| Année: |
1911 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Salmon |
II. — Nagasaki
Population catholique 48.009
Baptêmes d’adultes 662
Baptêmes d’enfants de païens 773
Conversions d’hérétiques 4
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La Mission de Nagasaki est dans le deuil ; elle a perdu son premier pasteur, Mgr Cousin, qui a terminé, par une sainte mort une vie toute de travaux et de mérites. M. Salmon, supérieur intérimaire, nous fait adresser par M. Gracy le compte rendu suivant :
« L’Exercice précédent se terminait dans la joie du jubilé épiscopal de Mgr Cousin. Hélas! la Providence lui réservait ce dernier triomphe sur la terre pour l’acheminer vers le Ciel par la voie royale de la Croix. Dans les premiers mois de l’année, la mort lui enlevait deux vétérans, MM. Fraineau et Corre ; puis l’élection de Mgr Bonne vint lui imposer le plus douloureux des sacrifices ; enfin, l’épreuve d’une longue maladie a achevé de purifier son âme. Le 21 septembre, 26e anniversaire de son sacre, nous avions la douleur d’accompagner notre vénéré Père à sa dernière demeure. Daigne le Divin Maître lui accorder, au plus tôt, la couronne méritée par 45 ans de vie apostolique !
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« Voici maintenant un compte rendu sommaire du présent Exercice.
« Un complot anarchiste a jeté les Autorités dans un véritable affolement. Dans chaque département, deux officiers de police surveillent la presse, les meetings, avec mission de prévenir et de réprimer l’éclosion des « idées dangereuses ». Le corps enseignant a reçu ordre d’insuffler à la jeunesse le culte des ancêtres et des héros de la patrie ; chaque jour, des processions d’écoliers se rendent aux temples shintoïstes sous la conduite de leurs maîtres. Nous assistons à une réaction d’un chauvinisme que l’on pouvait croire mort. Puissions-nous n’en être que de simples spectateurs ! Certaines brèches à la liberté de conscience seraient de nature à provoquer des difficultés sérieuses. Quant aux esprits égarés, l’usage exclusif de la force, loin de les convaincre, leur ferait plutôt croire qu’il suffit de pouvoir user du même argument pour avoir raison.
« Au lieu de suivre le missionnaire dans les différents districts de la Mission, nous étudierons les diverses étapes de la grâce dans le travail de la conversion et de la formation chrétienne.
« Deux siècles et plus de persécution ont amoncelé les préjugés, et un grand pas sera fait le jour où le catholicisme sera mieux connu et, partant, apprécié avec plus d’équité. Les calomnies les plus absurdes trouvent créance auprès du peuple. M. Bonnet, appelé à « évangéliser un village païen, est assailli d’objections : « Est-il vrai, lui demandait-on entre « autres choses, que les missionnaires arrachent le foie des chrétiens morts pour en faire des « remèdes ? » Cette pratique paraît venir des Chinois qui attribuent au foie une vertu toute spéciale.
« Quoi qu’il en soit, deux ou trois procès récents ont démontré que le cas n’est nullement chimérique, même au Japon. Sans doute de pareilles histoires n’ont pas cours dans la classe éclairée ; mais ses préjugés à elle, pour être d’un ordre plus intellectuel, n’en sont guère plus raisonnables. Ecoutez ces pédagogues réunis dans le district du P. Nakamura : « Adorez vos ancêtres, laissez de côté la religion étrangère ! »
« Voyez-vous ce jeune lycéen, nourri de toutes les sciences européennes ? Il s’arrête à la porte du P. Fukahori, et lui crie, avec la fierté d’un coq dressé sur ses ergots : « Vous autres « Japonais n’avez-vous pas honte d’abandonner la religion nationale pour vous mettre à la « remorque des étrangers ? » Ce ne sont là, évidemment, que des échos affaiblis d’une résistance opiniâtre à l’idée d’une religion qui échapperait à la mainmise de l’Etat.
« Aussi, est-on heureux de souligner les témoignages plus ou moins désintéressés, que des hommes influents rendent parfois en faveur du catholicisme. M. Cavaignac a été invité à suivre, pendant huit jours, les conférences données à Kagoshima par M. Tanimoto, professeur « à l’Université Impériale de Tôkiô : « Le professeur traita de la nécessité de l’éducation « religieuse, dans la réunion générale des instituteurs du département. Quelle ne fut pas ma « surprise de l’entendre proclamer le christianisme supérieur au bouddhisme et plus propre à « assurer la grandeur du Japon. Il démolit avec humour les vieilles calomnies dirigées contre « la Religion chrétienne et se moqua spirituellement de ceux qui commettaient la sottise de les « rééditer. Il ne s’en est pas tenu à des généralités distinguant le catholicisme d’avec le « protestantisme, il a affirmé que la doctrine catholique, sauvegarde de l’autorité, répondait « mieux aux besoins du pays. » La bonne parole tombait à pic : puisse-t-elle avoir pour effet d’orienter cet auditoire vers le christianisme.
« L’ascension vers la vérité se fait bien lentement, sans doute, mais le missionnaire constate, du moins, avec bonheur que les païens en apprécient les fruits. Le médecin en chef de l’hôpital de Naze avait à pourvoir au remplacement d’une infirmière sage-femme : « Une « dame déjà âgée, rapporte M. Fressenon, sollicitait la place. Le docteur lui a préféré une fille « catholique qui venait d’obtenir seulement son brevet : « Que ne puis-je, disait-il au « missionnaire, remplir l’hôpital d’infirmières chrétiennes ! leur dévouement faciliterait « beaucoup ma tâche. »
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« La grâce du baptême s’obtient parfois au prix d’héroïques sacrifices : témoin ce récit de M. Lemarié.
« Megumi O Sada, âgée de dix-sept ans, avait grandi dans une famille païenne qui poussait « jusqu’au fanatisme la haine du nom chrétien. Cependant, la jeune fille lisait en cachette les « livres de ses compagnes catholiques ; son cœur s’ouvrit peu à peu à la vérité, et finalement « elle résolut de se faire baptiser. Mais à peine en eut-elle demandé la permission à ses parents « qu’elle fut cruellement battue, garrottée et soumise aux tortures de la faim.
« La crainte de la voir succomber calma un peu la colère des parents et leur surveillance « vint à se relâcher ; la jeune fille en profita pour s’enfuir à Yatsushiro, chez les Sœurs de « Saint-Paul de Chartres. La pauvre victime était bientôt ramenée de force dans sa famille et « livrée à d’indignes traitements : treize jours durant, attachée toute nue à une colonne, elle « subit les pires outrages. Mais la persécution ne fait que l’affermir dans sa volonté de devenir « chrétienne et elle parvient, à se réfugier une seconde fois auprès des Sœurs. Le Divin Maître « a daigné couronner ses épreuves en lui accordant la grâce tant désirée du baptême. »
« Ecoles et œuvres de bienfaisance sont de puissants moyens de conversion ; elles permettent aux païens de prendre contact avec la doctrine et la charité catholiques. Nous devons rendre hommage au zèle éclairé, au dévouement sans borne avec lequel Marianistes, Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles, Franciscaines Missionnaires de Marie, Sœurs de Saint-Paul de Chantres travaillent dans le champ commun du Père de famille.
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« La sainte Eglise ne se contente pas d’enfanter : mère féconde, elle nourrit et élève ses nouveau-nés. Partout les Missionnaires se sont efforcés de faciliter la première communion des petits enfants et d’établir, parmi les chrétiens, la communion fréquente : « Dans le district « de Hirado, écrit M. Matrat, déjà plus de 250 enfants ont eu le bonheur de recevoir le Pain « des forts. Les parents se sont fait un devoir de les accompagner à la sainte Table, répondant « ainsi à l’appel du Divin Maître : Laissez venir à moi les petits enfants. »
« Dans les anciennes chrétientés, les catéchistes volontaires, au nombre de plus de trois cents, aident les Missionnaires à instruire les chrétiens enfants et adultes. La générosité de ces fidèles descendants des anciens martyrs a permis à M. Pélu d’élever deux écoles de catéchistes : puissent-elles fournir à tous les postes des auxiliaires pieux et instruits !
« Nos vieux chrétiens, longtemps confinés dans de pauvres îles, commencent à s’y trouver à l’étroit et à déborder sur le continent. Cette émigration apporte un surcroît de préoccupations au missionnaire : ce sont les plus malheureux qui s’éloignent, et il faut veiller à les grouper autour d’un nouveau clocher sous peine de voir ces essaims absorbés par l’élément païen.
« Dans les nouveaux postes établis au milieu des populations païennes, la situation matérielle du missionnaire devient de plus en plus précaire. Jusqu’ici il a vécu heureux, en compagnie de la sainte pauvreté ; malheureusement, l’harmonie menace de se rompre sous la pression de Dame misère dont les assiduités viennent trop souvent troubler la paix du foyer : Mendicitatem et divitias ne dederis mihi ; tribue tantum victui meo necessaria. »
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