutenu dans cette œuvre par le maire de la ville. Plusieurs dames, un professeur de lycée y viennent donner des leçons à titre gratuit. On y enseigne, avec la couture, le crochet et le tricotage, l’économie domestique, la politesse, la littérature épistolaire, et, ce qui est très apprécié des Japonais, la manière de faire le thé et de le servir. Mais les charges qu’entraîne nécessairement une œuvre de ce genre sont lourdes pour le missionnaire, et il aurait besoin d’un outillage plus complet.
MM. Marmonier, chargé de la Sainte-Enfance, et Angles, chef de la chrétienté de Tamatsukuri, à Osaka, ont eu l’heureuse idée de donner des représentations du martyre des 26 confesseurs de la foi du seizième siècle. Les jeunes gens de l’école, parfaitement formés, remplissent bien leurs rôles, et la nombreuse assistance païenne qui accourt à chaque représentation s’en retourne profondément impressionnée par le courage, par la foi des martyrs et cette prédication d’un nouveau genre.
Encouragés par ces premiers succès, poussés par les chrétiens, et désolés d’être obligés de fermer la porte d’un local trop étroit à de nombreux auditeurs, parmi lesquels pouvaient se trouver des âmes de bonne volonté, les deux missionnaires conçurent le projet de construire une vaste salle qui servirait pour toutes les œuvres de la paroisse, pour le théâtre chrétien et les grandes conférences données de temps à autre aux païens.
« Mais où trouver les ressources nécessaires pour mettre notre projet à exécution, écrit M. « Angles ? Tel était le prolème que nous nous posions anxieux depuis longtemps, sans voir de
« solution, lorsque la divine Providence, par une suite de circonstances où sa main apparaît « d’une manière visible, nous envoya les secours dont nous avions besoin. Nous avons eu la « joie de conduire l’entreprise à bonne fin. Et maintenant , la nouvelle salle s’élève « majestueuse et superbe , à côté de l’église , dont elle est le complément indispensable et « comme la porte d’entrée. »
Le poste de Tamatsukuri a enregistré 141 baptêmes, cette année. « Les résultats obtenus « sont évidemment l’œuvre de la grâce, remarque le missionnaire, mais il y a aussi le travail « de l’homme . A ce propos , je suis heureux de rendre témoignage au zèle de certains « chrétiens , dont le concours nous a été précieux. Il en est parmi eux qui se font catéchistes « volontaires , et ne craignent pas de prendre sur leurs heures de travail, pour nous aider à la « conversion de leurs compatriotes, parler religion à leurs amis et connaissances, les conduire « aux conférences religieuses, et les mettre en rapport avec nous. Ils secondent les catéchistes « pour l’instruction des catéchumènes , la préparation des néophytes à la première « communion, le catéchisme des enfants et le baptême à donner aux moribonds. »
M. Bousquet, établi dans un autre quartier de la grande ville d’Osaka, enregistre aussi d’encourageants résultats : « Le petit mouvement de conversions, commencé l’an dernier s’est « continué cette année à Komatsubaracho. Grâce aux prières, aux sacrifices d’âmes dévouées, « et à plus de 2.000 communions de dévotion, faites par mes chrétiens, dans le but d’obtenir la « conversion des infidèles , je suis heureux d’offrir au divin Maître la petite gerbe de 82 « baptêmes, dont 62 d’adultes .
« Voilà le résultat apparent de 150 conférences publiques aux païens, de plus de 6.000 « visites faites à domicile par le Père et les catéchistes et d’un nombre considérable de livres « et de tracts religieux distribués de tous côtés. »
« Au cours de l’année, le district de la cathédrale, celui de Kawaguchi, a compté 32 baptêmes. La population très flottante de ce quartier rend l’œuvre de l’évangélisation particulièrement dure. Les familles devenues chrétiennes n’y demeurent pas d’une manière assez stable ; d’un autre côté, quand des âmes de bonne volonté demandent à s’instruire, il y a trop souvent peu d’espérance de les conduire jusqu’au baptême, avant qu’elles ne changent de résidence.
« M. Fage, procureur de la mission, a également la charge de la Communauté étrangère de Kobé, composée de gens venus des cinq parties du monde. Il se réjouit de voir leur régularité a observer la loi du dimanche et leurs autres devoirs accomplis d’une manière satisfaisante. Grâce au concours d’artistes musiciens, les offices se font avec solennité.
« Le poste de la ville japonaise est confié à M. Perrin, bien secondé par le P. Urakami, prêtre japonais, d’un zèle éclairé. Les chrétiens sont excellents et se font apôtres eux-mêmes, pour aider leurs missionnaires à la conversion des païens. La grande préoccupation du moment est une église, dont le besoin se fait sentir de plus en plus depuis plusieurs années. L’espérance de la voir sortir de terre semble devoir bientôt se réaliser. »
Dans le nouveau poste de Kitano, à Kioto, M. Planès se félicite d’avoir, au milieu d’une population ouvrière bien dépravée, une élite intéressante, des directeurs de filatures, jeunes gens instruits, qui ont passé plusieurs années en France et ailleurs, pour se perfectionner dans leur industrie. Quatre ou cinq d’entre eux sont catholiques. M. Planès compte sur leur concours pour développer son action dans ce centre païen.
« J’ai recueilli cette année une modeste gerbe de 20 baptêmes, que je suis heureux d’offrir « à Votre Grandeur, écrit M. Castanier à son évêque. Mais ce chiffre ne représente qu’une « faible partie du travail accompli. Par des conférences publiques, des conversations privées, « des visites à domicile, des distributions de tracts ou de livres de religion, j’ai fait rayonner « autour de moi la vérité chrétienne, j’ai jeté la semence évangélique dans un grand nombre « de cœurs, et j’espère qu’avec la grâce de Dieu elle se transformera plus tard en une belle « moisson. En même temps, j’ai apporté tous mes soins à instruire, à fortifier, à grouper les « anciens chrétiens : et j’ai la joie de dire que , pendant l’année écoulée, plusieurs ont fait « preuve d’un esprit de foi vraiment admirable , et d’un courage à affirmer leur foi qui a « émerveillé les païens eux-mêmes . »
Les deux ports voisins, sur la côte ouest, Matsué et Tottori, n’ont pas encore réalisé toutes les espérances que le travail accompli est en droit d’attendre. Quelques baptêmes seulement consolent M. Laisné, qu’une longue fatigue a arrêté dans ses œuvres. M. Daridon instruit un certain nombre de catéchumènes, sur lesquels il place ses espérances, pour combler les vides causés par l’émigration.
M. Roland écrit à Mgr Chatron : « Le missionnaire de Fukuyama n’a pas cette fois la joie « d’offrir à Votre Grandeur une belle gerbe d’épis bien lourds, mais seulement quelques « grains glanés, ici et là, avec beaucoup de peine, en tout 17 pour cette année. » Mais il met sa confiance en l’intercession de Notre-Dame de Lourdes « pour obtenir de son divin Fils un rayon de lumière pour éclairer les païens qui l’entourent et une moisson plus abondante dans l’avenir. » Pour atteindre ce but plus rapidement, et témoigner de sa piété envers la Vierge Immaculée de Lourdes, M. Roland lui a élevé une grotte et dressé une statue qui attire les regards des païens, et donne au missionnaire des occasions souvent renouvelées de leur parler des mystères de notre sainte religion.
M. Villion, le vétéran des missionnaires du diocèse d’Osaka, rapporte la conversion d’un persécuteur des chrétiens de Nagasaki, déportés et tourmentés dans son poste, à Hagi même de 1867 à 1873, et compare la situation actuelle du catholicisme au Japon et celle d’il y a quarante ans. Il écrit :
« Je suis le seul témoin survivant des jours de ce lugubre drame , devenu un rêve « aujourd’hui, avec notre liberté et extension quotidienne.
« Choshiu ou Nagato , le nom seul de cette province était pour nous un épouvantail à « Nagasaki , il y a quarante ans. C’était le premier lieu de déportation des quatre-vingts chefs « de famille, enlevés sous nos yeux à Urakami…Deux ans plus tard, il me semble encore voir « le sinistre tableau , 4.000 habitants de la vallée étaient embarqués sans pitié dispersés « indistinctement ça et là en vingt-deux provinces, pour les morigéner et les faire apostasier… « Bref ! 260 furent incarcérés ici à Hagi dans l’enceinte du château, au clan de Iwakuni… « Qui m’eût dit que, vingt-sept ans après, je viendrais recueillir de mes mains les ossements « de quarante-cinq d’entre eux qui ont confessé la foi dans leur prison, de huit autres vrais « martyrs , qui sont morts de faim , ou à la suite des mauvais traitements, et que je leur « élèverais un monument couronné de la croix, proclamant à tous aujourd’hui le témoignage « de leur foi ! Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.
« En arrivant à Hagi, mes premiers soins furent de rechercher tous les renseignements de « cette rude captivité des chrétiens . Je retrouvai tous les témoins de ce drame, et visitai « souvent le vieux prêtre shintoïste, le Kannushi, du nom de Takuma, qui les avait interrogés, « gourmandés, sollicités à l’apostasie, menacés… mais qui m’eût dit qu’il m’aurait été donné « de baptiser un jour l’assesseur de ce Kannushi , son élève qui lui succéda et officia douze « ans au temple de Kasuga miya , le temple tutélaire de la ville ? Ce néophyte de choix est « aujourd’hui le vieux Paul Nakaohara , alors aspirant shintoïste de vingt ans. Il conduisait « jadis les pauvres chrétiens au temple pour les interrogatoires et aussi parfois pour la torture.
« Depuis longtemps Nakaohara avait trouvé la vérité en parcourant nos livres , mais mille « entraves l’avaient arrêté jusqu’à ces derniers temps. Enfin, il a eu le courage de se préparer « sérieusement et de demander le baptême pour le beau jour de l’Assomption. La veille il me « disait, la tête basse et les yeux pleins de larmes : « Quand je pense qu’il y a quarante ans, je « persécutais les chrétiens,… et que demain j’aurai le bonheur d’être chrétien moi-même ! Je « le dois aux prières de ceux que je tourmentais pour leur foi … Père , donnez-moi le saint « nom de Paul… Il a été lui aussi persécuteur… Je veux l’imiter en réparant mon passé. »
« M. Villion commence aussi à récolter quelques fruits de ses courses et de ses prédications au village de Shibuki, à 5 lieues de Hagi et au dix-septième siècle tout chrétien. Il poursuit ses succès en s’appuyant sur un excellent néophyte. Francesco Hatori. A 7 lieues plus loin, au village de Zifuku, un médecin influent du nom de Hara, jadis incrédule, a trouvé la foi dans les épreuves et la maladie : « Mes malheurs ont été pour moi une miséricorde du ciel », dit-il à qui veut l’entendre. Depuis ce temps, il étudie. Son zèle est des plus ardents pour amener nombre de ses clients et amis aux prédications. Il ne veut recevoir le baptême qu’avec une phalange de convertis qu’il aura conduits à Dieu. »
« Ma petite chrétienté de Tsuwano, ajoute le missionnaire, continue à se montrer pleine de « ferveur. C’est aussi le fruit des mérites du pieux Zenyémon et des autres confesseurs de la « foi, déportés là en 1868. »
Après ce résumé des travaux des missionnaires, nous trouvons, dans leurs comptes rendus, des aperçus d’un haut intérêt sur la neutralité actuelle des Japonais au sujet de la question religieuse.
Pendant les premières années qui suivirent la guerre russo-japonaise, les sujets du mikado, fiers de leur victoire sur une nation européenne, s’enivraient de leurs succès qu’ils attribuaient aux vertus et qualités ancestrales. Tout entiers à la réorganisation de leur flotte et de leur armée, de leurs finances épuisées, ils se laissaient absorber par les intérêts matériels. Etendre leur action commerciale, se hâter de tirer de leur triomphe tous les avantages politiques possibles, semblait satisfaire les esprits.
La question religieuse était renvoyée à d’autres temps. Or, d’après plusieurs rapports, il semble que ces temps sont venus. Les aspirations religieuses se réveillent, et ni le Bouddhisme, ni le Shintoïsme, ni le Protestantisme ne répondent à leurs besoins. Elles n’y trouvent ni la sécurité, ni la paix.
« Parmi les païens , ce qui m’a frappé le plus cette année , écrit M. Duthu , c’est une « résurrection très accentuée des vieux cultes païens , comme aussi un besoin encore fort « obscur d’une conception plus pure de la divinité. Aussi , j’ai pu constater que presque tous « les temples , soit shintoïstes, soit bouddhistes , élevés à Okayama, ou dans les environs, ont « été remis à neuf . Et cependant , la génération actuelle n’a plus les mêmes idées que la « précédente : elle a été imbue de plus d’idées occidentales et , partant, chrétiennes. Aussi les « vieilles idoles ne satisfont plus comme par le passé ; elles sont trop nombreuses , et on « convient qu’elles sont en retard sur la civilisation présente . On remarque, dans le monde « religieux idolâtre , une forte tendance à la monolâtrie . De plus en plus , chaque secte met « dans l’ombre ses dieux secondaires, pour mieux laisser en évidence la divinité principale ; et « celle-ci est présentée au public instruit, avec plus d’un attribut emprunté secrètement au vrai « Dieu . N’y a-t-il pas là un hommage involontaire au monothéisme chrétien , que ces esprits « peu philosophiques confondent avec la monolâtrie ?
« Et voici quelle peut être l’une des causes de ce phénomène : Les grands bonzes des « principaux temples , les grands chefs des sectes les plus importantes du Shintoïsme « s’habituent de plus en plus à prendre leurs grades à l’Université impériale de Tokio. Or, là, « sous prétexte de leur enseigner l’histoire des religions , on leur fait des cours rationalistes « sans doute, mais encore sous le couvert de thèses admises par les savants des deux mondes. « Aussi, a-t-on infiltré dans ces esprits, beaucoup d’idées plus chrétiennes qu’il ne semblerait « au premier abord.
« N’allons-nous pas assister à la reproduction du phénomène qui a signalé la fin du « paganisme romain : l’idolâtrie reniant ses principes pour copier le christianisme, son rival, « et préparant ainsi inconsciemment le triomphe définitif de la religion de Jésus-Christ ?
« Oh ! je le sais, cette évolution demandera peut-être deux ou trois siècles, comme elle l’a « fait pour le monde romain. Mais, à notre époque , tous les mouvements sont plus accélérés, « et puis nous pouvons pousser à la roue . Les chrétiens du vieux monde le peuvent encore « plus que nous . Si tous les catholiques qui sont à même de le faire voulaient nous aider, le « Japon verrait certainement hâter pour lui l’heure de la Providence. »
« De son côté, M. Birraux, missionnaire dans la province d’Isé, le centre du Shintoïsme, après avoir constaté que les derniers événements lui ont donné un regain de prospérité, grâce à cette alliance des sentiments patriotiques et religieux , ajoute : « Si le Bouddhisme est en « baisse , le culte du Shinto est plus prospère que jamais. Toutefois je ne désespère pas : au « contraire , j’augure bien de l’avenir , car ce renouveau donné au culte d’Amatérasu , ne « ressemble-t-il pas à l’état d’un malade à l’agonie, qui avant de mourir paraît reprendre des « forces ? En voici un indice . Sur l’ordre du gouvernement , on vient de faire l’inventaire des « temples du Shinto , dans l’intention d’en supprimer un grand nombre . Dans le district de « Tsu, on en compte dix mille. Or, la préfecture a décidé d’en faire abattre neuf sur dix. Dans « maints endroits la chose ne va pas sans difficultés, car le peuple tient à ses dieux. Pour tout « concilier , on supprime les temples , et on transporte les divinités ailleurs . Aussi , dans le « département, c’est un vrai déménagement de dieux et de déesses. Il y aurait de quoi tenter la « plume et le pinceau d’un artiste humoriste. »
« Quoi qu’il en soit, je regarde ce mouvement comme le premier coup donné à la religion « nationale. Mon plus grand désir et mon rêve seraient de pouvoir profiter de ce désarroi, jeté « dans les esprits par ce coup d’État , pour répandre l’idée catholique et opposer à toutes les « absurdités mythologiques du Shinto , la vérité et la beauté de nos dogmes révélés… Pour « arriver à cet heureux résultat, il faut faire de grandes conférences, répandre à profusion des « tracts et brochures catholiques. »
M. Aurientis, depuis de longues années chargé du poste de Kioto, la vieille capitale du Japon , la Rome bouddhique de l’empire , écrit à son évêque : « Il me semble qu’il y a une « reprise dans l’activité religieuse . Je ne puis encore , Monseigneur , publier ni nom ni « fonction , mais un personnage de Kioto , un savant, qui a un rôle assez en vue, vient depuis « quelque temps régulièrement à la messe, et étudie très sérieusement notre sainte religion. « C’est une vieille connaissance, toutefois je ne comptais pas beaucoup sur lui. Un jour, il est « venu me voir et m’a causé une consolante surprise en me parlant à cœur ouvert : « J’ai bien « étudié la Bible et le protestantisme . J’ai vu des protestants , me dit-il , au Japon , en « Amérique , en Europe . Partout ce n’est que dissension et contradiction . Rien à faire de ce « côté-là . Homme de lettres , j’ai étudié aussi toutes nos antiquités japonaises : livres « bouddhistes , chants et prières shintoïstes , j’ai approfondi tout cela , et je me suis rendu « compte du manque de base solide. Permettez-moi d’étudier le catholicisme…»
« De même , continue le missionnaire , qui donne des cours de français à l’université de « la ville , je constate , parmi mes nombreux amis de l’école, une sympathie qui pourra plus « tard porter de bons fruits.
« Après les glorieux succès de la guerre, il y eut un mouvement d’exaltation. On ne doutait « plus de rien. Mais tout se calme à la longue. La lutte pour la vie recommence au moins aussi « dure qu’auparavant. Avec un sens plus rassis on se remet aux questions philosophiques et « religieuses.
« Un exemple de ce sang-froid plutôt bienveillant, c’est un petit fait d’armes accompli par « une de mes institutrices chrétiennes, qui s’en va tous les jours faire la classe dans un village « de la banlieue de Kioto. Dans ce poste depuis plusieurs années, elle y est très bien connue et « est très populaire . On sait qu’elle est catholique . Les enfants du village formés par elle « saluent le missionnaire, quand il vient à y passer, d’un « bonjour, mon Père » pas mal lancé « en français , et qui ne manque pas de saveur . Donc , mon institutrice , trouvant sa salle de « classe un peu nue, vint un jour me demander une image pour en orner les murs. – Comment, « une image ! Mais je n’ai que des images religieuses. – Je le sais bien . C’est justement une « image religieuse que je désire – On ne la tolérera pas à l’école – Si , Père , et les enfants « seront très contents – Eh bien ! en voici une de Notre-Seigneur et une autre de la Sainte « Vierge. – Toute heureuse, elle prend ses deux images et les emporte, les attache au mur à la « meilleure place . Les enfants trouvent qu’elles font très bien . L’inspecteur laisse faire . Le « bonze seul proteste contre cette manifestation peu favorable pour son temple. Mais personne « ne s’en trouble . Car , au Japon aussi , l’école est laïque , et le bonze n’a pas d’autorité à y « exercer. »
Ce même mouvement de sympathie à l’égard de notre sainte religion est signalé par MM. Trintignac et Cettour. D’un autre côté, dit Mgr Chatron en terminant son compte rendu, les œuvres d’éducation sont consolantes. Sans doute, pour le moment, elles ne nous donnent pas beaucoup de baptêmes, mais au moins les enfants viennent nombreux aux écoles et on peut semer de bons principes dans ces jeunes âmes. Déjà même, dès à présent, un grand nombre de ces enfants manifestent le désir de devenir chrétiens et étudient le catéchisme. Toutefois, il serait imprudent de se hâter de les baptiser tant que la famille reste païenne. Parfois les parents donnent volontiers la permission requise pour qu’ils embrassent notre sainte religion, et leur permettent et leur promettent de la pratiquer. Dans ces cas, ces enfants sont admis au baptême vu leurs bonnes dispositions et leur connaissance du catholicisme.
L’école des Frères de Marie à Osaka, le Méiseigakko, est fréquentée par 600 enfants, appartenant aux meilleures familles de la ville. Ces bons religieux, par leur dévouement, leur formation parfaite au point de vue pédagogique, ont acquis l’estime de la population, et exercent une véritable influence. Leur réputation est faite. Le préfet d’Osaka, les autorités municipales leur témoignent de la bienveillance et les encouragent.
Les études, la surveillance, les règlements, la discipline, tout y est plus sévère que dans les autres écoles similaires, et cependant les enfants y viennent et y restent avec le plus grand plaisir ; car l’enfant sait bien remarquer que c’est l’affection et le désir de leur rendre service qui animent leurs maîtres. Aussi leur reconnaissance et leur esprit de soumission sont acquis.
« Les religieuses du Saint-Enfant-Jésus continuent avec dévouement leurs œuvres, écoles, orphelinats, ouvroirs. Elles ont des succès bien mérités. La Supérieure générale n’a pas craint de venir elle-même en Extrême-Orient pour visiter leurs établissements et donner une nouvelle impulsion à toutes leurs œuvres.
« Le besoin d’écoles supérieures pour les jeunes filles de la haute classe se fait impérieusement sentir. Les Dames de l’Assomption sont attendues pour en créer dans la mission d’Osaka. Elles seront reçues avec la plus profonde reconnaissance. »




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