| Année: |
1913 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. — Nagasaki
Population catholique 50.040
Baptêmes d’adultes 487
Baptêmes d’enfants de païens 758
Conversions d’hérétiques 7
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« Mû par un sentiment de profonde gratitude, écrit Mgr Combaz, je remercie Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie, d’avoir béni les travaux de mes confrères et écarté de notre Mission les fléaux qui ont désolé d’autres parties du Japon, pendant l’exercice 1912-1913.
« Le chiffre de la population catholique du diocèse de Nagasaki a dépassé 50.000; mais le nombre des baptêmes, bien que légèrement supérieur à celui de l’an dernier, ne répond pas à la peine que se sont donnée les ouvriers apostoliques et au zèle qu’ils ont déployé. Nous semons dans les larmes, d’autres moissonneront dans l’allégresse. Déjà nous voyons les vieux préjugés contre notre sainte religion tomber les uns après les autres, et des relations amicales s’établir petit à petit entre fidèles et païens, même à Nagasaki, cette ville naguère si hostile au christianisme.
« Sans doute, le caractère japonais reste « essentiellement patriote » comme l’écrivait récemment M. Ebina, pasteur protestant des plus en vue. Le Japonais, en effet, est généralement orgueilleux, suffisant, d’un esprit étroit, ennemi de tout ce qui est étranger. Il est convaincu que rien ne peut lui manquer, pas même la bonne religion. Il a perfectionné tout ce qui lui venait de l’extérieur. Ainsi, son confucianisme est supérieur à celui du Chinois ; son bouddhisme l’emporte de beaucoup sur celui de l’Indien, et sa nouvelle constitution vaut mieux que toutes les autres ensemble. Les beaux-arts ne fleurissent que chez lui... Cette pleine satisfaction de soi l’éloigne du christianisme, qui d’ailleurs, dit-il, est arrivé à son déclin en Europe, en Amérique et partout.
« Tel est l’état d’esprit de l’immense majorité des sujets du Mikado.
« Quelques-uns pourtant, plus sages et moins aveugles, regardent la religion du Christ comme la seule capable de répondre aux besoins et aux aspirations des nouvelles générations du pays.
« Je suis de ceux qui croient, dit le docteur Uzawa, avocat, membre de la Chambre des « Députés, que tout être humain quelle que soit sa naissance, a besoin d’une religion. Même « ceux qui ont une grande culture intellectuelle et se disent athées, comme Voltaire, aussi bien « que les hommes les plus dégradés et sans civilisation aucune, reconnaissent qu’il y a « quelque chose au-dessus d’eux... La question donc n’est point de savoir si le Japon a besoin « de religion, mais de quelle religion ; et je n’en vois point d’autre que celle de Jésus-Christ. »
« L’avenir du Japon, ajoute Mgr Combaz, est entre les main de Dieu. Nous mettons toute notre confiance en sa providence. Fortifiés par sa grâce et les prières des âmes qui s’intéressent à la conversion des infidèles, nous tâcherons de faire fructifier le bon grain dans les cœurs de nos chers Japonais. C’est pour moi un devoir de remercier ici publiquement mes missionnaires, du précieux concours qu’ils n’ont cessé de me prêter, et sur lequel je sais pouvoir compter en toute occasion.
« J’ai employé une grande partie de l’année à visiter la plupart de nos vieilles chrétientés, à administrer le sacrement de Confirmation, à bénir des églises et des cimetières. Le nombre total des confirmations a été de 3.756. Partout où le devoir m’appelait, j’ai admiré la bonté et le zèle infatigable des confrères, la foi vive et la générosité des chrétiens. J’ai vu ces derniers faire plusieurs lieues à pied, par des chemins impraticables, malgré le vent et la pluie, pour assister à la cérémonie de la confirmation.
« Je ne m’arrêterai pas à raconter par le menu les amabilités dont les Pères et les chrétiens m’ont littéralement comblé ; ce serait trop long. Ainsi, aux îles Goto, que j’ai visitées du sud au nord, pendant près d’un mois, parfois à pied, ordinairement en barque, les chefs de village s’empressaient de venir me saluer et m’offraient comme présent : des œufs, une poule, un poisson frais, etc. Quand 2 ou 3 villages, pour ma commodité personnelle, devaient se réunir dans un endroit plus central, chacun d’eux tenait à honneur de venir au-devant de moi avec un bateau pavoisé. Partout et toujours, les églises étaient ornées avec goût et simplicité. Nos Japonais, même dans les campagnes les plus reculées, ont un goût inné pour l’ornementation : avec des riens, ils font des merveilles, qui charment les yeux et ravissent le cœur.
« Les chrétientés des îles Goto sont placées sous la direction de M. Pélu, assisté de deux missionnaires et de six prêtres japonais. La population totale de ces îles est d’environ 70.000 habitants, dont 15.000 catholiques, dispersés dans une quantité de hameaux.
« Outre les confessions annuelles et les communions pascales, il y a eu 83.000 confessions et 219.000 communions de dévotion dans le diocèse de Nagasaki en 1912-1913 ; ce qui prouve que missionnaires et prêtres japonais se conforment aux directions du Saint-Siège, et que les chrétiens ont grandement à cœur d’obéir à la voix du Souverain Pontife les conviant au banquet eucharistique.
« Autrefois, les parents ne se préoccupaient guère de préparer leurs enfants à la confession avant l’âge de onze à douze ans. Maintenant qu’ils ont compris l’obligation de leur faire recevoir Notre-Seigneur dès le bas-âge, ils ne négligent rien pour les disposer de leur mieux à se confesser et à communier.
« Parlons maintenant de l’archipel d’Oshima, la plus belle conquête de M. Ferrié. La population de ces îles est bien disposée et écoute volontiers le missionnaire, quand il fait son apparition dans un nouveau village, mais il doit ensuite gagner les âmes une à une.
« L’année 1913 sera marquée d’une pierre blanche par mes chrétiens de Naze, écrit M. « Fressenon. L’annonce que, grâce à un subside envoyé par le toujours bien désiré M. Ferrié, « les travaux de construction de leur église, interrompus pendant 10 ans, allaient reprendre, les « a comblés de joie. Les païens eux-mêmes attendent avec impatience l’érection définitive du « monument de Naze », comme ils disent. »
« M. Fressenon apporte une gerbe de 47 baptêmes dont 24 d’adultes. Parmi les convertis de l’année se trouve une jeune fille, qui était zélée protestante et est devenue fervente catholique. Le pasteur a fait des pieds et des mains pour la retenir, mais en vain. Elle épousera bientôt un jeune catholique de bonne famille, et ses parents eux-mêmes ont commencé à étudier la vraie doctrine. Il y a aussi un pauvre vieux sans enfants et abandonné par sa femme depuis longtemps, qui vivait seul dans une misérable cabane, et gagnait sa vie en confectionnant de petits ouvrages en bambou. Causant avec un de ses voisins, guère plus riche que lui des biens de la terre, mais chrétien, le tresseur de bambous se mit à se lamenter : « Je « suis vieux, dit-il, et ma fin approche. Ce qui m’attriste, ce n’est point, de mourir, c’est de « n’avoir personne pour s’occuper des tablettes de mes ancêtres et des miennes après ma « mort. — Je n’ai point ce souci, répondit l’autre. Nous autres chrétiens, vivants et morts nous « ne formons qu’une seule famille et nous prions les uns pour les autres. Point n’est besoin de « tablettes ; pourvu que, durant notre vie, nous mettions en pratique les enseignements de « notre religion, nous sommes sûrs, après la mort, d’être éternellement heureux. » — « Il « expliqua ensuite de son mieux au pauvre païen l’inutilité des tablettes et l’état des âmes « après la mort. Le bon vieux ne tarda pas à se faire instruire et reçut le baptême, le jour de « l’Assomption.
« M. Halbout fait tous ses efforts pour empêcher les mariages entre jeunes gens païens et jeunes filles chrétiennes ; car l’expérience lui a appris que si le fiancé est chrétien, la femme ne tarde pas à. se convertir ; mais qu’il n’en est pas de même, quand le fiancé est païen. Notre dévoué confrère continue à aider ses voisins dans leurs constructions, et il a bien voulu promettre son concours pour l’achèvement de l’église de Naze.
« A Sekirubu, M. Bouige enregistre. 21 baptêmes. Parmi ses nouveaux convertis se trouve un jeune ménage. Le père et la mère, qui voulaient étudier le catéchisme, prièrent le missionnaire de baptiser leur fils aîné qui était assez malade. « Peut-être, raconte M. Bouige, « ces braves gens comptaient-ils sur le baptême plus pour le corps de leur enfant que pour son « âme. Or, une heure après la réception du sacrement, l’enfant était mort. Quelle journée j’ai « passée ! Les parents et une autre famille qu’ils entraînaient, n’allaient-ils pas s’éloigner « d’une religion qui avait tué leur enfant ? Et les païens d’alentour ne diraient-ils pas, de leur « côté, que le baptême avait été cause de la mort ? Dieu soit béni ! on demanda d’abord la « sépulture chrétienne pour le petit défunt ; et, le dimanche suivant, on m’apportait l’autre « enfant à baptiser. Aujourd’hui, les parents eux-mêmes se sont fait instruire et sont baptisés. »
« M. Bonnet travaille toujours avec le même zèle et ne recule jamais devant la besogne ; il a recueilli 44 baptêmes, dont 28 d’adultes. Doué d’une forte constitution, il est souvent sur les chemins, « cherchant partout une âme à convertir », sans négliger toutefois la formation de ses néophytes à la vie chrétienne. Malheureusement, la multiplicité de ses postes à desservir l’oblige à de nombreux déplacements, et l’empêche d’établir les dévotions qui affermissent la foi dans les cœurs.
« 75 baptisés forment la gerbe des Pères japonais à Oshima. Les villages les invitent à donner des conférences, qui sont très appréciées. Pourquoi faut-il que le manque de catéchistes, et aussi d’argent, paralyse leur admirable zèle !
« En revenant sur le continent, on aborde à Kagoshima, la patrie des preux au Japon, célèbre par le séjour qu’y fit saint François Xavier et les miracles de conversion qu’il y opéra. Nous trouvons là M. Cavaignac qui se prodigue, sans assez compter peut-être avec sa santé. Je voudrais transcrire son compte-rendu tout entier ; il est si intéressant ! Notre confrère a recueilli une gerbe de 25 baptêmes, dans un district où l’on ne prise que batailles et gloire militaire. Lui aussi ne rêve que l’extension du règne de Dieu et la défaite du démon dans le pays qu’il évangélise depuis onze ans. Il constate avec joie un réel progrès, au double point de vue matériel et spirituel. La chrétienté de Sendai, où il a bâti un oratoire et une résidence, avait un peu fléchi, faute de titulaire pendant un an ; mais elle se ressaisit, grâce au zèle actif et intelligent de M. Martin. Les différentes associations établies par M. Cavaignac sont très prospères, et la fréquentation des sacrements est en honneur parmi ses ouailles. Instructions, conférences, séances récréatives, etc., il met tout en œuvre pour prendre contact avec la population, et il a complètement réussi. Il est connu, estimé, salué partout où il passe.
« Plutôt que de s’éterniser dans sa résidence, écrit-il, connue un moine dans son cloître, il « est préférable au missionnaire de descendre chaque jour dans l’arène, après s’être nourri du « pain des forts. Car enfin, il faut bien qu’il présente sa soutane partout où elle peut se « montrer, pour que, par son contact, elle démolisse les préjugés séculaires et fasse de nos « ennemis de la veille, des amis d’aujourd’hui ou de demain. »
« M. Joly est en quelque sorte exilé dans le vaste district de Hiuga, par suite de la difficulté des communications. Bientôt une ligne de chemin de fer le reliera à Kagoshima ou à Hitoyoshi. Notre confrère a pour auxiliaire M. Fr. Bois, à qui il enseigne le japonais. Il continue à lutter seul, sans catéchiste, sans ressources, contre les nombreux ennemis de notre sainte religion. En dépit des difficultés, il a administré 14 baptêmes et reçu 1’abjuration d’une hérétique. Ses meilleurs chrétiens sont ceux qui ont été davantage aux prises avec la bonne souffrance ». En voici une preuve :
« Une chrétienne, raconte M. Joly, qui habite à 22 lieues de ma résidence, s’était mariée il « y a 14 ans, suivant les règles de l’Eglise, à un honnête médecin païen, qui promit « d’observer toutes les conditions exigées de lui. Mais, à la longue, il oublia ses promesses et « ne fit point baptiser ses enfants. S’il laissa sa femme libre de remplir ses devoirs religieux à « la maison, il ne lui fournit qu’une fois, en 14 ans, l’occasion de voir un prêtre et de « s’approcher des sacrements : il était poussé par ses parents. La pauvre femme priait, se « lamentait, sans pourtant désespérer. Finalement, Dieu lui envoya « la bonne « souffrance », « à elle, à son mari et à ses enfants. Elle tomba gravement malade ; les enfants suivirent, et le « père, atteint de la fièvre typhoïde, se vit réduit à la dernière extrémité.
« Mon Dieu, qui êtes si bon, qui êtes descendu pour nous du ciel sur la terre, qui avez « souffert pour tous les homme, s’écriait la mère, ne permettez point que mon mari meure « sans vous connaître ! Guérissez-le, et faites qu’après sa guérison, il me permette d’appeler le « missionnaire pour baptiser nos enfants. Le Père des miséricorde entendit la prière de cette « pauvre chrétienne. Contre toute espérance, le malade revint à la santé. Instruit de la prière de « sa femme, il me fit appeler pour régénérer les enfants dans les eaux du baptême et lui-même « étudie maintenant la doctrine. »
« En revenant vers Nagasaki, nous trouvons sur notre route, Fukuoka avec sa belle église, bâtie par M. Boehrer et dédiée à Notre-Dame des Victoires. On dirait que les païens de l’endroit ne songent qu’à s’amuser et à faire fortune. Si les chrétiens sont peu nombreux, en revanche, ils se distinguent entre tous par leur piété et leur ferveur.
« Vient ensuite Imamura, paroisse composée surtout de vieux chrétiens. Le P. Honda a. eu 99 baptêmes, et cependant son troupeau a diminué sensiblement. Depuis l’an dernier, en effet, une centaine de personnes a émigré au Brésil. Les premiers partis encouragent les autres à s’expatrier, et l’exode continue. Puissent-ils, en gagnant de l’or, ne point perdre leur âme ! Le zélé P. Honda, aidé par de généreux bienfaiteurs, va mettre la dernière main à son église. L’ornementation intérieure se fera plus tard petit à petit.
« A Saga, la mission a élevé un oratoire et une résidence non loin du château de l’ancien seigneur. Depuis l’incendie de la première résidence, le Père était installé dans une maison louée, petite et sans apparence. Il faut aux Japonais quelque chose qui frappe les yeux. Tout fait espérer maintenant qu’avec la grâce de Dieu, le P. Yamaguchi, chef du district, verra ses efforts couronnés d’un succès bien mérité.
« Arrêtons-nous pour nous reposer, à Kurume, poste fondé par M. Sauret. Malgré ses infirmités, son manque de catéchistes bien instruits, notre excellent confrère a vu ses travaux bénis de Dieu : en effet, il ne compte pas moins de 115 baptêmes, dont 46 d’adultes en bonne santé. « C’est le cas de dire, écrit-il, que celui qui plante et qui arrose n’est rien, et que Dieu « seul donne l’accroissement. Autrefois, mieux portant, mieux outillé, il m’est arrivé de « travailler avec plus d’ardeur et mes espérances s’en allaient en fumée. » Il escompte encore une plus ample moisson pour l’an prochain, dans son nouveau poste d’Omuta, qu’il a doté d’une résidence, où missionnaire et catéchiste seront au large. Dans son humilité, M. Sauret attribue ses succès aux prières des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui se proposent de construire un nouvel hôpital et une école de filles à Kurume.
« Après M. Sauret, c’est le P. Fukahori de Kumamoto qui a recueilli la plus abondante moisson de baptêmes d’adultes : 47, dont 9 in articulo mortis. Il est heureux d’offrir ce bouquet d’âmes à Notre-Seigneur, et fait le plus grand éloge de ses catéchistes et des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles. A 1’orphelinat, les enfants sont bien tenus et bien instruits, et l’établissement mérite en vérité le nom de « Jardin des Anges », qu’il porte depuis son origine. La population et l’autorité locale l’ont en grande estime ; la Préfecture lui alloue chaque année une petite somme, pour reconnaître le dévouement des Sœurs européennes et japonaises.
« Les Sœurs tiennent aussi une école supérieure de filles, fréquentée par 187 élèves ; leur hôpital a reçu 22 malades, et le nombre de journées d’hospitalisation monte à 1.007. Au dispensaire des soins répétés ont été donnés à 800 ou 900 personnes.
« Le P. Fukahori continue ses visites à l’hôpital gouvernemental, qui contient 200 lépreux. Infirmiers et malades écoutent avec attention les conférences du prêtre catholique, et 6 d’entre eux ont été baptisés.
« Dans l’un des faubourgs de la ville de Kumamoto se trouve la léproserie de Biwazaki, placée sous l’intelligente direction des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. La maladie de l’aumônier, M. Lebel, et l’absence de la Mère Supérieure, nous privent d’une foule de détails intéressants. Quoiqu’il en soit, je sais qu’un bien considérable se fait à notre léproserie, et que les Sœurs y sont prodigues de leur dévouement. L’une d’elles est morte sur la brèche en juillet dernier. Plusieurs autres sont fatiguées, mais n’en continuent pas moins à donner leurs soins à 44 lépreux, et à beaucoup d’autres malades qu’elles assistent au dispensaire ou à domicile : elles en ont soigné plus de 6.000 en un an. 91 de ces pauvres gens ont été régénérés dans les eaux du baptême, et la plupart sont devenus au ciel les protecteurs de l’œuvre des Sœurs.
« J’ai béni, le nouveau monastère de nos dévouées auxiliaires. Spacieux et bien aéré, l’établissement est appelé à devenir la maison-mère et le noviciat des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie au Japon.
« J’ai eu le bonheur de donner la communion et la confirmation à 38 lépreux. L’un d’eux, pour me témoigner sa gratitude, m’a fait présent d’un paysage artistement peint par lui-même.
« A Yatsushiro, M. Lemarié et les Sœur de Saint-Paul de Chartres ont procuré le salut à 175 personnes, dont 80 adultes, baptisés à l’article de la mort.
« Bien que les Sœurs de Saint-Paul n’aient pas de léproserie organisée, elles ont prodigué leurs soins à 45 malheureux atteints de la lèpre. Leur école, qui compte 90 élèves, est vue d’un très bon œil par les autorités civiles.
« M. Raoult, avec l’aide des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie a récolté 30 baptêmes à Hitoyoshi. C’est un chiffre bien satisfaisant pour un poste qui n’a que quelques années d’existence. Le missionnaire aime à reconnaître que le fossé profond qui sépare le catholicisme du paganisme, se comble de jour en jour. Combien il regrette de n’avoir pas un bon catéchiste à son service ! Là aussi, au mois de juin, j’ai administré le sacrement de confirmation à 25 catholiques. Les notables païens m’ont honoré de leur visite. Ils ont assisté respectueusement à toute la cérémonie et écouté avec intérêt le sermon préparé tout exprès pour eux par le P. Fukahori. Parmi les confirmands, se trouvait un néophyte qui d’abord fut bonze, ensuite protestant et que le zèle de M. Raoult a mis dans le droit chemin. « Qu’ils sont « heureux, dit notre confrère, ceux qui portent le joug du Seigneur dès l’enfance ! La famille « même du bonze converti en fournit la preuve. En effet, sa fille, qui a été élevée par les « Sœurs , est sourde et percluse ; bien plus, elle peut à peine ouvrir la bouche pour recevoir « une petite parcelle du Pain eucharistique ; mais elle entend mieux que son père les choses de « Dieu et court dans la voie de ses commandements. Elle était rayonnante de joie, le jour de la « confirmation ; car c’est bien elle qui, par ses exhortations, avait hâté la conversion de son « père. »
« Le district d’Amakusa fait également partie de la préfecture de Kumamoto et compte 1.098 catholiques, qui habitent les villages d’Oye, de Sakitsu et d’Imatome. Celui d’Oye semble avoir plus d’avenir que les deux autres. Par ses chaleureuses exhortations, M. Garnier a ramené 34 adultes « sépares » à la religion de leurs ancêtres.
« J’ai béni deux nouvelles églises dans le district de Hirado, qui est administré par M. Matrat. Depuis plus d’un mois, la dysenterie sévit chez les païens aux environs de Hibasashi, résidence principale du missionnaire. Quatre vierges japonaises, en vraies Amantes de la Croix, se sont dévouées pour soigner les malades nuit et jour, à la grande admiration de tous ; car le japonais redoute la dysenterie encore plus que le choléra.
« L’année qui vient de s’écouler a été pleine d’épreuves pour Kuroshima, écrit M. Cotrel. « Au début de cet exercice, le 23 août, le regretté M. Marmand nous a quittés pour un monde « meilleur, après de longues souffrances généreusement supportées. Ses paroissiens « reconnaissants ont fait célébrer de nombreuses messes pour le repos de son âme. Ils ont « élevé sur sa tombe un petit monument en granit, devant lequel ils aiment à venir « s’agenouiller et prier pour celui qui les aima et se dépensa pour eux.
« En janvier 1913, une tempête épouvantable endommageait l’église et surprenait de « nombreux pêcheurs au sud de l’île de Hirado : 8 de nos chrétiens ont péri dans cette triste « circonstance. Plusieurs autres, après avoir perdu leurs bateaux dans la bourrasque, en sont « sortis sains et saufs d’une manière extraordinaire. D’aucuns m’ont dit qu’ils s’étaient sentis « comme portés par une main puissante vers le rivage. Déjà, le 8 octobre précédent, nous « avions été très inquiets sur le sort de 60 pêcheurs surpris dans une tourmente ; mais ce jour « là, les saints Anges gardiens, dont c’était la fête, nous ramenèrent tous leurs clients.
« A ces deuils, il a plu au bon Maître de mêler quelques consolations. En mai dernier, « Kuroshima a tressailli d’allégresse à l’occasion de la visite de son premier Pasteur, qui lui « apportait ses premières bénédictions et conférait à plus de 300 chrétiens le sacrement qui « fait les forts. »
« Kuroshima, non moins que les îles Goto, alimente, par l’envoi de jeunes gens et de jeunes filles, les couvents des Trappistes et des Trappistines du Hokkaido. La chrétienté compte 1.987 âmes, et l’île entière est chrétienne, à l’exception de deux ou trois familles.
« La préfecture maritime de Sasebo prend de jour en jour une importance plus considérable et sa population ne cesse d’augmenter. L’espoir de trouver là un travail plus lucratif y attire une multitude d’ouvriers. Parmi eux se trouvent des chrétiens, qui viennent s’adjoindre au troupeau du P. Kataoka. Le pasteur gémit de n’avoir qu’un petit oratoire qui ne peut, même les simples dimanches, contenir toute l’assistance. Il est obligé de biner. Les fidèles se cotisent pour amasser la somme nécessaire à la construction d’une église ; mais si la Providence ne vient à leur aide, jamais ils n’atteindront le but.
« Le bon M. de Rotz, notre doyen d’âge, a 74 ans et sent de plus en plus ses forces diminuer. Tout le poids du ministère retombe sur les épaules de son vicaire, qui est obligé parfois d’appeler à son secours le P. Iwanaga, titulaire de Kurosaki.
« M. Durand a retrouvé son ancienne vigueur et dirige toujours le district des îles voisines de Nagasaki. Il a 3.935 chrétiens à administrer. Ce cher confrère est un curé modèle, et il a pour collaborateur le P. Moriyama, qu’on peut appeler la fleur des vicaires. C’est un plaisir de voir la bonne entente qui règne entre eux deux.
« Omura qui, dans la pensée de Mgr Cousin, ne devait être que le siège de la Sainte-Enfance, voit sa population catholique considérablement augmentée par la venue de nombreux chrétiens des îles. Les terrains à Omura sont plus fertiles et moins chers qu’ailleurs ; parce que le pays est relativement moins peuplé. Autrefois, par ordre du prince de la contrée, on tuait les nouveau-nés. Le P. J-B. Kataoka a été obligé d’agrandir sa chapelle, qui est encore trop petite depuis l’arrivée à Omura de tout un régiment d’infanterie, dans lequel il y a beaucoup de soldats catholiques.
« Que dirai-je de nouveau sur Urakami, le fleuron du diocèse, avec ses 6.805 chrétiens M. Raguet y a baptisé 13 adultes, 198 enfants de chrétiens et 238 enfants de païens, qui doivent leur salut au zèle des vierges de Motobari.
« Grâce aux efforts de M. Raguet, l’église est enfin couverte, à la grande satisfaction de tous. Mais que de choses restent encore à faire ! Les voûtes, les fenêtres, le plancher, etc. Puissent nos Martyrs et nos Confesseurs de la foi intercéder auprès de l’Eternel, afin de susciter les aumônes de généreux bienfaiteurs.
« Les deux paroisses japonaises de la ville de Nagasaki sont en progrès. Je ne saurais trop louer le zèle du P. Urakawa pour préparer les enfants à recevoir le pain des Anges. Ce travail assidu ne l’empêche point de composer de nouveaux livres, pour le bien spirituel de nos communautés indigènes.
« Le vénéré M. Salmon que, si je ne craignais de blesser sa modestie, j’appellerais volontiers l’Ange tutélaire de la mission, continue son fructueux ministère auprès des catholiques étrangers et des Religieuses du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles. Il y joint, malgré son âge et sa faible santé, les soucis de la procure.
Les écoles des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus à Nagasaki sont en pleine prospérité. Elles comptent 257 élèves, et la colonie européenne les honore de sa confiance. C’est un vrai plaisir de voir, quand on sort en ville, les petites païennes qui fréquentent l’école des Sœurs, cesser leurs jeux et s’approcher du missionnaire pour dire d’une voix douce et respec-tueuse : « Konnichiwa » (bonjour). Que le Sauveur daigne les marquer toutes, ces chères petites, du sceau de la Rédemption !
« Les Frères Marianistes méritent aussi à tous égards nos plus sincères remerciements. Ils sont toujours prêts a rendre service. Leur école de Commerce et leur lycée ont 160 élèves, et deux de leurs professeurs donnent des leçons dans les écoles du Gouvernement. Veut-on une preuve de la solide instruction religieuse qu’ils savent inculquer à leurs élèves ; la voici. Un jeune païen, qui avait étudié chez eux à Tokio se fit chrétien, et il occupe actuellement une place bien rétribuée à Nagasaki, dans la Compagnie de « Mitsubishi ». Or, on lui a proposé récemment une position brillante et un très riche mariage, s’il cessait d’être catholique, ou, tout au moins, s’il s’engageait à ne pas faire baptiser ses enfants. Malgré les sollicitations de la famille et de ses amis, il a tenu ferme et a refusé toutes les avances qui lui étaient faites.
« Ouverte en 1910, la jeune Ecole Apostolique d’Urakami, confiée également aux Frères Marianistes, se développe peu à peu. Quatre novices s’y préparent à l’état religieux et 42 apostoliques sont répartis en quatre classes différentes. L’année 1914 verra les premiers résultats de cet institut sur lequel nous fondons les meilleures espérances.
« Malgré le malheur des temps, 18 nouveaux élèves, dont deux du diocèse d’Osaka et un du Vicariat Apostolique de Taiku (Corée), ont été admis au séminaire de Nagasaki. Le nombre des élèves est de 37 : quatre sous-diacres, trois tonsurés, et trente latinistes répartis en deux cours. J’espère fermement que la Providence nous donnera les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de nos chers lévites. »
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