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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Japon
Mission: Tokio
Rédacteur:Mgr l’archevêque de Tokio

CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon


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I. – Tokio


Population catholique 10.285
Baptêmes d’adultes 756
Baptêmes d’enfants de païens 313
Conversions d’hérétiques 5
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« En face de l’épouvantable tempête qui bouleverse l’Europe et dont nous ressentons ici le contre-coup désastreux, écrit Mgr l’archevêque de Tokio, je ne me sens guère le courage de faire un long compte rendu de l’année 1914-15. Les temps sont si tristes et l’avenir si incertain, que l’on a besoin, pour reprendre courage, de se rappeler la parole du divin Maître à ses disciples : « Quid timidi estis, modicœ fidei ? Que craignezvous, hommes de peu de foi ? » On aime à se souvenir que la Providence permet les calamités pour notre bien, et que, quand tout semble perdu, nous devons redoubler de confiance en Dieu.
« Nous venons de traverser une dure épreuve. La mobilisation nous en enlevé 9 missionnaires, la mort nous a ravi M. Clément et la maladie nous a privés du concours de deux autres confrères. Notre mission a donc vu son personnel réduit de près de moitié en un an. Ceux qui restaient ont redoublé de zèle afin de maintenir les œuvres déjà existantes, celles qu’ils dirigeaient eux-mêmes auparavant et celles que nos chers mobilisés avaient dû abandonner momentanément. Dieu a visiblement béni le travail de tous : aucun poste n’a été délaissé ; seuls, les districts de l’intérieur ont un peu souffert, en ce sens qu’ils n’ont pu être visités aussi souvent que par le passé. Toutefois, les forces humaines ont une limite, et la situation anormale qui nous est faite ne saurait se prolonger longtemps sans des inconvénients très graves. C’est pourquoi nous attendons tous avec impatience qu’une paix glorieuse nous rende nos chers absents.
« Malgré nos appréhensions pour l’avenir, nous avons dû songer à organiser un séminaire. Il compte déjà 14 élèves, dont 1 latiniste, 2 théologiens et 11 commençants. Les chrétiens de notre diocèse étant encore des néophytes pour la plupart, le recrutement des élèves de notre séminaire à ses débuts était difficile. J’ai donc demandé à Mgr Combaz de vouloir bien nous venir en aide, et le diocèse de Nagasaki nous a fourni huit enfants d’anciens chrétiens. Nous avons aujourd’hui dans notre séminaire 14 élèves pieux et dociles, auxquels nous pourrons adjoindre, selon les circonstances, des enfants du diocèse de Tokio. M. Steichen a la direction de ce séminaire en germe ; M. Wassereau enseigne les éléments de la philosophie et de la théologie aux deux élèves les plus avancés, tandis que les jeunes suivent les cours de l’école secondaire des Marianistes.
« Les écoles de Tokio, de Yokohama et de Shizuoka dirigées par les Marianistes, les Pères Jésuites, les Dames de Saint-Maur, les Dames du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, continuent à faire connaître et estimer la religion catholique. Nous ne pouvons que leur donner des éloges pour les résultats acquis. La dernière en date de ces écoles, dirigée à Shizuoka par les Dames de Saint-Maur, dont j’ai pu admirer moi-même pendant plusieurs années la patience et le zèle, a été bénie de Dieu d’une manière spéciale, après des débuts pénibles et modestes, et elle semble appelée à exercer une très heureuse influence dans la ville et le département de Shizuoka. Je dois aussi une mention particulière au grand établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Tokio, que l’incendie du mois de février 1913 avait complètement détruit et que nous avons vu renaître de ses cendres, plus vaste et mieux conçu que l’ancien. L’épreuve avait été grande pour ces auxiliaires si dévouées des premières années de la mission : Dieu a récompensé leur zèle et leur confiance.

« Tokio, centre principal de nos œuvres, avec ses six paroisses et ses nombreuses écoles, voit sa population augmenter chaque année : elle dépasse aujourd’hui 2 millions d’habitants. La population chrétienne est loin de progresser dans les mêmes proportions, et le nombre des fidèles, qui est de 5.000 environ, ne donne qu’un chrétien pour 400 habitants. Tel quel cependant, ce nombre n’est pas à dédaigner ; et, quand une circonstance spéciale, une grande fête par exemple, réunit dans nos modestes églises 7 à 800 néophytes, le cœur des missionnaires, surtout de ceux qui ont vu les quelques centaines de pauvres chrétiens qui composaient la communauté catholique de la capitale, il y a trente et quelques années, déborde de reconnaissance envers Dieu.
« C’est le sentiment que nous éprouvions tous le jour de la bénédiction de la nouvelle église de Saint-François-Xavier à Kanda. L’église, le presbytère ainsi que l’établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres avaient été détruits par un terrible incendie, qui consuma tout un quartier de Tokio dans la nuit du 13 février 1913. On avait rebâti d’abord une grande salle servant de chapelle provisoire, puis la résidence du missionnaire ; mais l’église proprement dite était toujours à construire. Avec l’indemnité payée par la compagnie d’assurances, un subside de la mission, les contributions généreuses des chrétiens et l’aide de nombreux bienfaiteurs, M. Cherel, qui administre cette paroisse, a pu mener à bien son entreprise, et le 14 mars 1915 j’avais la joie de bénir la nouvelle église, spacieuse et bien éclairée. Plus de 700 chrétiens des diverses paroisses de Tokio se trouvèrent réunis à cette occasion ; ils semblaient tout fiers de se voir si nombreux. S. Exc. M. l’ambassadeur de France et plusieurs membres de l’ambassade assistèrent à la cérémonie.
« La paroisse d’Asakusa, dont le titulaire, M. Lissarrague, a été mobilisé, continue ses anciennes traditions sous la direction de M. Flaujac, que j’ai dû enlever au séminaire pour lui confier ce poste important. Celle d’Azabu, dirigée par M. Tulpin, dont le zèle ne faiblit pas malgré les fatigues de 38 ans de mission, offre, cette année, une belle gerbe de 51 baptêmes d’adultes. La paroisse de la cathédrale, Tsukiji, confiée à un prêtre japonais, a donné 16 baptêmes d’adultes, et ses fidèles se montrent très exacts dans l’accomplissement de leurs devoirs. Je puis en dire autant de la paroisse de Honjo, confiée également à un prêtre japonais, qui soupire, depuis longtemps, après le jour où une église, grande et convenable, remplacera la simple salle de réunion où s’entassent, chaque dimanche aux deux messes, ses chrétiens dont le nombre augmente d’année en année.
« La paroisse de Koishikawa a fourni 17 baptêmes d’adultes. Elle est dirigée par M. Drouart, sur lequel l’âge semble n’avoir pas de prise. Malgré ses 67 ans, il a courageusement accepté de faire l’intérim de M. Cesselin, mobilisé en France, et il va tous les mois, à plus de 300 kilomètres de la capitale, visiter les chrétientés de Ueda et Matsumoto. Pendant l’absence du curé, M. Demangelle prend soin de la paroisse, tout en dirigeant notre orphelinat de garçons.
« A Yokohama, notre doyen d’âge, M. Pettier, continue à supporter allègrement le poids des ans : il se plaint toutefois de ses yeux, qui ne veulent plus le servir à son gré. Mais sa longue expérience des personnes et des choses de Yokohama, l’estime et l’affection qu’il a su acquérir auprès de la communauté étrangère, compensent les inconvénients de l’âge et lui permettent de faire encore beaucoup de bien autour de lui. Notre doyen d’apostolat, M. Evrard, ajoute à l’administration du couvent et de l’école des Dames de Saint-Maur, qui à elle seule suffirait à occuper un prêtre, la direction de la paroisse japonaise de Yokohama, laissée vacante par le départ de M. Chabagno, mobilisé. Sa santé, éprouvée par la maladie et 48 ans de travail incessant, exigerait bien quelques ménagements, mais M. Evrard n’a jamais su se reposer, et il va toujours de l’avant.
« M. Mayrand, qui administrait les chrétientés de trois départements, avant la guerre, avec la collaboration de M. Delahaye, a dû se priver de l’aide de ce dernier confrère, transféré à Shizuoka ; et, en échange, a reçu encore la direction du district de Kofu, resté vacant par le départ de M. Caloin, mobilisé. Insensible à la fatigue, il visite régulièrement tous ses postes. Si les visites sont plus courtes, elles se font néanmoins aussi fidèlement que par le passé.
« M. Cadilhac, qui avait deux vicaires avant la guerre pour l’aider à parcourir les stations des trois départements dont il a la direction (Utsunomiya, Mito, Chiba), est seul aujourd’hui dans son district et continue tranquillement la vie apostolique de missionnaire ambulant, qu’il mène depuis plus de 30 ans. « Quand la fin arrivera, je m’arrêterai, » dit-il. Et, en vertu du mouvement acquis, il continue à aller, visitant, administrant ses chrétiens, dont il a déjà pu baptiser la troisième génération.
« L’archevêque lui-même, devant le surcroît de travail imposé à tous les missionnaires et accepté si courageusement par eux, ne pouvait rester tranquille dans son évêché : il a dû prendre, lui aussi, la direction d’un petit district, le plus facile de tous et desservi par le chemin de fer. Il en visite les trois postes : Oawara, Kamakura et Yokosuka, régulièrement chaque mois, autant que le lui permettent ses autres fonctions. Cette partie de la « Côte d’azur », de notre mission, dont le poste le plus éloigné n’est qu’à trois heures de chemin de fer de la capitale, avait toute l’affection de M. Giraudias. L’archevêque ne peut lui donner tout le temps que lui consacrait notre cher mobilisé. Il cherche du moins à conserver à notre sainte religion ces petites chrétientés si intéressantes, qui attendent impatiemment le retour de leur pasteur.
« Plus loin, au pied de la célèbre montagne Fujiyama, se trouve la léproserie de Gotemba ou plutôt Koyama. M. Bertrand, qui lui a consacré 25 ans de sa vie de missionnaire et qui aime ses lépreux comme un père aime ses enfants, lutte depuis plus de 3 ans contre une étrange maladie d’estomac, qui a résisté jusqu’ici au traitement des meilleurs médecins de Tokio, de Yokohama et de Hong-Kong. Aujourd’hui, notre cher confrère, venu à Yokohama, où il peut être plus facilement et mieux soigné, attend, plein de résignation et de confiance, que Dieu veuille bien faire en sa faveur le miracle qui lui permettra de retourner au milieu de ses chers lépreux.
« La maladie de notre confrère, seul dans un hôpital qui est éloigné de tout centre et d’un accès peu commode, les soins religieux à donner aux lépreux eux-mêmes m’ont causé beaucoup d’embarras et de soucis, surtout pendant les quelques semaines qui suivirent la déclaration de guerre. M. Lebarbey était allé prendre soin de M. Bertrand et de ses lépreux, mais la mobilisation vint bientôt l’enlever à cette œuvre de charité. Pendant deux ou trois mois, je dus moi-même m’en charger de loin en loin ; enfin, je pus disposer de M. Andrieu qui s’installa à la léproserie, et je commençais à respirer, quand, un beau jour, un ordre de mobilisation vint toucher à son tour M. Andrieu. Ne sachant plus quoi faire, j’eus recours aux bons offices de M. l’ambassadeur de France, qui voulut bien accorder de lui-même un sursis et écrire à l’administration de la guerre en faveur d’un missionnaire directeur d’hôpital. Grâce à cette bienveillante démarche, nous avons pu assurer le fonctionnement de notre léproserie. M. Andrieu donne en même temps ses soins à quelques petites chrétientés du voisinage de Koyama.
« A Shizuoka, la maladie et la mort de M. Clément, avec le départ de M. Wassereau, mobilisé lui aussi, mais seulement pour peu de temps, nous causèrent encore de bien gros ennuis. M. Delahaye fut enlevé au district de M. Mayrand et placé à Shizuoka pour assurer l’administration religieuse de la paroisse et du district. Depuis la mort de M. Clément, il réside à Shizuoka, où l’établissement très florissant des Dames de Saint-Maur nécessite la présence d’un missionnaire.
« Le départ de M. Lemoine, qui administrait les chrétiens de Nagoya, départ auquel nous étions loin de nous attendre, vu l’âge du mobilisé, nous a mis dans le plus grand embarras : impossible de lui trouver un successeur parmi les missionnaires, déjà surchargés de travail. D’un autre côté, je ne pouvais pas songer à aller moi-même de temps en temps faire la visite de cette chrétienté, située à plus de 400 kilomètres de la capitale. J’ai frappé alors à la porte de Mgr Chatron, évêque d’Osaka, qui, de suite et de tout cœur, a consenti à me secourir. Avec la permission de son ordinaire, M. Birraux, titulaire de Tsu, à deux heures de chemin de fer de Nagoya, a bien voulu se charger de l’administration de cette chrétienté. Que Mgr d’Osaka et le dévoué M. Birraux veuillent bien recevoir l’expression sincère de ma vive reconnaissance pour le grand service rendu à la mission de Tokio.
« Telle est, dans ses grandes lignes, la situation de la mission de Tokio pendant la première année de la guerre, situation à laquelle nous avons pu faire face par un redoublement de travail. Je dois ajouter que nous avons trouvé dans les prêtres des congrégations religieuses, à Tokio et à Yokohama, d’utiles et dévoués collaborateurs, toujours disposés à nous rendre service en cas de besoin. Que Dieu daigne les en récompenser Lui-même comme ils le méritent ! »



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