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Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Chatron

III. ― Osaka

Population catholique 3.943
Baptêmes d’adultes 376
Baptêmes d’enfants de païens 776
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« L’année 1911-1912, écrit Mgr Chatron, a eu, comme les précédentes, ses épreuves et ses difficultés spéciales dans la Mission d’Osaka ; mais les consolations ne lui ont pas manqué. Les Missionnaires reconnaissent que leurs fidèles se montrent de plus en plus attachés à la pratique des sacrements et fermes dans la foi. La communion fréquente dans tous les postes, le Pain des Anges donné aux tout petits, ont grandement contribué à ce progrès dans la piété, malgré les obstacles du démon.
« Le grand événement de l’année, pour le Japon, est la mort de l’empereur Mutsuhito, qui, tout dieu qu’il était selon les fables du japon, a dû se soumettre à la loi commune : statutum est omnibus hominibus semel mori. Ce n’est pas seulement un règne qui finit, c’est une époque qui se clôt. L’ère Meiji : lumière, intelligence, fait place à l’ère Taisho : droiture, probité.
« Il faudra, sans doute, un certain nombre d’années, pour apprécier à sa juste valeur le règne de cet Empereur. Mais, dès aujourd’hui, il est aisé de constater les changements extraordinaires qui se sont opérés en ce quasi demi-siècle de sa durée. En 1868, au moment de l’accession au trône de Mutsuhito, il n’y avait, au japon, ni constitution, ni chambres., ni armée, ni marine, ni journaux, ni chemins de fer, ni télégraphes. A sa mort, on constate une merveilleuse transformation qui promet de continuer. C’est une évolution, encore trop matérialiste, il est vrai. Mais Dieu qui gouverne les nations, donnera au Japon de voir bientôt son évolution morale et son entrée dans le concert des peuples soumis à leur Créateur.
« Jusqu’ici, le Dai Nippon a été pour le monde l’exemple par excellence d’une nation disciplinée. On attribue cela au soi-disant code du « Bushido », c’est-à-dire patriotisme, union, dévouement au trône, au pays, à la famille. C’était une éducation faisant passer tous les enfants, tous les élèves dans le même moule, sans tenir compte de leurs capacités individuelles. La religion du shintoïsme, ― si toutefois on peut appeler ce système « une religion », vu qu’il n’a ni morale, ni dogme, ni livres sacrés, — en était la base. Dans cette religion ou tradition, comme quelques-uns se contentent de l’appeler, l’Empereur est le fondement de tout, seule inspiration vitale de ce qui est loyauté, à tel point qu’aujourd’hui encore, on exalte ce chef de gare qui se suicide parce que le train impérial a eu un petit accident et un retard dans sa gare. De même, on va élever un autel au général Nogi, le vainqueur de Port-Arthur, qui pour accompagner l’Empereur dans l’autre monde, s’est suicidé avec sa femme la nuit des funérailles.
« Pour entretenir cette idée, le portrait de l’Empereur est exposé dans toutes les écoles, et les victoires et les succès remportés sur terre et sur mer ne sont attribués qu’aux vertus de l’Empereur et de ses ancêtres.
« Toutefois, malgré tous ces efforts, on constate que de grands changements se produisent dans les idées de la nouvelle génération, témoin ces éclats périodiques du socialisme et de l’anarchie parmi les étudiants ; témoin, encore, ce fameux complot de Kotokou, qui, avec 23 complices, tramait le meurtre de l’Empereur lui-même.
« Pour réagir contre ces tendances, parut le fameux Rescrit impérial sur l’éducation, rescrit lu solennellement à chaque fête dans les écoles. Toutefois, pour tout observateur exempt de préjugés, il est facile de constater que ce rescrit n’atteint pas le but proposé. Au commencement de cette année, s’est montrée une remarquable manifestation de l’anxiété qui existe à cet endroit. M. Tokonami, vice-ministre de l’Intérieur, ayant fait un voyage en Europe et en Amérique, fut très impressionné et par le pouvoir qu’exerce la religion en Occident et par l’absence de ce facteur spirituel au Japon. Pour y remédier, il eut l’idée de convoquer à Tokyo une réunion de 53 bonzes, 13 ministres shintoïstes, et 6 ministres chrétiens, dans le but d’une coopération entre les religieuses qu’ils représentaient pour stimuler le sens moral du peuple.
« De cette réunion sortirent les deux résolutions suivantes : 10 Les trois religions s’emploieront, chacune dans sa sphère et selon ses moyens propres, à sauvegarder la destinée impériale et la morale nationale. 20 Les délégués prient le Gouvernement de vouloir bien user de son autorité pour faire cesser toute lutte entre la politique, l’éducation et la morale afin de sauvegarder les destinées de la nation.
« Résolutions assez platoniques. Mais enfin on ne peut s’empêcher de constater que, pour la première fois, la Religion chrétienne est reconnue par ceux qui détiennent le pouvoir et ceci a été si sincère, qu’aux funérailles de l’Empereur, à Kioto, les autorités nous ont invités à envoyer un représentant du diocèse catholique d’Osaka. Il faut reconnaître qu’il a fallu du bon sens et une énergie peu commune, aux hommes du Gouvernement, pour faire ainsi volte-face et se mettre à adorer ce qu’ils ont pendant des siècles si ardemment persécuté et brûlé. Daigne le bon Maître leur ouvrir tout à fait les yeux !
« Les ouvriers évangéliques attendent cette heure avec confiance et sèment le bon grain, sachant que le Soleil de Justice le fera lever en son temps.

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« Dans la Mission d’Osaka, l’œuvre se poursuit sans incident bien extraordinaire et les Missionnaires ont recueilli quelques conversions. Dans la paroisse de la cathédrale, il y a eu 154 baptêmes : « Des circonstances particulières, écrit M. Luneau, ont facilité l’entrée des « femmes-catéchistes dans les hôpitaux, et, d’autre part, l’association charitable des dames « chrétiennes a donné ses ressources et offert son travail, de concert avec des dames encore « païennes, pour assister les malades et leur procurer des vêtements. Dans tel hôpital, en « particulier, les femmes-catéchistes sont regardées comme des envoyées du ciel et bien rares « sont les malades qui refusent de se laisser instruire et de recevoir le baptême au moment de « la mort. »
« Douze catéchumènes ont été baptisés à Uchiawajimachi. Une salle de réunion y a été installée pour les chrétiens. Tout laisse espérer que ce poste se développera. M. Bousquet enregistre 92 baptêmes à Kitano, et, pour une population chrétienne de 290 membres, il compte 1.300 confessions et plus de 6.000 communions. Le Missionnaire a vu mourir, à trois semaines de distance, ses deux catéchistes, Joseph Sejima et sa femme, qui, tous deux, avaient travaillé avec zèle à la fondation du poste. Joseph a voulu recevoir l’Extrême-Onction à genoux et le surlendemain il a rendu sa belle âme à Dieu, après avoir reçu une dernière fois la sainte Eucharistie.
« A Zifuku, écrit M. Villion, notre pieux et zélé médecin, Petro Hara, nous a « généreusement préparé une maison de prière, où désormais nous pourrons suivre de plus « près le travail de la grâce qui se prépare visiblement dans ce village. » Le nouveau catéchiste du Missionnaire, un bonze converti, Francesco Miyoshi, parcourt tout le pays où il était connu comme bonze, et avec zèle, il dit aux gens : « Vous me reconnaissez, n’est-ce « pas ? Et vous me trouvez bien changé. Ecoutez- moi, et je vais vous dire pourquoi je suis « devenu chrétien !
« M. Charron est heureux de voir ses efforts couronnés de quelques succès, à Himeji. « Ma « gerbe, dit-il, n’est pas encore bien considérable : 14 baptêmes, dont dix d’adultes. Ce « résultat modeste ne manque pas, néanmoins, de me consoler, parce que ces nouveaux « chrétiens appartiennent à trois familles qui vont me servir de base sérieuse ; en effet, ils sont « jeunes, pleins d’ardeur et ne désirent qu’une chose, faire de nouveaux néophytes.
« A partir de la semaine prochaine, nous ferons une réunion par semaine dans chaque « famille. De cette manière, on occupe les chrétiens ; on les fait travailler ; on les entraîne, car « on les fait parler autant qu’on leur parle ; on arrive ainsi à les faire étudier et à provoquer « leur émulation. Ce sont, si je puis m’exprimer ainsi, de grandes manœuvres en « permanence. »
« M. Marie, chargé du poste de Hiroshima, s’écrie avec joie : « Je n’ai pas vu, depuis que « je suis ici, autant de païens demander ou se prêter à recevoir l’instruction religieuse. »
« Au commencement de ce compte rendu, s’écrie, à son tour, M. Puissant, mon premier « mot sera celui de la reconnaissance envers le bon Dieu, qui, cette année, a bien voulu bénir « d’une façon toute spéciale les travaux des catéchistes du poste de Kishiwada. Au total, nous « avons donné 195 baptêmes dont 52 d’adultes, 140 d’enfants in articulo mortis et 3 d’enfants « de chrétiens. »
« M. Puissant a essayé un genre d’apostolat dont il espère beaucoup de fruits, du moins pour l’avenir. Il invite les enfants de l’école à venir à la mission au sortir de leurs études. Dix à quinze répondent déjà à son appel. Le Père les interroge sur leurs leçons, leur explique quelques questions du catéchisme, leur apprend le Pater, l’Ave, le Credo. Volontiers, ils entrent à la chapelle pour réciter leur prière, puis ils jouent ensemble et rentrent chez eux.
« A Kioto, une fervente protestante a abjuré après 35 ans d’attachement à l’erreur. Sa conversion au protestantisme avait été l’occasion pour son fils d’étudier l’Evangile ; mais celui-ci, sachant distinguer l’erreur de la vérité, avait demandé le baptême catholique. Très zélé et très instruit, il devint catéchiste. Malgré tous ses efforts, il n’avait pu, jusqu’alors, arracher sa mère à l’hérésie. Dieu vient enfin d’exaucer ses prières et la pauvre vieille a fait son abjuration et reçu les derniers sacrements sur son lit de mort, dans de grands sentiments de joie et de piété. Ayant réuni auprès d’elle ses enfants et petits-enfants, dont plusieurs sont encore protestants, elle leur dit : « Le protestantisme est commode pour vivre, mais ne vaut « rien pour mourir ! Depuis que je suis catholique, mon âme jouit d’une joie inconnue jusque-« là. »
« Cette année, je n’ai à offrir au Roi des Apôtres qu’une gerbe de 15 baptêmes, écrit M. « Deruy. Je comptais, à Matsue, sur un résultat supérieur, car, de fait, j’ai préparé encore « plusieurs catéchumènes, qui, au dernier moment, ont été arrêtés, les uns pour un motif, les « autres pour un autre. Dans cette partie du Japon, il reste beaucoup de préjugés contre le « catholicisme. Dans les écoles les professeurs le calomnient, les élèves se moquent de leurs « camarades chrétiens, et, dans beaucoup de familles, embrasser la doctrine évangélique, c’est « renier ses ancêtres et trahir la patrie. »
« A Miyazu, le progrès du catholicisme s’affirme spécialement dans les sympathies de la population et de l’autorité elle-même, si profondément hostile il y a quelque vingt ans. Le Missionnaire, au moment de la maladie de l’Empereur, ayant affiché, à la porte de son église, une permission générale d’y entrer pour prier, afin d’obtenir le rétablissement de la santé de Sa Majesté, le maire lui-même est venu tout de suite faire ses dévotions, et il a été suivi de la plupart des employés, venant par groupes se prosterner dans le temple du vrai Dieu.
« Le district d’Okayama compte 66 baptêmes. M. Duthu, qui en est chargé, a passé l’année aux prises avec de grandes et longues souffrances qu’il a portées avec courage et une très édifiante résignation à la sainte volonté de Dieu. Sur l’ordre du médecin, il a dû se résoudre à
quitter son poste momentanément, pour aller chercher la guérison au Sanatorium de HongKong.
« Les résultats obtenus dans le poste de Tamashima sont de six baptêmes : Tsu en enregistre 28. La communion fréquente ou hebdomadaire commence à devenir en honneur chez les chrétiens. « Que d’obstacles nous rencontrons à chaque pas dans l’évangélisation du « monde païen ! s’écrie M. Birraux. Les religions nationales sont si faciles : brûler quelques « grains d’encens devant la statue d’un bouddha quelconque, faire quelques prostrations « devant un autel shintoïste, ce sont des actes d’un bon bouddhiste, d’un bon citoyen. Quant « aux devoirs envers Dieu et à la morale, on ne s’en soucie pas. L’homme le plus perdu de « mœurs, comme le plus sceptique, peuvent professer une religion si accommodante. »

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« Si je ne craignais d’allonger trop ce rapport, je pourrais choisir encore dans les récits de mes Confrères un grand nombre de détails et de faits édifiants qui montrent la piété des fidèles, les sacrifices auxquels se soumettent les âmes de bonne volonté pour s’attacher à l’Evangile, les travaux et la constance des missionnaires qui ne sont pas toujours récompensés par un succès immédiat. Beaucoup sèment encore dans les larmes. Mais un jour se lèvera, où ils viendront joyeux portant leurs gerbes pleines !
« Durant cette année, des maladies très graves ont éprouvé plusieurs missionnaires à la fleur de l’âge, et malheureusement la guérison paraît encore bien éloignée. Ces maladies ont été un sérieux obstacle au travail et produisent, dans plusieurs postes, des vides que je ne puis combler. Mais les souffrances de nos chers malades, supportées en parfaite soumission à la sainte volonté de Dieu, sont un grand sujet d’édification pour les chrétiens et les païens et attireront sûrement les bénédictions de Dieu sur notre Mission.
« Les Bulletins paroissiaux continuent leur œuvre dans chaque district, entretiennent la piété et créent une union plus intime entre les différents postes. Les relations des essais, des succès, des échecs même, stimulent le zèle des chrétiens et des catéchistes.
« L’imprimerie, que M. Marmonier dirige avec beaucoup d’habileté et de succès, a pu éditer 26 volumes et près de 100.000 exemplaires. Ces ouvrages, spécialement destinés aux fidèles, entretiennent et développent la pratique des grandes dévotions de l’Eglise.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance continue à donner des consolations. Les enfants sont pieux, soumis, appliqués à l’étude. Lorsque l’âge est venu, ils sont placés en apprentissage, dans diverses industries, et les plus intelligents sont envoyés à l’Ecole des Frères Marianistes. Grâce aux connaissances qu’ils y acquièrent, ils sont à même de se créer une position plus élevée dans la société.
« Les bons et zélés Frères Marianistes, par leur splendide école du commerce, l’Etoile Brillante, continuent leurs succès. Ils ont conquis la sympathie et la confiance des autorités et des meilleures familles d’Osaka et des environs. Plus de 600 élèves fréquentent cette école. Les règlements de l’Instruction publique défendent aux maîtres d’enseigner la religion pendant les classes. Toutefois, ils trouvent facilement l’occasion en traitant le chapitre de la morale et de l’histoire, de redresser les erreurs contenues dans les livres officiels et d’entrer dans des explications et des développements sur les questions importantes.
« Les Religieuses du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles s’occupent avec zèle et dévouement de leurs œuvres diverses, écoles, orphelinats, asiles, ouvroirs. A Osaka, grâce à l’agrandissement de l’Ecole Supérieure, le nombre des élèves a considérablement augmenté. A Kobé, les Religieuses ont pu faire l’acquisition d’un terrain et de bâtiments très propices, et, assurément, leur œuvre prendra de l’extension. Dans le courant de l’année, les Dames du Sacré-Cœur, après s’être installées à Tokyo, sont venues apporter à la Mission d’Osaka un nouveau et précieux secours. Elles ont ouvert une école à Kobé et, de suite, elles ont conquis la sympathie.
« Leur personnel composé de françaises, d’anglaises, d’allemandes, leur a permis d’organiser une école pour toutes les branches de l’éducation, et les jeunes filles appartenant à la population internationale de Kobé et des environs, patronneront largement cette école.
« Durant notre retraite, un terrible typhon s’est abattu sur toute l’étendue de notre Mission. Jamais je n’avais vu le baromètre descendre si bas : il était à 720 m/m. La force de l’ouragan était telle que des arbres de 150 et 200 ans ont été déracinés, ou brisés par le milieu. Comme tous les Confrères étaient réunis, nous étions dans de grandes appréhensions au sujet de nos postes de l’intérieur du pays. Si, au retour, les Missionnaires ont trouvé des dégâts matériels considérables, ils ont eu cependant à rendre grâce à la divine Providence qui n’a pas permis qu’aucune église, ou maison fût renversée.
« En terminant ce rapport, nous supplions le Divin Maître des Apôtres de nous envoyer de nouveaux ouvriers, et nous remercions nos bienfaiteurs, qui, par les secours de leurs prières et leur assistance matérielle, nous ont donné de continuer notre œuvre d’évangélisation et d’étendre un peu le royaume de Dieu. »


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