| Année: |
1909 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV.─ Hakodaté
Population catholique 4.431
Baptêmes d’adultes 165
Conversions d’hérétiques 3
Baptêmes d’enfants de païens 249
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Dans les différents postes du diocèse, écrit Mgr Berlioz, les missionnaires ont travaillé avec le même zèle que les années précédentes. Si le progrès de l’évangélisation ne se manifeste pas par le nombre des nouveaux convertis, il s’affirme incontestablement sous le rapport de la piété et de l’esprit chrétien ; la communion fréquente est de plus en plus en honneur. Plusieurs missionnaires prévoient, pour le prochain exercice, une mission plus abondante que celle de 1909.
« M. Jacquet, vicaire général, écrit : « Votre Grandeur sera étonnée comme je l’ai été moi-« même, du petit nombre des baptêmes enregistrés cette année. Cependant 25 à 30 « catéchumènesse préparent sérieusement à la grâce de la régénération, et, s’ils ne l’ont pas « encore reçue, c’est que leur instruction n’a pas été jugée suffisante.
« Je dola signaler à Sendai la conversion d’un jeune homme qui vient d’entrer à « l’Université de Tokio. Vraiment intelligent, et baptisé ni les protestants depuis plusieurs « années, il était toujours tourmenté par le doute : « Avant Luther, où était l’Église ? ─ La « Bible, sans la tradition, ne peut être la règle de foi. ─ Seule, l’Église catholique a toujours « subsisté depuis l’origine du christianisme, et a toujours gardé la tradition et la Bible : donc « elle est la véritable Église du Christ. » Telle a été sa conclusion, et il s’est hâté de quitter le « protestantisme. Depuis son abjuration, ou plutôt son baptême (car le baptême reçu chez les « protestants était invalide), il a toujours bien pratiqué, et c’est maintenant un catholique « fervent.
« Dans les chrétientés de la campagne, les fidèles remplissent bien leurs devoirs religieux « là où l’on peut les visiter souvent, et surtout dans les endroits où réside un catéchiste ; mais « les chrétiens isolés laissent plus à désirer.
« La hutte servant d’oratoire et d’école au village de Nanuka-hara a été remplacée, cette « année, par une jolie maison, qui comprend une petite chapelle provisoire, une salle de « classe, un pied-à-terre pour le missionnaire et deux chambres pour le maître d’école et sa « famille.
« Comme les chrétiens de Nanuka-hara sont, pour la plupart, fermiers de M. Hayakawa, « ancien maire de Sendai et aujourd’hui président du Conseil départemental de l’instruction, « celui-ci a fait don du terrain sur lequel est bâtie la maison, et de tous les bois de « construction. De plus il a offert, pour pourvoir à l’avenir de la petite école, un champ « mesurant près d’un hectare et demi, tout planté de mûriers.
« Quant aux paysans, ils ont fourni cent journées de travail, et j’ai supporté le reste des « dépenses.
« C’est le 5 août qu’eut lieu l’ouverture de la nouvelle école, sous la présidence de M. « Hayakawa lui-même, entouré de plusieurs membres du Conseil communal, des notables de « la région et des habitants du village. M. Hayakawa avait invité à la fête les rédacteurs des « trois principaux journaux de Sendai qui, dans leurs comptes rendus, n’ont pas épargné les « éloges à la nouvelle école.
« Plusieurs discours furent prononcés, et l’ex-maire de Sendai, tout païen qu’il est, a parlé « pendant plus d’une demiheure des bienfaits d’une éducation basée sur la religion. Il l’a « prônée comme le meilleur moyen de former de bons et loyaux sujets de l’empire, et il a « félicité publiquement ses fermiers de s’être faits chrétiens, et surtout catholiques. Un « professeur d’un village voisin ayant eu ; dans son discours, la malencontreuse idée de dire « quelques mots plus ou moins défavorables à la religion, M. Hayakawa s’est levé indigné et « lui a retiré la parole.
« Nous voilà donc bien connus dans cette région. L’école de Nannka-hara compte « maintenant vingt et un élèves, tous chrétiens. Quelques familles païennes de la localité « voisine demandent aussi que leurs enfants y soient admis.
« Les chères Sœurs de Saint-Paul de Chartres continuent avec le même dévouement et le « même succès l’œuvre de leur dispensaire. Leur école se maintient également sur un pied « satisfaisant. »
« Nous avons eu la consolation, continue Mgr Berlioz, d’établir à Fukushima, ville de 30.000 habitants et chef-lieu du département de ce nom, une nouvelle résidence qui perpétuera dans la mission le souvenir de l’année jubilaire de Notre-Dame de Lourdes. L’oratoire provisoire est sous le vocable de la Vierge Immaculée, et c’est le 11 février qu’il a été solennellement inauguré.
« Le 12 mai a eu lieu la pose de la première pierre de la petite cathédrale de Hakodaté. Les secours qui nous sont venus de différents côtés nous permettent de la reconstruire en briques. Nous la faisons sur le plan, un peu agrandi, de la chapelle des Dames de Saint-Maur à Yokohama, édifiée jadis par Mgr Osouf. Nommer ce vénéré prélat, si compétent en matière d’architecture, c’est rassurer à l’avance tous les amis de l’art et du bon goût. Les travaux ont été poussés avec activité, et j’ai bon espoir que tout sera terminé au printemps de 1909.
« Le poste de Niigata, complètement détruit par l’incendie du 4 septembre 1908, n’a pu être relevé comme on l’aurait désiré. Nous avons construit une maison provisoire offrant un local suffisant pour la chapelle et les appartements du missionnaire. Espérons que, tôt ou tard, la bonne Providence daignera dédommager cette malheureuse chrétienté où tout est à recommencer sur des bases nouvelles ! »
A l’extrémité nord de la misson, M. Hutt, avec le concours de ses chrétiens et des catéchumènes de l’endroit, grâce aussi à la générosité d’une bienfaitrice d’Europe, a eu la joie de doter son poste d’Asahigawa d’une chapelle convenable. Le nouveau sanctuaire de Notre-Dame de l’Assomption n’a rien de prétentieux pour la style, mais il est suffisant et offre de la place pour plus de deux cents personnes.
« Nos chers et dévouée auxiliaires, arrivés au Japon dans le courant de 1907, ont fait leurs premiers essais pendant cette année, les Pères Franciscains à Sapporo, Kameda et Mororan, avec le concours de MM. Lafon et Favier, et les Pères du Verbe-Divin à Akita et à Niigata, avec MM. Mathon et Marion.
« Les Pères Franciscains ont un personnel de neuf religieux (cinq prêtres et quatre frères convers) de nationalités française, allemande et anglaise.
« Ces bons et dévoués religieux suppléeront à l’insuffisance de notre personnel, pour la fondation de nouvelles paroisses, ou l’occupation de celles qui manquent de titulaires.
« Les Pères de la Société du Verbe-Divin de Steyl, dont le Supérieur réside à Akita, sont au nombre de six (tous prêtres) dans notre mission. Linguistes distingués, ils donnent des leçons d’allemand, d’anglais, de français et de chinois.
« Par leurs soins, une communauté de sept religieuses de Steyl a été établie à Akita. Déjà elles ont pu y fonder un kindergarten (sorte de classe enfantiue) fréquenté par 37 enfants appartenant à des familles de la haute classe. Un cours de travaux à l’aiguille a aussi été ouvert pour les jeunes filles ayant terminé leur instruction scolaire : il compte déjà quinze élèves, dont deux pensionnaires.
« A Niigata, un père (le la Société du Verbe-Divin a été chargé de poser les bases d’une école de catéchistes ; des fonds ont été recueillis dans ce but en Autriche et en Allemagne. L’œuvre naissante ne manquera pas de prospérer, nous en avons la confiance, lorsqu’elle sera mieux connue et que les Pères de la Société du Verbe-Divin seront tout à fait au courant de la langue et des usages du Japon, ce qui ne tardera pas.
« Le monastère des Pères Trappistes, brûlé le 29 mars, a été reconstruit, cette fois sur un pied définitif, et cela pour le plus grand bien de la santé des religieux. C’est le 28 octobre 1908, douze ans jour pour jour après l’arrivée de la première colonie, qu’eut lieu la bénédiction solennelle du nouveau couvent. Belle fête à laquelle prirent part les autorités locales et le gouverneur de Hakodaté. Ce dernier voulut assister à toutes les cérémonies religieuses, et, à la réunion qui suivit la messe pontificale, il déclara qu’il était heureux de profiter de cette circonstance pour remercier le Révérend Père Prieur de l’œuvre éminemment civilisatrice entreprise avec autant de courage que de succès. Le défrichement de ces trois cents hectares de terrain, dit-il, incultes il y a douze ans, était un merveilleux exemple pour toute la contrée. Aussi n’hésitait-il pas à proclamer comme d’utilité pratique l’établissement des Trappistes et faisait-il des vœux pour sa propérité toujours croissante.
« Notre-Seigneur semble bénir visiblement le monastère des Trappistines de Noire-Dame des Anges, situé à huit lieues de Notre-Dame du Phare : les vocations s’annoncent nombreuses, surtout parmi les descendants des anciens chrétiens de Nagasaki. Au 15 août dernier, la communauté comptait 32 religieuses ou postulantes : 16 européennes et 16 japonaises. Le nombre en eût été plus grand si le local l’avait permis. Combien on a dû s’ingénier pour loger 32 personnes dans cette maison construite par la mission en 1893 pour un personnel de 25 orphelins ! Dom Vital, le pieux et vénéré abbé de Bricquebec, étant venu au printemps dernier pour la visite régulière, la construction d’un nouveau bâtiment a été reconnue urgente, et c’est encore la charitable abbaye de Notre-Dame de Grâce qui prendra à sa charge la majeure partie des dépenses.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Hakodaté, si éprouvées par l’incendie des 25-26 août 1907, ont pu, cette année, reconstruire la maison de la communauté et y installer un oratoire. J’en ai fait la bénédiction le 18 juin, fête du Sacré-Cœur, qui est un de nos jours d’adoration en union avec la basilique de Montmartre. Il serait difficile de se faire une idée des privations dont les chères religieuses de Chartres ont eu à souffrir dans la frêle et étroite habitation qui les a abritées avec tout leur personnel pendant près de deux ans. La supérieure a fait preuve d’une grande force d’âme et d’une décision peu commune pour reconstituer, une à une, les œuvres détruites. Dieu bénira sa persévérance et l’aidera à réaliser, jusqu’au bout, le programme qu’elle s’est tracé.
« Nous finirons en saluant la jeune communauté des religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, installée, il y a un an, à Sapporo, capitale de l’île Yéso (Hok kaido). Elle commence forcément par la vie cachée, par le noviciat de la langue et des usages : c’est la loi commune. Il faut aussi prendre le temps d’examiner comment on pourra le mieux réaliser le programme de l’Institut : l’assistance par le travail. Programme admirable qui aura, on peut en être certain, toute l’estime des Japonais. Dans le courant de 1908, le docteur Anezaki, professeur de religions comparées à l’Université de Tokio, étudiait en Europe l’état des ordres religieux catholiques. A son retour au Japon, il fit part de ses impressions dans des revues et des conférences publiques. Il s’étendit longuement, et avec une complaisance marquée, sur l’Institut des Franciscaines Missionnaires de Marie, dont il avait visité la maison-mère à Rome. Après avoir admiré les travaux manuels exécutés par les Sœurs, il exprime le desir que, venues au Japon, les Franciscaines y développent leurs œuvres. « Leur « genre d’évangélisation, ajoute-t-il, ne peut être qu’une source de bienfaits pour les pays où il « s’exerce. Un tel régime nous est nécessaire au Japon, non seulement dans le monde « religieux, mais dans notre monde en général. Mon vœu serait que nos familles japonaises « fussent organisées de manière à permettre cette vie de recueillement. C’est partout, dans « toutes les classes de la société, que nous voudrions voir s’établir cette habitude de la retraite « et du travail en commun. »
« Et c’est un païen qui tient ce langage ! »
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