| Année: |
1917 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Aurientis |
III. — Osaka
Population catholique 4.320
Baptêmes d’adultes 256
Baptêmes d’enfants de païens 540
Conversions d’hérétiques 4
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« L’exercice qui vient de finir, écrit M. Aurientis, supérieur intérimaire de la mission d’Osaka, avait débuté par une joyeuse fête. A la retraite de l’année dernière notre vénérable doyen, M. Villion, avait célébré ses noces d’or sacerdotales. Ordinairement dans ces jubilés, le héros n’y paraît guère que comme une relique du passé. A cet âge on a le droit d’être aveugle, sourd, ou plus ou moins infirme. Ce n’était certes pas le cas pour notre jubilaire. La retraite est loin d’avoir sonné pour lui. Il fatiguera longtemps avec son Guigui (Guigui est le nom de son cheval qui, dans un moment de vivacité, lui mangea la moitié d’une oreille) les routes de son district montagneux, le seul du diocèse que n’atteignent pas encore les chemins de fer. Le Père a toujours bon œil, bonne oreille, excellent estomac, et ses jambes sont encore à peu près celles de ses vingt ans. Son zèle ne se ralentit pas le moins du monde, et il n’est pas près de laisser tranquilles les païens engourdis dans leur torpeur.
Le lendemain de ce gai jubilé, par contre, a été, hélas ! bien triste. Mgr Chatron semblait avoir lui aussi de longues années devant lui. Il n’avait rien perdu de sa vivacité, de son activité. Malheureusement, une infirmité qu’il n’a pu endurer parce qu’elle le gênait dans ses mouvements, lui a semblé de nature à disparaître au moyen d’une opération chirurgicale. Il avait déjà subi cette opération avec succès quinze ans auparavant. Cette fois elle a été funeste. Elle a amené la mort au bout de soixante jours. C’est le 6 mai que nous avons perdu notre évêque.
Les funérailles furent grandioses, Mgr Petrelli, archevêque de Nisibe et délégué du Saint-Père à Manille, se trouvait au Japon. Il a bien voulu présider les obsèques, entouré de l’archevêque de Tokio, de Mgr Berlioz, évêque de Hakodaté, de Mgr Combaz, de Nagasaki, de M. Alvarez, préfet apostolique du Shikoku, et de M. Reiners, préfet apostolique de Niigata. Pour se rendre au cimetière le long cortège, composé de milliers de personnes, eut à traverser l’immense ville d’Osaka. Ce fut une éloquente prédication. Dans les grandes villes surtout, les populations, saturées des prêches protestants, ne viennent plus guère aux conférences religieuses, mais le développement de cette pompe catholique frappa les yeux. Même à Osaka où, dit-on, les gens ne marchent pas mais courent, on s’arrêta, on regarda avec respect et sympathie : defunctus adhuc loquitur.
Il ne m’appartient pas de faire des considérations générales sur l’état d’esprit du pays. Le changement qu’il peut y avoir d’une année à l’autre n’est guère appréciable. Les citations qu’on peut faire de tel ou tel écrivain ne prouvent pas grand chose ; il suffit d’ouvrir la revue voisine pour trouver la thèse contraire. Il n’y a pas à nier que dans l’ensemble, sous la poussée du gouvernement, il y a une recrudescence d’esprit religieux, ou du moins de manifestations religieuses, car pour les païens cela ne va pas loin, et n’implique nullement des études religieuses ou une réformation des mœurs.
Dans les postes, l’année s’est écoulée tout doucement, sans événement bien tranchant. Tous ont travaillé avec courage et de toutes leurs forces. Il n’y a pas de moisson brillante, mais ce n est pas l’aridité absolue. Chacun aime son poste et y a ses consolations. Il y a d’abord le noyau des vieux chrétiens. Véritablement ils méritent d’être respectés et aimés. Ils sont complètement indépendants, vivant au milieu du monde, de leur commerce ou de leur industrie. L’air ambiant est de nature à leur être funeste, car dans le monde païen on n’a pas la première idée d’une obligation religieuse à jour fixe, Malgré cela ils tiennent bon, ne se laissent pas entraîner, observent fidèlement les dimanches et fêtes, et s’approchent régulièrement des sacrements. En outre il y a toujours quelque catéchumène désireux de s’instruire.
Mais à mesure que les postes vieillissent, les vieux chrétiens, les ouvriers de la première heure nous quittent pour aller recevoir la récompense des bons serviteurs.
A Kobé, M. Perrin a perdu le pilier de sa paroisse, le vieux Fukushima. Fukushima vint de sa province il y a plus de trente ans pour chercher fortune à Kobé. Il était ouvrier forgeron. Il trouva du travail dans un chantier de constructions navales. Mais il trouva surtout la fortune pour son âme. Il se convertit et devint un fidèle catholique, et il le prouva dès son baptême. Dans son chantier il n’y avait pas le repos du dimanche. Dès qu’il fut chrétien, il mit le marché à la main à ses patrons : « Du lundi au samedi, je suis votre homme, mais le dimanche ma religion me commande le repos ; le dimanche je veux le consacrer à mon Dieu. » C’était un bon ouvrier, non seulement habile, mais honnête, tranquille et laborieux. Les patrons cédèrent et Fukushima fit comme il l’avait dit, il donna son dimanche au bon Dieu. Il communiait toujours à la première messe et revenait assister à la seconde, au premier rang, priant de toute son âme et ne perdant pas un mot du sermon du missionnaire. Un caractère si énergique ne pouvait pas ne pas frapper ceux qui l’employaient. En peu d’années il fut nommé chef d’atelier : il était le patron dans son rayon. Naturellement il n’a pas trahi la confiance qu’on avait en lui, et il a gardé sa situation jusqu’à sa mort. On continuait à le payer même quand il ne travaillait plus depuis longtemps. Il est vrai que ses chantiers pouvaient se permettre cette générosité royale : ils occupent aujourd’hui plus de trente mille ouvriers. Etant chef d’atelier, sa paie était considérable ; aussi il avait trouvé la fortune temporelle. N’ayant pas d’enfants, sa bourse était largement ouverte à tous les malheureux et surtout à son église. Quand on l’a bâtie, il a contribué pour de fortes sommes d’abord, et puis en particulier il a voulu donner le maître-autel, qu’il a fait faire le plus luxueux possible, du bois le plus rare. Il en jouissait plus que les autres de son maître-autel. Car il ne se contentait pas d’assister aux deux messes du matin. L’après-midi il était là pour assister au catéchisme des enfants, pour réciter le chapelet en commun et recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement; pendant trente ans il n’a pas manqué une seule fois.
A Kyoto j’ai perdu aussi un des piliers de ma paroisse. Il n’avait pas l’envergure de Fukushima, mais c’était une de ces âme énergiques dans leur douceur qui servent Dieu un peu dans l’ombre mais très fidèlement. A la suite d’une pleurésie, il fut attaqué de la tuberculose. Il essaya les cures classiques, mais sans succès. Tout d’un coup son état devint grave. La catéchiste-femme alla lui faire une visite, et à la question sur sa santé, il répondit : « Cela va plus mal. — C’est malheureux, » dit la catéchiste. Alors il se recueillit, son visage se couvrit de tristesse. « Vous me peinez, dit-il en me parlant comme vous venez de le faire. Non, ce n’est pas malheureux ce qui m’arrive. Pendant toute ma vie de chrétien, j’ai demandé au bon Dieu de ne pas m’envoyer de maladie douloureuse quand il m’appellerait à lui. Voyez ! il m’enlève de ce monde par cette douce phtisie. Remercions-le ensemble. » Et ils récitèrent le chapelet. C’est dans ces sentiments de vive foi qu’il reçut les derniers sacrements et rendit sa belle âme à Dieu.
Les œuvres d’éducation du diocèse prospèrent de plus en plus. Les Marianistes doivent refuser des élèves, faute de place ; et les trois écoles tenues par les religieuses regorgent aussi d’enfants. Comme ce ne sont pas des pensionnats, l’influence religieuse directe n’est pas aussi apparente ; mais c’est cependant une bonne semence qui lèvera à son heure. »
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