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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr Berlioz

IV. — Hakodaté

Population catholique 2.819
Baptêmes d’adultes 127
Baptêmes d’enfants de paiens 192
Conversion d’hérétique 1
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« La réception de l’Envoyé Extraordinaire de S. S. Benoît XV à l’occasion du couronnement de l’Empereur a été un événement pour tout le Japon, écrit Mgr Berlioz. Il sera bien permis de dire un mot de sa visite à Sendai, ne fût-ce que pour rendre hommage à Son Excellence, qui n’avait écouté que sa condescendante bonté pour honorer de sa visite l’évêque du diocèse du Nord.
« Les reporters des journaux n’avaient pas entendu ainsi la chose ; mais il faut les remercier quand même d’avoir eu l’idée de rattacher le motif de cette visite à une ambassade envoyée à Rome par le daimyo qui régnait à Sendai au commencement du XVIIe siècle. Les édiles de notre ville venaient précisément d’en célébrer le troisième centenaire par l’érection d’un monument commémoratif. Une longue inscription gravée sur la pierre rappelle en effet qu’en 1614, le daimyo Daté Masamuné choisit un officier de sa maison, Hasekura Rokuemon, pour porter au roi d’Espagne une lettre proposant d’établir des relations commerciales entre Sendai et le Mexique, et une autre pour le Pape Paul V, demandant l’envoi de missionnaires Franciscains au Japon, et l’appui du Souverain Pontife pour le succès des négociations avec le roi d’Espagne. L’ambassade était conduite par le P. Louis Sotelo, O. F. M.
« Bref, Mgr Petrelli ayant été mis au courant du genre de réception qu’on lui ménageait à Sendai s’y prêta de la meilleure grâce ; et pour faire honneur au programme, il voulut bien prolonger de vingt-quatre heures son séjour au milieu de nous.
« Le 9 février, vers 8 heures du soir, toutes les autorités de la ville étaient réunies à la gare pour souhaiter la bienvenue à Mgr le Délégué. Celui-ci était accompagné de Mgr Combaz, évêque de Nagasaki, et de M. Cadilhac, vicaire général de Tokio. Les présentations faites, le cortège se rendit directement à l’église, où le Délégué, après avoir été reçu selon le cérémonial du Pontifical, donna la bénédiction papale, puis le salut du Saint-Sacrement.
« Le lendemain 10 février, la première audience fut pour les chrétiens qui étaient venus nombreux assister à la messe. Après eux furent reçus deux descendants de l’ambassadeur, qui firent un récit des traditions conservées dans leur famille au sujet de leur illustre ancêtre, Philippe Hasekura, baptisé dans la chapelle du palais des rois d’Espagne. Ils racontent, entre autre choses, que des vases sacrés avaient été cachés dans le tombeau de l’ambassadeur, mais qu’on n’en avait pas retrouvé de trace lorsqu’on y fit des fouilles, ce qui laisse supposer qu’ils avaient été volés. Ils offrirent à Mgr Petrelli plusieurs objets précieux et un poignard remarquable par son antiquité. Son Excellence leur remit une belle médaille du Saint-Père, en leur souhaitant de se rattacher à leur glorieux ancêtre par le lieu de la religion.
« Vers 10 heures du matin, M. le maire se présente accompagné le plusieurs membres du conseil municipal. Quelle ne dut pas être la satisfaction de l’Envoyé du Pape, en entendant dire qu’un des gloires de la ville de Sendai était d’avoir eu, dans les siècles passsé, des relations avec le Saint-Siège, et que les présents rapportés de Rome, il y a trois cents ans, constituaient le plus précieux trésor des collections de la maison des princes Daté : « La visite « de Votre Excellence, ajouta M. le maire, coïncidant avec le couronnement de nos fêtes du « troisième centenaire, nous aimons à y voir un signe qui fait revivre le passé et garantit « l’avenir. » Après ces délicates allusions, on voit un vieux maître d’armes tout occupé à ouvrir un coffre en bois de « Kiri » (paulownia imperialis). Il en tire une armure de chef militaire des temps féodaux, qu’il monte au fur et à mesure avec un religieuse solennité. C’est le cadeau offert par la ville de Sendai. L’armure, très admirée pour sa valeur et sa rareté, le fut encore davantage pour l’àpropos qui rappelait si heureusement le « samuraï » envoyé au Pape, revenir chevalier chrétien, et ennobli du titre de « citoyen romain ».
« La visite du préfet qui suivit de près celle du maire, ne fut pas moins courtoise, quoique d’un caractère différent. Se plaçant à un point de vue général, le préfet se félicita d’avoir l’honneur de saluer un représentant de la Papauté, à qui les peuples sont redevables de tant et de si grands bienfaits. Il exprima ensuite son admiration au sujet de la ferme stabilité du Saint-Siège, qui s’est maintenue au milieu des révolutions qui ont bouleversé l’Europe. Enfin, parlant du Japon, il dit que si le pays avait progressé sous le rapport matériel, il restait en retard du côté moral, et qu’il faisait des vœux pour que l’influence bienfaisante de la Papauté s’y fit bientôt sentir.
« Il va sans dire que le branle donné par les autorités se communiqua à la population. On le vit bien lorsque Son Excellence parcourut en jinrikisha la longue rue qui conduit au tombeau cie l’ambassadeur chrétien : les habitants, massés devant leurs portes, saluaient repectueusement, et, à l’extrémité de la ville, le nombreux personnel d’une école primaire était rangé pour faire les honneurs. Le cimetière, où les savants de notre cité croient avoir découvert le vrai tombeau de Philippe Hasekura Rokuemon, est situé sur une colline à l’extrémité nord de Sendai ; il est confié à la garde de la bonzerie Komyoji. Une vieille pierre cylindrique avec moulures, couverte de lichens, marque la place du tombeau. C’est en dehors de la balustrade qui l’entoure qu’a été érigé, en 1915, le monument commémoratif de, l’ambassadeur. En montrant l’endroit à l’Envoyé du Saint-Père, le maire lui fit dire : « C’est « une croix qui devrait être sur cette tombe ; mais le malheur des temps en a décidé « autrement ! » Puis, on remit une pioche à Son Excellence et Elle fut priée de planter à l’intérieur de la clôture un arbre destiné à perpétuer le souvenir de sa visite.
« Sur l’initiative des notables du quartier où nous avons notre petit collège ecclésiastique, les maisons étaient pavoisées, et une souscription avait été recueillie pour couvrir les frais d’un feu d’artifice. Ces Messieurs demandèrent a être présentés à Mgr Petrelli pour lui lire une adresse qui se termina par le triple vivat : « Au roi de la religion à Rome ». Ils offrirent ensuite un plateau en bois fossile, sur lequel ils avaient fait graver une esquisse des tombeaux de l’ambassadeur et du prince Daté, les lignes de notre chapelle, et, au coin gauche, le nom de Son Excellence avec la date de sa visite.
« L’installation de M. Montagu au quartier sud de la ville est tellement modeste, que notre confrère était d’avis de ne pas en proposer la visite à Son Excellence. Mgr Petrelli répondit que c’était, au contraire, une raison de plus pour la visiter, et qu’il désirait se rendre compte de visu de ce que pouvait être un poste de missionnaire, dans sa toute première phase. Il y trouva une petite maison proprette, il est vrai, mais basse, n’ayant que des écrans mobiles en papier pour la protéger contre le froid et le vent, et une minuscule chapelle dont la voûte, de six à sept pieds de haut, était formée par les minces bardeaux du toit. Le vent y souffle-t-il un peu fort, ces frêles planchettes laissent voir les étoiles. Mais les quelques familles chrétiennes qui y viennent prier, de même que la joyeuse bande des enfants du voisinage, se soucient bien de ce qui excite notre pitié à nous, Européens... Mgr Petrelli fut tellement charmé que, séance tenante, il fit acheter des gâteaux pour l’intéressant petit monde du poste naissant de Tatamiyacho.
« A l’école supérieure de filles, tenue par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, la réception eut un caractère qui excita l’admiration de l’Envoyé Extraordinaire. Les 238 élèves qui la fréquentent, païennes pour la plupart, se conduisirent dans la circonstance comme si elles eussent été chrétiennes. On voit que ce désir germe déjà au fond de leurs cœurs, par le texte des adresses lues et des chants exécutés en l’honneur de l’hôte impérial. Quelque temps auparavant, elles avaient reçu de Tokio le drapeau de l’école richement brodé d’or. On décida qu’il serait inauguré à l’occasion de la visite de Son Excellence. Quand cet heureux moment fut venu, l’attitude respectueuse, émue, presque solennelle de ces jeunes filles, semblait montrer que leur âme se dévoilait en même temps que se déroulait le symbole de leur « Ecole de la Violette ». Avec un à-propos qui excita l’enthousiasme de l’assemblée, Mgr Petrelli attacha au sommet de la hampe une belle médaille de S. S. Benoît XV. Si l’assistance acclama ce geste aussi gracieux que significatif, combien furent consolées nos dévouées religieuses en voyant leur établissement placé sous l’égide du Vicaire de Jésus-Christ. Cette médaille n’est encore qu’une semence, mais les cœurs s’ouvrirent largement pour la recevoir, et il faut croire qu’elle fructifiera en son temps.
« Le lendemain, 11 février, ramenait le 2.576e anniversaire de la fondation de la dynastie et le 27e de la promulgation de la Constitution. C’est un des grands jours de l’année ; tout le pays est pavoisé, et partout retentit le chant national (Kimigoyo) où l’on souhaite que Sa Majesté vive « jusqu’à ce que le gravier se condense en rocher et que la mousse pousse sur ce rocher ». Mgr Petrelli manifesta le désir d’y prendre part, et c’est encore à l’établissement des Sœurs qu’il fit acte de présence. Après le cérémonial réglementaire (chant du Kimigayo trois fois répété la tête inclinée, et la lecture du rescrit impérial), Son Excellence adressa quelques mots d’éloge sur Sa Majesté, dit combien le Saint-Père avait à cœur le bonheur du peuple japonais, et combien il serait satisfait en apprenant l’aimable accueil dont avait été honoré son Envoyé. Sur l’invitation du directeur de l’Ecole, tout le monde se leva pour crier trois fois : « Dix mille ans au Pape de Rome ! »
« Ah ! si les conversions s’opéraient par les bras levés, c’est par centaines qu’on en aurait compté ce jour-là. Pourquoi faut-il que les plus nobles élans de la nature restent comprimés, ou ne servent qu’à une manifestation passagère, qui ne portera des fruits qu’après un long hiver !
« Cet amer regret nous amène à dire que les craintes, formulées dans le dernier compte rendu de Mgr Mutel, sont depuis longtemps une réalité au Japon. Si trop souvent nous prêchons dans le désert, c’est bien en effet à cause de l’orientation de l’enseignement officiel, lequel est obligatoire, athée, matérialiste et imbu d’exclusivisme. D’après cet enseignement, il n’y a pas de Dieu personnel ; le inonde obéit à des lois aveugles ; l’unique et digne objectif est celui de la force ; le Christ n’est qu’un homme comme le Shaka des Indiens et le Confucius des Chinois. L’âme japonaise est supérieure à tous ces systèmes étranger ; le vrai patriote n’a rien à voir audessus de son Empereur et des héros morts pour le pays, etc. Telles sont les idées que l’on inculque à la jeunesse, et, pour cela, on emploie des méthodes calquées sur les institutions allemandes. Il faut que toutes les intelligences passent sous cette funeste machine pneumatique, destinée à extirper tout sentiment religieux. On en devine les conséquences. D’autre part, la prépondérance croissante du clan shintoïste nous crée une situation de plus en plus difficile. Ce ne doit être au fond qu’une question de clan, mais ce clan a, de temps immémorial, la direction du protocole de la Cour ; son action y est d’autant plus séduisante et plus forte qu’elle s’exerce sous forme de flatterie revêtue d’un masque religieux. Le shintoïsme en est arrivé à persuader autour de lui qu’il a en son pouvoir le garant idéal de la fidélité des sujets, comme aussi le meilleur excitant du courage chez les défenseurs du pays. C’est ce qui l’a fait adopter officiellement aux ministères de la Guerre, de la Marine et de l’Instruction publique.
« Dans les premières années du règne précédent, à voir l’abandon et le délabrement de ses temples, on crut que le shinthoïsme laissait place libre aux autres institutions ; mais, avec le temps, il revendiqua ses droits séculaires. Après les triomphes sur la Chine et la Russie, généraux et amiraux reconnurent unanimement qu’il fallait les attribuer à la protection des génies tutélaires de la nation, c’est-à-dire aux empereurs et héros défunts. Sous le nouveau règne, les exigences du clan shintoïste vont jusqu’à faire échec à la liberté de conscience promulguée par la Constitution de 1889. On annonce cependant qu’aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, un courant en faveur de la liberté commence à s’établir.
« Mais quelle que soit la pression exercée en haut lieu, il reste, Dieu merci, bien des genoux qui ne fléchissent pas. En dehors des chrétiens qui jouissent de leur indépendance et à qui il est facile de revendiquer leurs droits, nous avons eu la consolation d’en compter d’autres résolus à perdre leur place plutôt que de coopérer à des cérémonies superstitieuses. Puisse leur exemple se généraliser.
« A côté de ces actes de courage, je dois noter les merveilleux effets de la protection divine sur quelques-uns de nos chrétiens. La foi de tous en est augmentée, et les ouvriers évangéliques y puisent de nouveaux motifs de confiance. Voici d’abord des détails sur la guérison extraordinaire d’un nouveau converti, professeur de mathématiques à l’école militaire de Sendai. Agrégé dans son jeune âge à la secte des luthériens reformés, il avait depuis longtemps cessé toutes relations avec elle. Il fut amené à la longue, par un catholique, professeur comme lui à l’école militaire, à faire son abjuration, ainsi que sa femme et ses enfants. Or, à l’époque de sa conversion, il souffrait d’une inflammation des poumons, qui ne fit que s’aggraver. Au printemps dernier, comme il ne restait plus aucun espoir de guérison, le malade fut prévenu qu’il devrait donner sa démission de professeur à l’occasion des vacances du mois d’août ; mais, dès le mois de juin, il se trouva à toute extrémité. C’est alors que, de concert avec sa femme et ses enfants, il résolut de faire une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes. Du 21 ou 30 juin, ils prièrent de tout leur cœur, sans résultat apparent.. Une deuxième neuvaine commencée le 1er juillet ne fut guère plus heureuse ; le malade éprouva seulement un mieux qui pouvait être attribué à une série ininterrompue de beaux jours. Il en profita pour retourner dans son pays natal, où il devait attendre la réponse à une demande d’admission dans le personnel du lycée de Kagoshima. Il y avait été recommandé, à l’époque où il pouvait encore enseigner à l’école militaire, mais conditionnellement, à cause de l’état de sa santé. Le 2 août, il reçut la réponse de Kagoshima, qui était affirmative, si le candidat pouvait fournir un certificat de bonne santé. Le malade comptait toujours sur un miracle, et, le lendemain 3 août, avant de se rendre chez le médecin, il alla à la chapelle, se recommanda à la sainte Vierge, rentra chez lui, but tout ce qu’il lui restait d’eau de Lourdes, et demanda au docteur un certificat de bonne santé. Chose étrange, l’auscultation ne révéla aucun indice de maladie, et le certificat fut délivré aussitôt. L’heureux professeur ne se possédait pas de joie, de surprise, et aussi de reconnaissance envers Marie Immaculée. Cependant, pour dissiper toute ombre de doute, il retourna deux jours après chez le médecin et le pria de l’examiner très minutieusement. Celui-ci l’ausculta de nouveau et lui donna la même assurance qu’auparavant.
« « Le 10 août, le professeur était rendu à Kagoshima et y subissait une nouvelle inspection médicale qui confirmait pleinement les deux précédentes. Le cœur débordant de joie, il reprit le chemin d’Ueda, son pays natal, afin d’en ramener sa famille. Mais le 13, en arrivant chez lui, sa foi allait être soumise à une nouvelle épreuve ; deux de ses filles étaient en proie à une fièvre qui mettait leur vie en danger. Jusqu’au 17 août, leur état fut rebelle à tous les traitements, et la fièvre ne baissait pas. Il ne restait plus qu’un remède, l’eau de Lourdes et, heureusement, il y en avait encore chez le catéchiste d’Ueda. Elle fut partagée entre les deux sœurs. L’effet produit fut immédiat ; toute douleur disparut ; chez l’une le thermomètre descendit de 39o et 36o8, et chez l’autre de 40o à 37o. Elles étaient guéries, grâce à Notre-Dame de Lourdes. Le 23 août, le père, la mère et les cinq enfants partaient pour Kagoshima, et, depuis lors, ils s’appliquent à remplir des promesses de leurs neuvaines.
« Mis au courant de ce qui s’était passé, le médecin militaire de Sendai vient de répondre une longue lettre à M. Araya, qui lui avait donné des détails sur le patient et sur toutes les phases de sa maladie. Il conclut par ces mots : « En ma qualité de médecin, je ne puis « admettre la possibilité de la guérison, telle qu’elle m’a été rapportée, de M. Okmura, ex-« professeur de mathématiques de l’école militaire de Sendai. »
« On dit couramment que le bouddhisme est la religion des morts et que son influence ne s’exerce guère sur les vivants. Pour être juste, cependant, il faut bien reconnaître que cette proposition est trop générale, car le bouddhisme a ses écoles, ses journaux, ses représentants aux Chambres ; et, du reste, les chefs suprêmes des sectes, « les papes », comme on les appelle, restent des personnages sacrés et revêtus d’un caractère officiel. Plusieurs d’entre eux sont apparentés avec la famille impériale, et, pour n’en citer qu’un cas, on sait que l’un des grands bonzes de Kyoto a épousé la sœur aînée de l’impératrice actuelle.
« Or, au mois d’août dernier, un de ces personnages, qui a son palais à Kamakura, était annoncé à Morioka, et le protocole avait décidé que les autorités lui rendraient les honneurs. Le préfet, qui avait été chargé de l’exécution du programme, jugeant qu’on ne saurait mieux plaire à ce grand bonze qu’en assistant à son sermon, proposa d’office tout le personnel de ses bureaux. Le maire y consentit sans peine ; mais son adjoint, qui est catholique, ne craignit pas, par respect pour sa foi, de s’élever contre cette partie du programme, dût-il s’exposer à déplaire à son chef, au préfet et aux notables qui avaient organisé cette démonstration. L’adjoint, appuyant son opposition sur la liberté de conscience, comme sur la dignité du conseil municipal, plaida si bien que tout le monde se rangea à son avis. Il serait à désirer que les catholiques influents et les pères de famille agissent de même, lorsqu’on attente à leur foi ou à celle de leurs enfants
« Les baptêmes enregistrés chaque année, si peu nombreux soient-ils, devraient grossir le total de notre population chrétienne ; mais le peuple est resté à moitié nomade, et, d’autre part, le mouvement de centralisation vers Tokio et les grandes villes a pris, en ces dernières années, un caractère régulier. Dans tous les postes de notre mission, on cite des familles de chrétiens ou de catéchumènes qui ont émigré, et c’est la capitale qui a attiré la plupart d’entre elles. L’important est que tous ces néophytes persévèrent, et que nous trouvions d’autres élus dans l’humble champ de notre apostolat. Quoique nous n’ayons plus la joie de moissonner dans l’abondance, nous ne cessons de semer, persuadés que nos modestes efforts porteront leurs fruits, le jour où l’enseignement public sera mieux oreinté et la liberté religieuse plus respectée.
« La même confiance règne dans les Communautés de nos dévouées Sœurs de Saint-Paul de Sendai et de Morioka, qui ne comptent guère que des élèves païennes dans leurs écoles ; mais leur simple présence est déjà un correctif à l’application des règlements scolaires, et une semence de salut qui ne demandera plus tard qu’un milieu favorable pour se développer. La Communauté de Hakodaté est moins nombreuse depuis le grand incendie de 1907 ; elle a cependant son importance, puisque tout le personnel est chrétien, et qu’on y exerce des œuvres de zèle très profitables à toute la chrétienté de la ville.
« Le 28 octobre 1916 marquera le vingtième anniversaire de la fondation du monastère des PP. Trappistes. Quel chemin parcouru depuis cette date, et au milieu de quelles difficultés ! La première colonie se composait de 9 religieux. Leur nombre s’élève aujourd’hui à 37, dont 9 Européens et 28 Japonais. Ces derniers seraient plus nombreux si le recrutement n’était pas entravé par la loi militaire. Mais l’établissement inauguré il y a vingt ans, le jour de la fête de saint Simon et saint Jude, super fandamentum Apostolorum, donne aujourd’hui les meilleures garanties de stabilité. Il est écrit de saint Bernard qu’il portait toujours sur lui des reliques de saint Jude, et qu’il voulut être enterré avec elles. On aime à penser que le monastère japonais est un fruit de la dévotion de saint Bernard envers le glorieux Apôtre, et qu’à chaque anniversaire de sa fête, s’affirmera avec un éclat nouveau le rayonnement de son apostolat par les belles œuvres de Notre-Dame du Phare.
« Le monastère des Cisterciennes se trouve déjà dans l’heureuse nécessité d’être agrandi de nouveau : la ruche est pleine et les demandes d’admission affluent. Au 15 août, le personnel était de 53 Religieuses : 15 Européennes et 38 Japonaises.
« Pendant le dernier exercice, la Communauté de Notre-Dame des Anges a perdu sa Maîtresse des Novices, la chère Mère Berchmans de douce et sainte mémoire ; c’est un vide dont on ne se consolerait pas, si le parfum de vertus laissé après elle n’était devenu un puissant stimulant de ferveur pour celles qu’elle a initiées à la vie religieuses. Déjà le cimetière compte quatre tombes de professes, décédées toutes dans d’admirables sentiments : quatre victimes d’expiation qui appellent, nous aimons à le croire, les bénédictions de Dieu sur le Japon. »


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