| Année: |
1916 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Rey |
CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du J apon
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I. — Tokio
Population catholique 10.359
Baptêmes d’adultes 661
Baptêmes d’enfants de païens 339
Conversions d’hérétiques 5
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« L’événement de l’année, nous écrit Mgr Rey, archevêque de Tokio, a été la venue au Japon de S. Exc. Mgr Petrelli, archevêque de Nisibe, Délégué apostolique aux îles Philippines, et Envoyé Extraordinaire de S. S. le Pape Benoît XV auprès de S. M. l’Empereur du Japon. Mgr Petrelli était chargé par le Souverain Pontife d’offrir au nouvel Empereur une lettre autographe de félicitations, à l’occasion du couronnement, dont les fêtes venaient d’avoir lieu en novembre 1915. Déjà précédemment, à deux reprises différentes, en 1885 et en 1905, le Gouvernement Japonais avait reçu officiellement les envoyés du Saint-Siège ; mais la mission confiée à Mgr Petrelli l’emporta de beaucoup sur les deux premières par les honneurs dont l’Envoyé du Saint-Père fut entouré, et le retentissement qu’elle eut dans tout l’Empire. De plus, et la presse le fit remarquer avec une satisfaction non déguisée, cette fois tout avait été réglé directement entre le Saint-Siège et le gouvernement japonais, sans l’intervention officielle d’aucun gouvernement étranger, comme on avait dû le faire pour les deux premiers Envoyés pontificaux. S. Em. le Cardinal Secrétaire d’Etat, voulant associer autant que possible l’Eglise tout entière du Japon à la gracieuse démarche du Souverain Pontife avait, par un long télégramme du 24 septembre 1915, chargé l’Archevêque de Tokio d’informer S. Exc. M. le ministre des Affaires étrangères, que « le Saint-Père désirant prendre part aux fêtes du Couronnement enverra un Représentant en la personne de Mgr Petrelli, Délégué apostolique aux îles Philippines, qui apportera une lettre autographe pontificale... » Pendant toute la durée de sa mission, l’Envoyé du Saint-Siège, par ses paroles et ses actes, sut montrer qu’il comprenait parfaitement la pensée du Saint-Père, et fit tout son possible pour la réaliser et se rendre ainsi utile à l’Eglise catholique du Japon. Tous, évêques, prêtres et fidèles, en ont éprouvé une grande joie et un grand encouragement.
« M. Yoshida, maître de cérémonies de la Cour, fut chargé d’aller à Kobé recevoir Mgr Petrelli, qui de ce jour-là, 31 janvier 1916, au 6 février, devint l’hôte de S. M. l’Empereur. Un wagon spécial fut mis à sa disposition, et, accompagné de l’Archevêque de Tokio, qui était allé le recevoir à son arrivée à Kobé, de Mgr Chatron, évêque d’Osaka, de Mgr Combaz, évêque de Nagasaki, il prenait l’express du soir, à Kobé, pour la capitale.
« Sur tout le parcours, pendant les quinze heures que dura le voyage, à chaque arrêt du train, les hauts fonctionnaires des villes qu’on traversait étaient venus saluer « l’hôte de Sa Majesté l’Empereur ». Naturellement les journalistes ne pouvaient manquer une si belle occasion pour interviewer ; mais malgré leur habileté à se glisser et à pénétrer partout, la règle, un peu dure mais juste, représentée par M. Yoshida, fut qu’avant l’accomplissement de sa mission auprès de Sa Majevté, S. Exc. Mgr le Délégué ne recevrait personne. Plusieurs de nos chrétiens, en cours de route, furent un peu déçus ; mais ils eurent l’occasion de se dédommager amplement plus tard.
« Du nord, Mgr Berlioz, évêque d’Hakodaté, bien qu’assez souffrant en ce moment-là, n’avait pas hésité à entreprendre un long voyage pour venir saluer Mgr le Délégué ; il était à la gare avec tous les missionnaires de Tokio et une multitude d’assistants attendant l’arrivée du train : parmi eux on pouvait remarquer le vice-ministre de la maison impériale, le vice-ministre des Affaires étrangères, le préfet, le maire et le président du Conseil municipal de Tokio, etc. Le train arriva à 8 h. ½ , le 2 février au matin. Après les présentations d’usage, Mgr Petrelli, accompagné par M. Yoshida, qui resta attaché à sa personne pendant tout le temps de sa visite officielle, par les quatre évêques du Japon, et escorté par un piquet de cavalerie, se rendit dans une voiture de la Cour à l’Hôtel Impérial, où des appartements spéciaux lui avaient été retenus, et sur la porte principale duquel flottaient le drapeau japonais et le drapeau pontifical. Une foule énorme, parmi laquelle on comptait plus d’un millier de chrétiens, stationnant devant la gare et dans les rues adjacentes, fit à l’Envoyé du Saint-Père un accueil enthousiaste.
« Le 3 février, S. M. l’Empereur, en villégiature à Hayama, à 50 kilomètres de la capitale, rentra à Tokio ce matin même, pour recevoir à midi l’Envoyé extraordinaire. Ce dernier, portant le grand cordon de l’Ordre du Soleil Levant que Sa Majesté lui avait envoyé quelques heures avant, avec une autre décoration, revêtu de la cappa magna, montait à 11 h. 1/2 dans une voiture de gala de la Cour avec M. Yoshida, et escorté d’un piquet de lanciers de la garde, se rendait au Palais, où il était reçu par le ministre de la Maison Impériale. Introduit dans la salle du « Phœnix » où se tenait l’Empereur, il lui remit la lettre pontificale que Sa Majesté reçut en témoignant par quelques paroles courtoises combien elle appréciait la gracieuse pensée du Saint-Père. Au déjeuner qui suivit l’audience, et auquel assistaient plusieurs princes du sang, le comte Okuma, président du Conseil, plusieurs ministres et les hauts fonctionnaires de la Cour, l’Empereur leva son verre en l’honneur du Souverain Pontife, et S. Exc. Mgr le Délégué lui répondit en portant un toast à la prospérité de Sa Majesté, de la famille impériale et de tout l’Empire. Dans l’après-midi, S. M. l’Empereur quittait Tokio pour regagner sa résidence d’hiver à Hayama, montrant à tout le monde par le déplacement qu’Il s’était imposé, qu’Il appréciait hautement la courtoisie du Saint-Père.
« Le lendemain 4 février, le maire vint offrir à Mgr le Délégué les vœux de la ville de Tokio et de magnifiques présents ; dans l’après-midi, des automobiles de la Cour conduisirent au jardin impérial de Shinjiku Mgr Petrelli, avec les quatre évêques qui ne le quittèrent jamais pendant le temps de sa visite officielle. Le lendemain, 5 février, fête des XXVI Martyrs japonais, fut consacré à la visite de l’Université Impériale et du Musée d’Uena. Le président de l’Université, M. Yamakawa, entouré d’un groupe de professeurs, reçut à l’entrée Mgr le Délégué. On avait réuni dans une grande salle tout ce que l’Université ou le Musée possédait en fait de livres catholiques, objets du culte, croix, chapelets... ayant appartenu aux anciers chrétiens. Par une délicate attention le marquis Daté, descendant et héritier des anciens daimyo du nord-est, avait bien voulu prêter pour la circonstance les objets religieux conservés dans sa famille, les souvenirs rapportés de Rome 300 ans auparavant, par Hasekura, envoyé vers le Souverain Pontife par Daté Masamuné.
« Le soir du 5, S. Exc. le baron Ishii, ministre des Affaires étrangères donna à sa résidence officielle un dîner en l’honneur de Mgr Petrelli : à ce dîner assistaient le comte Toda, grand maître des cérémonies de la Cour ; le ministre de l’Instruction publique, et plusieurs autres hauts fonctionnaires, en tout 25 convives. Depuis l’établissement du christianisme, je crois que jamais autant d’évêque ─ nous étions cinq ─ ne s’étaient vus assis à la table d’un ministre japonais. Il va sans dire que tout se passa à la perfection, selon toutés les règles de l’étiquette et de la politesse la plus aimable ; car si jamais la politesse disparaissait du reste du monde, elle se trouverait toujours au Japon.
« Ce soir-là finissait la mission officielle de Mgr Petrelli.
« Le lendemain, le Délégué officiait pontificalement à la cathédrale de Tsukiji, en présence des quatre évêques du Japon, et donnait la bénédiction pontificale aux fidèles de la paroisse et aux délégués des autres paroisses de Tokio. Notre cathédrale eût été trop petite pour contenir tous les fidèles de Tokio désireux de recevoir la bénédiction de l’Envoyé du Saint-Père ; il avait fallu restreindre le nombre des assistants. A partir de ce jour, Mgr Petrelli voulut devenir l’hôte de l’Archevêque et se contenter de la modeste installation que nous pouvions lui offrir.
« Le 7 et le 8 février furent consacrés à la visite des six paroisses de Tokio et des écoles florissantes dirigées par les Marianistes, les Dames de Saint-Maur, les Sœurs de Saint-Paul et les Dames du Sacré-Cœur. Partout Mgr le Délégué fut reçu avec enthousiasme et respect par les chrétien, cela va sans dire, et par les non-chrétiens. Si pour les premiers, Il représentait le Père commun des fidèles, pour tous Il était l’Envoyé de la grande Rome, venu apporter à leur Empereur bien-aimé les félicitations de la plus haute autorité morale de ce monde. Tous ceux qui connaissent le culte des Japonais pour leur Empereur, leur sensible et fier patriotisme, comprendront facilement les marques de respect, les manifestations de sympathie enthousiaste dont fut entouré pendant tout son séjour au Japon, par tous et partout, par le monde officiel aussi bien que par la foule, l’Envoyé du Saint-Siège. La presse, aussi frondeuse que partout ailleurs, ne fit entendre aucune voix discordante ; tous les journaux parlèrent respectueusement et gracieusement de la venue de l’Envoyé Pontifical et des grandeurs du Saint-Siège. Le lendemain de l’arrivée de Mgr Petrelli, un grand journal de Tokio, qui avait envoyé un rédacteur à l’Archevêché pour se documenter, publiait les détails fournis, en brodant un peu selon la coutume, et donnait le portrait de Sa Sainteté entouré de la devise latine : Benedictus qui venit in nomine Domini.
« Mgr Petrelli tint à visiter, malgré le peu de temps dont il disposait, les trois autres diocèses du Japon. Partout sa visite combla de joie Ires chrétiens, fiers et heureux de recevoir la bénédiction du Saint-Père ; ils se sentaient grandis en face des païens. Il ne nous reste qu’à offrir nos humbles et respectueux remerciements, et l’hommage de notre filiale reconnaissance à Sa Sainteté le Pape Benoît XV, qui a bien voulu, par cette démarche si pleine d’à-propos, encourager, fortifier la foi de nos néophytes, et faire luire sur l’Eglise du Japon un rayon d’espérance.
« Il faut bien dire que nos cœurs avaient besoin de ce réconfort.
« Outre les inquiétudes légitimes que nous donnent pour l’avenir de notre sainte religion la recrudescence du shintoïsme, et les efforts, lents mais constants du monde officiel, pour en faire l’unique culte national, culte soi-disant civil, la guerre actuelle en nous privant d’un grand nombre d’ouvriers apostoliques, en diminuant nos ressources, est une redoutable et terrible épreuve pour la mission. Ceux qui restent redoublent d’activité, mais leur zèle ne peut cependant suppléer à la pénurie des ressources et au vide causé par les absents. Heureusement, Dieu a béni le travail de tous, et l’exercice qui vient de se terminer loin d’être inférieur au précédent, lui est même un peu supérieur par le nombre des baptêmes d’adultes en bonne santé qui de 189 passe à 215, et pour celui des enfants de païens qui de 313 s’élève à 339. Tous les missionnaires constatent avec plaisir un progrès notable dans la vie chrétienne de leurs néophytes, comme en font foi le nombre des communions de dévotion, l’assistance plus fidèle à la messe du dimanche, le zèle à étudier le catéchisme, et la tendance générale, que nous nous appliquons le plus possible à développer, des mariages entre chrétiens.
« Voici ce que m’écrit M. Cadilhac, le vétéran des missionnaires ambulants : « Mes quatre « districts ont une population d’environ 3.500.000 habitants, parmi lesquels sont dispersés « près de 800 chrétiens. C’est peu, hélas ! mais il fut un temps, que j’ai connu, où il n’y avait « rien du tout. Jetés comme une graine évangélique dans une quarantaine de villes et villages, « ces chrétiens sont les témoins vivants du Christ. La graine germera, et le témoignage ne sera « pas vain. Pour visiter tous ces endroits, la vie se passe par les chemins durant le jour et dans « les conversations religieuses durant les veillées. Je suis touché de voir la fidélité qu’un très « grand nombre de chrétiens mettent à faire leurs prières du matin et du soir. Je constate un « désir de plus en plus vif des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie à chacun de mes « voyages. Pour quelques-uns parfois, c’est le viatique.
« J’ai constaté aussi à propos du mariage qu’il y a une tendance plus grande vers le « mariage uniquement chrétien. Plusieurs jeunes gens ont exigé le baptême de leurs fiancées « et ont obtenu ce qu’ils demandaient. « Ils ne voulaient pas, disaient-ils, se mésallier : enfants « de Dieu, ils ne voulaient pas se marier avec des esclaves du démon. »
« J’ai rencontré dernièrement deux personnes dans une situation irrégulière. L’une d’elles, « pour se donner un peu de paix, récitait tous les jours ses prières et plusieurs chapelets. Le « bon Dieu a eu pitié d’elle ; le cœur du mari a changé : il a consenti à valider son mariage. « Dans un autre ménage, le mari, parti dans sa jeunesse, il y a de nombreuses années, pour un « canton éloigné et entièrement païen, y avait contracté mariage sans dispense mais de bonne « foi. Pressé de divorcer par la famille de sa femme, mais se croyant légitimement marié, il ne « voulut jamais y consentir, disant qu’un chrétien, une fois marié, ne divorçait pas, et il a « souffert pendant vingt ans tout ce qu’on peut souffrir d’un beau-père et d’une belle-mère « sans miséricorde. Ce pauvre homme pour conserver son livre de prières et son chapelet, les « tenait liés sur ses reins. Ils lui ont été enlevés et brûlés pendant une maladie. Aussitôt il me « fit écrire pour lui en envoyer d’autres, et c’est ainsi que j’ai découvert la résidence de ce « malheureux que je croyais mort depuis longtemps. Pour lui ce sera l’heure de la délivrance.
« Le Tokaido, longue bande de terre de plus de 400 kilomètres, de Tokio à Nagoya, entre la mer et les montagnes, pays fertile et peuplé, est administré par quatre missionnaires, dont un, M. Birraux, appartient au diocèse d’Osaka, mais a consenti, comme un bon voisin, à visiter chaque mois la ville de Nagoya et les environs, où se trouvent des chrétiens.
« M. Delahaye, outre Shizuoka, qui absorbe la majeure partie de son temps et de ses soins à cause de la florissante école des Dames de Saint-Maur, visite encore fréquemment Fujieda et Hamamatsu, où quelques nouveaux baptêmes, des retours consolants de chrétiens, et l’étude suivie du catéchisme sont pour lui un précieux dédommagement aux fatigues qu’il s’impose.
« M. Andrieu qui a remplacé M. Bertrand à la léproserie de Gotemba, outre l’hôpital auquel il consacre son zèle, administre la petite chrétienté de Numazu qui, en plus des chrétiens résidant dans cette ville, comprend beaucoup de familles éparses au pied du Fujiyama.
« Quant à celui qui remplace M. Giraudias dans les trois petits postes de son district, il constate qu’il ne suffit pas d’une visite mensuelle de deux jours pour faire une chrétienté florissante ; et il soupire après le retour du titulaire, qui certainement, lui aussi, préférerait sa petite maison de Kamakura ou d’Odawara à son ambulance automobile.
« Le doyen de la mission, M. Evrard ; donne ses soins à l’important établissement des Dames de Saint-Maur à Yokohama, et assume la charge de la paroisse japonaise, pendant l’absence de M. Chabagno. L’histoire d’un bonze, dont il me signale la conversion, montre une fois de plus, que la grâce de Dieu opère toujours dans les âmes droites.
« Nishikawa Genriyo, attaché à un temple de la secte Nichiren, ne s’était pas marié pour « rester plus libre dans l’exercice de ses fonctions. Atteint à l’âge de 39 ans de la phtisie, « maladie redoutée au Japon à l’égal de la peste et de la lèpre, il fut prié par ses confrères de « se retirer et de chercher fortune ailleurs. Après bien des courses et visites infructueuses chez « des amis qu’il ne trouvait pas, ou qui refusaient de le recevoir, pris d’un crachement de sang « à la gare même de Yokohama, il fut recueilli par la police, au mois d’avril 1916, et « transporté à la maison de refuge entretenue par la ville. Or cet asile, où sont recueillis les « vieillards et les indigents, est visité régulièrement par une Sœur japonaise du couvent de « Saint-Maur. Elle parcourt les salles pour adresser quelques paroles d’encouragement à ces « pauvres déshérités, dont les âmes sont aussi malades que les corps. Il arrive cependant que « quelques-uns prêtent l’oreille aux instructions qu’elle leur adresse, et il se fait ainsi « annuellement une bonne moisson de baptêmes in articulo mortis.
« Or, notre bonze entendit les paroles de la Sœur elles lui allèrent au cœur : « Mais c’est « cette doctrine que je cherche depuis longtemps ! dit-il. Comme je puis lire, veuillez me « prêter quelques livres pour m’éclairer. » La Sœur lui remit un abrégé du catéchisme, lui « promettant de lui apporter d’autres livres à sa prochaine visite.
« Mieux que ses compagnons de chambre, notre bonze saisissait la doctrine et la « comprenait. Obéissant à l’appel de la grâce, il se mit à prier et ne tarda pas à désirer le « baptême. Et même il manifesta par quelques poésies sa joie d’avoir trouvé la vérité. Enfin le « 15 août de cette année, après une bonne préparation, il reçut le baptême que je lui « administrai solennellement sur son lit. Il était réellement ravi, et c’était une vraie « consolation de voir les pieuses dispositions avec lesquelles il suivait les cérémonies. Son « état de santé ne laissait pas d’espoir de guérison ; cependant il était disposé, s’il guénissait, à « imiter saint Paul, et c’est ce nom qu’il prit à son baptême. Dieu se contenta de sa bonne « volonté.
« Un jour que la Sœur était allée le voir et l’avait trouvé comme à l’ordinaire, elle fut, trois « heures plus tard, prévenue par le téléphone qu’il n’était plus. Il était mort sans souffrance et « dans le plus grand calme.
« Je me rendis à l’asile et j’y accomplis les cérémonies des funérailles, avec la confiance « que son âme était déjà auprès de Dieu, à l’appel de qui elle avait si fidèlement répondu. « Cette mort a vivement édifié les pauvres hospitalisés, qui regrettaient de ne pas pouvoir, « comme leur défunt compagnon, être à même de lire pour s’instruire de la religion. « J’ajouterai que Paul Nishikawa m’a remis comme souvenir les insignes de son rang et son « chapelet bouddhique.
« M. Mayrand continue comme par le passé ses courses apostoliques dans ses districts, dont le nombre a triplé depuis la guerre, insistant opportune et importune auprès des parents chrétiens, sur la nécessidé d’étudier le catéchisme, pour eux et pour leurs enfants, de réciter en famille au moins la prière du soir ; en un mot, il s’efforce de développer chez tous ses néophytes la vie chrétienne, et ses efforts sont récompensés par des succès bien consolants.
« A Tokio, les six paroisses continuent à progresser peu à peu, tant par les baptêmes d’adultes que par l’arrivée de catholiques de la province, attirés par leurs affaires, et surtout par le mirage de la capitale dont la population augmente toujours, dépassant aujourd’hui 2.200.000 habitants. On peut dire d’une manière générale qu’il y a recrudescence de vie chrétienne dans ces paroisses, ainsi que le témoignent le nombre des assistances aux offices, les communions de dévotion, l’aide de plus en plus efficace apportée par les fidèles aux besoins de leurs paroisses.
« Les écoles de Tokio, de Yokohama et de Shizuoka sont florissantes ; elle voient chaque année augmenter le nombre de leurs élèves, parmi lesquels un certain nombre demandent le baptême. Si ce nombre paraît encore bien faible, eu égard aux dépenses et au zèle de nombreux maîtres et maîtresses, nous avons le ferme espoir qu’un jour viendra, où la grâce de Dieu et la réflexion aidant, ces enfants, devenus pères et mères de famille, se tourneront vers cette religion qu’ils admirent.
« Notre séminaire sous la direction de MM. Steichen et Wassereau, compte 16 élèves et nous donne beaucoup de consolations ; j’espère conférer bientôt la tonsure aux deux élèves de théologie.
« L’orphelinat de garçons continue son existence tranquille sous l’administration de M. Demangelle, dont, malheureusement, la santé n’est pas à la hauteur du zèle.
« La mort est encore venue frapper à notre porte, et nous a enlevé M. Bertrand, dont les trois dernières années ont été éprouvées et épurées par de continuelles souffrances, et qui s’est endormi dans le Seigneur le 12 avril 1916, à Yokohama, entouré des soins les plus dévoués. Pour répondre à son désir et à la demande de ses lépreux, auxquels il a donné 25 ans de sa vie, nous avons conduit son corps à Koyama, où il repose dans le cimetière de ses lépreux, au pied du Fujiyama.
« J’aurais voulu avoir plus de succès à vous signaler, plus de baptêmes à vous offrir : hélas ! l’heure de la victoire n’a pas encore sonné. Nous avons tenu, gardé nos positions ; c’est déjà quelque chose. A Dieu qui nous a soutenus et en qui seul est notre espoir, nous rendons nos actions de grâces les plus ferventes. »
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