| Année: |
1915 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. – Hakodaté
Population catholique. 2.819
Baptêmes d’adultes. 157
Baptêmes d’enfants de païens. 172
Conversions d’hérétiques. 8
~~~~~~~
« Cette année, écrit Mgr Berlioz, tous nos chiffres ont subi un fléchissement très prononcé. A la suite du décret de la Propagande du 12 février 1915, le Hokkaido (moins la presqu’île d’Oshima), les îles Kouriles et le Saghalien furent détachés du diocèse de Hakodaté pour former la préfecture apostolique de Sapporo, confiée au zèle des Pères Franciscains.
Ces excellents religieux ont été nos auxiliaires dévoués depuis le mois de janvier 1907. Leur personnel s’est multiplié régulièrement, chaque année, et il serait aujourd’hui de 14 prêtres et de 3 frères convers, si le bateau qui amenait quatre nouveaux prêtres, n’avait pas été saisi dans la mer Rouge au mois d’août 1914.
« Les premiers arrivés ont donc eu sept ans pour se former aux usages du pays et pour bénéficier de l’expérience de leurs devanciers. Nous leur laissons des chrétientés ferventes et bien instruites ; et, pour ne donner qu’une preuve du bon esprit des fidèles, je dirai qu’aucun d’eux n’a fait défection, soit à l’occasion du changement de juridiction, soit surtout à la suite des hostilités entre le Japon et l’Allemagne. Un ministre anglican avait pourtant organisé une campagne haineuse contre les Fils de Saint-François, que lui et sa bande accusaient d’espionnage. L’affaire alla jusqu’au gouverneur, et un commencement d’enquête eut lieu. Mais, au moment où les choses prenaient cette tournure fâcheuse, un chrétien influent de Sapporo, de sa propre initiative, demanda une audience au gouverneur, et plaida si bien la cause des inculpés que, depuis lors, les autorités leur témoignèrent encore plus d’égards qu’auparavant.
« Faire l’éloge de la fidélité des chrétiens du Hokkaido, c’est a priori faire celui de leurs pères dans la foi, c’est-à-dire de nos missionnaires, qui les ont si bien formés, et qui ont dû ensuite céder leurs postes aux Pères Franciscains.
« De part et d’autre, le changement s’est effectué avec une parfaite cordialité, et les Japonais, qui savent observer, ont pu se convaincre, dans les circonstances actuelles surtout, que l’unité catholique n’est pas un vain mot.
« M. Lafon, ancien titulaire de Sapporo, a été chargé de Koriyama, chrétienté que lui-même avait fondée, il y a 25 ans, dans le sud de la mission, et dont alors il voulait faire le centre de son district. Pas n’est besoin d’ajouter qu’il fut le bienvenu de la part de ceux qui lui devaient la grâce du baptême.
« M. Hutt a quitté, au commencement de mars, la florissante station d’Asahigawa, que lui-même avait formée et organisée. Le 4 du même mois, il s’installait à Kameda, faubourg de Hakodaté. Par les soins du R. P. Maurice Bertin, aujourd’hui supérieur de la Mission franciscaine du Maroc, ce poste a été doté d’une chapelle gracieuse et d’une maison d’habitation très bien aménagée. A Kameda sont rattachées les chrétientés de la presqu’île d’Oshima, où se trouvent les deux monastères cisterciens : celui de Notre-Dame-du-Phare, à 6 lieues nord-ouest de Hakodaté, celui des religieuses de Notre-Dame-des-Anges, à 2 lieues nord-est de la même ville. Ces deux maisons fournissent une précieuse base d’action au missionnaire chargé de l’évangélisation de la province.
« M. Cornier, qui administrait Otaru depuis l’origine de ce poste (août 1903), a été, lui aussi, l’objet des plus sympathiques adieux, lorsqu’il a quitté ses chrétiens et catéchumènes, amenés au bercail au prix de tant de patience et de peines. C’est le 22 janvier dernier qu’il a pris possession de sa nouvelle résidence de Hachinohe, ville principale de la partie orientale du département d’Aomori.
« Quant à M. Anchen, il est resté à Sapporo jusqu’au 15 mars, selon le désir du R. P. Supérieur des Franciscains, afin que le successeur pût continuer, sans aucune interruption, les cours de catéchisme, suivis dans cette chrétienté-modèle par les adultes de tout âge comme par les enfants. Notre zélé confrère est actuellement chargé de la paroisse de Hakodaté.
« Malgré le malheur des temps, la Providence nous a accordé la consolation de fonder deux nouvelles résidences pendant cet exercice. L’une, bien modeste encore, a été établie à l’extrémité sud de la ville de Sendai et est occupée par M. Montagu. L’état de santé de ce bon confrère exige des soins que, seul, peut lui procurer, dans notre mission, le voisinage d’un dispensaire de nos dévouées Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; et il lui serait pénible, d’autre part, de n’avoir pas un champ d’apostolat pour exercer son zèle dans la mesure de ses forces. Son nouveau poste lui offre ce double avantage.
« La seconde résidence a été installée à Ogawara, ville située dans la région où sévit la famine en 1906 et en 1914. Nous y comptons environ 500 chrétiens et catéchumènes. Tout ce monde avait un besoin urgent d’être suivi de plus près ; il importait surtout que les enfants fussent catéchisés au plus tôt. C’est le P. Januarius Hayasaka, ancien élève de la Propagande, qui a été désigné pour travailler dans ce district sous la direction de M. Jacquet. La résidence d’Ogawara a été établie par les soins de mon cher vicaire général, avec les ressources qu’a daigné nous fournir S. E. le cardinal Gotti, qui en aura été ainsi le premier fondateur.
« Parmi les consolations de l’année, j’enregistrerai encore la promotion au sacerdoce de notre troisième prêtre japonais, le P. Irénée Hayasaka, frère du titulaire d’Ogawara. Il a été ordonné à Saint-Jean-de-Latran le 29 mai dernier, après cinq ans d’études au collège de la Propagande. L’attaché naval de l’ambassade du Japon à Rome, fervent catholique, s’est fait un honneur de pouvoir communier de la main d’un de ses compatriotes, à l’occasion d’une de ses premières messes célébrée à Saint-Pierre. Ailleurs qu’au Japon, ce détail pourrait sembler insignifiant, mais pour nous il a bien son intérêt.
« Le poste de Fukushima, chef-lieu du département du même nom, a enfin sa chapelle. Nous devons cette faveur à la générosité d’une pieuse dame de New-York, qui a voulu, par ce moyen, s’assurer pour elle et pour sa parenté une participation perpétuelle aux saints sacrifices célébrés dans ce nouveau sanctuaire.
« A l’occasion de la construction de cette chapelle, on a pu aussi restaurer et améliorer la maison d’habitation qui laissait beaucoup à désirer.
« Par ailleurs, rien de saillant à signaler. Et puis, l’heure n’est pas aux longues narrations, au milieu des angoisses présentes. La brusque diminution de nos allocations serait plutôt de nature à faire taire nos espérances. Mais si, humainement parlant, notre situation paraît intenable, il nous restera toujours la ressource de nous réfugier dans le sein de la toute-puissance de notre Père qui est aux cieux. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|