| Année: |
1909 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Mugabure |
CHAPITRE PREMIER
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GROUPE DES MISSIONS DU JAPON
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I. ─ Tokio
Population catholique 9.658
Baptêmes d’adultes 903
Baptêmes d’enfants de païens 322
Conversions d’hérétiques 3
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« Si nous comparons le chiffre des baptêmes du présent exercice avec celui du précédent, écrit Mgr Mugabure, archevêque de Tokio, nous constatons un consolant progrès. Nos registres portent 229 baptêmes de plus que l’an passé. Pour ceux qui connaissent les missions, ce chiffre, à lui tout seul, est plus éloquent que tout compte rendu. Malgré notre pauvreté, malgré la soi-disant aversion des Japonais pour toute question religieuse, malgré tous les obslacles généraux et particuliers, le chiffre des baptêmes s’est ainsi élevé au delà de nos espérances. Grâces en soient rendues à Dieu, et félicitations aux confrères qui ont fait cette jolie récolte. Hâtons-nous aussi d’en conclure, ce que nous ne cesserons d’affirmer contre tous les pessimistes : que l’ère des conversions n’est pas close pour le Japon. Que nous passions par une période difficile, par une période d’arrêt, ou plutôt de ralentissement, soit : qu’il y ait de la part du peuple une aversion assez marquee pour l’étude de la religion, soit encore ; mais ce sont là des contingences éphémères dans l’histoire d’une nation aussi changeante que la nation japonaise.
« De tout ce préambule tirons cette conclusion pratique, qui nous semble évidente, à savoir que, si le Seigneur daigne envoyer à sa vigne les ouvriers et les ressources nécessaires, si les missionnaires continuent, suivant le mot de saint Ignace, « à se confier à la Providence comme s’ils attendaient tout d’Elle, et à travailler comme s’ils n’attendaient rien que d’eux-mêmes », l’œuvre de Dieu prospérera infailliblement au Japon. C’est là notre convietion profonde qui ne se trouble point devant les misères passagères dont nous souffrons aujourd’hui.
« Parcourons maintenant nos divers postes pour visiter nos 9.658 chrétiens. Les trouverons-nous tous chez eux ? J’en doute, car je connais leur humeur nomade. Nous en perdons de vue, chaque année, un certain nombre. C’est pourquoi, en dépit des nouveaux baptêmes, la population totale catholique semble rester stationnaire.
« Dans le poste de Tsukiji, l’année qui vient de s’écouler n’a été signalée par aucun fait exiraordinaire. Nous relevons seulement le passage suivant du compte rendu de M. Harnois :
« Les nouveaux conseillers de fabrique, pleins de zèle, avisent aux moyens de faire rentrer « au bercail les brebis égarées. Ils se sont partagé la paroisse pour visiter les fidèles, stimuler « les fervents et s’ingénient pour attirer les païens à l’église au moins pour les grandes fêtes. « Quelques-uns sont membres actifs d’une société formée pour propager les livres de religion. « Ils en achètent et les donnent ou les vendent à perte. Daigne le bon Dieu bénir leur bonne « volonté ! »
Au centre de la ville de Tokio, dans l’enclos du poste de Kanda, nous avons bâti une maison dont le rez-de-chaussée forme une vaste salle fort bien appropriée pour donner des conférences aux païens. L’étage supérieur est aménagé de façon à servir de pension aux étudiants des écoles supérieures. M. Balet, qui est chargé de cette œuvre, aide en même temps M. Chérel qui cumule les fonctions d’aumônier du pensionnat des Sœurs de Saint-Paul de Chartres et de curé de cette paroisse de Kanda : « En automne 1908, nous dit ce dernier, nous « avons inauguré, dans la grande salle de la nouvelle maison, des conférences aux païens. Le « local dounant sur la rue, l’accès en est plus facile. Aussi nous avons eu constammemt une « belle assistance. Chaque fois, M. Balet et plusieurs confrères de la ville m’ont prêté leur « bienveillant concours.
« Le nombre des baptêmes d’adultes à peu près reste le même, mais par contre celui des « baptêmes administrés à l’article de la mort a augmenté notablement, grâce au dévouement « de deux religieuses de Saint-Paul de Chartres, chargées des dispensaires. Non contentes de « baptiser à domicile les âmes de bonne volonté qu’elles rencontrent parmi leurs malades, « elles vont les chercher aux hôpitaux de l’Université, de la Croix-Rouge, de Jikeî et du « Yoiku-in où elles ont leurs entrées libres. »
« Asakusa, la plus populeuse paroisse de la capitale, a été confiée à M. Lissarrague depuis la mort de M. Brotelande, en septembre 1908. Voici comment ce confrère résume lui-même ses travaux de l’année : « J’ai dirigé mes efforts surtout vers les chrétiens tombés dans la « tiédeur et infidèles à leurs devoirs religieux, et j’ai la consolation de recueillir d’heureux « résultats. Dès mon installation dans la paroisse, j’avais fait part de ce projet à toutes mes « ouailles. Dans des visites à domicile, je leur avais annoncé l’ouverture d’une retraite « destinée surtout à raffermir les bons, mais dont il fallait profiter pour ramener tous les « négligents. La retraite a commencé le soir de la Pentecôte pour se clôturer le dimanche de la « Trinité. Elle a fait beaucoup de bien aux fidèles pratiquants qui sont venus nombreux « assister aux exercices, matin et soir. J’ai enregistré soit avant soit après clôture un chiffre de « retours bien consolant. Le bon Dieu a daigné exaucer les prières de tous ceux à qui, depuis « longtemps, j’avais recommandé ces exercices. J’en ai aussi la confiance : le cher M. Brote-« lande veille, du haut du ciel, sur son ancienne paroisse et il a obtenu pour ses enfants toutes « ces grâces de couversion. »
« Le compte rendu de la paroisse d’Azabu signale un progrès très sensible pour les conversions de païens adultes et le renouvellement de la vie chrétienne. L’association des jeunes gens et la confrérie du saint Rosaire y sont prospères. Les fidèles ont manifesté leur ferveur par leur assiduité à assister aux réunions quotidiennes des mois de Marie et du Sacré-Cœur.
« M. Tulpin, chargé de cette paroisse, rapporte la petite anecdote suivante : « Philomène a « 3 ans, mais, en fait d’intelligence et de babillage, elle rendrait des points à des personnes de « 15 ans. Sa mère est une excellente chrétienne ; son père est encore païen. Or, l’autre jour, « comme ce dernier allait prendre son repas devant sa petite table chargée de mets, survint « Philomène : « Père, dit-elle, avant de mauger, il faut faire le signe de la croix ; dites : Au « nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. » Interloqué, le père ne se pressa pas « d’obéir à cette injonction. Que fit alors Philomène ? Elle se mit simplement à enlever tons « les mets de devant son père, en disant : « Quand on ne fait pas son signe de croix avant le « repas, on ne doit pas manger. » Elle faisait à son père ce que sa bonne mère lui avait souvent « fait à elle-même. Le papa, émerveillé et touché de l’insistance de la gentille enfant, se « rendit, et fit dévotement le signe de la croix, ajoutant, toujours sur l’ordre de Philomène, « l’invocation des saints noms de Jésus, Marie, Joseph. Cela fait, il prit son souper, servi par « son petit lutin et charmé par son babillage. Après le souper, notre brave homme dut « recommencer le signe de croix et les invocations. »
M. Drouart de Lezey, curé de la paroisse de Sekiguchi, rend aussi des actions de grâces à la Providence pour les bénédictions répandues sur ses travaux. Il nous parlait, l’an passé, de l’institution de son Bulletin paroissial qui continue à fonctionner à souhait. Il nous fait part, cette année, d’une nouvelle œuvre. Laissons-lui la parole : « Persuadé qu’un excellent moyen « d’instruire les chrétiens et de leur faire continuer l’étude du catéchisme est de faire passer « un examen annuel à tons les fidèles, jeunes et vieux, je les avais engagés, pendant plusieurs « mois, à consentir à cette innovation pénible pour tous, mais surtout pour les parents et les « vieillards. Un échec était à craindre, car ce seul mot d’examen a le don d’effrayer bien des « chrétiens. A ma grande surprise, il n’y eut aucune difficulté sérieuse et le résultat a dépassé « mes espérances.
« L’examen a eu lieu sur la première partie du catéchisme, c’est-à-dire sur les vérités à « croire. Les chrétiens en ont été si heureux qu’ils m’ont demandé spontanément de « recommencer l’année prochaine sur la deuxième partie, c’est-à-dire sur les « commandements. L’élan est donné, et j’espère que cette œuvre si importante de l’examen « annuel est définitivement fondée dans la paroisse. »
« Dans la même paroisse M. Demangelle se dépense aux soins de 70 petits Japonais recueillis par l’Œuvre de la Sainte-Enfance. Sur ce nombre, 53 sont chrétiens et les autres catéchumènes. Sans oublier le point de vue matériel de l’Œuvre, qui prend beaucoup de temps, M. Demangelle ne néglige pas le côté spirituel : par ses instructions et ses catéchismes répétés, il s’efforce de faire germer dans le cœur de ses petits orphelins les vertus chrétiennes qui seront leur sauvegarde, quand, au sortir de l’orphelinat, ils se retrouveront au milieu du monde païen.
« Dans le district de Hachioji, M. Mayrand déploie tout son zèle pour administrer son troupeau, hélas ! très dissémine. Dans l’impossibilité de visiter souvent tous ses chrétiens, et afin de prévenir leurs défaillances, notre confrère s’attache à les affermir par une instruction religieuse aussi complète que possible : « De la sorte, nous dit-il, les résultats, une fois « obtenus, peuvent être considérés comme définitivement acquis, et, si le troupeau augmente « peu en néophytes, du moins, avec des âmes à la foi robuste, il sera facile de pourvoir à « l’éducation et à la formation chrétienne des enfants.
« J’ai donc établi, depuis longtemps déjà, l’étude du catéchisme parmi tous mes chrétiens « avec la sanction d’un examen annuel. Si cette mesure a paru un peu dure dans les premiers « temps, les fidèles s’y sont soumis cependant et l’examen de cette année, le quatrième depuis « l’institution, m’a donné à peu près pleine satisfaction. Les chrétiens de la ville de Hachioji, « en particulier, ont été pleins d’ardeur, et je n’ai eu que des éloges à leur faire.
« Je pousse aussi les fidèles à s’approcher fréquemment de la sainte Table, et mon regret le « plus vit, à ce sujet, c’est que la communion fréquente ne soit pas possible pour le plus grand « nombre de mes ouailles, dispersées au loin. »
« Depuis bien des années, M. Cadilhac sème le bon grain dans le vaste district d’Utsunomya. Aussi est-il bien le « père » de sa charmante chrétienté qu’il aime tant. Il signale, dans son rapport, un progrès sensible dans l’amour de son troupeau envers la sainte Eucharistie.
« J’attribue cette ferveur, dit-il, à un essai que je vais noter ici. Je n’admets les adultes au « baptême que lorsqu’ils sont prêts à recevoir la sainte Communion. Cette méthode m’a donné « d’heureux résultats. Quand mes néophytes s’approchaien de la sainte Table longtemps après « avoir été baptisés, j’avais de la peine à leur faire faire leur première confession. Ils la « renvoyaient à un mois, puis à deux. Si, dans l’intervalle, ils péchaient gravement, ils la « renvoyaient encore et parfois disparaissaient. Par contre, quand, dès le jour de leur baptême, « ils ont goûté au Pain de Vie, ils trouvent une saveur qui les pousse à le redemander à bref « délai. La première confession se fait à cette occasion et ces néophytes prennent vite « l’habitude de la communion fréquente. »
« D’Utsunomya, transportons-nous au poste de Shizuoka que M. Lemaréchal administre depuis le mois d’octobre 1908.
« L’événement le plus important de l’année dans le district a été l’érection d’une petite chapelle dans la ville de Fujieda, située à une heure de chemin de fer de Shizuoka. Les chrétiens la désiraient depuis longtemps. Ils sont heureux aujourd’hui de voir leurs vœux réalisés.
« La paroisse de Matsumoto, avec les postes circonvoisins, a donné des consolations à M. Cesselin. Ce confrère a la joie d’offrir au bon Maître une bonne gerbe récoltée au prix de beaucoup de sacrifices. La cueillette prochaine s’annonce également abondante : « Des « baptêmes se préparent encore actuellement, nous dit-il, et si la divine Providence mettait « Votre Grandeur à même de fonder un nouveau poste dans la mission de Tokio, je me « permettrais d’attirer son attention sur Ueda.
« La multiplicité des sectes séparées augmente nos difficultés, c’est vrai, continue M. « Cesselin, cependant il ne faudrait pas trop généraliser ni s’effrayer de nos adversaires, car le « bon Dieu se sert parfois des propagateurs de l’erreur pour amener des âmes droites à la « vérité. Témoin le fait suivant :
« Un soir d’automne de l’année dernière, je me présentais, pour la première fois, à Ueda, « chez un païen qui m’avait été signalé comme travaillé par des ministres protestants et « désireux, en fin de compte, de voir un prêtre catholique. Je me rends chez cet homme. Après « les salutations d’usage, nous entamons la question religieuse, mais nous n’avons pas de « discussion à prorement parler. Mon hôte installe d’abord devant moi toute une pile de bibles « et de livres de religion reçus de M. N..., de la rue X…, ou de M. M..., de la rue Y... Au lieu « de passer ces livres en revue, j’expose à mon attentif auditeur les grandes lignes de l’histoire « de l’Église et surtout de l’histoire de l’Église catholique au Japon. Lui, de son côté, me « raconte qu’il a entendu dire que les missionnaires catholiques du Japon se passent très bien « de beefteak, de sommier et des mille aisances de la vie. Ils s’adaptent au pays plus aisément « que les autres, et, selon le mot de l’apôtre, qu’il me rappelait à mon grand étonnement, ils « savent « se faire tout à tous ». Bref il termine en me priant de lui prêter nos livres de « religion. Nous étions déjà bons amis en nous quittant ce soir-là. Cinq jours après, il recevait « les ouvrages demandés et, huit mois plus tard, il était baptisé. Aujourd’hui, c’est un des « chrétiens les plus édifiants. »
« M. Beuve, chargé du district de Kofu, en résume ainsi la situation : « Parmi mes « chrétiens, le bon esprit et la frésquentation des sacrements restent toujours en honneur. Leur « constance dans la pratique de leurs devoirs religieux prend sa source dans leur foi profonde, « et la ferme espérance qu’il placent non en la possession des biens terrestres, mais en la « récompense éternelle méritée ici-bas par les souffrances.
« Parmi les baptêmes faits dans mon district, la moitié peut-être est due à la Société de « Saint-François-Xavier établie à Kofu et à Yamashiro depuis plusieurs années. D’après les « règlements, tous les membres récitent, chaque jour, la prière composée par saint François « Xavier pour les païens, et chacun s’engage à faire, dans l’année, au moins un baptême ou « sinon.., à payer une amende. Le 3 décembre, les sociétaires se réunissent pour la fête de leur « céleste patron. Ce jour-là ils se confessent et communient pour obtenir leur affermissement « dans la foi et demander à Dieu le développement de la paroisse. L’année dernière, 60 « membres environ étaient présents à cette réunion. »
« Au Japon, comme un peu partout du reste, il est bon que le chrétien ne cesse jamais d’étudier la religion, s’il veut persévérer jusqu’au bout. A cette fin, nous avons déjà vu des missionnaires instituer dans leurs paroisses des examens annuels. Voici une autre méthode employée par M. Billing à Numazu pour arriver au même but. Laissons-le parler :
« Pendant le dernier exercice, je me suis surtout occupé de l’instruction des chrétiens. Les « sermons du dimanche et même l’explication du catéchisme mue semblaient insuffisants, « pour donner aux fidèles l’instruction nécessaire. Je suis allé plus loin. J’ai demandé à mes « chrétiens un travail personnel et voici selon quelle méthode : Une fois par mois chaque « famille reçoit une feuille contenant une dizaine de questions. Tout le monde doit répondre « par écrit et donner les explications nécessaires. Au jour fixé pour l’epreuve, les chrétiens se « réunissent et le catéchiste lit publiquement les réponses. On en fait la critique et on donne la « vraie solution. Le lendemain, les feuilles sont corrigées et remises aux intéressés. Quand « même ils auraient mal répondu, le travail personnel auquel ils ont été astreints les prépare à « mieux saisir la vérité lorsqu’on la leur expose, et à se la graver plus profondément dans « l’esprit. Depuis que nous suivons cette méthode, nous constatons que la foi de nos chrétiens « est plus solide et leur ferveur plus grande. »
A Nagoya M. Ferrand est plein de reconnaissance envers la sainte Vierge pour les grâces que cette bonne Mère lui a obtenues. Voici comment il nous parle de l’année qui vient de s’écouler :
« Le fait le plus saillant du présent exercice pour le district de Nagoya a été, sans contredit, « l’érection, dans les jardins de la mission, de la belle grotte de Lourdes, que Votre Grandeur « a daigné bénir Elle-même, le 11 février dernier. L’idée de la construire m’avait été inspirée « par le miracle suivant : La vieille Élisabeth Kato Rinro, paralysée et souffrant horriblement, « était, depuis plus de trois mois, couchée, dans l’impossibilité physique de quitter son grabat. « Elle commença le 1er septembre une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes. Chaque jour, elle « buvait un peu d’eau de la grotte miraculeuse. Le 8 septembre, fête de la Nativité de la sainte « Vierge, à 6 heures du matin, je me préparais à lui porter le bon Dieu, ce que je faisais deux « fois par semaine, lorsque, à ma grande surprise, je la vis entrer à la chapelle. Elle était « guérie et avait pu faire, à pied, les vingt-cinq minutes de route qui séparaient sa maison de « l’église.
« La Vierge Immaculée m’a obtenu d’autres précieuses faveurs. Outre la grande « impression produite sur beaucoup de païens par l’érection de la grotte et la connaissance « rendue publique du beau fait de l’apparition de Lourdes, j’ai eu la consolation de voir « revenir au bercail plusieurs brebis égarées, entre autres un vieux chrétien de 75 ans qui avait « abandonné ses pratiques religieuses depuis près de trente ans, et un jeune homme de 23 ans « qui, baptisé à sa naissance, n’avait jamais pratiqué.
« Il a plu au bon Dieu de m’enlever le meilleur chrétien de ma paroisse, Bernard Oike « Masagoro. Ce jeune homme, publiquement appelé le « saint » par les chrétiens de Nagoya, « était d’une piété remarquable. Tous les jours, il communiait. Tous les jours, hiver comme « été, il arrivait à la chapelle vers 5 h. 1/2 du matin et y passait deux heures dans un état de « véritable contemplation. Puis il allait devant la grotte réciter son rosaire. Je l’ai vu souvent « agenouillé dans la neige, les yeux fixés comme en extase sur la belle statue de Notre-Dame « de Lourdes. Sa mort a été une édification générale. Il est parti pour le ciel comme partent les « saints.
« Tout récemment encore, je fus appelé auprès d’un païen qui se mourait. Ami de la « mission depuis longtemps, doué d’une instruction religieuse assez complète, il retardait « toujours, pour divers motifs, son admission au catéchuménat. Condamné par les médecins et « sentant sa fin prochaine, il me fit appeler et me demanda le baptême. Je le lui administrai ; « puis je l’engageai à supplier la Vierge de Lourdes de lui rendre la santé. Je lui fis boire de « l’eau de la grotte. A peine en eut-il avalé quelques gouttes, que l’aspect de sa figure se « modifia, sa respiration devint plus régulière et l’appétit perdu depuis trois semaines lui « revint. Il est actuellement en pleine convalesceuce. Sa femme et sesquatre enfants se « préparent au baptême.
« De très grandes difficultés paralysent, à Nagoya, les efforts du missionnaire. Les « habitants de cette ville de 350.000 âmes sont réputés, dans tout le Japon, comme modèles de « malhonnêteté commerciale, d’esprit de lucre et de ferveur bouddhique. Puisse Notre-Dame « de Lourdes devenir vraiment Notre-Dame de Nagoya et attirer à son divin Fils ces pauvres « âmes égarées ! »
« A Kanazawa, écrit M. Chabagno, titulaire du district, mon ministère auprès des païens a « été fort restreint, faute de catéchistes pour me seconder. J’ai cherché à me créer des relations « parmi les étudiants des écoles normales et de médecine. J’ai la joie d’en compter déjà sept « au nombre de mes catéchumènes. Vu la régularité avec laquelle ils assistent aux officés et la « simplicité qu’ils apportent à l’étude de la religion, je crois que, l’année prochaine, ils seront « prêts à recevoir le baptême. L’un d’eux a été régénéré cette année et il me donne toute « satisfaction. Il a fait la sainte communion le jour même de son baptême. Depuis, il est « revenu à la sainte Table à peu près tous les dimanches. Il m’édifiait quand je le voyais « recevoir le bon Dieu, tout tremblant d’émotion. Quand il partit chez lui en vacances, je lui « recommandais de lire l’ouvrage de M. Drouart de Lezey : Shinri no hongen, afin de pouvoir « parler à ses parents, tous païens, de Dieu, de l’âme et de Notre-Seigneur Jésus-« Christ : « Père, m’a-t-il répondu, pour les décider à se faire catholiques, j’aime mieux leur « prouver par mon exemple qu’on devient meilleur en recevant les sacrements. » Touchante « réponse !
« Une dizaine d’autres étudiants sont venus, suivant leur expression « examiner notre « religion ». Presque tout ce monde-là m’a été amené par les tracts scientifiques et religieux « que publient mes confrères. »
« A Maebashi, M. Giraudias déploie l’ardeur d’un jeune missionnaire plein de confiance en la Providence et plein de foi dans l’avenir. Possunt quia posse videntur, a-t-on dit depuis longtemps. Nous serions tentés de le répéter en voyant le mouvement de conversions que ce missionnaire a obtenu du ciel malgré l’apathie des païens de son district. M. Giraudias nous donnait, en effet, l’an passé, un total de 3 baptêmes d’adultes : il en enregistre 19 cette année. Ce chiffre ne manquera pas de paraître bien modeste à plus d’un lecteur. Il est pourtant très consolant et très significatif pour qui connaît le milieu dans lequel il a été obtenu.
« Grâce aux améliorations apportées à notre nouveau pensionnat de jeunes gens, l’œuvre des étudiants semble prendre une bonne tournure. Du l’apport de M. Balet, chargé de cette œuvre, nous extrayons le passage suivant : « A peine ouvrait-on, l’année dernière, la nouvelle « maison élevée à Kanda, que les demandes affluèrent ; il me fut ainsi possible de faire un bon « choix. Dès le premier jour, les salles furent remplies d’étudiants catholiques, venus d’un peu « partout, avec de bonnes recommandations et fréquentant les écoles supérieures et les « universités, Ils retrouvent ici la vie de famille. Chaque jour, ils accomplissent, avec une « régularité exemplaire, leurs devoirs de chrétiens ; toutes les semaines, ils assistent à une « conférence religieuse et font ainsi marcher de pair la vie chrétienne et la vie d’étude.
« Leur bon exemple a attiré plusieurs de leurs amis et j’ai eu le bonheur d’en baptiser deux « cette année. Ces nouveaux convertis ont suivi les cours d’instruction religieuse, et ils ont si « bien continué l’étude du catéchisme que j’ai pu les admettre à la première communion avant « leur départ pour les vacances. Quelques autres, déjà catéchumènes, n’ont pas eu ce bonheur, « mais il ne peut tarder a venir. »
« Nous aurions aussi beaucoup à dire des autres œuvres de notre archidiocèse entretenues par les divers Ordres de religieux et religieuses qui se consacrent de concert avec les missionnaires, à la conversion du Japon. Tous rivalisent d’ardeur dans ce travail d’évangélisation directe ou indirecte. Les écoles surtout sont très prospères grâce à la réputation dont elles jouissent même auprès des paiens, unanimes à apprécier les heureux résultats d’une éducation chrétienne. Témoin ces paroles d’un bouddhiste qui a fait élever sa fille par les religieuses de Saint-Paul de Chartres : « Je le vois, disait-il ; c’est grâce à votre « bonne éducation que ma fille est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Elle, autrefois si « orgueilleuse, elle, qui ne savait que se faire servir, la voici, si simple et si serviable qu’elle « va au-devant de tous nos désirs. Un tel changement est dû certainement à la morale que « vous lui avez enseignée et qui fait partie des règles de votre religion. »
« Qu’on ne s’étonne donc plus si ces mêmes religieuses ont songé à un établissement nouveau pour donner un plus grand essor à leurs œuvres. Munies de toutes les autorisations nécessaires, elles se sont déjà préparées à ouvrir un orphelinat-école pour les personnes d’un certain rang. Tout fait espérer que cette nouvelle œuvre sera féconde en fruits de salut.
« Ce bon renom de nos écoles nous est un garant de réussite pour le nouveau pensionnat que viennent de bâtir les Dames du Sacré-Cœur, les dernières venues dans notre archidiocèse. Sans nous flatter qu’il sera plein dès la première année, nous avons la ferme confiance que cette nouvelle maison ne tardera pas à enregistrer les succès qui ont couronné les efforts de ses aînées.
« Les Dames de Saint-Maur viennent de réaliser un progrès longtemps désiré. La prospérité de leurs œuvres les avaient déjà obligées à transporter une partie de leur pensionnat dans un quartier fort éloigné de leur couvent. On comprend combien cette distance qui séparait ces deux maisons compliquait les choses. Elles ont enfin réussi à trouver, au milieu de Tokio, un bel emplacement où elles pourront bâtir, dans la même propriété, tous les locaux nécessaires au bon fonctionnement de leurs œuvres. Grâces en soient rendues à la divine Providence !
« Nous n’aurions garde d’oublier ici nos bons Frères Marianistes. Pour eux, cette année a été semblable aux précédentes, c’est-à-dire que leur collège, toujours comble, a continué à donner pleine satisfaction aux parents et aux maîtres. Le succès d’une souscription, ouverte pour des agrandissements devenus nécessaires, a prouvé à ces religieux qu’ils ont toutes les sympathies de la haute sociélé japonaise.
« Ce n’est pas par oubli que nous avons réservé, pour la fin de notre compte rendu, la presse, qui nous tient tant à cœur. Nous sommes pleins de reconnaissance envers Dieu qui ne cesse de bénir cette œuvre.
« La revue japonaise le Koe se maintient à un très bon rang parmi les revues religieuses du Japon et le compte rendu hebdomadaire des journaux lui consacre toujours une note bienveillante.
« Quaut aux Mélanges, ils continuent à prospérer. Nous le constatons avec plaisir, on reconnaît qu’ils fout œuvre éminemment utile et, de divers côtés, on rend hommage à leur réelle valeur comme revue d’information.
« Aux publications paraissant à date fixe, viennent se joindre une foule d’ouvrages et de tracts scientifico-religieux, de traités de théologie et de philosophie, de conférences, etc... Grâce à la générosité de certaines âmes, ces tracts sont répandus à des milliers d’exemplaires parmi nos populations païennes. Nous ne connaissons pas encore le résultat de cette propagande, mais nul doute qu’elle n’attire des âmes à la foi en détruisant bien des préjugés. Quoi qu’il en soit, je suis heureux de donner à tous les confrères qui consacrent leurs ressources pécuniaires, leur énergie et leur talent à ces œuvres si importantes le témoignage public de ma reconnaissance et de mon admiration.
« Tel est en résumé le bilan de nos travaux durant le dernier exercice. Daigne la Reine des apôtres nous obtenir de son divin Fils les grâces nécessaires pour féconder tous ces labeurs : Ego seminavi. Apollo rigavit, Deus autem incretmentum dedit. »
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