| Année: |
1908 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Mugabure |
Tokio
Population catholique 9.625
Baptêmes d’adultes 705
Baptêmes d’enfants de païens 300
Conversions d’hérétiques 5
« Grâces soient rendues à Dieu, nous restons bien établis dans nos positions, écrit Mgr Mugabure. C’est déjà beaucoup dans l’état actuel du Japon. Mais comme il est dit qu’il faut avancer sous peine de reculer, nous avons aussi le plaisir de voir que le chiffre des baptêmes du présent exercice dépasse d’une centaine celui de l’année dernière. Le progrès n’est pas considérable sans doute, mais enfin il existe, et lorsque j’en ai fait part à mes confrères, ils en ont manifesté une agréable surprise.
« Appuyés sur la confiance en Dieu, les missionnaires de Tokio ont travaillé au jour au milieu de grandes difficultés, et ont livré des combats dont les fruits, quoique modestes, doivent réjouir le cœur de Notre-Seigneur. Les uns ont prêché par la parole, et les autres par la plume, car aujourd’hui la presse catholique tient un bon rang parmi les publications les plus en vue.
« Notre journal « la Voix » et la revue « les Mélanges » sont très appréciés des lecteurs dont le nombre augment chaque jour. Les livres et les tracts naissent aussi en abondance selon les besoins et les circonstances, grâce à l’activité et au zèle de plusieurs confrères qui consacrent leur talent à cette œuvre si utile. Dernièrement, sous l’inspiration d’un missionnaire, il s’est formé une association franc-japonaise à laquelle plusieurs savants d’Europe ont bien voulu promettre leur concours. Cette association a pour but de publier des tracts scientifico-religieux qui seront à coup sûr favorablement accueillis par le public. Car, chose singulière ! Ces Japonais, que l’on dit si indifférents en matière religieuse, sont extrêmement avides de lire tout ce qui paraît sur cette question. Est-ce là simplement un effet de curiosité ? Nous ne le pensons pas.
« Les collèges des Marianistes progressent toujours et font un grand bien par mi les jeunes gens. Les dame de Saint-Maur et les Sœurs de Saint-Paul de Chartres rivalisent de zèle pour l’éducation des jeunes filles. Les mêmes succès récompensent leurs travaux. Une autre communauté vient de s’établir à Tokio, c’est celle des Dames du Sacré-Cœur. Pour le moment elle s’installe, et les cours ne pourront commencer que vers le mois d’avril 1909. les orphelinats continuent à exercer leur influence salutaire. Plaise à Dieu que toutes ces œuvres produisent les fruits que nous en attendons.
« Voici quelques détails sur la situation de nos différentes chrétientés. M. Harnois, chargé de la cathédrale, m’écrit : « Ma première impression dans le poste de Tsukiji a été toute « d’édification. J’ai été heureux de me trouver au milieu de braves gens, simples et fervents. « L’assistance à la messe laisse peu à désirer et j’ai constaté avec plaisir que beaucoup avaient « l’habitude de se confesser et de communier fréquemment. Un grand nombre aussi se font un « pieux devoir de faire dire des messes pour leurs parents et amis défunts ou en général pour « les âmes du purgatoire. Je connais, en particulier, un brave vieux petit marchand, qui ne « manque jamais de m’apporter tous les mois son obole. Sou par sou il économise et arrive à « parfaire la grosse somme il de ses rêves, 50 sen, pour faire dire une messe. Souvent il « demandera de la dire un peu tôt pour pouvoir y assister, car il pense aux deux sous qu’il « faudra économiser dans journée, au mois suivant, et les heures sont si précieuses !
« Les baptêmes ne sont pas nombreux ; 5 adultes seulement ont été régénérés, mais dans le « cours de leur catéchuménat ont été vraiment édifiants. Sept catéchumènes se préparent pour « la Noël. C’est peu. Hélas ! les Japonais, pour le moment du moins, songent surtout à parer « aux nécessités de la vie matérielle qui devient de plus en plus dure. Ce n’est pas que « beaucoup de gens n’écoutent avec plaisir les choses de la religion. Ils en sentent la « nécessité, la jeunesse plus que personne. Malheureusement ils se ressentent du désarroi des « doctrines et des opinions dans un pays plein de bonne volonté, mais qui semble être atteint « du microbe de toutes les maladies. Dans la classe pauvre où les parents ont peu de temps de « s’occuper de l’éducation des enfants, on les laisse assez volontiers aller à la mission.
« Une brave vielle, qui gagne péniblement sa vie en enseignant la cérémonie du thé aux « petites et grandes filles du voisinage, s’est mis dans la tête rivaliser avec la fille du ministre « protestant qui, tous les dimanches, vient dans son quartier enseigner la Bible et attire gent « écolière au son d’un beau violon venu tout droit d’Amérique. Apprendre le violon à son âge, « inutile d’y songer. Le moyen d’ailleurs de se procurer cet instrument de luxe ! Pour « compenser cette infériorité regrettable, elle enseigne gratis la cérémonie du thé et les belles « manières d’autrefois aux petites filles qui viennent trop nombreuses, car la maison est « étroite. Et la pauvre vieille est désolée. Elle me demande depuis des mois de lui trouver une « maison plus vaste ; elle paierait sa quote-part comme par le passé. Tous les dimanches elle « amène à l’église sa petite troupe qui grossit de jour en jour. Tout ce petit monde sait les « prières essentielles et se tient à l’église comme les enfants de chrétiens de vieille souche.»
« L’année qui vient de s’écouler, écrit M. Lissarrague, titulaire de la paroisse d’Asakusa, a « été pour mes fidèles une année d’angoisses encore loin d’être calmées. Après la brillante « fête donnée, il y a deux ans, par les chrétiens à M. Brotelande, à l’occasion du vingt-« cinquième anniversaire de son arrivée dans la paroisse, le regretté missionnaire a vu sa « santé, déjà si fortement ébranlée, aller de mal en pis, et insensiblement il s’est confiné dans « sa chambrer, privé même de la consolation de célébrer la sainte messe. Comme la maladie a « laissé au malade toutes ses facultés parfaitement intactes, il a continué à diriger la paroisse « par ses conseils. Ses prières, l’inaltérable patience qu’il a conservée au mileu des plus « cruelles souffrances ont attiré les grâces d’En-Haut sur ses chers paroissiens et tout « spécialement sur malades. Ils étaient d’ailleurs sa grande préoccupation. Chaque fois qu’on « lui faisait visite, il fallait sans délai lui donner de leurs nouvelles en détail.
« Au sujet des malades, il y aurait bien des choses édifiantes à raconter, mais, l’espace me « manquant, je me contenterai de citer la parole d’un chrétien de la première heure, bien « connu et pour les services de tout genre qu’il a rendus à la mission et pour la vivacité de sa « foi qui n’a jamais été ébranlée, malgré ses revers de fortune nombreux. Non seulement, ce « que beaucoup de Japonais font d’ailleurs, il a voulu revêtir ses plus beaux habits et se mettre « à genoux pour recevoir le saint Viatique, mais encore il a décrété, c’est le mot qu’il faut « employer pour faire comprendre comment il avait l’habitude de se faire obéir chez lui, il a « décrété que toute la journée on garderait le silence à la maison, comme dans une église, « parce que Notre-Seigneur avait daigné entrer sous son toit. »
« M. Drouart de Lézey expose en ces termes l’état de sa paroisse et la marche des œuvres : « Le compte rendu ci-joint, n’indiquant que quelques rares conversions, pourrait faire croire « que la paroisse de l’Immaculée-Conception donne peu de consolations au missionnaire qui « en est chargé. Il n’en est pas ainsi. Les païens sont peu abordables ; ils semblent s’écarter « de plus en plus de la vérité ; mais par cotre les chrétiens gagnent en esprit de foi et « beaucoup font preuve d’une piété édifiante.
« Depuis plusieurs année, sa Sainteté Pie X et un grand nombre d’évêques ont exprimé le « désir de voir se multiplier le plus possible les bulletins paroissiaux, comme un excellent « moyen d’exciter la foi et la piété des chrétiens. Nous avons institué cette œuvre dans notre « chrétienté. Chaque famille chrétienne de Sekiguchi reçoit un numéro du bulletin paroissial, « paru pour la première fois en octobre 1907 avec l’approbation de Votre Grandeur. Outre les « nouvelles particulières à la paroisse, comme les naissances, décès, mariages, changement « d’adresse, etc.., chaque numéro contient une ou deux courtes vies de sains ou l’historique « des principales fêtes du mois et un sur quelque question religieuse. Il permet en outre de « glisser bien des avis et conseils qu’il serait difficile de donner dans les sermons ou homélies « du dimanche. Paraissant chaque mois et envoyé gratis à toutes les familles, surtout à celles « qui se négligent dans leurs pratiques religieuses, il est un lien entre les chrétiens qui, à « Tokio, ont entre eux moins de relations que les fidèles des paroisses de l’intérieur.
« Le grand avantage de ce bulletin est surtout de rappeler chaque mois à ceux qui depuis « longtemps ne suivent pas l’office, qu’ils ne sont ni oubliés, que leurs frères prient eux et « font des vœux pour leur conversion. Déjà deux familles, qui depuis plusieurs années ne « pratiquaient plus, se sont converties, viennent régulièrement chaque dimanche reçoivent les « sacrements. Ces pauvres chrétiens non pratiquants sont touchés de cette attention continue « que l’on pour eux, et il semble que l’on peut espérer que, grâce à ce bulletin paroissial, ils « garderont un reste de foi et viendront à Dieu quand ils se sentiront mortellement frappés.
« Intéresser les chrétiens, leur inspire du goût pour les offices de l’église, donner un peu de « vie à la paroisse ; voilà assurément le rêve de tout curé. Deux petites innovations ont atteint « ce but plus qu’on n’osait l’espérer. C’est d’abord le chant à l’église. Grâce au talent musical « du directeur de l’orphelinat, les chrétiens de la paroisse ont souvent, le dimanche après la « messe, une leçon de chant. Les commencements ont été quelque peu durs ; mais tous, vieux « et jeunes, y ont pris goût et s’y sont mis avec une ardeur étonnante. Ils savent déjà sept « chants latins et trois japonais. On espère que l’année prochaine on pourra imprimer un petit « livre de vingt-cinq à trente chars latins et japonais choisis spécialement pour les chrétiens. Il « est inutile d’ajouter que les chats latins sont accompagnés d’une traduction japonaise, afin « que les chrétiens, en comprenant le sens, puissent peu à peu les chanter avec piété. Voilà « une œuvre assurément secondaire, qui jusqu’ici a merveilleusement réussi dans la paroisse « de l’Immaculée Conception. Il est une autre œuvre qui a eu un égal succès. Tous les deux « mois, après la messe, devant les chrétiens réunis au parloir, deux enfants du catéchisme de « persévérance font une courte conférence sur une question religieuse. Une fois même, deux « jeunes filles ont soutenu entre elles, avec un grand succès, une discussion, l’une défendant « la religion catholique et l’autre le bouddhisme. Ce genre de conférence par les enfants, « qu’assurément il ne faut pas trop multiplier, intéresse et instruit les chrétiens, flatte les « parents des enfants orateurs et enfin force les enfants eux-mêmes à étudier une question en « particulier et les enfants eux-mêmes à étudier une question en particulier et les habitue à « parler en public. »
Le P. Tulpin m’écrit d’Azabu : « Ce sont des actions de grâces que nous devons rendre à « Notre-Seigneur Jésus-Christ pour les nombreuses bénédictions dont il a comblé ce poste « d’Azabu. Le bon esprit dont les chrétiens sont animés, la ferveur qu’ils apportent à la « fréquentation des sacrements, l’exactitude qu’ils mettent à observer les dimanches et fêtes, « font la joie du missionnaire. Si nous voulions mentionner ici des traits édifiants, les « véritables coups de la grâce divine, les actes de dévouement, d’abnégation et de cette année, « ces pages seraient loin de suffire. Que sera l’année prochaine ? Dieu seul le sait, mais, à voir « ce qui se dessine, ce qui s’annonce, il nous est permis de bien augurer et par suite de nous « réjouir. La gloire de Notre-Seigneur procurée, le salut des âmes obtenu, y a-t-il quelque « chose de plus désirable et de plus consolant ? Dans le cors de cet exercice, des brebis « égarées sont retournée au bercail du Pasteur. Nous avons aussi plusieurs membres de la « vieille aristocratie qui demandent le baptême. Nous plantons, nous semons, nous arrosons « de notre mieux, mais nous n’ignorons pas que c’est Dieu seul qui fait porter des fruits.
«Pendant toute cette année 1970-08,selon les désirs du Souverain Pontife, nous avons « apporté tous nos soins à promouvoir parmi nos fidèles la fréquentation de la sainte Table. « Grâce à Dieu, notre voix a été écoutée et nous avons fête un grand nombre de personnes « recevoir la sainte communion. Nous pensons que c’est là non seulement un bon exemple « pour les chrétiens plus, mais aussi une source de grâces et de bénédictions pour tous, fidèles « et païens. Car nous ne nous expliquons pas autrement que des baptisés longtemps négligents « et de nombreux païens, ignorants des vérités de la religion, viennent d’eux-mêmes « demander la guérison de leur âme et le salut éternel.
«L’année 1907-1908, tant au point de vue spirituel qu’au point de vue temporel, a donc été « excellente et remplie de consolations. Amour, reconnaissance, et gloire à Notre-Seigneur !»
«Voici un extrait de la lettre que je reçois de M.Ferrand, missionnaire à Nagoya : «J’ai « concentré cette année mes forces sur la formation des chrétiens fidèles à leurs devoirs. Je les « ai poussés à la communion fréquente et ils ont répondu à mon appel. Tandis qu’autrefois on « n’avait à inscrire qu’une vingtaine de communions de dévotion chaque mois, le chiffre « actuel va de 120-130. Et j’ai constaté avec bonheur que la fréquentation des sacrements « produisait ses effets pour le bien spirituel de la paroisse. Quatre baptêmes ďadultes, un « schismatique russe converti : voilà tout ce que j’ai pu glaner cette année dans un poste qui « contient trois provinces et plus de deux millions d’âmes païennes. Messis quidem multa, « operarii autem pauci.
« A Tsuruga, le nouveau poste fondé en janvier, la grâce de Dieu commence à produire ses « fruits. Notre-Seigneur s’y est choisi pour première conquête un protestant anglican, qui « avait été le premier adepte de la secte et en était devenu l’apôtre. Cet homme s’appelle « Minato. C’est lui qui par son zèle et son activité avait fondé à Tsuruga la mission « protestante et en avait converti les premiers adeptes. Un jour il vint assister à une de mes « conférences. Mon catéchiste de Nagoya devait aussi prendre la parole. Or il se trouva que le « protestant Minato et le catéchiste Makino avaient été autrefois liés d’une amitié très étroite. « Ils ne s’étaient pas revus depuis trente-six ans. Ce soir-là ils se reconnurent et éprouvèrent « une grande joie de se retrouver. Ils redevinrent amis. Peu à peu la lumière de la grâce « pénétra le vieux protestant. Il s’est instruit et tout laisse espérer qu’il sera baptisé sous « condition à la Noël. Les protestants de Tsuruga sont furieux. Ils craignent, et peut-être « n’ont-ils pas tort, que la conversion de Minato n’entraîne après elle celle de beaucoup « d’autres hérétiques dont il a été l’apôtre. Aussi font-il des pieds et des mains pour le retenir, « mais il est inébranlable.
« Quand j’installai à Tsuruga la mission catholique, il n’y avait dans la ville qu’une seule « secte protestante. Depuis lors, quatre nouvelles sectes sont venues s’y établir, ainsi que la « mission russe schismatique. Nous sommes donc six à nous disputer les vingt mille âmes qui « forment la population de Tsuruga.
« Je ne vois rien de particulièrement saillant à signaler en ce qui concerne la chrétienté de « Kofu, dit M.Beuve, mais à Yamashiro les chrétiens auront, je pense, de fortes raisons de ne « pas oublier la fin de l’année 1907 et le commencement de l’année 1908.Le 24 août de « l’année dernière, une terrible inondation, comme de mémoire d’homme on n’en avait jamais « vu, ravageait le village de Yamashiro. L’eau atteignait le toit des maisons, et, la rivière « voisine étant ensablée, l’écoulement fut excessivement lent ; si bien que le 9 décembre de la « même année j’étais encore obligé de la même année j’étais encore obligé de circuler en « barque dans le village. Les récoltes ont été perdues, cela va sans dire, et les chrétiens sont, « pour la plupart, tombés dans une misère profonde. »
« L’administration de mes chrétiens, écrit M.Mayrand, chargé du poste d’Hachioji, s’est « faite comme d’habitude, sans donner lieu à aucun fait qui mérite d’être signalé. Comme « chaque année j’ai encore à déplorer le départ de plusieurs chrétiens qui quittent la campagne « pour Tokio. C’est un exode continuel. Les petits postes dispersés çà et là disparaissent peu à « peu, et il faudrait arriver à faire de nombreux baptêmes pour combler les vides qui se font « chaque année. Je déplore aussi le manque d’ouvriers. Il me faudrait non pas un, mais « plusieurs bons catéchistes pour instruire convenablement les enfants des chrétiens et aussi « pour préparer au baptême les âmes de bonne volonté. »
« M.Chabagno, jeune missionnaire nouvellement installé à Kanazawa, nous parle d’un intéressant catéchumène. C’est un homme de soixante-quatre ans, un illettré. Avant d’être catéchumène, il allait à l’église et adorait Notre-Seigneur à la mode païenne, en battant des mains. Il avait déjà la foi. Qu’il a été heureux le jour où il a été à même de faire son signe de croix ! Il en fait des quantités devant le tabernacle. Jésus doit le bénir.
« A Matsumoto, poste confié à M.Cesselin, le respect humain n’arrête point l’ardeur de ses catéchumènes.
« L’un d’eux, nous dit-il, en attendant le train, discutait dans une gare sur les avantages même économiques qu’il y avait à se faire chrétien : quelqu’un lui objecta que le gouvernement voyait d’un mauvais œil les conversions au christianisme. Notre homme de répondre : « Cela ne regarde pas le gouvernement. Dieu, qui est au-dessus de l’empereur, doit « être le premier servi. » Le respect humain a reçu donc son congé en bonne et due forme chez ce catéchumène. Plaise à Dieu que ces heureuses dispositions s’accentuent et que Ueda puisse enfin voir se former un groupe sérieux de bons chrétiens !
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