| Année: |
1917 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 2.833
Baptêmes d’adultes 158
Baptêmes d’enfants de païens 137
Conversion d’hérétique 1
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« Cette année encore, écrit Mgr Berlioz, nous avons eu à souffrir du shintoïsme officiel et même dans une plus large mesure que par le passé. On aime à croire cependant que l’autorité supérieure ne donne son approbation ni aux abus de pouvoir des employés subalternes, ni aux violentes attaques dirigées contre notre sainte religion par des hommes politiques. Plusieurs numéros d’une ignoble revue ont, en effet, été lancés dans le but avoué d’exterminer le christianisme. Parmi les collaborateurs il y avait des écrivains marquants, celui, entre autres, qui était Ministre de l’Instruction publique et des Cultes lorsque Mgr Petrelli vint au Japon, à l’occasion des fêtes du couronnement. Evidemment il s’agit d’un clan, et il serait injuste de généraliser les responsabilités, quoique les résultats de ces menées se fassent sentir sur tout le peuple et dans toutes les administrations.
On ne lira pas sans intérêt les réflexions suivantes d’un publiciste japonais : « Quelle ne serait pas notre indignation à nous, citoyens du Japon, si quelque étranger venait à parodier la grande déesse Amaterasu et les divins ancêtres de la dynastie impériale, comme la revue Daikokumin l’a fait de la croix et de la personne du Christ ! Des hommes civilisés ne devraient jamais se permettre de telles vilenies qui pourraient rejaillir sur la Cour et attirer sur notre pays la défiance et le mépris du reste des hommes. Qu’on attaque, si l’on veut, le christianisme par des arguments et des thèses, mais qu’on ne recoure pas à d’ignobles caricatures. On a le droit d’être surpris que la censure n’y ait pas mis ordre. Quant à ceux qui ont signé les articles de la revue Daikokumin, ils sont d’autant plus coupables que leur situation les met plus en relief. »
Mais ces protestations isolées ne pouvaient suffire à arrêter le mouvement créé par des hommes influents. Dans le monde des écoles surtout, aucun moyen n’a été négligé pour entraîner les enfants aux fêtes de l’évocation des âmes des héros morts pour la patrie ; y manquer, c’est s’exposer à une sanction certaine. Dieu merci, les élèves catholiques en général sont restés fidèles à leur devoir. Les uns ont motivé leur absence par un empêchement quelconque, d’autres ont invoqué l’autorité de leurs parents, d’autres enfin ont déclaré que leur conscience ne leur permettait pas de prendre part à ces fêtes. L’un de ces derniers, élève au lycée de Hakodaté, donna pour motif de sa non-participation le texte même des instructions adressées par l’évêque aux fidèles de son diocèse touchant les pratiques shintoïstes.Le directeur ne fit aucune réflexion, mais quelques jours après il se rendait à la maison de l’élève inculpé, afin de persuader aux parents de ne plus l’envoyer à l’école, attendu que sa religion ne s’accordait pas avec les règlements scolaires. Ce jour-là, le père de famille était absent, et c’est par sa femme qu’il fut mis au courant de la démarche du directeur. Il fut décidé qu’elle serait regardée comme non avenue, et que l’enfant continuerait à fréquenter les cours. Or, le samedi 9 juin, le Journal de Hakodaté publia, sous ce titre : « Très grave question touchant l’éducation nationale », un article très violent contre l’évêque. On y relatait le chapitre de ses instructions aux chrétiens, instructions dénoncées comme contraires aux principes de l’éducation nationale, car elles refusent aux héros tombés pour la patrie un culte que l’évêque dit n’appartenir qu’au Créateur. Aux yeux de tout Japonais, chrétien ou non, cette thèse doit être rejetée, etc., etc.
Les attaques continuèrent sur le même ton les jours suivants, mais elles durent être jugées maladroites puisque, sans la moindre démarche de notre part, la police somma le directeur du journal de lui faire connaître le nom de l’auteur des articles. C’était un employé de l’administration des tabacs. J’ai appris depuis l’ors qu’il avait perdu sa place.
Après le journal, ce fut le tour du lieutenant gouverneur de Hakodaté. A l’occasion d’une tournée administrative dans la région du monastère des Pères Trappistes, il prononça un discours en faveur du shintoïsme obligatoire. Il laissa l’impression qu’en parlant ainsi il remplissait un mandat. Mais quelque temps après, le secrétaire du Gouverneur général vint in- former le Révérend Père Prieur que le discours en question avait été désapprouvé, et qu’il n’y avait pas lieu d’y attacher d’importance.
Encore un détail à noter à propos du shintoïsme. Depuis qu’il est ouvertement patronné par l’Etat, les sectes hérétiques, hostiles autrefois, ont fini par se ranger aux idées gouvernementales. Nous attribuons ce changement à l’influence prépondérante conquise par le personnel indigène protestant. Quand aux schismatiques russes, ils poussaient l’opposition très loin, du temps de l’évêque Nicolas, trop loin même, puisque leurs zélateurs croyaient faire acte de piété en renversant les idoles. Et cette année, ils ont décrété dans leur synode que la participation à la fête de l’évocation des âmes était permise. Chez eux aussi, c’est l’élément indigène qui fait la loi, et il la fera de plus en plus dans le sens du libre examen puisque l’orthodoxie a perdu le sceptre qui la garantissait de l’arbitraire en matière de dogme et de discipline.
Cette année nous avons encore été favorisés de la visite de Son Excellence Mgr Petrelli, Délégué Apostolique au Iles Philippines. Son voyage au Japon eut un caractère plutôt privé ; il a été cependant remarqué du monde officiel et du peuple. A Sendaï et dans nos deux monastères cisterciens, la visite de Son Excellence a été l’occasion de belles fêtes très consolantes.
A Sendaï, M Jacquet, bien connu des autorités pour l’intérêt qu’il porte aux œuvres d’enseignement, a été prié de donner des cours de français à l’Université, et, plus tard, à la Faculté de Médecine. Jusqu’ici l’allemand dominait dans les grandes écoles ; mais on finit par reconnaître que le français est aussi un bon conducteur de la science et d’une civilisation supérieure. Puisse-t-il devenir bientôt celui de la vraie religion !
A l’occasion de l’inauguration des nouvelles salles de classe de l’établissement des Sœurs de Saint-Paul, M. Hamada, préfet du département, a bien voulu venir présider la séance de distribution des diplômes. On pensait que suivant l’usage habituel, tout se bornerait à l’honneur de sa présence ; mais il a tenu à donner un témoignage spécial de son entière satisfaction. Après s’être rendu compte en détail de la bonne tenue de l’établissement, il ajouta : « J’admire deux choses : d’abord que dans cette école dirigée par des maîtresses étrangères, on observe intégralement les règles de la bonne éducation japonaise, et cela sans mélange de manières qui s’adapteraient mal à notre tempérament national. J’admire aussi que, malgré le but connu des écoles confessionnelles, on n’a jamais eu ici à formuler la moindre plainte contre des sollicitations importunes, et qu’on témoigne la même considération à toutes les élèves, qu’elles soient chrétiennes ou non. Et qu’il me soit permis d’ajouter, qu’à mes yeux, ce respect de la liberté de conscience est une des meilleures recommandations de la religion professée par les maîtresses. »
Dans le dernier compte rendu il a été dit un mot de la pauvre installation de M. Montagu dans le nouveau poste de Sendaï-Sud. L’état de santé de ce cher confrère nous faisait un devoir d’y remédier au plus tôt. Un secours providentiel nous a permis d’acheter et d’aménager la maison d’un ancien maire de Sendaï ; dans ce local nous avons pu installer outre le logement du missionnaire, chapelle, sacristie, salle de catéchisme. Ce nouveau poste a été placé sous le patronage du Sacré-Cœur .
M. Deffrennes, titulaire de Fukushima, a été affligé d’une maladie assez grave à l’automne de 1916. Il s’est relevé après quelques semaines, mais il doit encore prendre des soins particuliers pour éviter une rechute. Le 3 juillet dernier, ce cher confrère a fêté au milieu de ses chrétiens le 25e anniversaire de sa prêtrise, et, nous avons été heureux, à l’occasion de la réunion de la retraite, de l’entourer au saint autel et de lui offrir nos félicitations. »
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