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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Combaz

II. — Nagasaki

Population catholique 52.914
Baptêmes d’adultes 457
Baptêmes d’enfants de païens 707
Conversion d’hérétique 1
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« Ce n’est pas sans un vif sentiment de reconnaissance envers la bonté divine et le dévouement de mes confrères que je commence le compte rendu de l’exercice 1915-1916, écrit Mgr Combaz. L’exil si prolongé de nos chers mobilisés impose à ceux qui restent un surcroît de travail qui dépasserait les forces si tous n’étaient soutenus par la grâce. Cependant, en travailleurs zélés, ils n’ont rien laissé en souffrance et ont pu maintenir les chiffres de l’administration spirituelle, quoique plusieurs d’entre eux aient été ou restent aux prises avec la maladie, MM. Durand, Fukahori, Pelu et Matrat, pour ne citer que les plus atteints. Je m’attendais donc à un fléchissement assez considérable. Mais à l’encontre de mes calculs, le nombre des baptêmes d’adultes est supérieur à celui de l’année dernière. Le chiffre des naissances d’enfants de chrétiens est très consolant, ainsi que celui des confessions répétées. Malgré le nombre des décès et l’exode de ceux qui semblent avoir quitté définitivement la mission, l’accroissement est de 1.369 et la population catholique s’élève à 52.914.
« Nous sommes néanmoins inquiets pour l’avenir, en considérant le petit nombre d’ouvriers. Depuis 1911, Nagasaki n’a reçu que deux missionnaires.
« Récemment une Revue américaine catholique, dirigée par les missionnaires allemands du Verbe Divin écrivait : « La plus ancienne Société fondée pour la propagation de la foi chez les infidèles est la Société des Missions-Etrangères de Paris. Longtemps elle s’est dépensée sans compter et avec de grands succès. Nombreux sont ses membres qui ont versé leur sang pour la foi. Mais la persécution du Gouvernement françai. et la guerre actuelle lui ont porté un coup fatal, dont elle ne se relèvera pas. Elle menace ruine. » J’espère bien que, Dieu aidant, cette sinistre prophétie ne se réalisera pas. »
Mgr Combaz parle ensuite de la visite du Délégué apostolique, Mgr Petrelli. Mgr Rey ayant raconté les principaux faits de cette visite, nous nous bornerons à citer ici les passages relatant ce qui s’est passé à Nagasaki.
« Notre mission a joui pendant quatre jours de la présence de Son Excellence, qui voulut bien célébrer pontificalement le dimanche 27 février, dans la nouvelle église d’Urakami. L’édifice, malgré ses vastes dimensions, ne put contenir tous les fidèles venus contempler les traits de l’Envoyé du Saint-Père et recevoir sa bénédiction ; 7.000 à 8.000 chrétiens étaient présents. S’adressant à la nombreuse assistance, dont une partie était composée de confesseurs de la foi ou de leurs descendants, Mgr Petrelli la félicita de sa fermeté dans la foi et lui donna de pieux et sages conseils pour l’avenir. M. Raguet traduisait le discours de Mgr le Délégué. L’office dura longtemps et quelques élèves de l’Ecole apostolique eurent le bonheur de recevoir des mains du Pontife le sacrement de Confirmation. Ensuite eut lieu une touchante cérémonie dans l’ancienne église provisoire. Là se réunirent tous les survivants de ceux qui, il y a plus de 45 ans, subirent pour leur foi les rigueurs de l’exil et des mauvais traitements. L’un d’entre eux souhaita la bienvenue à Son Excellence, et fut l’interprète de la joie et de la reconnaissance de tous. Monseigneur laissa déborder de son cœur de bien touchantes paroles pour ces vaillants confesseurs de la foi, et remit à chacun, comme souvenir, une médaille bénite par le Saint-Père.
« Le lendemain, accompagné de M. le Gouverneur de Nagasaki, des autorités de la ville, des membres de la mission et de la Société de Marie, de leurs élèves, des Religieuses et des fidèles, Mgr le Délégué s’embarquait directement pour Manille. Il emporte la meilleure impression de l’exquise politesse des Japonais et de l’enthousiasme de nos catholiques. Pour nous, nous sommes pénétrés de reconnaissance pour la bonté du Saiîit-Père et pour le choix qu’Il a fait dans la personne de Mgr Petrelli.
« A côté de cette page heureuse de notre histoire en 1916, nous sommes, hélas ! forcés d’en écrire une plutôt attristante. D’après les rapports des confrères, dans certains districts, les chrétiens ont eu des ennuis à subir de la part des petits officiers, pour avoir refusé de prendre part aux cérémonies superstitieuses, qui ont eu lieu partout à l’occasion des fêtes du couronnement. Il semble que d’année en année il y ait une recrudescence d’opposition de la part des autorités contre le catholicisme, qu’ils accusent, saris motif, d’être contraire à la constitution nationale fondée sur le culte des « Kami ». Il vient de se fonder à Tokio une nouvelle Revue rédigée par les plus hauts professeurs de l’Université, et qui compte parmi ses collaborateurs le ministre de l’Instruction publique lui-même. L’on y réédite toutes les vieilles objections contre Notre-Seigneur et son auguste Mère. Le seul et vrai Dieu au Japon doit être Amaterasu la déesse du soleil, ancêtre de la maison impériale. Cette semaine, on lisait dans un journal que un prêtre shintoïste avait poussé le chauvinisme jusqu’à citer au tribunal le ministre de l’instruction publique qui tolérait la branche principale de la secte bouddhiste Shinshu ou Hongwanji, dont lus adeptes refusent dc reconnaître le culte des ancêtres pour n’adorer qu’Amida.
« Dans toutes les écoles gouvernementales ou autorisées, les élèves, à certaines fêtes dites nationales ou célébrées en l’honneur du dieu de l’endroit, doivent, sous la conduite des professeurs, se rendre au temple, afin de saluer la divinité, ou bien prendre part aux cérémonies qui ont pour but d’honorer les soldats morts pour la patrie. Jusqu’à présent, les enfants chrétiens se sont fait porter absents ; mais de retour à l’école ils ont quelquefois été malmenés. Récemment, le Gouverneur de Nagasaki me fit appeler chez lui avec M. Raguet. Il fut très aimable et parla d’une entente. « Je suis fort ennuyé, dit-il, car de tous les points de la « préfecture pleuvent des plaintes contre les catholiques qui refusent de s’associer aux « cérémonies nationales et patriotiques en l’honneur de nos soldats morts pour le pays, « cérémonies inaugurées depuis la victoire du Japon sur la Chine. Notre Gouvernement a « séparé, il y a quelques années, le bureau des temples nationaux appelés les « Jinja » de celui « des religions. Ces temples ont perdu leur caractère religieux, ce sont des édifices nationaux, « où l’on rend un culte purement civil aux ancêtres de la famille impériale, aux grands « hommes du pays et aux soldats morts au champ d’honneur. Bien que le mot « Kami » « continue à être usité, il n’a point le sens d’Etre surnaturel que vous lui donnez. Il ne s’agit « que d’hommes illustres, bienfaiteurs du pays. Par conséquent tout Japonai., quelle que soit « sa religion, peut les honorer sans blesser sa conscience. Il faut bien distinguer, ajouta-t-il, « entre le shintoïsme avec ses douze sectes, qui est une religion, et les monuments (jinja) « élevés pour perpétuer le souvenir des fondateurs de l’Empire et des personnages illustres. « Ceux qui y président aux cérémonies sont de hauts fonctionnaires civils. »
« L’entretien fut cordial de part et d’autre et dura plus de deux heures. Son Excellence leva la séance en disant : « Je vous enverrai toutes les notifications gouvernementales à ce sujet. « Vous pourrez les étudier plus à loisir, et je ne doute point de votre bonne volonté pour « éclairer vos fidèles et affermir leur patriotisme et leur loyauté à l’empereur. »
« Passons maintenant à la visite des principaux districts. A Nagasaki, M. Salmon, vicaire général, quoique souffrant, a pu remplir son ministère auprès des religieuses et des quelques Européens catholiques.
« Le P. Urakawa, chargé d’une des paroisses de la ville, soccupe surtout des catholiques japonais venus d’un peu partout. Il a établi pour la jeunesse l’Apostolat de la prière, et sait l’intéresser par de petites conférences pratiques. Le dimanche, il fait deux prônes et deux catéchismes aux jeunes gens et aux jeunes filles ; puis, de concert avec son confrère de l’autre paroisse, un catéchisme de persévérance raisonné pour les grandes personnes, tantôt à Oura, tantôt à Nakamachi, les deux prêtres s’aidant mutuellement. On est très édifié de voir les enfants venir chaque matin à l’église pour assister à la messe avant de se rendre à l’école, et chaque soir pour réciter le chapelet avec leur zélé pasteur. Le P. Urakawa continue à faire un cours de japonais au séminaire et à traduire des livres pieux. Saint Alphonse est son auteur favori. Dans les autres districts, on suit la même méthode, autant que les circonstances le permettent.
« Au séminaire, trois minorés qui ont achevé leur année de probation seront prochainement ordonnés sous-diacres. La maladie de M. Drouet oblige le Supérieur à faire trois cours à lui tout seul.
« L’école de l’Etoile de la mer continue à prospérer. Elle compte 380 élèves, et le mois de mars prochain en amènera 100 nouveaux. C’est vous dire combien les maîtres sont estimés. Les Sœurs aussi poursuivent leur vie de dévouement, et l’école maternelle est très appréciée.
« M. Raguet, à Urakami, a pu baptiser 23 adultes. C’est au milieu de la population éminemment chrétienne de cette paroisse que l’Ecole apostolique des Frères de Marie a fixé son siège. Elle compte 66 jeunes gens, dont 62 apostoliques et 4 novices. Les nouveaux étaient au nombre de 18, et 3 postulants de la Société de Marie ont été reçus au noviciat ; 4 anciens novices, admis à prononcer leurs premiers vœux, se sont rendus au scolasticat de Tokio. L’école des catéchistes, tenue par les RR. PP. Dominicains du Shikoku, a ouvert ses portes à 2 apostoliques. Un autre est à la Trappe de Notre-Dame-du-Phare, et 3 se préparent à entrer à l’Ecole normale. « La terrible guerre, qui bouleverse l’Europe, écrit le directeur de « l’Ecole, imprime l’empreinte de la croix à cette œuvre née de la charité catholique ; mais « charité et croix vont toujours de pair pour attirer les bénédictions d’En-Haut. »
« Le district de Iwojima, comprenant huit chrétientés disséminées dan les îles et dans les montagnes, a été privé pendant une grande partie de l’année de son pasteur, M. Durand, vaincu par la maladie. Lui qui gravissait avec tant d’ardeur les rocs les plus escarpés pour porter à ses chrétiens les secours de la religion, et trouvait étroites les limites de son vaste district, il ne peut plus quitter son lit sans aide. Son vicaire, le P. Moriyama a fait à lui seul l’administration spirituelle de près de 4.000 catholiques.
« Saluons en passant le district de Sotome, qui après avoir perdu le bienfaiteur de la région, M. de Rotz, soupire après le retour de M. Heuzet. Un prêtre japonais fait l’intérim et s’efforce de garder le troupeau à l’abri des embûches du démon.
« M. Breton remplace M. Cotrel à Kuroshima où sont plus de 2.000 chrétiens ; depuis le départ de M. J. Bois, il est le bâton de vieillesse de M. Matrat, et s’occupe en outre d’une île très éloignée appelée Madara. Pour ne pas rester oisif, quand les vents contraires l’empêchent de regagner son île, il s’est créé un pied-à-terre sur le continent, et a obtenu quelques baptêmes. Devant la belle église de Kuroshima, le dernier et le plus beau travail du regretté M. Marmand, s’élèvent deux magnifiques monolithes. Sur l’un on lit en japonais : « Aimez votre prochain comme vous-même ; » sur l’autre : « Il faut aimer Dieu par-dessus tout. » Si les officiers du Gouvernement louent le premier texte, ils critiquent fortement le second. Pour eux, en effet, c’est une hérésie d’admettre quelqu’un au-dessus de l’empereur.
« Cette année, le compte rendu des travaux apostoliques des prêtres de Hirado est bien modeste, écrit M. Matrat ; nous n’avons à offrir que la petite gerbe de 19 baptêmes d’adultes. Nous conformant de notre mieux au désir de la Sainte Eglise, nous avons entendu 17.532 confessions répétées et donné plus de 31.000 communions, en dehors de 4.917 communions pascales. »
« Ce missionnaire va commencer une église dans la nouvelle colonie de Tabira, grâce à de généreux bienfaiteurs.
« Malgré le labeur qu’impose une population catholique de 15.629 personnes, où l’on compte 24.715 confessions répétées et 79.654 communions de dévotion, M. Pélu, aux îles Goto, a enregistré 45 baptêmes d’adultes et 136 baptêmes d’enfants de païens. Et pourtant le cher Père a été obligé longtemps à un repos absolu à cause d’un épanchement de synovie.
« A l’opposé des îles Goto et au sud-est de Nagasaki, est située la grande île d’Amakusa. Autrefois, elle était toute chrétienne, aujourd’hui elle ne compte que 1.147 catholiques. M. Garnier y a glané 24 baptêmes d’adultes. Il est heureux de constater de sensibles progrès dans l’observation des lois de l’Eglise parmi les chrétiens d’Oye. Les consolations sont moindres à Sakitsu, village de pêcheurs. Le contact journalier avec les païens et la misère sont loin de favoriser l’observation du dimanche. « Je sème au milieu des ronces, conclut-il ; que peut-il lever sur un terrain rempli d’épines. » Ses deux églises en bois, construites il y a plus de 30 ans, sont la proie des termites et menacent ruine.
« Les confrères qui, après la mort de M. Corre, se sont partagé le district de Higo, secondés par le zèle des religieuses de plusieurs Congrégation, ont fait entrer dans le bercail du bon Pasteur 171 personnes adultes, et régénéré dans les eaux du baptême 156 enfants de païens. Le P. Fukahori, à Kumamoto, alité depuis Noël, n’a pu me donner des détails, mais ses chiffres sont éloquents et parlent pour lui. Il compte 85 baptêmes d’adultes.
« Le dévoué M. Bulteau, toujours aumônier volontaire des Franciscaines Missionnaires de Marie à Biwasaki, a baptisé 24 lépreux. Il a employé le peu de loisir que lui laisse son travail quotidien, à porter secours à son voisin malade.
« L’œuvre des baptêmes in articulo mortis a été entravée de mille manières, écrit de Yatsushiro M. Lemarié, qui cependant a pu inscrire 91 baptêmes. Le missionnaire se réjouit de voir son petil troupeau venir fréquemment chercher à la sainte table le pain céleste. Dans cette paroisse, l’école professionnelle des Sœurs de Saint-Paul de Chartres compte 146 élèves.
« Parmi les néophytes baptisés, raconte notre confrère, se trouve Fumiko, ancienne « protestante âgée de trente ans. D’une bonne famille samuraï, elle obtint, après de brillantes « études, son brevet d’institutrice. Mariée jeune encore à un protestant, elle parcourut avec lui « plusieurs grandes villes du Japon, fréquenta quantité de sectes protestantes par amour de la « variété peut-être, mais plutôt par soif de la vérité. Il y a deux ans, elle revint chez ses parents « avec une maladie contractée au chevet de son mari mourant, et aggravée encore par des « doutes sur la foi et des troubles de conscience. Son père païen, mais homme droit, vint me « dire qu’elle désirait me voir. Je différai un peu ma visite. Mais Sœur Joseph, étant entrée en « rapport avec Fumiko et sa famille, m’avertit que le désir de la malade et de ses parents était « sérieux et déjà ancien. Me recommandant à mon ange gardien et aux leurs, je me rendis « aussitôt à leur demeure.
« Après les politesses d’usage, la malade m’exposa ses doutes, en manifestant des « sentiments de piété et d’amour de Dieu qui me touchèrent profondément. « Je suis « convaincue, dit-elle, que la vérité se trouve dans le christianisme seul. J’ai fréquenté « plusieurs sectes protestantes, et à mon étonnement, je n’ai trouvé que des divergences au « point de vue doctrinal. Jésus-Christ est Dieu ici, et là homme seulement, philosophe ou « mythe. Un point seul semble les unir : l’attaque contre le catholicisme, la Papauté, la Mère « du Christ. C’est pour m’éclairer que je vous ai prié de venir. »
« Dans un long entretien appuyé sur les textes de la Sainte Ecriture, je lui parlai de Dieu et « de ses attributs, de notre Sauveur et de l’œuvre de notre rédemption. Avec la grâce de Dieu, « je dissipai quelques-uns de ses doutes. Enfin ; j’allais prendre congé, quand Fumiko me « retint : « Il me reste encore des points à éclaicir dont je vous parlerai dans votre prochaine « visite ; mais il en est un qui me fait beaucoup souffrir. Permettez que je vous le déclare tout « de suite. Tous les protestants avec qui j’ai été en relation, sont unanimes à dire que Marie « est une femme comme une autre, mais que les catholiques par idolâtrie en font un être supé« rieur, une déesse. Je ne puis croire cela, et je suis remplie d’anxiété à ce sujet. Enseignez-« moi la vérité, je vous prie, sur la mère du Sauveur, et si vous pouviez me citer un texte de « l’Evangile qui légitimele culte des catholiques, dont je me sens pénétré moi-même, mon « âme serait on paix. ─ Quelle agréable demande vous me faites, lui répondis-je ; il me sera « facile de vous satisfaire. Prenez le premier chapitre de saint Luc à partir du verset 28. ─ 1o « Qui salue Marie ? Un ange. ─ 2o De la part de qui vient-il ? De la part de Dieu. ─ 3o Que lui « dit-il ? Vous êtes pleine de grâces, vous êtes bénie entre toutes les femmes. ─ 4o De la part « de qui l’ange fait-il cette salutation et adresse-t-il ces louanges De la part de Dieu. » Elle fut « heureuse de mes paroles sur la dignité de Mère de Dieu. « Mes doutes sont dissipés, mon « ciel est devenu serein s’écria-t-elle, je suis au comble de la joie ; jamais je n’avais entendu « parler de la sorte. »
« Après quelques autres visites pour parfaire son instruction, je la reçus le 17 février dans « le giron de l’Eglise, sous le nom de Joséphine. »
« Outre son district de Hitoyoshi, M. Raoult fait l’intérim à Kagoshima et à Sendai, à la place de MM. Cavaignao et Martin. Le doyen des prêtres japonais lui prête son concours. « Kagoshima m’a donné des consolations, dit-il ; chacune de mes visites était, dans le premier « semestre surtout, l’occasion d’une vraie fête spirituelle. La plupart de ceux qui le pouvaient, « une quarantaine environ, se confessaient et recevaient la sainte communion. Ces derniers « temps, le thermomètre de la ferveur a un peu baissé, et un chrétien m’a dit : c’est parce qu’il « n’y a plus de missionnaire à demeure.
« Le poste de Hitoyoshi gagne plus en ferveur qu’en nombre. Il gagne aussi on bon renom, grâce surtout à l’ouverture d’une salle d’asile chez les Sœurs Franciscaines. Les parents païens causent et se familiarisent avec les religieuses ; ils osent même pénétrer jusqu’à la chapelle, et ainsi ils apprennent à connaître ce que nous leur souhaitons. Un jour, une bonne vieille avouait naïvement que naguère encore elle craignait de passer devant la résidence du missionnaire, de peur que le foie ne lui fût enlevé. Dans les campagnes reculées subsiste encore la croyance populaire que nous subtilisons, même à distance, le foie humain pour en faire des remèdes très efficaces.
« En remontant au nord de Kumamoto, nous trouvons sur notre route la nouvelle chrétienté d’Omuta fondée par M. Sauret, et qui s’augmente de jour en jour. Ces chrétiens sont d’une condition moyenne ; ils font la consolation du missionnaire. Ce cher confrère continue son service d’aumônier auprès des prisonniers de guerre allemands. Il les visite une fois par semaine, leur dit la messe et confesse ceux qui le désirent. Les officiers japonais sont très bienveillants à son égard et ne mettent aucune entrave à son ministère. Le chiffre des baptêmes à Omuta et à Kurume est de 51 adultes et 61 enfants de païens.
« Je vous parlais l’an dernier des travaux de M. Bœhrer à Fukuma. Le champ d’action s’est agrandi à la suite d’un article d’un journal de Fukuoka, on juin dernier. Ce journal se pemit d’insulter l’une des tribus de la caste de « parias » qui occupe un vaste faubourg de la ville. « Cette tribu, où je cherchais a pénétrer depuis 25 ans, se fâcha, écrit le missionnaire, les plus « chauvins envahirent les bureaux du journal. La police mobilisa toutes ses réserves et fit « quatre cents arrestations. Les tribus voisines donnèrent l’alarme à toute la caste pour porter « secours aux familles des prisonniers. Grâce à l’intervention d’un ancien député, jadis « gouverneur de Yokohama, devenu bonze pour ne plus s’occuper que du relèvement social « de la caste des parias, les trois quarts des détenus furent mis en liberté. Je demandai à cet « homme une entrevue, qu’il m’accorda gracieusement. « Je désire le même but que vous, à « savoir le relèvement social et moral, lui dis-je, et je lui expliquai une partie de mes projets. « Il m’écouta attentivement et me promit son concours. Depuis, profitant de ce que je m’étais « fait inscrire en tête des souscripteurs pour les secours qu’il centralisait à la mairie, il lui « arrive souvent, dans ses conférences aux tribus, dans ses conversations particulières, de « donner le conseil de quitter les bonzes et de venir à moi. »
« M. Bœhrer a acheté de ses deniers, dans de bonnes conditions, au centre de la ville de Fukuma, un petit terrain où il a transporté une vieille bâtisse achetée à la municipalité. La prise de possession s’est faite suivant les coutumes japonaises. Il y eut un petit festin auquel assistèrent le maire, l’adjoint, les conseillers et les notabilités de l’endroit. Il y eut échange de la coupe traditionnelle de « saké » entre tous les convives. A la fin, le maire porta trois toasts, le premier au Japon, le second à la religion catholique, et le troisième au missionnaire..
« A son tour, le missionnaire prit la parole avec sa verve ordinaire et l’on se sépara enchantés les uns les autres.
« Le district de M. Bertrand, Kokura-Moji, est devenu le centre du commerce et de l’industrie de tout le Kyushu. Les nouvelles usines ou manufactures s’y multiplient et attiren des ouvriers de tout le Japon. Des catholiques y viennent aussi chercher fortune. Malheureusement, ce sont pour la plupart des jeunes gens non mariés, ou bien des ouvriers qui ont laissé au pays natal femme et enfants. Ce manque de foyer, le contact journalier avec les païens sont une cause de faiblesse dont le démon sait tirer parti pour les éloigner du bon chemin. C’est donc à grouper les familles que travaille le missionnaire, et il est heureux de constater un plus grand nombre de baptêmes d’enfants de chrétiens.
« M. Brenguier est le voisin de M. Bertrand. Son district, où travaillaient il y a déjà quelques années trois prêtres, comprend une partie du Buzen à partir de Nakatsu, et tout le Bungo. Le territoire est vaste, mais ne renferme que 102 catholiques. Cette année, les efforts du missionnaire n’ont pas été stériles ; il a enregistré 25 baptêmes. Il a été attristé par la mort de quatre de ses meilleurs chrétiens, par l’émigration de quatre ou cinq familles et par la défection d’un chrétien pour cause de mariage. Cinq catéchumènes sont actuellement en cours d’instruction. La propagande des protestants presbytériens, méthodistes et anglicans, est active. Ces trois sectes ne cessent de répandre des tracts, d’appeler de Tokio des orateurs grassement rétribués, de tenir des réunions avec projections, etc... Un de leurs ministres avouait à M. Brenguier qu’il dépensait à lui seul 1.000 à 1.200 yen par mois pour propager sa religion. « J’ai à citer un fait curieux, écrit le missionnaire : Un des meilleurs pasteurs « méthodistes, actif et estimé, est en réalité un catholique convaincu. Il récite son chapelet « tous les jours, se sert de notre livre de prières, vient parfois faire sa visite au Saint-« Sacrement dans notre chapelle, et me supplic avec larmes de l’entendre en confession. Il « s’abstient aussi dans ses discours de mal parler du catholicisme... Mais hélas ! je ne puis « trouver le moyen de suppléer aux 50 yen qu’il reçoit par mois, et d’aider à l’éducation « gratuite que reçoit sa fille aînée au lycée protestant. »
« Le poste de Miyazaki, dont est chargé M. Joly, est maintenant relié à Kagoshima et à Hitoyoshi par la voie ferrée. Le missionnaire commence son rapport par ces mots : « Il ne faut « jamais se hâter de jeter le manche après la cognée, quand un succès immédiat ne couronne « pas nos efforts. » A ce propos il cite le fait suivant : « En 1895, M. Raguet, chargé alors du « didrict Bungo, Hiuga, Satsuma, enseignait la relligion à Nishimura et à sa femme Osue. « Leurs cœurs ressemblaient-ils à ces terrains durcis, rocailleux, couverts de ronces dent parle « Notre Seigneur ? On aurait pu le croire en les voyant de moins en moins assidus aux leçons « du Père, qu’ils cessèrent de venir écouter.
« Un jour de printemps de cette année 1916, j’appris qu’une personne de Myakonojo, qui « jadis avait entendu parler de la religion catholique, était gravement malade et recevrait « volontiers ma visite. Je pars aussitôt. Après une course de 12 lieues, j’arrive à l’endroit « indiqué. Qui rencontrai-je ? Mme Nishimura Osue que le bon P. Raguet avait probablement « oubliée depuis longtemps. Après une courte entrée en matière, je lui fis plusieurs questions « sur le catéchisme, auxquelle elle répondit admirablement. Alors, je l’instruisis sur quelques « autres points, et à la fin je lui demandai : « Désirez-vous le baptême ? ─ Si je le désire, oh ! « oui, de tout mon cœur ; mais une pauvre femme comme moi peut-elle aspirer à un tel « bonheur ? ─ Notre-Seigneur a ordonné de donner le baptême à toutes les personnes de « bonne volonté qui veulent aller au ciel. ─ Oh ! alors Père, hâtez-vous de me baptiser, je ferai « désormais tout mon possible pour être agréable à Dieu, et j’offrirai mes souffrances en « expiation de mes péchés et en union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la croix. » Je la « baptisai. Marie Osue vécut encore quelques semaines, heureuse au milieu de ses « souffrances. Aujourd’hui, j’espère qu’au ciel elle est devenue une nouvelle protection du « district de Hiuga. »
« Encore un mot sur le district de Oshima pour terminer ce compte rendu. M. Halbout, doyen des missionnaires de cette île lointaine et chargé du poste de Akaogi, se plaît à considérer les progrès de la religion dans ces parages, depuis que la première semence y a été portée, il y a 25 ans.
« Lorsqu’en 1891, l’intrépide M. Ferrié fut invité par de nombreux représentants des familles de Naze à leur parler de notre sainte religion, cette île ne comptait absolument aucun fidèle. Actuellement la population chrétienne est de 3.691 âmes. Une quinzaine de postes sont fondés avec six églises. Celle de Naze reste toujours inachevée et attend le retour de M. Fressenon qui venait de recommencer la construction quand il fut mobilisé. Les résultats de l’année sont maigres et font regretter davantage l’absence de deux bons ouvriers.
« Le P. Nakamura a vingt-huit personnes à Naze. Il est très zélé et très sympathique aux païens qui aiment à l’entendre. Il instruit les néophytes, ramène les retardataires, augmente la ferveur des bons, en plaçant dans leurs maisons l’image du Sacré-Cœur.
« Telle est dans ses grandes lignes la situation du diocèse de Nagasaki ; espérons que Dieu entendra nos prières et nous donnera bientôt en hommes et en argent les ressources qui nous manquent pour faire le bien. »


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