| Année: |
1912 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 4.550
Baptêmes d’adultes 261
Baptêmes d’enfants de païens 335
Conversions d’hérétiques 4
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Nos Confrères de la Mission de Hakodaté ont le bonheur d’enregistrer un chiffre de conversions et de baptêmes d’enfants de païens sensiblement plus élevé que celui de l’année dernière. La divine Providence se plaît à bénir leurs persévérants efforts. Voici le compte rendu, tout rempli d’esprit apostolique, que nous adresse le vénéré Mgr Berlioz.
« Pendant cet exercice, écrit Sa Grandeur, nous nous sommes appliqués à mettre nos travaux sous le patronage des 26 Martyrs du Japon, dont nous avons célébré, selon nos humbles moyens, le cinquantenaire de la canonisation.
« En jetant un coup d’œil sur ces premiers 50 ans écoulés, il faut reconnaître que le sang des Martyrs a été, pour ce pays, une semence féconde de chrétiens et une source de bénédictions abondantes, si l’on en juge par les magnifiques résultats obtenus, Quel champ parcouru depuis ce premier pas de 1862, marqué par la construction de l’église du Sacré-Cœur, à Yokohama, alors que les missionnaires étaient encore tenus en quarantaine dans les trois ports de Yokohama, de Nagasaki et de Hakodaté ! On peut bien dire aujourd’hui : In omnem terram exivit sonus eorum. Sans doute, l’œuvre d’évangélisation semble paralysée sous l’influence de l’enseignement matérialiste, du règne du naturalisme et de l’ivresse du chauvinisme ; mais la même force qui a déjà renversé tant d’obstacles, humainement insurmontables, aura bien raison aussi de ceux qui obstruent maintenant la lumière de l’Evangile : Princeps hujus mundi ejicietur foras ! On peut donc prédire que nos successeurs auront à chanter, en 1962, un Te Deum plus retentissant encore que celui de 1912.
« Cette année jubilaire aura été marquée, dans notre Mission, par la fondation de quatre résidences, la construction ou l’achèvement de cinq chapelles, l’établissement d’un hôpital catholique, le relèvement du dispensaire des Sœurs de Hakodaté, l’agrandissement des écoles des Religieuses de Saint-Paul de Chartres, à Sendai et à Morioka, et l’addition d’une nouvelle aile au Monastère des Trappistines. Avant la fin de l’année, n’y aura-t-il pas lieu de nous réjouir encore de la formation d’une nouvelle Mission dans nos provinces du littoral de la Mer du Japon ! Il est grand temps que les forces catholiques s’unissent dans la croisade menée contre le paganisme et l’hérésie.
« S’il y a eu avancement dans l’occupation du pays, il y a eu aussi progrès sensible dans l’état spirituel de nos chrétientés. Nos chiffres, tout modestes qu’ils paraissent, sont un peu plus élevés que ceux des dernières années. Les missionnaires témoignent d’ailleurs que la ferveur des fidèles va en s’affermissant, depuis qu’ils s’adonnent à la communion fréquente. On en jugera par les lignes ci-après du R. P. Sous-Prieur du Monastère de N. -D. du Phare, où le nombre des communions de dévotion a été de 12.894 pour les Trappistes, et de 14.914 pour les Cisterciennes.
« A la chapelle des chrétiens, écrit le P. Sous-Prieur, le nombre des communions s’élève, « en moyenne, de 110 à 120 par semaine. Dans une allocution que Votre Grandeur daigna leur « adresser au mois de novembre 1910, elle leur recommanda la pratique de la communion « fréquente, suivant la prescription du Décret Sacra Tridentina Synodus de la S.C. du Concile. « Depuis lors, les enfants et les chrétiens se sont fait un bonheur de s’approcher souvent de la « sainte Table. Les enfants, en particulier, communient tous les jours. ils font la préparation et « l’action de grâces en commun. Plusieurs même font tous les matins un quart d’heure de « méditation avant d’assister à la sainte Messe. Le catéchiste leur lit, pour leur faciliter cet « exercice, un passage de la traduction de l’Horloge de la Passion de saint Alphonse de « Liguori, ou d’autres livres de piété. Cet exercice produit d’excellents résultats ; car nous « n’avons qu’à nous louer de la conduite des enfants. »
« Les quatre nouvelles résidences dont il a été question ci-dessus, ont été établies, deux dans la grande île Nippon et deux dans le Hokkaidô. Dans le Nippon, sur la côte Nord-Est, nous avons pu enfin nous installer à Hachinohe, qui est la ville principale du district de M. Biannic. Jusqu’à présent, il avait dû résider dans un village éloigné, Sambongi, où nous avions un pied-à-terre, grâce à la générosité d’une famille chrétienne.
« Dans la partie Sud-Est de la Mission, à Kôriyama, nous construisons actuellement une chapelle sous le vocable de sainte Anne. Kôriyama est une ville qui se développe à vue d’œil et qui compte déjà plus de 20.000 habitants. Nous y avons une soixantaine de chrétiens, administrés ces dernières années par le missionnaire résidant au chef-lieu. Les protestants américains y ont trois de leurs sectes.
« Les deux autres nouvelles stations ont été fondées dans le Hokkaidô par les soins de nos dévoués auxiliaires, les Pères Franciscains, l’une à Kutchan, au sud d’Otaru, village inconnu il y a quelques années, mais qui est devenu, en 1910, un centre administratif ; l’autre à Shiraoï, sur le côté est, pour l’évangélisation des aborigènes Aïno, qui ont dans ce village une de leurs plus fortes agglomérations, 50 maisons environ. Cette œuvre intéressante, ébauchée par le regretté M. Rousseau, a été reprise par la base pour être continuée méthodiquement par les Religieux de saint François, qui disposent d’un personnel ad hoc. Il fut un temps où un missionnaire anglican s’était adjugé le monopole des Aïno, et il avait pu croire à son triomphe définitif en voyant disparaître M. Rousseau. Aujourd’hui, un de ses principaux catéchistes est déjà au service du zélé P. Alexis, qui est en train de faire oublier auprès des sauvages le Rev. Batchelor.
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« L’hôpital catholique de Sapporo, le premier fondé au Japon sur un pied régulier et complet, est tenu par les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. Fonctionnant suivant tous les règlements de la Faculté et muni d’un outillage de premier choix, il n’a pas eu de peine à conquérir la confiance du public. Dès le premier mois, il a fait tous ses frais, et même, dans le courant de l’été, il a fallu construire un nouveau local pour les malades. Médecins, gardes-malades, domestiques, tout le personnel est catholique, ou en train de le devenir ; 36 baptêmes y ont été enregistrés ; beaucoup de malades ont été catéchisés, et les chrétiens qui y ont fini leur vie, ont pu recevoir les sacrements des mourants. Voilà, certes, de quoi réjouir et encourager les zélées Religieuses, le R. P. Wenceslas, l’âme de leur maison, et notre confrère, M. Lafon, qui a coopéré si efficacement à l’établissement de cette belle œuvre.
« A Hakodaté, le relèvement du dispensaire des vaillantes Sœurs de Saint-Paul mérite bien une mention spéciale. Depuis la terrible nuit du 26 août 1907, dans laquelle 13.000 maisons avaient été brûlées, le dispensaire des Religieuses avait passé par toutes les phases du provisoire — et quel provisoire ! Tout d’abord, alors que les cendres étaient à peine refroidies, ce fut à l’abri des pans de mur de l’ancienne cuisine, que les consultations furent données. Puis, on acheta une maison de paysan dans laquelle furent taillées, tant bien que mal, les pièces nécessaires ; on s’y mit à l’abri du vent et du froid en collant du papier sur les parois en planches ; mais combien le tout était minable ! Enfin, après cinq ans de patience et de privations, l’ancien dispensaire est relevé, et les orgueilleux prud’hommes qui avaient désiré que les œuvres des Sœurs fussent anéanties, sont bien obligés de reconnaître qu’elles conservent encore leur caractère d’utilité publique.
« Nous devons aussi féliciter et remercier les Religieuses de Saint-Paul d’avoir pu, cette année, agrandir leurs écoles de Sendai et de Morioka. Le nombre toujours croissant des élèves qui les fréquentent, prouve que les parents apprécient à leur juste valeur la discipline et les garanties morales qu’on rencontre dans les établissements catholiques.
« La bénédiction d’une nouvelle chapelle est toujours un grand sujet de joie et le signe d’un véritable progrès : son érection rend une plus grande gloire à Dieu, affirme la vitalité de l’Eglise, augmente la confiance des fidèles, invite les faibles à se relever ; elle dit, enfin, au public païen qu’il n’a plus le droit de nous ignorer.
« Depuis l’automne de 1911 jusqu’à la fin de 1912, nous aurons eu cette joie, à Otaru, pour la chapelle du Sacré-Cœur ; à Kameda, faubourg de Hakodaté, pour celle de Saint-Michel ; à Aomori, pour celle de N. -D. des Victoires ; à Hachinohe, pour celle de N.-D. de Pitié ; à Wakamatsu, pour celle de l’Immaculée-Conception ; et à Morioka, pour celle du Très-Pur-Cœur de Marie. Que Notre-Seigneur en soit glorifié et qu’il daigne récompenser au centuple tous les bienfaiteurs de la Mission !
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« Quelle portée aura, pour la Religion, la. convocation faite au Ministère de l’Intérieur, le 25 février dernier, des représentants des religions établies au Japon ? Quelques-uns voient dans cette initiative l’intention qu’aurait le Gouvernement de reprendre le projet du Règlement ecclésiastique déjà présenté en 1899, lequel projet avait avorté devant l’opposition des Bouddhistes. Peut-être avait-il eu le tort, à cette époque, de revêtir une forme par trop autoritaire. Cette fois-ci, on y mettrait plus de formes et l’on procéderait par voie de persuasion ; mais ce serait pour arriver quand même à faire de la religion un instrument de gouvernement, ainsi que le prouve la première résolution adoptée par l’assemblée et formulée en ces termes : « Les trois confessions, bouddhiste, shintoïste et chrétienne, s’engagent, « chacune selon ses méthodes à elle, à servir la Maison Impériale et à sauvegarder la morale « sociale. » Cette formule, toute vague qu’elle nous paraisse, donna toute satisfaction au Vice-Ministre de l’Intérieur. Elle dut plaire aussi aux orthodoxes russo-japonais, qui y trouvent leur principale raison d’être et une assurance officielle de protection.
« D’autres ont vu, dans cet acte du Ministère de l’Intérieur, un aveu sincère qu’il ne peut y avoir d’éducation complète sans religion. Il doit en avoir la preuve dans les rapports de plus en plus navrants qui lui arrivent journellement de tous les points de l’Empire : menées des anarchistes, détournements et infidélités dans les bureaux de 1’Etat, dans les banques, scandales financiers, assassinats et vols, débordement des mœurs, suicides de jeunes gens. Le torrent grossit toujours en dépit des efforts surhumains d’une police admirablement faite.
« Il ne reste plus qu’une ressource, celle de la religion, qui, seule, peut éclairer la conscience et faire naître des aspirations plus élevées. Ainsi peuvent et doivent penser ceux des hommes de bon sens du Ministère de l’Intérieur qui ont le sentiment de leur responsabilité. Au Ministère de l’Instruction publique, où la responsabilité est limitée à l’enseignement dégagé de ses conséquences morales, et où l’on a posé en principe qu’il sera areligieux, on se rit de ces expédients, fruits d’une crainte naïve et condamnée par la Science. Plus que jamais, on y proteste que la religion sera éliminée de l’école et que, pour base de la morale, on s’en tiendra au Rescrit impérial du 13 octobre 1890.
« Il est vrai que ces Messieurs, tout en faisant profession ouverte d’athéisme et de matérialisme, semblent se contredire lorsqu’il est question de shintoïsme. Quel zèle ne montrent pas les directeurs d’école à conduire leurs élèves en pèlerinage aux temples dédiés aux ancêtres de l’Empereur ou aux dieux-héros de la patrie ! Qu’on en juge par la citation suivante d’un classique, revêtit de l’estampille du Ministère et rendu obligatoire dans toutes les écoles primaires.
Histoire du Japon à l’usage des enfants. — Chapitre premier. — La grande déesse de la lumière céleste. — « Sa Majesté l’Empereur eut pour premier ancêtre la grande déesse de la « lumière céleste. Semblable à l’éclat du soleil, sa dignité atteint les plus hauts sommets de la « sublimité et les dernières limites de l’universalité. Le temple où la grande déesse reçoit les « hommages de ses adorateurs est celui de « dai-jin-gu » dans la province d’Ise.
« Notre Empire du Japon est celui que, dès l’origine, la grande déesse fit gouverner par son « petit-fils, « Ni-nigi-no-mikoto ». Quand elle daigna y descendre, elle dit : « Cette terre est « l’empire que je donne à ma postérité impériale. Va donc, ô toi, ma postérité impériale, et « gouverne-le. Glorieux sera ton règne ; il n’aura pas d’autres limites que celles du ciel et de « la terre ! » Ainsi daigna-t-elle parler. Si notre empire n’a pas été ébranlé pendant 10.000 « générations, c’est sans doute en vertu de cette antique promesse. La grande déesse lui remit « ensuite un miroir, un glaive et un joyau ; c’est ce que nous appelons les trois divins trésors. « — Lorsque tu regarderas ce miroir, ajouta la grande déesse, fais comme si tu me regardais « moi-même ! » Ainsi daigna-t-elle parler.
« Depuis cette époque, les divins trésors ont été transmis de génération en génération, et « c’est par la tradition qui en est faite, que se transmet la dignité impériale. »
« On voit par cette citation en quoi consistent la soi-disant neutralité de l’enseignement et l’attitude areligieuse du monde universitaire. Son prétendu athéisme absolu ne l’empêche pas de courber et de faire courber la tête devant les divins génies du shintoïsme.
« Sans doute, nous devons être les premiers à nous réjouir que l’on prêche l’origine divine du pouvoir ; mais ces dieux et déesses qui ont leurs temples, leurs ministres, leurs prières religieuses, leurs cérémonies superstitieuses, leurs fêtes publiques et obligatoires, ne sont pas le Dieu que nous adorons. Nous fera-t-on croire que ce culte shintoïste n’est qu’un code d’étiquette civile ; purement civile, et, partant, ne portant pas atteinte à la liberté de conscience promulguée dans la Constitution ? Les hommes politiques s’efforcent de le persuader à ceux qui se réclament de la liberté de conscience. Mais leur opinion, subjective et commandée par l’opportunisme, ne changera pas la réalité objective du shintoïsme dont le caractère religieux est affirmé par les historiens et les encyclopédistes, d’accord en cela avec le peuple en général.
« Derrière le Japon de surface, qui a des sourires pour tout le monde et que l’on agrée en général trop facilement, il y a un levain caché, fait de présomption obstinée, d’exclusivisme radical et de chauvinisme exagéré, qui porte le beau nom d’ « âme de la patrie », yamotodamashii. On peut expliquer ce sentiment, d’une certaine manière, par le tempérament d’insulaire de la population ; mais, en réalité, ne plonge-t-il pas ses racines les plus profondes dans le shintoïsme national, lequel serait le dernier retranchement du démon ? Tous les jours nous entendons dire que le christianisme est incompatible avec le patriotisme japonais, et cela, parce qu’il proscrit le culte des héros morts pour la patrie et des ancêtres de la Maison Impériale. Cependant, Dieu merci, tous les genoux ne plient pas devant Baal : l’objection ci-dessus perd de plus en plus de sa conviction pour passer dans le domaine de la convention, laquelle finira bien par se rendre en face de l’évidence.
« En attendant il faut lutter pied à pied, et continuer avec courage le travail pénible et peu rémunérateur du défrichement et des semailles. Vienne bientôt le jour où l’on pourra chanter : Venientes autem venient cum exultatione portantes manipulos suos ! »
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