| Année: |
1912 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokyo |
| Rédacteur: | Mgr Rey |
CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon
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I. — Tokyo
Population catholique 9.803
Baptêmes d’adultes 824
Baptêmes d’enfants de païens 260
Conversions d’hérétiques 8
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Le diocèse de Tokyo a fait une grande perte dans la personne du regretté Mgr Bonne, qui s’est éteint pieusement à Tokyo, le 11 janvier, après huit mois seulement d’épiscopat.
Mgr Rey, au début de son premier compte rendu, adresse un souvenir ému à la mémoire de son prédécesseur et nous fait le récit de ses derniers moments. « Une grande égalité d’humeur, ajoute Sa Grandeur, une fermeté à la fois douce et inébranlable, un rare esprit de sagesse et de discrétion avaient acquis au Prélat, pendant les courts mois de son administration, la confiance de tous.
« Il nous fut bien agréable de le constater durant sa maladie et au moment de ses funérailles. Les fidèles ne cessèrent de venir prier dans la chambre mortuaire pendant les trois jours qu’il y resta exposé ; leur attitude fut une prédication sur tout le parcours du cortège jusqu’au cimetière d’Aoyama, où Mgr Bonne repose à côté de Mgr Osouf. »
« Le Saint-Siège, continue Mgr Rey, m’a imposé le lourd fardeau de l’administration de ce diocèse. La cérémonie du sacre a eu lieu le 25 juillet dernier. L’évêque consécrateur fut Mgr Berlioz, évêque de Hakodaté, qui fêtait lui-même, ce jour-là, le vingt et unième anniversaire de sa consécration épiscopale. Il était assisté de Mgr Chatron, évêque d’Osaka, et de Mgr Mutel, vicaire apostolique de Séoul. Mgr Demange, vicaire apostolique de Taikou, avait bien voulu aussi venir rehausser la cérémonie de sa présence.
« Qu’il me soit permis d’offrir ici mes respectueux et sincères remerciements à NN. SS. les Vicaires apostoliques de Corée, qui n’ont pas reculé devant les fatigues d’un long voyage pour donner à l’évêque de Tokyo ce témoignage de leur fraternelle sympathie.
« Par suite de la maladie très grave de S. M. l’Empereur, toute démonstration extérieure fut supprimée. On se borna seulement à la cérémonie religieuse, qui eut lieu dans l’église de l’Immaculée-Conception, choisie de préférence aux autres églises de Tokyo, à cause surtout de ses vastes dimensions, vastes au moins pour le Japon ; d’ailleurs, elle rappelait au cœur du nouvel élu d’anciens et doux souvenirs. Elle pouvait à peine contenir les fidèles accourus de la ville et des environs. Un clergé nombreux, appartenant à tous les diocèses du Japon et à toutes les communautés religieuses qui travaillent avec nous, assistait à cette cérémonie, affirmant ainsi l’union qui existe entre tous les ouvriers apostoliques, séculiers et réguliers.
« Bien qu’on fût dans la saison des plus fortes chaleurs, qui éloignent régulièrement chaque année de Tokyo, pendant près de deux mois, tous ceux que les affaires ne retiennent pas nécessairement à la capitale, un grand nombre de personnalités distinguées furent présentes.
« Je cite, entre autres, M. le Directeur du Bureau des cultes au ministère de l’Intérieur ; M. le capitaine Ch. Bertin, attaché militaire à l’ambassade de France, qui représentait S. Exc. M. Gérard, notre ambassadeur, absent de Tokyo ; LL. Exc. MM. les Ministres de Belgique et d’Espagne avec tout le personnel de leurs légations, et plusieurs membres influents de la colonie étrangère de Tokyo et de Yokohama.
« A la fin de la cérémonie, l’Évêque consécrateur, en quelques mots bien appropriés à la circonstance qui émurent profondément les cœurs des Japonais présents toujours si attachés à leur Souverain, invita l’assemblée à prier pour la guérison de l’auguste malade : et tons unirent leurs voix pour obtenir cette faveur du Ciel. Mais nos prières ne devaient pas être exaucées : l’Empereur s’éteignit cinq jours plus tard, le 30 juillet.
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« La maladie et la mort de l’Empereur ont permis de constater la profonde vénération dont il était l’objet de la part de tous ses sujets. Depuis le jour où la Maison Impériale commença à publier, chaque jour et même plusieurs fois par jour, le bulletin de l’état de Sa Majesté, on peut dire que le pays tout entier se sentit ému comme par l’appréhension, pour chacun, de perdre un père.
« Les abords du palais furent envahis par des foules qui se remplaçaient constamment et témoignaient leur respectueuse sympathie par une attitude triste et recueillie : elles offraient des prières pour la conservation de leur Souverain.
« Nos fidèles ne se montrèrent pas les moins empressés dans l’expression de leur sincère loyalisme. Sur leur demande expresse, je célébrai dans l’église cathédrale, le 26 juillet, le lendemain de mon sacre, une messe à laquelle de nombreux représentants des six paroisses de Tokyo se firent un pieux devoir d’assister, afin d’obtenir la guérison de leur Souverain, bien-aimé.
« Les journaux de Tokyo qui publiaient chaque jour tout ce qui avait trait à la maladie de l’Empereur, relatèrent le fait en termes élogieux. Le Supérieur de la Mission de Tokyo était déjà allé s’inscrire au Palais : quelques jours plus tard, tous les Evêques du Japon et de la Corée faisaient la même démarche en leur nom et au nom de leurs diocèses respectifs.
« Nous n’oublions pas que c’est sous le règne éclairé de l’Empereur défunt que prirent fin les édits de persécution qui, pendant trois siècles, ont affligé l’Eglise du Japon ; ils étaient destinés à effacer dans ce pays toute trace de catholicisme. Les épreuves sont maintenant l’histoire du passé. Aujourd’hui, les descendants des anciens chrétiens, aussi bien que les néophytes, jouissent de la liberté de conscience qui leur est accordée par la Constitution de 1889.
« L’assurance en avait été donnée d’abord lors de la Mission remplie auprès du Souverain par Mgr Osouf, comme représentant de S. S. Léon XIII. En réponse à la lettre du Saint-Père, l’Empereur déclarait que sa protection s’étendait à ses sujets catholiques comme aux autres. Mgr Osouf fut invité à certaines fêtes du Palais, et sa Majesté ne manquait jamais, dans les audiences qui avaient lieu à cette occasion, de lui adresser quelques paroles courtoises.
« Lorsque, plus tard, à la suite de la guerre Russo-Japonaise, Mgr O’Connell fut envoyé par le Saint-Père pour remercier l’Empereur de la protection accordée à tous les catholiques combattants des deux nations, le Prélat fut très favorablement accueilli. A chacune de ces deux Missions, l’Empereur répondit par l’envoi d’un représentant chargé de remettre une lettre au Pape. Tout semble indiquer que ces bonnes relations se maintiendront.
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« Avant d’entrer dans le détail des travaux des missionnaires et de nos auxiliaires, il ne sera pas superflu de jeter un coup d’œil sur l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la Religion. Le compte rendu de l’année dernière faisait allusion à certaines instructions secrètes adressées par le Ministre de l’Instruction publique aux instituteurs des écoles élémentaires. Ils étaient invités à user de leur influence pour faire réparer les temples shintoïstes de leurs localités respectives et à y conduire leurs élèves, sinon en bloc, du moins par délégations.
« Le régime suivi dans les écoles avait été, jusque-là, celui de la neutralité. Cette innovation parut indiquer des dispositions non seulement hostiles au christianisme, mais encore contraires à l’article de la Constitution qui garantit la liberté de conscience : aussi, fut-elle vivement attaquée et critiquée par la Presse. Entre temps, un changement de Cabinet eut lieu et les instructions ministérielles restèrent lettre morte.
« Le nouveau Ministère donna sans retard des marques évidentes de ses dispositions favorables à la religion chrétienne. Le Ministre de l’Intérieur prit même l’initiative de la traiter sur le même pied que les autres religions du Japon. Par l’organe de M. Tokonami, vice-ministre de l’Intérieur, une circulaire fut communiquée à la Presse, dans laquelle il était déclaré que pour la formation de la jeunesse l’instruction et la Religion devaient s’entr’aider, une éducation morale qui ne reposerait pas sur la religion étant considérée comme de tout point défectueuse. Comme conclusion, M. Tokonami proposait la réunion d’une conférence, à laquelle seraient convoqués les représentants de tous les cultes, afin de les mettre en relations les uns avec les autres, et, le cas échéant, provoquer un échange de vues sur les questions de morale religieuse à l’ordre du jour.
« La circulaire fut mal comprise et vivement critiquée. On attribuait au Ministère une arrière-pensée, celle de vouloir mettre la main sur les différentes religions, ce qui aurait été une atteinte portée à la Constitution : cette interprétation ne prévalut pas et la Conférence fut convoquée pour le 25 février. Le Supérieur du diocèse de Tokyo reçut une invitation, à titre de représentant de la Mission catholique ; six pasteurs protestants japonais devaient représenter les principales sectes protestantes ; cinquante-trois bonzes, les sectes bouddhiques ; et treize Kannushi, les treize sectes shintoïstes. Les prêtres shintoïstes des temples de l’Etat n’étaient pas convoqués, parce que ce culte n’est pas considéré officiellement comme une religion.
« Les différents corps religieux répondirent à l’invitation, à l’exception de la secte bouddhique Shinshu qui ne voulut pas prendre part à une assemblée sur un pied d’égalité avec le christianisme.
« La Conférence se réunit au jour fixé. Le Supérieur de la Mission se fit remplacer par un prêtre japonais, M. Honjo. Le Ministre de l’Intérieur, M. Hara, ouvrit lui-même la séance. Il borna son discours à quelques paroles de bienvenue et fit ensuite les honneurs d’un banquet amical, servi de façon à respecter les convictions religieuses des convives.
« Le lendemain, les représentants se réunirent pour remercier le Ministre de l’Intérieur. Avant de se séparer, ils se déclarèrent disposés, mais en restant fidèles à leurs convictions respectives, à travailler au bien de l’Etat et à contribuer au développement de la moralité nationale. Ils espéraient, d’autre part, que les représentants du pouvoir civil se montreraient pleins d’égards envers la religion et feraient en sorte que des relations amicales existent entre les représentants de l’Etat, de la Religion et de l’Enseignement.
« On s’est demandé quel avait été le résultat de la Conférence. Si on cherche un résultat direct et visible, on n’en voit pas, sinon une nouvelle sanction donnée au principe de la liberté de conscience. Mais le résultat indirect a été très grand : la réunion de cette Conférence a été une reconnaissance publique de l’importance de la religion en matière d’enseignement. Jusque-là, le Gouvernement l’avait considérée comme une superstition, qui ne pouvait en rien contribuer à la création et au maintien des bonnes mœurs sociales. L’initiative prise en haut lieu permet d’espérer que la Religion sera désormais traitée avec plus d’égards.
« En ce qui touche le christianisme, et le catholicisme en particulier, ils ne seront plus ignorés et considérés comme une religion étrangère. C’est ce qu’ont bien compris nos fidèles : ils s’en réjouissent et s’en trouvent grandement encouragés. Puisse ce nouvel état de choses éveiller chez eux un plus vif sentiment de leur responsabilité dans l’œuvre de la propagation de notre sainte Foi !
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« Les renseignements fournis par les Missionnaires sur l’état de leurs districts respectifs, permettent de constater que les résultats obtenus, durant cet exercice, sont légèrement supérieurs à ceux de l’année dernière. Le chiffre de la population catholique japonaise et celui des baptêmes d’adultes, accusent une modeste augmentation.
« Le nombre des conversions n’est pas en proportion des efforts des Missionnaires ; mais, à défaut de conversions nouvelles, l’esprit chrétien s’affermit de plus en plus chez les fidèles. La fréquentation des sacrements et l’assistance régulière à la messe du dimanche en sont un témoignage saisissant, très consolant pour l’avenir. Il y a des districts où l’assistance quotidienne au saint sacrifice n’est pas une chose rare.
« Parmi les païens, on a observé, en quelques endroits, un mouvement sérieux vers la religion. M. Lissarrague, chargé du district d’Asakusa, qui a enregistré 17 baptêmes d’adultes, a inscrit une douzaine de catéchumènes qui seront baptisés à la Toussaint. L’école maternelle
qu’il a établie auprès de son église, a eu un plein succès, tant auprès des païens que des chrétiens : elle est un précieux instrument de propagande.
« Pendant cet exercice, grâce aux secours procurés par de généreux bienfaiteurs, la chrétienté d’Ashikaga a été dotée d’une chapelle et d’une maison pour le missionnaire. A Mito, un lieu de réunion pour les fidèles et une résidence pour le prêtre ont été établis sur l’emplacement des deux maisons détruites, il y a 6 ans, par un incendie : bâties au prix des sacrifices que se sont imposés les chrétiens et nos Confrères, ces constructions ne peuvent manquer d’être bénies de Dieu.
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« Pendant que les Missionnaires sont occupés au ministère apostolique proprement dit, nos Auxiliaires religieux et les Religieuses de divers Instituts nous apportent leur concours dévoué et fructueux.
« Les Frères Marianistes, aidés par la généreuse sympathie de leurs protecteurs japonais, ont réussi à se procurer un terrain voisin de leur établissement. Leur école primaire y sera transférée au mois d’avril prochain : les bâtiments actuels seront à la disposition du collège. Ils pourront ainsi mieux satisfaire aux demandes d’admission qui deviennent chaque année plus nombreuses ; depuis quelque temps, ils avaient le grand regret de refuser des élèves. Les parents sont portés à choisir pour leurs enfants l’Ecole de l’Etoile du Matin, à cause de son excellente discipline et du dévouement de ses maîtres. Un certain nombre de jeunes gens répondent à l’appel de la grâce, et tous y perdent les préjugés contre la religion chrétienne qui ont cours dans le milieu païen.
« L’Etablissement Saint-Joseph de Yokohama, tenu également par les Marianistes, est un grand bienfait pour la population étrangère de cette ville, mais tout particulièrement pour les familles catholiques.
« Les RR. PP. Jésuites sont définitivement installés sur le terrain qu’ils ont acheté au cours de cette année. Tout en donnant des leçons dans quelques établissements, ils travaillent à préparer un programme pour l’enseignement supérieur. En attendant la réalisation de leur projet, ils ont ouvert un internat destiné exclusivement aux étudiants des hautes écoles.
« Les Religieuses de Saint-Maur, de Saint-Paul de Chartres et du Sacré-Cœur, font pour les filles ce que les Marianistes font pour les garçons. Leur action est même plus étendue, car les enfants reçues à l’école maternelle pourront poursuivre leurs études primaires et supérieures, et, après les avoir terminées, compléter leur éducation en suivant des cours spéciaux organisés dans ce but. Cette amélioration est l’œuvre de ces dernières années, et déjà le nombre des élèves augmente sans interruption.
« A côté de l’enseignement procuré aux enfants des familles aisées, nous trouvons chez les Sœurs de Saint-Maur, comme chez les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, des œuvres de bienfaisance : orphelinats de jeunes filles, ouvroirs, dispensaires avec visite des malades à domicile.
« La Mission entretient, à Tokyo, un orphelinat de garçons qui célèbre, cette année, le 25e anniversaire de son installation à Sekiguchi : il donne toujours des résultats satisfaisants.
« La Léproserie de Gotemba, soutenue par la générosité de ses bienfaiteurs, continue à abriter de nombreux malades auxquels la connaissance et la pratique de la religion apportent une consolation dans leur infortune.
« Les établissements de bienfaisance dirigés soit par les Sœurs, soit par la Mission, ont mérité l’attention des autorités publiques qui leur ont donné des encouragements et des secours. Dans une réunion convoquée dernièrement par le Ministre de l’Intérieur et à laquelle assistaient des représentants de tous les établissements de bienfaisance, publics et privés, les œuvres catholiques ont été citées avec éloge et proposées comme modèles, à cause de l’esprit de sacrifice et de dévouement humble et caché qui en est la base et la vie.
« Les œuvres de presse, auxquelles se dévouent quelques Confrères, s’adressent à toutes les classes de la société. Les unes, sous le nom de Tracts, sont destinées aux personnes instruites, païens ou chrétiens ; les autres, avec une ambition moindre, mais non moins utiles, vont, sous forme de revues, éclairer les néophytes, depuis les plus petits jusqu’aux plus grands, et développent en eux l’esprit religieux.
« En terminant, conclut Mgr Rey, je suis heureux de mentionner que plusieurs de nos jeunes gens catholiques, sortis des hautes écoles, se réunissent pour s’encourager à la piété et pour mettre en commun leurs lumières et leur zèle, afin d’étendre davantage leur action religieuse sur leurs compatriotes. »
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