Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1913
Pays: Japon
Mission: Tokio
Rédacteur:Mgr Rey

CHAPITRE PREMIER
_____



Groupe des Missions du Japon

~~~~~~~


I. — Tokio

Population catholique 9.803
Baptêmes d’adultes 794
Baptêmes d’enfants de païens 367
Conversions d’hérétique 13
____


« L’an dernier, écrit Mgr Rey, le Japon perdait son Empereur Meiji Tenno, qui occupera, dans l’histoire de ce pays, une place à part, à cause de la durée de son règne et des grands évènements qui l’ont illustré. Le glorieux défunt aura un droit spécial à la reconnaissance des chrétiens, parce que c’est à lui qu’ils doivent la liberté religieuse, inscrite dans la Constitution qu’il donna à son peuple.
« Il n’entre pas dans le cadre de ce compte-rendu de faire le récit des funérailles vraiment royales de Meiji Tenno, ni de l’avènement de son successeur, qui sera couronné à Kyoto en 1914. Ce que je puis dire, c’est que la mort du grand Empereur marque la fin d’une époque et
non pas seulement celle d’un règne. Avec lui, s’est évanoui pour toujours le pouvoir occulte, mais prépondérant, des « Genro » ou Anciens, qui l’avaient aidé si puissamment à élever le Japon moderne. Quelques tentatives, essayées pour maintenir ce pouvoir entre les mains d’un clan, faillirent occasionner un soulèvement populaire, et montrèrent la force, de jour en jour grandissante, des générations nouvelles. Aujourd’hui, le calme est rétabli, ou semble l’être, dans les esprits. D’ailleurs, d’autres questions plus importantes : la loi votée par l’Etat de Californie contre les émigrants japonais, la révolution chinoise et ses conséquences économiques, la cherté des denrées, etc., ont contribué très efficacement à apaiser la fièvre de « constitutionalisme » qui s’était emparée de tout le pays.

« Au milieu de ces luttes politiques et économiques, les missionnaires de Tokio ont continué leurs travaux ; et, quoique les résultats ne semblent pas complètement répondre aux efforts de leur zèle, ils ne perdent point courage. Depuis trop longtemps, les rapports annuels ne parlaient que de l’accroissement de l’indifférence à l’endroit des questions religieuses. Cette indifférence, il est vrai, partie de la classe élevée ou intellectuelle, avait peu à peu pénétré la masse de la nation. Or, il semble, aujourd’hui, que cette indifférence est arrivée à un point d’arrêt, et qu’un réveil religieux va bientôt se produire. Divers indices sérieux, recueillis ça et là, semblent indiquer que la question religieuse reprend de l’importance dans les esprits. En effet, des hommes influents ne craignent pas de faire appel à la religion pour moraliser les masses ; et surtout pour aider à la formation de la jeunesse des écoles, qui gouvernera le Japon de demain. La religion ne sera plus reléguée au rang des superstitions ; et le catholicisme profitera, nous en avons la ferme espérance, de cette orientation nouvelle des esprits, qui nous permettra d’atteindre les âmes de bonne volonté, plus nombreuses au Japon qu’on ne le croit généralement.
« Les épreuves n’ont pas manqué à notre Mission, cette année : tous nos établissements de la paroisse de Kanda, à Tokio, et ceux du poste de Numazu ont été détruits par le feu ; vous trouverez des détails sur ce double incendie au compte rendu des deux postes.
En outre, nous avons eu aussi à déplorer la mort de M. Léon Balet, en janvier 1912. Ce décès, en privant la mission d’un prêtre intelligent et dans la force de l’âge, nous fait sentir davantage le manque d’ouvriers apostoliques. Notre cher confrère, chargé de l’administration des postes de Hamamatsu et Fujieda, avait dû prendre aussi la direction de celui de Shizuoka, à la mort de M. Lemaréchal. Moins d’un an après, il était terrassé, à son tour, par la maladie : une crise d’urémie, maladie dont il souffrait depuis longtemps, sans trop le savoir, l’a emporté en trois semaines, malgré tous les soins qu’il a reçus à l’hôpital. Le regretté défunt était très attaché à la population et aux œuvres de la paroisse de Shizuoka. Il est mort sans grandes souffrances, et a gardé jusqu’au bout toute sa lucidité d’esprit. Il a pu, de la sorte, pendant son séjour à l’hôpital tout près de l’archevêché, se préparer paisiblement à la mort.

« Une imposante cérémonie, la remise du « Pallium » au nouvel archevêque de Tokio, a eu lieu, le dimanche 2 mars, dans l’église de l’Immaculée-Conception de Sekiguchi. NN. SS. les Evêques de Hakodaté, d’Osaka et de Nagasaki, avec les Préfets apostoliques de Shikoku et de Niigata, voulurent bien honorer de leur présence cette fête de famille. Ils ont donné ainsi une preuve de l’union fraternelle qui règne entre tous les ouvriers apostoliques du Japon. L’évêque officiant était Mgr Chatron, doyen d’âge des évêques présents à la cérémonie. Les fidèles qui remplissaient l’église et au premier rang desquels on remarquait LL. EE. les ambassadeurs de France, d’Autriche-Hongrie et d’Italie, et M. le ministre de Belgique, attestaient, par leur nombre et leur recueillement, la vitalité de la jeune église de Tokio.
« Dieu a daigné bénir, d’une manière encore bien consolante, les travaux des missionnaires pendant l’exercice 1912-1913. Voici les résultats de l’administration, pendant les douze derniers mois :

794 baptêmes d’adultes.
367 baptêmes d’enfants de païens.
239 baptêmes d’enfants de chrétiens.
13 conversions d’hérétiques.
430 confirmations.
4.212 confessions annuelles.
49.483 confessions répétées.
4.044 communions pascales..
124.884 communions de dévotion,
88 saints viatiques.
105 extrêmes-onctions.
87 mariages.
1.048 décès connus.

« Sans doute, le nombre des baptêmes d’adultes est encore bien faible ; mais des indices sérieux nous font espérer qu’il augmentera dans un avenir prochain. De plus nos anciens chrétiens, mieux instruits, mieux groupés autour de leur église, ont fini par comprendre la nécessité de l’instruction religieuse pour les enfants, et l’importance capitale des mariages entre chrétiens. Grâce à Dieu nous avons déjà des centres catholiques, dont la population est bien dans la main du missionnaire et tient à rester auprès de l’église. Ces paroisses, déjà établies, sont appelées à se développer d’année en année, et c’est sur elles principalement que doivent s’exercer le zèle et la sollicitude du missionnaire. »

Mgr l’archevêque de Tokio nous donne ensuite des détails sur les divers postes de son diocèse et les œuvres qui y ont été établies au prix de tant d’efforts et de si généreux sacrifices. « Ces œuvres produiront, à n’en pas douter, d’excellents fruits, dit Sa Grandeur, quand la Providence voudra bien jeter un regard de miséricorde sur le beau pays du Japon.

TOKIO. — « Le centre principal de la mission et de ses œuvres est Tokio, capitale de l’Empire, ville immense avec une population de 2 millions d’habitants. Nous y avons 5.000 chrétiens répartis en six paroisses. Tokio peut montrer avec fierté ses trois écoles supérieures de filles, qui comptent 1.400 élèves et sont dirigées respectivement par les Dames de Saint-Maur, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres et les Dames du Sacré-Cœur ; son lycée de garçons, fondé il y a vingt-cinq ans par les Marianistes, qui n’instruisent pas moins de 800 élèves, appartenant aux meilleures classes de la société ; la nouvelle école que les Pères Jésuites viennent d’ouvrir avec l’autorisation du gouvernement ; un orphelinat de filles, dirigé par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, et un orphelinat de garçons, administré directement par la mission.
« Tokio compte six paroisses :

Tsukiji : 402 catholiques.
« C’est là que réside l’Archevêque, dont la cathédrale n’est autre que la première église élevée à Tokio, sur l’ancienne concession étrangère. Nous avons à Tsukiji un noyau de bons et excellents chrétiens, fidèles à tous leurs devoirs et animés du meilleur esprit ; malheureu-sement leur nombre a une tendance à décroître. D’un côté, les Dames de Saint-Maur, qui, pendant de nombreuses années, eurent tout près de la cathédrale leur orphelinat et un pensionnat très florissants, se sont transportées, pour le bien de leurs œuvres, dans un quartier plus central, mieux situé et plus salubre, où leur zèle peut s’exercer avec plus de succès. D’un autre côté, le quartier de Tsukiji se trouve sur le bord de la mer ; il est percé de larges avenues et couvert de maisons bâties à l’européenne ; c’est pourquoi il reste, en quelque sorte, fermé aux gens de la classe moyenne et aux petits commerçants, parmi lesquels se recrute la majorité de nos néophytes : aussi la plupart d’entre eux habitent-ils loin de l’église. Autre chose encore : les tramways électriques, qui sillonnent la ville en tous sens depuis quelques années, ont facilité l’exode des petits fonctionnaires vers les quartiers excentriques, où la vie et les loyers sont à meilleur marché. Toutefois, ce que Tsukiji a perdu, les autres paroisses de Tokio l’ont gagné, et le mal n’est pas grand. M. Beuve, curé de la cathédrale, a été seul à s’en affliger, sans s’en décourager le moins du monde. Il est heureux de constater que la ferveur de ses ouailles augmente, comme le prouvent le nombre des communions de dévotion, qui s’est accru d’un millier dans l’année, et le soin que mettent les parents à envoyer leurs enfants aux catéchismes du samedi et du dimanche. M. Beuve accuse 24 baptêmes.

Kanda : 818 catholiques.
« Je laisse à M. Cherel, qui a vu détruire par le feu son église, sa résidence et l’établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chantres, le soin de raconter lui-même le terrible « sinistre : « Pendant la nuit du 19 au 20 février 1913, un violent incendie a réduit en cendres « tous nos établissements de Kanda. Cette nuit là, un vent furieux soufflait du nord-ouest, « comme il arrive souvent à Tokio, pendant l’hiver. A une heure et demie du matin, le feu « prit dans une école de l’Armée du Salut, et se propagea avec une rapidité effrayante, sur une « longueur de plus d’un mille et une largeur d’un demi-mille, traversant les rues les plus « larges et ne s’arrêtant qu’au bord d’un canal. En moins de quatre heures, plus de 15.000 « personnes virent ainsi leurs habitations détruites. Heureusement, les Sœurs purent faire « sortir à temps leurs pensionnaires et leurs orphelines : tout le personnel du couvent s’en tira « sain et sauf. Mais notre ruine matérielle était presque complète. Nous ne réussîmes à sauver « qu’une partie des vases sacrés, une brassée de chasubles et les registres de la paroisse avec « quelques vêtements.
« Après la catastrophe, les chrétiens de Kanda, peu désireux de se rendre dans les autres « églises de Tokio le dimanche, manifestèrent pour leur paroisse un attachement très édifiant. « Ils tinrent à rester groupés dans n’importe quelles conditions, et demandèrent avec « insistance qu’on élevât, sans retard, un abri quelconque où ils pussent se réunir. Un hangar « en planches, couvert en zinc, fut immédiatement dressé sur 1’emplacement même de « l’église brûlée ; et le 9 mars, dimanche de la Passion, deux messes y furent célébrées. Ce « hangar a servi d’église pendant quatre mois. Dans l’intervalle, une grande salle fut « construite pour tenir lieu de chapelle, jusqu’à ce que la bonne Providence nous envoie les « ressources nécessaires pour bâtir une église plus convenable.
« De leur côté, les Sœurs de Saint-Paul s’étaient réfugiées dans une maison qu’elles eurent « le bonheur de trouver à proximité de leur couvent détruit. Leur premier souci fut de rouvrir « leurs classes pour empêcher les élèves de se disperser. Le difficile était de trouver des « locaux appropriés. Grâce à la bienveillance des autorités japonaises, une école publique, qui « avait échappé au désastre, mit plusieurs salles à leur disposition pour leurs classes primaires. « Un autre local leur fut également offert pour leurs cours supérieurs dans l’Ecole Normale « Supérieure de filles ; mais les élèves des Sœurs préférèrent ne pas frayer avec les élèves « d’un autre établissement, et les cours se firent dans les salles attenantes à la cathédrale et qui « sont libres pendant la semaine. Cette combinaison obligea les Sœurs chargées des classes à « parcourir deux fois par jour, à pied ou en tramway et cela pendant quatre mois et demi, les 5 « kilomètres qui séparent Kanda de l’archevêché.
« L’école enfantine fut installée provisoirement dans une petite maison japonaise, située à « l’entrée de l’ancien couvent, et qui avait échappé, on ne sait comment, à l’incendie. Quant « aux orphelines, elles furent transférées dans une maison que les Sœurs possèdent près de « l’église d’Azahu.
« Depuis lors, nos dévouées religieuses ont commencé à rebâtir ; et, à la rentrée de « septembre, tout sera prêt pour le fonctionnement régulier de nos écoles supérieure, primaire « et enfantine. Dans cette terrible épreuve, les Sœurs ont été, comme toujours, admirables de « foi et d’énergie. Si les tribulations sont une garantie de succès pour l’avenir, il y a lieu de « croire que la Providence réserve à la paroisse de Saint-François-Xavier de Kanda et à ses « œuvres une très grande prospérité. »

Asakusa : 1.200 catholiques.
« La paroisse d’Asakusa fondée par M. Langlais vers 1876, continue sa marche ascendante : elle se développe d’année en année, non seulement par les naissances dans les familles chrétiennes, mais aussi par les baptêmes de païens adultes. M. Lissarrague, qui administre cette importante chrétienté, se félicite de ses conquêtes sur le paganisme.
« L’espoir que j’exprimais l’an dernier, dit-il, s’est pleinement réalisé. J’ai eu la joie de « voir persévérer tous mes catéchumènes ; leur nombre s’est même accru et je puis offrir à « Votre Grandeur une gerbe de 33 baptêmnes d’adultes. Je dois ajouter que j’instruis, en ce « moment, une quinzaine de nouveaux catéchumènes, ce qui me semble indiquer un petit « mouvement de conversions. Si léger soit-il, je l’accueille avec amour, et je ferai mon « possible pour le seconder. »
« Le fait suivant rapporté par M. Lissarrague montre l’effet de la grâce du baptême dans « les âmes droites et bien préparées. « J’ai eu grand’peur, dit-il, de perdre toute une famille « de nouveaux chrétiens, que j’avais baptisés le samedi saint. Ce jour là même, l’aîné des « enfants, seul garçon de la famille, tombait gravement malade et mourait dans la semaine de « Pâques. Comment la foi des parents supporterait-elle cette dure épreuve ? Pourrait-elle « résister au rapprochement que ne manquerait pas de faire la parenté païenne, entre la « conversion des père et mère au catholicisme et la mort du fils unique ? Tout en me posant « cette question, j’allai sans tarder trouver le père. Quelle ne fut pas ma joie de voir cet « homme, baptisé de la veille, déjà consolé de la perte de son fils par des motifs surnaturels ? « M’indiquant, dans un cadre tout neuf, la scène du crucifiement, il me dit : « Quand je « considère que la sainte Vierge a passé par la même épreuve que moi, et cela uniquement par « amour pour nous, je ne crois pas avoir droit de me plaindre ». Depuis, persuadés que leur « enfant intercède pour eux au ciel, le père et la mère rivalisent de ferveur ; et j’espère « qu’avant longtemps, leur exemple amènera leurs parents païens à demander le « catéchuménat. Déjà, à la cérémonie des funérailles, plusieurs d’entre eux se sont montrés « très émus. »
« L’école maternelle, établie sur la paroisse d’Asakusa depuis quelques années, est aussi une puissante réclame en faveur de notre sainte religion ; et nul doute que beaucoup de ces petits enfants païens qui la fréquentent, ne trouvent là le germe de la foi qui, plus tard, les conduira jusqu’au baptême.

Azabu : 980 catholiques.
« Est-ce parce que le père ne voit pas les défauts de ses enfants, écrit M. Tulpin ? C’est « possible ; mais, cette année encore, je n’ai guère que des éloges à faire de mon excellente « paroisse d’Azabu. La piété, la régularité et le bon esprit des brebis font véritablement la joie « du pasteur. » Toutefois, notre cher confrère laisse échapper une plainte, très agréable en elle-même à l’oreille de l’archevêque, mais grosse de menaces pour la caisse de la mission. Azabu a vu la population chrétienne s’accroître d’une centaine de membres en un an, par suite des baptêmes conférés et des retours aux pratiques religieuses, et aussi, de l’arrivée d’un certain nombre de chrétiens venus d’ailleurs. L’église est aujourd’hui trop petite, et il faudra bien aviser, un jour ou l’autre, à l’agrandir; d’autant plus qu’elle est devenue l’église préférée des étrangers catholiques résidant à Tokio.
« Les exercices du mois de Marie ont eu lieu chaque soir à Azabu. Ils comprenaient le chant d’un cantique, la récitation du chapelet, une instruction d’un quart d’heure et la prière du soir. L’assistance remplissait presque l’église.
« Tous mes chrétiens ne sont pas parfaits, ajoute M. Tulpin ; mais il y en a parmi eux qui « font véritablement ma joie et mon édification.
« Perpétue Goto était une jeune fille de dix-sept ans ; elle n’avait rien qui la distinguât « extérieurement des autres, mais elle était humble et douce et avait une compréhension des « choses religieuses véritablement peu ordinaire. Au mois de juillet, elle tomba gravement « malade et je la préparai de mon mieux au grand voyage. La chose fut très facile ; Perpétue « mourut en de très beaux sentiments. Sous son oreiller, on trouva une lettre adressée à Marie. « Dans cette lettre, elle disait à la sainte Vierge : « O ma très sainte Mère, c’est entre vos « mains que je fais vœu de virginité perpétuelle. Si je devais offenser mortellement Votre « divin Fils, ne fût-ce qu’une fois, ô ma Mère, c’est à genoux que je vous prie, obtenez que je « meure avant que pareil malheur m’arrive. » La lettre portait la date du mois de décembre. »

Honjo. — « Le P. Honjo, ancien élève de Pinang, administre la paroisse de Honjo, composée en grande partie d’ouvriers, qui, pour l’assiduité aux offices de l’Eglise et l’accomplissement des devoirs religieux, ne le cèdent en rien aux chrétiens plus fortunés des autres paroisses de Tokio. Ce bon prêtre est vraiment admirable de dévouement et de zèle pour ses ouailles, qui l’apprécient et l’aiment ; il a baptisé 19 adultes.
Koishikawa. — « La paroisse de Koishikawa fournit, cette année, 20 baptêmes d’adultes. Elle est administrée par M. Drouart de Lezey, qui consacre ses moments de loisir à l’œuvre si importante des Tracts.

Yokohama. — « Yokohama comprend les deux paroisses du Sacré-Cœur et de Saint-Michel. Celle du Sacré-Cœur est réservée aux catholiques de toute nationalité, qui sont venus au Japon pour leurs affaires et y passent plus ou moins longtemps. Elle est administrée, depuis plus de trente-cinq ans, par M. Pettier, toujours jeune et alerte malgré ses soixante-dix ans. A le voir parcourir d’un pas agile les rues de Yokohama, on croirait voir un homme tout à fait heureux ; et, cependant il se plaint de ce que bon nombre de ses paroissiens négligent leurs devoirs religieux et semblent n’être venus au Japon que pour y chercher la fortune et les plaisirs.
« La paroisse Saint-Michel, uniquement affectée à l’élément japonais, est desservie par M. Chabagno. « Comme tous les ports d’Extrême-Orient, dit ce zélé confrère, Yokohama est une « agglomération considérable de gens venus, de toutes les provinces de l’empire. L’unité entre « chrétiens y est difficile à réaliser. Beaucoup de mes paroissiens assistent à la messe dans la « chapelle des Sœurs ou à l’église européenne, dont ils sont plus rapprochés. » M. Chabagno a baptisé 5 adultes.

Odawara-Yokosuka. — « Au sortir de Yokohama, en suivant la célèbre route de Tokaido, qui relie Tokio, capitale actuelle, à Kyoto, ancienne capitale, nous trouvons le district d’Odawara-Yokosuka, administré par M. Giraudias. La douceur du climat, la beauté du paysage et les souvenirs historiques y attirent toute l’année beaucoup de malades et de voyageurs. Le dimanche, les promeneurs y affluent de Tokio et de Yokohama, mais n’y donnent pas toujours le bon exemple. Malgré cela, M. Giraudias travaille, avec ardeur et succès, à maintenir dans la pratique de leurs devoirs religieux les chrétiens dispersés sur cette « Côte d’Azur » du Japon, et a en augmenter le nombre. Il possède deux petites chapelles à Odawara et à Yokosuka, et vient d’établir un nouveau poste à Kamakura, petite ville de 7 à 8 mille habitants, ancienne capitale du Shogun.

Numazu Shizuoka. — « En franchissant les montagnes de Numazu-Hakone, nous entrons dans le département de Shizuoka, qui comprend deux districts ; celui de Numazu, à l’est, et celui de Shizuoka, à l’ouest. Cette année a été particulièrement pleine d’épreuves pour ces deux districts, où nous avons 4 églises ou chapelles : une à Numazu, une autre à Shizuoka, la troisième à Fujieda et la quatrième à Hamamatsu. Le 3 mars 1913, au soir, un incendie, activé par un vent violent, dévora les trois quarts de la ville de Numazu et détruisit notre chapelle, la maison du catéchiste et la résidence du missionnaire. M. Billing, prévenu par dépêche, n’arriva de Shizuoka que pour pleurer sur les ruines de son poste qu’il affectionnait particulièrement, et à l’érection duquel il avait travaillé pendant plusieurs années.

Nagoya. « Ville riche et industrielle, la troisième du Japon par sa population (450.000 âmes), Nagoya est une des citadelles du bouddhisme, qui semble ne devoir céder que devant l’influence des écoles. Il nous faudrait là une école secondaire pour les jeunes filles, et une école de commerce, dans le genre de celle que les Marianistes ont fondée à Osaka. Tout le monde est de cet avis, les Religieux et les Religieuses aussi bien que les missionnaires : mais les ressources en hommes et en argent font défaut. M. Lemoine, qui est chargé du district de Nagoya, s’ingénue de toute façon pour maintenir ses chrétiens dans l’observance des commandements de Dieu et de l’Eglise, et pour préparer un avenir meilleur.

Matsumoto. — « Nous avons là une belle petite chrétienté qui est confiée au zèle de M. G. Cesselin. Notre cher confrère jouit d’une robuste constitution et ne craint pas le froid de la province du Sinshu. Il visite assez souvent les néophytes dispersés dans les vallons de son vaste district. Cette année, il a consolidé sa jolie paroisse de Matsumoto, en lui procurant un cimetière sur une colline en face de la ville : son rêve serait maintenant de fonder un poste à Uéda, où se trouve la seule école supérieure de sériculture du Japon, et où nous avons déjà des chrétiens, que le missionnaire visite une fois par mois.

Kofu. — « M. Caloin, installé à Kofu depuis un an, s’occupe aussi de la petite mais fervente chrétienté de Yamashiro. Les néophytes de son ressort lui donnent des consolations, mais il aimerait à trouver plus de bonne volonté chez un certain nombre d’entre eux, qui n’assistent pas assez régulièrement à la messe le dimanche.

Hachioji — « Dans le district de Hachioji, M. Mayrand a enregistré 3.128 confessions et 4.660 communions. Son collaborateur, M. Delahaye qui réside à Maebashi, a obtenu plusieurs retours à Dieu, trois abjurations de schismatiques et un baptême d’adulte. Le dimanche de Quasimodo, j’ai eu la joie de donner la confirmation à 29 néophytes dans la petite chapelle bâtie par M. Delahaye. Je dois ajouter que notre confrère a établi la pratique de la communion fréquente à Maebashi, et que les exercices du mois de Marie et du mois du T. S. Rosaire y sont bien suivis.

Utsunomiya. — « A Utsunomiya, M. Cadilhac compte 67 baptêmes, dont 19 d’adultes et 24 d’enfants de païens.

Eco1es. — Les Dames de Saint-Maur ont des établissements à Yokohama, à Tokio et à Shizuoka. A Yokohama, avec un pensionnat européen et une école secondaire, elles dirigent un orphelinat de 170 enfants. Les autorités japonaises ont montré leur estime pour cette œuvre en décernant un objet d’art à la supérieure de l’établissement.
« L’école de Tokio, située dans un quartier aristocratique, se fait de plus en plus apprécier. Celle de Shizuoka a été reconnue officiellement et, par le fait même, assimilée aux écoles de l’état. Augmentée récemment d’une école maternelle, elle semble appelée à nous seconder d’une manière très efficace dans l’évangélisation du département de Shizuoka.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres travaillent activement à relever les ruines de leur orphelinat et de leurs écoles de Kanda. Tout sera reconstitué pour la rentrée de septembre.
« Les Dames du Sacré-Cœur, installées dans un quartier un peu excentrique mais qui, grâce au développement des trains électriques, devient de jour en jour d’un accès plus facile, ont déjà beaucoup d’élèves dans leurs écoles secondaire, primaire et maternelle.
« La très grande majorité des élèves de nos écoles de filles ne sont pas chrétiennes. Néanmoins, pour plusieurs, le passage dans ces écoles est une occasion de conversion. Le fait suivant, raconté par M. Cherel le prouve clairement :
« Chaque année, dit notre confrère, l’école secondaire des Sœurs donne quelques baptêmes « et elle en donnerait bien davantage, si les parents laissaient leurs enfants libres de se faire « catholiques. Parmi celles, auxquelles cette liberté est refusée, il en est qui obtiennent la « permission d’étudier la religion. Elles suivent alors les catéchismes avec leurs compagnes « plus favorisées, et deviennent bientôt chrétiennes d’esprit et de cœur. Leur conviction se « manifeste à l’occasion par des actes. Une de ces enfants, qui vient de mourir tout récemment « après une longue maladie, avait obtenu de ses parents la permission de se faire baptiser. Une « fois baptisée, elle n’eut plus d’autre consolation que de communier le plus souvent « possible. La veille de sa mort, elle dit à sa grand’mère païenne, qui la soignait : Je m’en « vais auprès du bon Dieu : Toi, tu ne peux comprendre ce que cela signifie, ni combien je « suis heureuse. Quand je serai partie, écoute bien le Père : tout ce qu’il te dira, ce sont les « paroles de Dieu même. »
« Une mention spéciale est due, cette année, aux Marianistes, qui célébraient, le 5 janvier 1913, le 25e anniversaire de leur arrivée au Japon. L’école, ouverte par eux en 1888 à Kanda d’abord, à Tsukiji ensuite, compte aujourd’hui 821 élèves appartenant aux meilleures familles. Bon nombre de leurs élèves sont devenus chrétiens et occupent aujourd’hui une situation honorable, ou se préparent, dans les écoles supérieures du gouvernement, à faire plus tard honneur à leurs maîtres si dévoués. Le collège Saint-Joseph de Yokohama, réservé aux seuls étrangers, est grandement apprécié par les familles européennes ou américaines qui résident au Japon.

Orphelinat de garçons. — « La mission administre elle-même à Tokio l’orphelinat des garçons ; il est dirigé par M. Demangelle, dont le zèle infatigable ne se ralentit jamais, malgré une santé assez délicate. Sa petite chorale reste fidèle à ses anciennes traditions, et contribue beaucoup à la beauté des offices dans l’église de Koïshikawa.

Léproserie. — « L’hôpital des lépreux à Gotemba ne cesse d’attirer sur notre diocèse les bénédictions de Dieu, qui récompense ainsi le dévouement du directeur, M. Bertrand. Malheureusement, la santé de ce cher confrère nous donne de grandes inquiétudes.

Revues. Koe. Oshie no Sono. — « M. Steichen, aumônier de l’école des Dames de Saint-Maur, dirige la revue Koe (la Voix), qui se fait entendre chaque mois dans tout le Japon, donnant, avec les nouvelles religieuses les plus intéressantes, les réponses aux objections courantes contre la religion, dissipant bien des préjugés et montrant la force et la vitalité du catholicisme. Une autre revue, plus modeste mais non moins utile, le Jardin de la Religion (Oshie no Sono), s’adresse spécialement aux enfants, petits et grands, qu’elle instruit et intéresse par des articles appropriés à l’intelligence de ses lecteurs. Par ces deux revues mensuelles, tirant chacune à près de 2.000 exemplaires, notre sainte religion pénètre peu à peu dans les milieux les plus divers.

OEuvre des Tracts. — « M. Drouart de Lezey continue l’œuvre des « tracts » spécialement destinés aux païens. Bientôt, nous l’espérons, le nombre d’exemplaires de ces utiles brochures, dépassera le chiffre respectable de 300.000. Dieu seul sait le bien opéré ainsi dans les intelligences droites qui cherchent la vérité. »



~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam