| Année: |
1913 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 3.782
Baptêmes d’adultes 228
Baptêmes d’enfants de païens 304
Conversions d’hérétiques 1
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« La création d’une nouvelle Mission, écrit Mgr Berlioz, ayant toujours pour résultat immédiat l’accroissement de la sainte Eglise, nous voilà tout consolés, à l’avance, de la diminution de nos chiffres, causée par la cession à la Préfecture apostolique de Niigata, des trois départements de Niigata, d’Akita et de Yamagata.
« Tout ce versant de la mer du Japon, qui faisait partie de l’ancien Vicariat apostolique du Japon Septentrional, avait forcément été mis au second plan dans le programme d’évangélisation. Aussi, à part Niigata, qui était, avec Sado, un des cinq ports ouverts avant les traités de 1899, tous les postes de cette région sont-ils de fondation récente : Akita, 1884 ; Tsurugaoka, 1890, et Yamagata, 1903. Ils sont aussi plus clairsemés que ceux du versant de l’océan Pacifique. Séparées par une longue chaîne de montagne, ces régions de l’est et de l’ouest ont toujours été plus ou moins regardées comme deux mondes à part. Aujourd’hui même, ce n’est pas sans de très grandes difficultés que l’administration du chemin de fer travaille à les unir.
« Au point de vue ethnologique, les savants prétendent que les populations de l’ouest présentent, dans leur masse, des types différents de ceux de l’est. Au point de vue religieux, on s’accorde également à dire qu’elles sont, plus qu’ailleurs, figées dans le bouddhisme ; et que c’est une des raisons pour lesquelles elles se sont montrées, jusqu’ici, plus réfractaires à la religion chrétienne.
« Il était donc grand temps qu’une Société de Missionnaires distincte, vint occuper ce monde à part, et déployer tous ses moyens d’action contre cette place forte du paganisme, qui n’avait pas encore été assez vigoureusement assiégée. La jeune Société du Verbe Divin, déjà si fortement constituée, a donc ample matière pour exercer son zèle et son activité. Un bel avenir lui est réservé, croyons-nous ; car le bouddhisme a au moins cela de bon, qu’il entretient le sentiment religieux et peut fournir une base à la greffe chrétienne ; ce que l’on ne saurait attendre de l’athéisme matérialiste, qui abaisse au lieu d’élever.
« A la première nouvelle de la création de la Préfecture Apostolique, nos confrères, MM. Dalibert et Ma-thon, qui occupaient encore deux points du territoire cédé, accueillirent leurs remplaçants avec la cordialité qui distingue les membres de notre chère Société, catholique avant tout. Faisant abnégation de leurs personnes, ils présentèrent les nouveaux missionnaires aux fidèles comme une preuve de fait de la merveilleuse unité de l’Eglise. Tous d’ailleurs, n’étaient pas des inconnus ; et, là où ils l’étaient encore, ils avaient été précédés par leur bonne réputation. Dieu merci, tout se passa dans l’harmonie et la tranquillité de l’ordre.
« M. Mathon vint alors s’installer à Ichinoseki, poste resté vacant depuis le départ pour la France du cher M. Raynaud. Déjà il a eu la consolation d’y administrer deux baptêmes d’adultes et d’organiser des cours de religion, qui l’ont mis en relation avec bien des âme de bonne volonté, dont plusieurs seront baptisées. Par ses soins et son dévouement, une nombreuse famille chrétienne, que la misère avait jetée dans le découragement, a pu être remise dans le bon chemin, et tirée de l’embarras matériel où elle languissait. M. Cesselin, qui administre le district pendant l’absence de M. Mathon, m’écrit que le retour de notre confrère est vivement désiré par les chrétiens et sera béni de tous.
« M. Dalibert dit sa dernière messe à Yamagata le 8 décembre 1912 ; puis, accompagné de la respectueuse affection de ses chrétiens, il se mit en route pour fonder un nouveau poste à Shirakawa. Cette ancienne ville féodale marque le sud de notre Mission et n’est qu’à cinq heures de chemin de fer au nord de Tokio.
« La bénédiction solennelle de plusieurs des chapelles, dont il était parlé dans le précédent compte rendu, a donné lieu à des fêtes très consolantes. Celle de Wakamatsu, qui eut lieu le 18 août 1912, réunit non seulement les chrétiens de la ville mais encore ceux de toute la région d’Aïzu.
« Le 10 novembre 1912, date de la bénédiction de l’église de Morioka, marquera dans les annales de cette ville. En effet le conseil municipal avait décidé que tous les honneurs de la journée seraient réservés à notre fête, et, pour cela, il avait jugé à propos de surseoir à une autre inauguration publique, fixée d’abord à ce même dimanche. Est-ce à dire que la municipalité de Morioka soit chrétienne ? L’adjoint est bien un catholique convaincu ; mais le maire et les autres autorités civiles et militaires, qui nous honorèrent de leur présence, ont été mus uniquement par l’estime dont jouit la Mission catholique. A lui seul, ce simple fait, rare jusqu’ici, démontre que, Si l’heure de la moisson n’a pas encore sonné au Japon, il n’en est pas moins vrai qu’une moisson se prépare et qu’elle est en train de mûrir.
« L’église de Morioka est sous le vocable du Très Pur Cœur de Marie, et rappelle le vœu que fit en 1884, Mgr Forcade, en mettant le pied, pour la première fois, sur la terre du Japon. Mes félicitations à M. Pouget, qui continue si heureusement les travaux de ses prédécesseurs à Morioka : la nouvelle église fait l’éloge de son goût. Mes remerciements aussi à ce pieux moine de Notre-Dame du Phare, qui a bien voulu dessiner les plans de l’édifice et y mettre sa touche de véritable artiste.
« La bénédiction de la chapelle de Hachinohe se fit le 25 mai. Elle n’a pas eu l’éclat de celle de Morioka, pour la bonne raison que ce poste n’a encore qu’un an d’existence. Ce fut plutôt une fête de famille sous le regard maternel de Notre-Dame de Pitié. Deux baptêmes solennels eurent lieu ce jour là, à la grande satisfaction de M. Biannic, titulaire du district, qui escompte beaucoup d’autres conquêtes.
« M. Raynaud occupe une succursale de Hachinohe. Il a retrouvé en France, avec la santé, son ardeur d’antan ; il prêche, il catéchise et ne néglige rien pour seconder M. Biannic.
« Trente-trois baptêmes pour le district de Sendai, c’est là un bien faible résultat, écrit M. « Jacquet, mon cher vicaire général. Si du moins j’avais quelques faits intéressants et de « belles espérances à présenter, cela me consolerait un peu ; mais rien encore de ce côté là. Le « nombre des chrétiens, au lieu d’augmenter, tend à diminuer à cause de l’émigration. J’ai « ainsi perdu plusieurs familles, et des meilleures.
« Par contre, je n’ai que des éloges à donner à nos bonnes religieuses de Saint-Paul de « Chartres, qui se dévouent au soin des malades et à l’instruction supérieure des jeunes filles. « Grâce à Dieu, leur école est la mieux notée de tout le département ; elle jouit de la haute « protection du préfet et des autorités subalternes. L’année dernière, nos Sœurs avaient été « obligées de doubler les salles de classe ; or, cette année, à la rentrée des cours, elles ont dû « refuser une quarantaine d’élèves, bien qu’elles en aient admis 20 de plus que ne le per- « mettent les règlements. »
« M. Charles Cesselin s’est dévoué avec le zèle et la piété qui le distinguent, à l’administration de son district de Kesennuma. Ce district n’était pas encore desservi par le chemin de fer, à combien de marches forcées et de privations de tout genre n’a pas dû se condamner notre cher confrère ! Plus d’une fois sa santé a été ébranlée, et il s’est vu contraint de battre en retraite sur Sendai, où, grâce aux bons soins de M. Jacquet, il a vite réparé ses forces.
« M. Marion constate que son petit troupeau de Pukushima progresse sous le double rapport du nombre et de la ferveur : « Je crois même, ajoute-t-il, que plus tard « il fera très bonne figure dans la mission. »
« Le poste d’Aomori, ravagé par l’incendie du 3 mai 1910, n’est pas encore complètement reconstitué ; mais M. Hervé travaille avec autant de savoir-faire que de dévouement à le relever de ses ruines.
« M. Auger, administre Hirosaki, depuis le mois de mai, époque où son prédécesseur, M. Hervé, fut nommé à Aomori. Notre confrère a entrepris la formation d’un noyau de chrétiens modèles, et il espère réussir, au moyen de l’étude plus approfondie du catéchisme et de la fréquentation des sacrements. Tel est, en effet, la vraie manière de s’y prendre, quand on veut établir une chrétienté sur des bases solides et durables.
« En 1912, j’ai fait une tournée pastorale dans le Hokkaido, notre grande île du nord, désignée en Europe sous le nom de « Yezo » (sauvage), lequel, depuis longtemps, n’a plus cours au Japon. Je dirai un mot des principales stations que j’ai visitées.
Monastère de Notre-Dame des Anges. — « L’appel au noviciat régulier des premières postulantes japonaises a été l’événement de l’année. Elles étaient huit : quatre religieuses de chœur et quatre converses. Ainsi en avait décidé le T. R. P. Dom Edmond Obrecht, abbé de Gethsémani (Kentucky), qui a fait, en janvier dernier, la visite de nos deux monastères Cisterciens. Je donne les nom et prénom du vénéré Père Abbé, à l’intention des confrères de la Société qui l’ont connu aspirant à Paris. De Singapore à Hakodaté, il a rencontré beaucoup de ses anciennes connaissances de la rue du Bac. Après quarante ans de séparation et d’un genre de vie si différent, quelle douce joie de se retrouver avec le même cœur ; de revivre ensemble les beaux jours du Séminaire, et, surtout, de travailler de concert à une même œuvre !
« L’examen auquel furent soumises, le 28 mars, les postulantes, suffit pour me convaincre que la décision du T. R. P. Visiteur était bien motivée, et la cérémonie de la vêture fut fixée au lundi de la Pentecôte. Une neuvième postulante, qui était un sujet d’édification pour toute la communauté, devait devancer les huit élues ; elle eut le bonheur de faire sa profession sur son lit de mort, et d’être ainsi la première fleur cueillie par le divin Epoux des vierges, dans son jardin fermé de Notre-Dame des Anges. Dom Edmond, qui a visité bien des maisons cisterciennes, me disait qu’il n’en avait pas rencontré de plus fervente que la nôtre. La bonne impression qu’il emporta de ce monastère lui fit trouver, peu après son retour au pays des dollars, la somme nécessaire pour ajouter un clocher à la jolie chapelle qui se construit à Notre-Dame des Anges, d’après les plans de M. Auger.
« Kameda. — « A Kameda, faubourg de Hakodaté, je vi pour la première fois la gracieuse église construite par le R. P. Maurice Bertin O. F. M., titulaire de ce district. En examinant dans ses détails le pieux sanctuaire de Saint-Michel, on est vraiment étonné de la perfection des ouvrages exécutés par les menuisiers et les sculpteurs japonais, dont le P. Maurice avait guidé la main. Aussi menuisiers et sculpteurs sont-ils fiers du maître qui a mis en relief leurs talents cachés, et travaillent-ils sous sa direction à des prix très modérés. Mais ce zèle du Père pour la maison de Dieu, en fait deviner un autre, plus grand encore, pour les temples vivants du Saint Esprit.
« Durant les longs mois d’hiver, il catéchise à loisir les enfants et les jeunes gens et les forme aux pratiques de la vie chrétienne. Aussi la fête de Pâques fut-elle pour eux une vraie résurrection. Ils reçurent la confirmation, ce jour là, et rentrèrent chez eux fortifiés par la grâce du sacrement.
Notre-Dame du Phare. — « Dans notre Mission, les chrétiens sont plus dispersés qu’ailleurs, et on arrive difficilement à réunir, à la messe du dimanche, autant de fidèles qu’il y en a à la paroisse de Notre-Dame du Phare. En effet, ils sont déjà 158 ; et, comme ils obéissent au son de la cloche, c’est plaisir, avant les offices, de les voir suivre à la file les nombreux sentiers qui sillonnent la propriété du monastère, pour se rendre à la chapelle. Et dire que ces plateaux, aujourd’hui si bien cultivés et émaillés de jolies habitations, étaient encore déserts en 1896 et ne produisaient que des herbes sauvages et des fougères !
« Les familiers du monastère sont bien à l’étroit dans leur chapelle provisoire. Pour peu qu’ils doivent s’y mouvoir, l’embarras augmente. C’est ce qui eut lieu le 1er avril, lorsque les vingt confirmands, accompagnés de leurs parrains, s’avancèrent vers le sanctuaire. Heureux embarras, qui a déterminé le chapitre de la Communauté à voter la construction d’une église, répondant non seulement aux besoins actuels, mais capable de faire face aux exigences de l’avenir. Il y avait d’ailleurs au monastère un Beseleel pour concevoir et dessiner les plans ; des bras aussi, pour les exécuter. Quant aux matériaux, la Providence saurait bien les fournir. Dès la fonte des neiges, on se mit à creuser les fondations ; et le jour où l’évêque donnait la confirmation, il était invité à bénir la première pierre de la future église de Sainte Rite. Elle aura eu le mérite d’être construite en entier par les Religieux et les chrétiens qu’ils administrent.
Kutchan. — « Chaque région du Japon septentrional a sa haute montagne, en forme de cône, qu’on décore du nom de « Fuji »; par analogie avec le fameux « Fujiyama », connu de tous les étrangers qui visitent le Japon. Le Yezo a donc, lui aussi, son « Fuji », d’une régularité remarquable ; et, c’est à sa base qu’est situé Kutchan, village ignoré, il y a quelques années, et devenu aujourd’hui un centre administratif assez important. Nos dévoués auxiliaires, les Pères Franciscains, ont su profiter des facilités de la première heure, pour y acquérir un terrain et établir un poste. En arrivant à Kutchan le 5 avril, je trouvai la terre recouverte d’une couche de neige de 4 à 6 pieds d’épaisseur, et il me fallut littéralement « descendre » pour entrer dans la maison des Pères. Au cœur de l’hiver, c’est bien autre chose encore ! Mais ce long blocus favorise plutôt l’évangélisation, car le chômage qu’il impose à tout le monde, permet aux chrétiens des villages éloignés de confier leurs enfants au missionnaire, pour faire instruire ceux qui ne fréquentent plus l’école. La maison des Pères est aussi un lieu de rendez-vous pour la haute société de Kutchan. On y voit assez régulièrement un directeur de banque, le médecin en chef de l’hôpital, des professeurs, des policemen, et même les enfants du lieutenant-gouverneur, accompagnés de leur mère, qui voudrait bien devenir chrétienne. Elle professe un grand respect pour les ministres du culte catholique, et, à l’occasion de mon passage, elle convoqua les dames de la Ligue patriotique, dont elle est la présidente locale. Malgré le mauvais temps, ces dames se réunirent au nombre de 200, dans la grande salle de l’école communale. La présidente, en ouvrant la séance, parla avec une modestie et une distinction vraiment remarquables. Elle fut suivie à la tribune, par son mari, qui tonna vigoureusement contre l’invasion du luxe dans la société japonaise. « C’est par millions de yen, dit-il, que se chiffre le montant des importations des eaux de « senteur et autres articles de toilette ». Il donna ensuite la parole à l’évêque catholique qui fut écouté avec une grande bienveillance. Un autre auditoire, m’attendait, et il était plus de 10 heures du soir lorsque les derniers visiteurs se retirèrent. La journée du 6 avril en dit long sur le zèle de nos bons religieux, l’estime dont ils sont l’objet de la part de la population et les consolants résultats obtenus, au cours de cette première année d’évangélisation Kutchan.
« Sapporo mura, résidence centrale des Pères Franciscains. « Le R. P. Supérieur, qui était venu assister à la fête de Kutchan, me conduisit le lendemain à sa résidence de Sapporo mura. J’y passai une semaine, et chaque jour eut son programme à part. Les étudiants de l’Université, logés au nombre de 10 à la maison de famille qui dépend du couvent, vinrent à plusieurs reprises me soumettre leurs doutes sur la religion.
« L’hôpital des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, situé non loin de la résidence des Pères, a réalisé de grands progrès depuis un an : le personnel a augmenté, le local a été agrandi, les salles sont chauffées à la vapeur, la clientèle est devenu plus nombreuse et l’administration du chemin de fer en a fait « son hôpital » ; ce qui, entre autres avantages, procure à notre médecin en chef le privilège de voyager gratis sur toute la ligne ferrée. Mais le progrès, qui nous touche le plus, est celui que nous constatons dans les baptêmes administrés par les religieuses : 9 d’adultes et 49 d’enfants moribonds.
« Tandis que les malades de l’hôpital jouissent de tout le confort de la civilisation moderne, les Sœurs en sont encore réduites à loger dans les étroites mansardes de la pharmacie, où elles gèlent en hiver et grillent en été. Si édifiante que soit une telle abnégation, tout le monde trouve qu’elle a assez duré et qu’il est temps d’y mettre un terme, en procurant aux religieuses un logement moins incommode.
Sapporo. — « Cette chrétienté, administrée par M. Lafon avec le concours de M. Anchen, vient de donner naissance aux deux nouveaux postes de Hiroshima et d’Iwamizawa. C’est M. l’abbé Bulteau, du diocèse de Cambrai, qui a fondé et organisé ce dernier poste, au prix de très grands sacrifices. Iwamizawa perpétuera le souvenir de cet insigne bienfaiteur au Japon, et appellera les bénédictions de Dieu sur sa personne, comme sur tous ses amis de France qui ont bien voulu coopérer à son œuvre.
« En se divisant ainsi, Sapporo ne s’est pas sensiblement diminué. Du reste, l’arrière-garde des catéchumènes est là pour combler les vides occasionnés par la division ; et les chrétiens déjà existants sont de ceux dont on peut dire : « Non numerantur sed ponderantur. »
« Le triduum préparatoire à la fête du 27 avril donna toute satisfaction. Matin et soir, la chapelle était bondée ; pendant le jour, les visites au saint Sacrement et les exercices du chemin de la Croix se succédaient presque sans interruption. Et à l’égard de l’évêque, quel religieux respect et quelle filiale confiance ! J’en ai été vivement touché. Le dimanche, nous eûmes vingt confirmations ; mais la messe pontificale ne put avoir lieu. L’assistance envahissait tout l’espace jusqu’à la ligne des enfants de chœur ; seul le marchepied de l’autel était libre. Les prières ordinaires de la messe furent récitées avec une piété, un ensemble, qui rappelaient le cor unum et anima una de la primitive Eglise. Ah ! si la masse du peuple connaissait le don de Dieu, comme la fervente chrétienté de Sapporo ! Nos successeurs jouiront, un jour, de ce merveilleux spectacle, qu’il nous est donné de voir en réduction. Qu’on ne dise donc pas que les Japonais sont inconvertissables...
Otaru. — Otaru, qui compte plus de 100.000 habitants, est par excellence la ville du va-et-vient. Là prennent pied les milliers d’immigrants, qui arrivent, chaque année, des quatre coins de l’empire. Tous ne sont pas poussés par la misère ; il y en a qui, perdus de réputation dans leur pays natal, viennent cacher leur honte dans ce ramassis d’inconnus. Un tel milieu n’est nullement propice à l’évangélisation. M. Cornier y a rencontré néanmoins de belles âmes, depuis dix ans qu’il travaille à la fondation du poste. Malheureusement, ses néophytes éprouvent comme tant d’autres Japonais le besoin d’aller s’établir ailleurs, pour peu que la fortune semble les y convier. Cette année, par exception, le nombre des nouvelles recrues atteint presque celui des émigrés. Chose consolante toutefois, au milieu de ce va-et-vient continuel, l’attachement des brebis d’Otaru reste acquis à leur pasteur, qui fait tout ce qu’il peut pour les retenir en son bercail. Il y a des missionnaires qui semblent appelés à travailler pour les autres postes : le cher M. Cornier est de ce nombre, et son mérite s’en est que plus grand aux yeux de Dieu. A l’occasion de la confirmation, le 4 mai dernier, il m’a été donné de constater le bon esprit de la chrétienté d’Otaru, sa docilité à l’égard du missionnaire et le zèle des catéchumènes à s’instruire de la doctrine.
Hakodaté. — « J’ai passé la fête de la Pentecôte à Hakodaté, et j’ai eu la joie de célébrer une messe pontificale dans mon église cathédrale, grâce aux Pères Franciscains qui ont bien voulu compléter notre personnel. Ce jour là, j’ai baptisé deux adultes et confirmé vingt-huit néophytes.
« Les détails qui suivent, fournis par M. Chambon, chef du district de Hakodaté, permettront de se rendre compte du bien opéré dans cette station, et des grâces de salut que Notre-Seigneur daigne répandre sur les travaux du missionnaire et de son vicaire, le P. Hayasaka :
« Que faisons-nous tons deux ici ? Je vais vous le dire :
« Le dimanche, explication de l’Evangile à la messe de 7 heures, et du catéchisme à celle « de 10 h.; réunion des dames à 3 heures du soir, et des hommes à 7 heures. Chaque jour, « catéchisme pour les enfants à 5 heures du soir ; ils viennent nombreux : parfois nous en « avons une vingtaine, tant chrétiens que païens. Chaque semaine, catéchisme à domicile « chez les nouveaux chrétiens ou les catéchumènes. Deux fois par mois, réunion chez les « chrétiens, le vendredi soir.
« En outre, nous avons obtenu la permission de donner, chaque mois, une conférence « religieuse dans un hôpital privé. Déjà une infirmière et le pharmacien se déclarent chrétiens « et demandent le baptême. Leur désir sera exaucé dès qu’ils auront complété leur « préparation. Or, jusqu’ici, ils penchaient vers le protestantisme.
« La pieuse chrétienne qui, avec un dévouement héroïque, visitait les hôpitaux publics « pour ondoyer les enfants en danger de mort, est aux prises avec une maladie qui la force « souvent à garder le lit. Elle a pu néanmoins, cette année encore, baptiser 18 enfants et 5 « adultes à l’article de la mort. »
« Les œuvres des pieuses et dévouées Sœurs de Saint-Paul de Chartres : orphelinat, école ménagère, pensionnat et pharmacie, contribuent beaucoup à donner de l’importance au poste de Hakodaté. Les règlements civils, qui interdisent aux Sœurs infirmières d’aller soigner les malades à domicile, les ont privées de leur principal moyen de baptiser les moribonds ; mais la gerbe des baptêmes recueillie au dispensaire, les a presque consolées de la sévérité des nouveaux règlements. »
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