| Année: |
1910 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Cousin |
II. ─ Nagasaki
Population catholique 47.104
Conversions de païens 592
Baptêmes d’enfants de païens 592
Conversions d’hérétiques 8
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« A raison d’une fatigue persistante, Mgr Cousin a dû céder à un de ses Missionnaires le soin de rédiger le présent compte rendu.
« L’exercice 1909-1910 s’est clôturé par un événement particulièrement heureux pour la Mission de Nagasaki : le jubilé épiscopal de Mgr Cousin. Prêtres et fidèles eussent souhaité peut-être plus d’éclat à cette solennité, mais la modestie du vénérable Jubilaire et le mauvais état de sa santé lui ont imposé le cadre discret d’une fête de famille. Pour être célébrée dans l’intimité, elle n’en a pas été moins touchante. Le 21 septembre, bien avant l’heure fixée pour la messe pontificale, l’humble cathédrale était prise d’assaut par de nombreux groupes de fidèles députés par les chrétientés voisines ; d’autre part, tous les catholiques de la Mission s’associaient par la prière au bonheur de leur vénéré Pasteur.
« La plus grande joie que puisse goûter un évêque-missionnaire est celle de consacrer des ministres au service de Jésus-Christ et de sa sainte Église : à ce titre, les quarante prêtres japonais ordonnés par Mgr Cousin forment le plus beau fleuron de sa couronne jubilaire.
« C’est aussi avec un sentiment de pieuse reconnaissance que, en ce beau jour, Sa Grandeur présentait à la revue du Bon Pasteur le troupeau confié à sa garde, il y a 25 ans : il a grandi depuis, montant de 23 à 47.000 âmes.
« La fête du 21 réservait à Monseigneur une petite surprise. Sacramentum Regis abscondere bonum est... Mais comment laisser échapper l’occasion unique d’être indiscret ? Je dirai donc que ces 25 ans d’épiscopat se sont écoulés à l’ombre d’un palais-masure, relique du temps et des fourmis blanches. Tandis que, autour delui, s’élevaient trente-cinq résidences nouvelles, seul le Père s’oubliait. L’épreuve imposée à la piété filiale de ses enfants n’avait que trop duré ; tous, Missionnaires et chrétiens, ont donc mis leur pauvreté en commun, pour lui offrir, à l’occasion de son jubilé, la première assise d’un futur évêché, confiant à la bonne Providence le soin de parfaire leur modeste offrande.
« La famille s’est dispersée en souhaitant au vénéré Jubilaire l’heureuse vieillesse des Patriarches. Ad multos annos !
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* *
« L’analyse des diverses lettres des Missionnaires montre tout d’abord les conditions dans lesquelles continue à s’exercer leur ministère.
« Au Japon, l’idée religieuse et l’idée nationale restent toujours intimement unies : le shintoïsme est le fondement de l’autorité impériale, sur laquelle repose tout l’édifice social. Aussi une religion étrangère, pour acquérir droit de cité, doit passer sous les Fourches caudines ; il faut qu’elle devienne japonaise : telle est la loi. Le bouddhisme l’accepta jadis ; aujourd’hui grecs et protestants japonais le proclament à leur tour. Seul, le catholicisme refuse d’y souscrire ; de là un sérieux obstacle à la conversion de la classe dirigeante. Un grand pas sera fait, le jour où elle comprendra que la doctrine catholique se concilie fort bien avec les exigences du patriotisme et que l’Église est l’école du respect et de la fidélité.
« A ce préjugé héréditaire, il faut ajouter tout le stock d’erreurs que l’ancien et le nouveau monde déversent à l’envi sur le marché japonais, la fièvre des spéculations et la passion du luxe qui envahissent les diverses classes de la société : tout autant d’obstacles à la marche de la vérité.
« Aussi, devons-nous remercier le Divin Maître qui, malgré les difficultés accumulées, a daigné appeler quelques âmes de bonne volonté. Le chiffre des païens convertis cette année dépasse sensiblement celui de l’exercice précédent. Cette augmentation est due principalement à la belle gerbe recueillie à Agina (Oshima) par M. Bonnet. Il enregistre 175 baptêmes, dont 168 d’adultes ; s’il n’a pu cueillir en entier la belle récolte qui s’annonçait l’année dernière, cela tient uniquement au manque de ressources pour recruter le personnel suffisant.
« Oshima, dont l’évangélisation fut entreprise, en 1892, par M. Ferrié, compte aujourd’hui plus de 3.000 baptisés. A n’écouter que leur zèle, les Missionnaires de cette île courraient à de nouvelles conquêtes ; mais la plupart sont absorbés par le travail qu’exige la formation sérieuse de ces néophytes. Les résultats déjà obtenus sont bien faits pour les encourager dans cette voie. « A Naze, écrit M. Fressenon, je constate chez les chrétiens une plus grande « ferveur, une fréquentation plus régulière et plus assidue des sacrements. Cet heureux « progrès est dû, après Dieu, au zèle vigilant de mes catéchistes et à l’Association de jeunes « gens fondée, depuis quelques années, sous le patronage du Sacré-Cœur. »
« A Oshima, comme d’ailleurs dans tous les postes nouveaux, la grande difficulté vient des mariages. Les parents ne comprennent pas toujours assez l’importance du mariage entre chrétiens, et se laissent souvent guider par de simples convenances de famille, au grand détriment de la foi de leurs enfants. Or, l’expérience prouve que même les garanties exigées par l’Église ne mettent pas la partie fidèle à l’abri de tout danger. Il serait donc à souhaiter que tous les chrétiens eussent l’intrépidité de ceux de Tajiro : « Ils sont à peine quelques familles, « isolées au milieu des païens, dit M. Sauret, mais ils entendent que leur foyer soit un « sanctuaire fermé à l’inficlèle : ils se marient entre eux. »
« M. Raguet a mené à bonne fin la publication d’une traduction japonaise du Nouveau Testament. Accueilli avec éloge par toute la presse religieuse, cet ouvrage est appelé à faire un grand bien : c’est la meilleure récompense que puisse ambitionner un cœur de missionnaire. « L’influence toute-puissante du bouddhisme, constate M. Raguet, rend les « conversions particulièrement difficiles dans cette province de Satsuma ; mais, du moins, les « Missionnaires travaillent à déraciner les préjugés pour semer le bon grain. Chaque « dimanche, M. Cavaignac réunit, à Sendai, une cinquantaine d’enfants ; il est intéressant « d’entendre répéter par ces petits païens les histoires de l’Ancien et du Nouveau Testament « avec la morale qui en découle. Plusieurs fois par mois, ce même Confrère tient chez lui un « cercle de lycéens. Sans doute, il ne faut pas trop compter sur des conversions immédiates, « mais ces jeunes gens y puisent l’estime de notre sainte Religion : c’est déjà un heureux « résultat. »
« Les œuvres sont toujours une prédication vivante. Aussi, M. Lemarié salue-t-il avec joie l’initiative qu’ont prise les Sœurs de Saint-Paul de Chartres d’ouvrir à Yatsushiro une école professionnelle. « L’inauguration du nouvel établissement a eu lieu au commencement « d’avril. Préfet et Sous-Préfet en avaient publiquement proclamé l’utilité, et loué sans réserve « le dévouement de la femme française. Le Préfet, ne pouvant présider la cérémonie, a envoyé « une lettre autographe, qu’un délégué a lue à la suite du rescrit impérial. Le lendemain, Mme « la Préfète se rendait chez les Sœurs pour présider une réunion des dames de la ville et « témoigner ainsi, à leur tête, de l’intérêt qu’elle porte à l’œuvre. »
« A Kumamoto, les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus rencontrent les mêmes sympathies auprès des autorités locales. Elles viennent d’inaugurer également une école professionnelle, avec le bienveillant concours du Maire et de son Conseil.
« La léproserie de Biwasaki, tenue par les Sœurs Franciscaines, a reçu, cette année, une nouvelle colonie de malades. Ces pauvres parias y trouveront, avec des soins matériels, le chemin du salut ; car, à mesure que tombe le mur de boue, leur âme s’ouvre à la lumière de la foi.
« M. Bertrand voit enfin s’accomplir le rêve caressé depuis de longues années : à Moji, ville sur le détroit de Shimonoseki, il a pu acquérir un terrain convenable pour y construire un pied-à-terre. Désormais il lui sera plus facile de réunir les nombreux chrétiens qui, de toutes parts, y sont venus chercher fortune. C’est un résultat acheté au prix de grands sacrifices. Daigne le Divin Maître lui fournir les moyens d’achever ce qu’il a si bien commencé !
« Avant d’aborder les vieilles chrétientés, saluons l’École Apostolique des Marianistes. Elle a été bénie solennellement, le 19 mars dernier, par Mgr Cousin. Destinée à devenir une pépinière de religieux, de prêtres, de catéchistes et d’instituteurs chrétiens, elle comblera les vœux de tous, le jour où il lui sera donné de réaliser ce magnifique programme. Le dévouement des maîtres et le concours des bienfaiteurs lui sont acquis. Avec la grâce de Dieu, le grain de sénevé croîtra rapidement et les oiseaux du ciel viendront nombreux habiter sur les branches de l’arbre.
« Au témoignage de M. Fraineau, « Urakami reste toujours digne de son passé, un district « foncièrement bon, où la foi vive des chrétiens et leur fidélité à tous les devoirs religieux « donnent au Missionnaire les plus douces consolations. Ce n’est pas à dire que tout y soit « parfait : le contact forcé avec l’élément païen est une source de dangers pour nos « paroissiens. D’autre part, la lutte pour la vie, qui prend partout un caractère si âpre, n’est pas « sans influer sur les relations des chrétiens entre eux. Ce n’est plus le beau temps où les « habitants des 30 petits villages du district ne formaient qu’une seule famille, dans laquelle « les plus fortunés subvenaient aux besoins de leurs frères malheureux. La veille des grandes « fêtes, qui se célébraient dans le secret des familles, des domestiques, envoyés exprès, « montaient sur les collines, et, du regard, examinaient, une à une, les maisons qui « s’étendaient dans la plaine. Voyaient-ils un foyer sans fumée, ils en concluaient : point de « feu, donc point de riz ni de pommes de terre, et ils couraient chez eux pour revenir bientôt « chargés de provisions. Oh ! qu’elle était belle la charité de ces temps héroïques où la « persécution tenait sans cesse le cœur en éveil ! »
« Tout en jetant un regard mélancolique vers ce passé, le Missionnaire ne s’attarde pas à des regrets stériles. Il nous présente aussitôt les congrégations du Sacré-Cœur et de la sainte Vierge, enrôlant sous leur bannière plus de 700 jeunes gens et jeunes filles. Aidé de deux prêtres japonais, il consacre tous ses soins à l’instruction religieuse et à la formation spirituelle de ces belles âmes.
« La communauté indigène des Vierges de Motobari est le foyer de toutes les œuvres du district, et rend les plus grands services dans la direction de la jeunesse féminine. Elle prend l’enfant à l’âge de raison, et ne la quitte qu’au jour où le mariage la fait entrer dans la congrégation des mères de famille.
« M. Matrat nous entretient, cette année, d’un coin de son district, Madarajima, confié à M. Breton :
« Madarajima signifie « l’île où passent les chevaux ». Jadis le seigneur de Karatsu en « expulsa les trois cents familles qui l’habitaient pour y faire paître ses chevaux en toute « liberté... Aujourd’hui les enfants d’Adam ont repris possession de leur ancien fief, et quatre-« vingt-dix familles chrétiennes y vivent heureuses. On dit bien que ces braves gens « s’entendent un peu trop à noyer leurs soucis au fond de la dive bouteille et que le modeste « pécule des pêcheurs s’en va ainsi à la dérive. Il faut reconnaître cependant que si les sociétés « de tempérance ne fleurissent pas encore à Madara, on commence à y combattre le fléau avec « succès.
« Les catholiques de cette île, tous descendants des chrétiens du XVIIe siècle, sont du « moins fidèles à leurs devoirs religieux. Ainsi, sur 682 âmes que compte le poste, trois « seulement ont négligé le devoir pascal. A chaque fête, il n’y a pas moins de deux cents « communions, et déjà bon nombre de chrétiens sont à la communion fréquente. Depuis « plusieurs années, une pauvre aveugle s’approche chaque matin de la Table sainte, passant la « plus grande partie de ses journées devant le Tabernacle. Un jour, M. Breton lui demandant « ce qu’elle faisait durant ces longues heures : « Je prie, lui répondit-elle, pour ceux qui « oublient de le faire ; puis, de mon mieux, je demande pardon à Notre-Seigneur pour toutes « les offenses qu’Il reçoit des mauvais chrétiens. Je Le supplie enfin de daigner accorder la « lumière de la foi à mes compatriotes païens. »
« En quittant le district de M. Matrat nous abordons à Kuroshima, qu’administre M. Marmand. Cette île, avec près de 2.000 chrétiens, serait un petit paradis sans la présence d’un groupe de païens endurcis.
« Au Sud de Kuroshima se trouve le groupe des îles Gotô, avec près de 14.000 catholiques. Ces belles chrétientés ont voulu donner à Mgr Cousin un témoignage particulier de leur reconnaissance ; car elles n’oublient pas que Sa Grandeur est le premier missionnaire qui ait abordé dans ces îles depuis l’ère des anciennes persécutions. Aussi est-ce par une journée de prière qu’elles ont pris part à son jubilé épiscopal.
« Sous la direction de M. Pélu, les Missionnaires se sont efforcés partout de faciliter aux chrétiens la communion fréquente ; c’est un surcroît de travail bien méritoire, quand on songe au petit nombre de prêtres et à la difficulté des communications. Des œuvres de jeunesse ont été établies dans un bon nombre de localités ; elles seront une précieuse sauvegarde pour ces chères âmes de plus en plus exposées. Puissent-elles se multiplier et s’étendre à tous les districts !
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« Dans le cours du présent exercice, la Mission a perdu deux bon ouvriers. Le premier, M.Richard, a exercé son ministère surtout à Oshima, jusqu’au jour où une pénible maladie est venue imposer à son zèle le plus douloureux des sacrifices, une retraite prématurée. Ses dernières années se sont écoulées en France, mais son cœur ne cessa de vivre au milieu de nous.
« Le second, le P. P. Fukahori, était l’un des doyens du clergé japonais. Il fit partie des premiers séminaristes qui, sous la conduite de Mgr Cousin, quittèrent le Japon en 1868, pour échapper à la persécution et commencer leurs études au Collège général de Pinang. Il se montra toute sa vie l’homme du devoir ; chargé de l’école des catéchistes, il fut pour ses élèves un modèle de régularité. A des natures peu habituées encore au joug de la discipline, son autorité dut paraître parfois un peu rigide ; mais tous en ont gardé un souvenir ému pour le bien qu’il a toujours voulu à leurs âmes. Plus tard, il consacra tous ses soins à l’une des deux paroisses de Nagasaki ; ses nombreux cahiers témoignent encore de son zèle à instruire et à édifier les chrétiens. Il avait à un haut degré le sentiment de la dignité sacerdotale, apportant à toutes ses actions une gravité religieuse. Purifié par l’épreuve d’une longue maladie, il est allé recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur.
« Cette mort, suivant de près celle du P. Ikeda, laisse un grand vide dans les rangs du clergé japonais. »
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