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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Chatron

III. – Osaka

Population catholique 4.126
Baptêmes d’adultes 322
Baptêmes d’enfants de païens 1.112
Conversion d’hérélique 1
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Mgr l’Evêque d’Osaka raconte tout d’abord plusieurs faits très suggestifs, qui prouvent que les idées se modifient au Japon dans un sens favorable à la religion catholique.
« A l’occasion de la visite de l’Empereur, dit Mgr Chatron, la préfecture fit faire une enquête sur les œuvres de charité à Osaka pour présenter à Sa Majesté un rapport à leur sujet. Naturellement, les œuvres de la mission catholique furent étudiées et examinées comme les autres. Or, quelques jours après la visite de l’Empereur, les directeurs de nos orphelinats furent appelés à la préfecture pour recevoir une belle somme d’argent avec les félicitations et les encouragements de Sa Majesté :
« Nous savons, leur dit le préfet, tout le bien que l’Eglise catholique fait en silence.. C’est « sa manière de procéder, et c’est en cela que consiste le véritable dévouement. »
« Quelques mois après, le préfet nous envoyait un nouveau subside, en disant : « A cause « de la guerre, vos ressources doivent être diminuées, et je suis heureux de vous venir en aide « pour vous permettre de continuer le bien commencé. »
« En juillet 1915, il y eut à Osaka un congrès national des Œuvres de bienfaisance. Plus de 200 congressistes, venus de toutes les provinces de l’empire, s’y trouvèrent réunis. Comme nous avions reçu nous-mêmes une invitation, les représentants de nos œuvres se firent un devoir d’assister aux séances du congrès.
« Les membres de l’assemblée, divisés par groupes, visitèrent les maisons de bienfaisance, dans la soirée, après la conférence. Ils vinrent chez nous et parurent enchantés de ce qu’ils virent. Un bonze ne put s’empêcher de dire : « Si j’avais des enfants, c’est ici que je voudrais les voir élevés. » Au départ des visiteurs, le directeur de l’orphelinat eut soin de remettre à chacun d’eux un lot de tracts, brochures, feuilles et produits de l’imprimerie de notre Sainte-Enfance. Ces livres furent bien accueillis et lus avec intérêt, car plusieurs personnes nous en firent demander, entre autres le Dr Ogawa, président du congrès. Quelques jours plus tard, un haut fonctionnaire représentant du ministre de l’Intérieur, nous honora de sa visite et se retira très satisfait de ce qu’il avait vu chez nous.
« Dans les conférences elles-mêmes, il fut fait mention des œuvres de la mission catholique avec beaucoup d’éloges ; la France fut même citée comme la première nation du monde sous le rapport des œuvres de bienfaisance ... « C’est en France, disait l’orateur, qu’on « a le secret de faire un bien immense avec peu d’argent, mais avec beaucoup de « dévouement.»
« La conférence donnée par M. Oita, délégué du ministre de l’Intérieur, ne fut qu’un hymne de louanges pour les œuvres catholiques. Le conférencier passa en revue toutes celles que nous avons établies au Japon. Il parla de l’asile des Dames de Saint-Maur à Tokio, des léproseries de Gotemba et Biwasaki, de la charité, du dévouement et de la douceur de M. Bertrand, en entrant dans une foule de détails. « J’assistais un jour, dit-il, à la léproserie de « Biwasaki, aux derniers moments d’un de ces infortunés, sujets d’horreur pour nos « populations. En voyant une jeune religieuse française soigner ce pauvre rebut de l’humanité « avec la tendresse qu’apporte une mère à soigner son enfant, humecter ses lèvres, lui « procurer tous les soulagements possibles, l’encourager, sans songer que ce pauvre mourant « fût pour elle un étranger, de nationalité différente ... les larmes me venaient aux yeux ...
« Un autre jour, continuait-il, me trouvant à Nagasaki, j’allai voir l’église que le P. « Fraineau avait commencée à Urakami. Les fondations sortaient de terre ... En voyant « l’immensité du plan, je dis au Père : « Quelle belle somme d’argent vous devez avoir pour « entreprendre un pareil travail ! – Pas du tout, me répondit-il, je n’ai pas d’argent. Au jour le « jour, je reçois quelques aumônes de mes chrétiens et de personnes charitables, je les « emploie ; mais je ne sais nullement quand le travail s’achèvera. » Dix ans après, étant « retourné à Urakami, je trouvais les murs à la moitié de leur hauteur, et le même Père avec la « même ténacité, calme et persévérante, continuait tout doucement son œuvre. Voilà ce que « nous autres Japonais nous ne pouvons pas imiter, quoique nous imitions tout le reste. Cette « persévérance est au-dessus de nos forces. Et aujourd’hui, après dix autres années d’un « travail constant et opiniâtre, cette église est debout ; vingt ans de persévérance ont élevé « la plus belle église catholique du Japon. »
« Dans les conférences, on fit aussi l’éloge des vierges chrétiennes de nationalité japonaise. On parla de leur règle si sévère, de leur vie de communauté, de la peine qu’elles se donnent pour cultiver la terre et vivre ainsi du travail de leurs mains. On loua leur charité à l’égard des malades, qu’elles visitent à domicile sans jamais redouter la contagion ; à l’égard des orphelins, qu’elles font adopter dans des familles chrétiennes et à l’éducation desquels elles coopèrent par un subside, en cas de besoin.
« Et le délégué du ministre de l’Intérieur ajoutait par mode de conclusion : « J’ai visité « beaucoup d’œuvres de bienfaisance, bouddhistes, protestantes et catholiques ; mais je dois « l’avouer, ce sont ces dernières qui ont surtout attiré mon attention et gagné mon estime. »
Tout cela montre le chemin parcouru en un demi-siècle au Japon. Il y a cinquante ans, c’était la persécution, l’exil, la prison pour les catholiques ; aujourd’hui, c’est la louange et l’admiration. Les peines, les travaux, les sacrifices des missionnaires portent leurs fruits ; et, Dieu aidant, ces fruits se multiplieront de plus en plus. »

Mgr Chatron donne ensuite un aperçu détaillé des travaux accomplis dans les divers districts de son diocèse. Nous nous bornerons à citer quelques extraits du rapport de Sa Grandeur.
« A Kawaguchi, le P. Nagata ne manque pas de consolations. La petite société des dames qui consacrent leur temps aux œuvres charitables, produit d’heureux résultats. Grâce à leurs aumônes, ces dames ont accès dans les familles pauvres, qui les accueillent avec reconnais-sance et écoutent volontiers leurs exhortations au sujet de la religion. Elles ont réussi de la sorte à baptiser un bon nombre d’adultes et d’enfants en danger de mort. L’association des jeunes gens, elle aussi, est florissante.
« Le P. Nagata a eu la douleur de perdre sa bonne et sainte mère. Cette pieuse femme a consacré 35 ans de sa vie à travailler, comme catéchiste, dans plusieurs districts de la mission, notamment à Osaka, à Hiroshima, à Kochi. Par son zèle éclairé, sa charité et sa douceur, elle a fait un bien immense. Nombreuses sont les personnes qui lui doivent le bienfait de la conversion, de la persévérance, ou du retour aux pratiques religieuses ; plus nombreuses encore sont les âmes des petits enfants qu’elle a envoyées au ciel. Elle est morte comme une sainte, et ses funérailles ont été un vrai triomphe.
« M. Vagner partage son temps et sa sollicitude entre les deux postes de Awajimachi et de Nara. Le dimanche, il dit une première messe dans l’un, et une seconde dans l’autre. Notre confrère eut un jour l’occasion d’aller voir une jeune institutrice malade de la tuberculose. Dans la conversation, cette personne lui dit : « Je viens de recevoir une lettre de mon frère, « qui étudie à l’Université de Tokio, lisez-la. » Le missionnaire lut ceci : « Je suis protestant ; « mais le protestantisme n’est pas la bonne religion, qui mène au ciel. Le vrai christianisme ne « se trouve que dans la religion catholique. Puisque tu es malade, embrasse cette religion pour « sauver ton âme. » De fait, la malade se laissa catéchiser comme une enfant, reçut le « baptême, la sainte communion, la confirmation et mourut en prédestinée.
« M. Silhol qui fait l’intérim à Kitano, en l’absence de M. Bousquet, mobilisé, est très édifié par la piété des fidèles. Le chiffre de 300 enfants baptisés à l’article de la mort témoigne du zèle des baptiseuses de ce district.
« Un jeune enfant ne cessait de demander dans ses prières et ses communions le retour à Dieu de ses parents qui négligeaient leurs devoirs de chrétiens. Il tomba subitement malade d’une méningite. Son père et sa mère étaient désolés. « Mon père, ma mère, leur répétait-il « continuellement, je vais mourir après-demain, pour aller au ciel voir Jésus et Marie. Il faut « que vous veniez me rejoindre ; promettez moi de rentrer dans le chemin du ciel. » Après des souffrances patiemment endurées, il mourut en invoquant les saints Noms de Jésus et Marie et eu ajoutant : « Père, convertissez-vous. » La mort de ce pieux enfant fut une grâce pour ses parents, qui renoncèrent immédiatement aux superstitions et, depuis lors, sont fidèles à la pratique de leurs devoirs.
« M. Villion continue à donner de nombreuses conférences à Haghi et dans les villages voisins. Son catéchiste est un ancien bonze, qui fut longtemps chef de bonzerie dans une pagode renommée, située près de la ville. A chaque prédication, l’exorde du bonze converti fait impression. Voici comme il débute : « En me voyant prêcher aujourd’hui la religion de « Jésus, que vous m’avez vu combattre avec tant de rage, vous devez vous demander la raison « du changement qui s’est opéré en moi... » et il expose à son auditoire les motifs de sa conversion, les erreurs et les contradictions des sectes bouddhistes, etc., et tout le monde reste ébahi !
« A Himeji se trouvent des soldats allemands faits prisonniers à Kiao-chau. Parmi eux on compte 240 catholiques. M. Charron a obtenu du ministre de la Guerre la permission de leur dire la messe une fois semaine ; mais il ne peut ni leur parler en particulier ni même les confesser. Ils sont donc privés des sacrements.
« M. Fage, curé de la paroisse internationale de Kobé, ne néglige rien pour entretenir ses fidèles dans la pratique des devoirs religieux. La jeunesse est l’objet principal de sa sollicitude. L’école de Sainte-Marie, tenue par les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus, lui est d’un puissant secours pour l’éducation des jeunes filles européennes. A l’occasion de la semaine sainte, une retraite a été prêchée par un Père Jésuite de l’Université de Tokio à ces enfants et a été bien suivie ; elle s’est terminée par la confirmation d’un certain nombre d’élèves.
« M. Perrin, curé de la paroisse japonaise, a tout lieu d’être satisfait de ses chrétiens, qui donnent le bon exemple autour d’eux et sont justement fiers de la belle église Saint-Henri qu’ils doivent aux largesses d’une auguste bienfaitrice, connue de Dieu et des missionnaires d’Osaka. Cette église, à elle seule, est une prédication pour les païens de Kobé, qui viennent de toutes les provinces du Japon.
« Un chef de famille qui habite dans un village païen assez éloigné de l’église de Kyoto, a donné un bel exemple de résignation chrétienne. Son fils unique étant tombé gravement malade, le missionnaire fut appelé et accourut pour lui administrer les derniers sacrements. Le jeune homme les reçut avec une piété angélique. Comme le missionnaire offrait ses condoléances au vénérable vieillard : « Père, lui dit celui-ci, si mon fils meurt, je remercie le « bon Dieu. Il m’avait confié une âme ; j’ai fait mon possible pour la conserver fidèle et pure. « Je le sais, mon fils n’a pas commis de fautes graves et je le rends au bon Maître, qui le « gardera au ciel auprès de Lui ! »
« Une chrétienne, malade à l’hôpital, édifiait tout le monde par sa patience et sa douceur. Le docteur, étonné, lui demanda : « Mais d’où venez-vous donc ? – Du couvent des Sœurs françaises, dit-elle. – Ah ! oui, reprit le docteur ; je le sais, c’est là qu’on a la paix et la tranquillité d’âme ; continuez, avec ça on guérit sûrement. »
« A Miyazu, le maire païen de la ville ayant appris que deux neveux de M. Relave avaient été tués à la guerre, demanda qu’un service religieux fût célébré à l’église pour les deux soldats glorieusement tombés, et y assista avec tous les notables. Le lendemain, le journal de Miyazu, relatant le fait, disait que les gens de la ville avaient voulu témoigner par là leur sympathie au missionnaire français qui, depuis 30 ans, avait quitté patrie, parents et amis pour se dépenser tout entier au bien des Japonais.
« Le père et la mère du Dr Ishikawa ont eu la joie de célébrer leurs noces d’or, à Maizuru. Les deux vénérables jubilaires ont reçu, à cette occasion, la bénédiction du Souverain Pontife avec une splendide photographie revêtue de l’autographe de Benoît XV.
« M. Geley, dans ses nombreuses relations avec les païens de Wakayama, rencontre beaucoup d’individus qui admirent la doctrine catholique et avouent qu’elle seule peut remédier efficacement à la criminalité sans cesse grandissante, empêcher les suicides et les scandales de toute sorte ; mais, disent-ils, elle est trop difficile pour nous. Le missionnaire sème toujours le bon grain ; ses successeurs moissonneront.
« M. Cettour, titulaire de Yamaguchi, enseignait devant un auditoire païen que pour arriver au bonheur, il n’y a qu’un chemin, le catholicisme : « Ah ! non, pas de ça, réplique un « colonel. Quand je veux aller à Tokio, j’ai plusieurs moyens de m’y transporter : le chemin « de fer, le bateau, la bicyclette, mes jambes, et j’y arrive. De même, il y a plusieurs religions « qui conduisent au ciel : toutes sont bonnes, si on en observe les préceptes ; que chacun « choisisse la sienne, etc.. » Quelque temps après, le pauvre homme fut terriblement éprouvé. En une semaine, sur les quatre enfants qu’il avait, trois furent emportés par la dysenterie. Sa femme en devint folle de douleur. Le colonel essaya inutilement de toutes les religions pour la guérir. A la fin, il eut recours à M. Cettour. Notre confrère s’empressa d’aller voir la malheureuse qui le reçut avec plaisir, redevint calmé, et s’instruit maintenant pour recevoir le baptême.
« L’imprimerie de la Sainte- Enfance a dû ralentir ses publications à cause de la guerre : le prix du papier, des caractères, de l’encre, etc., a subi une hausse considérable. En outre, il faut bien écouler le stock des ouvrages publiés précédemment.
« Les excellents Frères de Marie vont de succès en succès avec leur Ecole de l’« Etoile Brillante » ; ils ont toutes les sympathies de la population. Nos Japonais veulent que leurs enfants soient éduqués ; or, ils ne trouveront nulle part une éducation meilleure que celle qui est donnée par les Marianistes. Ces maîtres si dévoués ne se bornent pas à donner l’instruction profane à leurs élèves ; ils s’appliquent à leur inculquer de bonne heure les vrais principes moraux et religieux. Ils ont la joie de voir que les cours de catéchisme, d’histoire sainte, etc., qui se font en dehors des heures de classe, sont fréquentés par plus de 300 enfants.
« Les religieuses du Saint-Enfant-Jésus font, elles aussi, un bien immense dans les écoles, orphelinats, ouvroirs et asiles qu’elles dirigent. Elles ont deux écoles supérieures, à Osaka et à Okayama, et une troisième à Kobé.
« De plus, ces bonnes sœurs vont soigner les malades en ville ; elles visitent les indigents, leur portent des remèdes, et, grâce à leur savoir-faire, elles administrent un bon nombre de baptêmes à l’article de la mort. »


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