| Année: |
1918 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. – Nagasaki
Population catholique 54.541
Baptêmes d'adultes 313
Baptêmes d'enfants de païens 661
Conversions d'hérétiques 3
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« La mort de trois vaillants confrères, écrit Mgr Combaz laisse parmi nous un vide impossible à combler dans les circonstances actuelles. En outre, M. Salmon, tantôt couché, tantôt étendu sur sa chaise, ne peut plus remplir aucun ministère ; depuis le mois de mars, il lui est impossible de célébrer la messe. La santé de M. Matrat est aussi bien précaire. A ces épreuves et aux difficultés antérieures, s’ajoute un nouvel obstacle à l’évangélisation : le renchérissement exorbitant de la vie. La dernière récole a été bonne mais des accapareurs ont fait tripler le prix du riz. Absorbés par le souci de subvenir aux besoins des leurs, les gens n’ont guère le temps d’écouler les enseignements de la religion. Les catéchistes eux-mêmes, ne pouvant obtenir une augmentation de traitement, sont forcés de chercher un emploi plus lucratif.
« Si la pression tyrannique en faveur des Jinsha paraît atténuée extérieurement, elle n’en continue pas moins. Le nationalisme religieux éloigne de nous les païens et entrave même, écrit M. Lemarié, le développement des œuvres de miséricorde. Ainsi des familles, clientèle ordinaire des Sœurs de Saint-Paul de Chartres et très convaincues de l’excellence de leurs soins, recourent à d’incroyables précautions pour que l’on ne puisse approcher des mourants et les baptiser. D’autres ferment leurs portes aux catéchistes ambulantes lorsqu’elles voient leur malade en danger de mort. Malgré ces obstacles, M. Lemarié a enregistré 105 baptêmes d'enfants ou d'adultes in articulo mortis et 12 d'adultes en santé.
« C'est au prix d’un labeur opiniâtre que les confrères ont pu glaner quelques épis, et plus d’une conversion remplit leur cœur de joie. Ils ne sont plus que 8 dans les districts païens et 5 dans les vieilles chrétientés, la plupart des autres postes sont occupés par des prêtres Japonais. Avec leur maigre viatique de 12 yen par mois, que je ne leur procure, au reste, que très difficilement, ils souffrent infiniment chez les païens, car ils sont tenus plus que nous à observer dans son intégrité l’étiquette Japonaise.
« Le dévouement sans bornes des Frères de Marie et des autres Instituts religieux fait tomber beaucoup de préjugés. L’école de « L’Etoile de la mer » est fréquentée déjà par plus de 500 élèves et l’on a dû refuser beaucoup de demandes d’admission faute d’un local suffisant. Aussi, a-t-on ajouté un étage au bâtiment principal, et a-t-on acheté, non loin de là, un terrain assez vaste où s’élèvent trois maisons d’habitation avec leurs dépendances. La prochaine rentrée promet d’être splendide. A tous ces religieux, à toutes ces religieuses, je me fais un devoir d’offrir mes plus chaleureux remerciements.
« Je me suis déterminé à recevoir au séminaire 16 ou 17 nouveaux élèves en prévision de l’avenir. Avec les nouveaux venus l’établissement entre dans la voie du progrès : comme dans les autres écoles, les étudiants porteront en promenade le « hakama » ( habit de cérémonie ), avec un chiffre à leur casquette. J’ai eu le bonheur au cours de l’année de conférer le sacerdoce à trois diacres.
« La fête du jubilé sacerdotal de M. Salmon, qui tombait le 6 juin, a été tout intime, car le bon Père ne peut plus se rendre à l’église ni au réfectoire. Mais il n’a rien perdu de sa bonne humeur ; à la retraite, nous lui avons renouvelé nos félicitations.
« Les catholiques qui se trouvaient parmi les ingénieurs civils Américains du « Russian Railway Service » arrivés ici en décembre 1917 ont beaucoup édifié les chrétiens Japonais par la manière dont ils remplissaient leurs devoirs religieux. De leur côté, les Américains se montrèrent émerveillés de la piété des assistances Japonaises.
« Dans mes tournées de confirmation, j’ai béni, aux Goto, deux nouvelles églises. L’une d’elles est dédiée à Saint Joseph, parce que le retour des « séparés » de ce village à la foi de leurs pères eut lieu en mars.
« A Tabira, en face de la ville de Hirado, non loin du lieu où furent martyrisés le B. Camille Constango et ses compagnons, j’ai béni aussi une belle et vaste église dédiée aux 26 premiers martyrs. Cette chrétienté groupe à présent 1.903 catholiques venus d’un peu partout.
« La moisson dans les districts n’a pas été considérable : 313 baptêmes d'adultes et 661 d'enfants in articulo mortis ; les confessions répétées forment un total de 71.635. Tous les ouvriers apostoliques se sont pourtant dépensés dans la mesure de leurs forces ; mais les maladies de plusieurs prêtres et de plusieurs catéchistes, les changements nécessités par la mort de quelques-uns d’entre eux ont entravé le cours ordinaire du travail.
« Les deux paroisses de la ville de Nagasaki continuent de répondre au zèle de leurs pasteurs. De l’autre côté de la rade, au pied du mont Inasa, le P. Shimauchi, grâce à un généreux don de France, a pu se procurer un terrain propice à l’édification de la salle dont il a besoin.
« La mort de M. Pélu a été une grande perte pour les Goto, toutefois j’ai le ferme espoir que ses œuvres ne perdront rien de leur prospérité sous la direction de son successeur, le P. Osaki. Ce dernier, fut pendant 19 ans, avec M. Heuzet, le bras droit du regretté défunt ; il dirige neuf de ses confrères et tout marche au mieux actuellement.
« Dans ce grand district de 16.000 chrétiens, on a compté 199 baptêmes d’adultes ou d’enfants de païens .Le nombre des confessions répétées, 25.745, est également consolant. Il est difficile, quand on ne connaît pas les lieux évangélisés, de se faire une idée des efforts qu’un tel résultat représente.
« Quoique M. Matrat ait été malade très longtemps, le district de Hirado a enregistré 43 baptêmes d’adultes ou d’enfants de païens et 13.370 confessions répétées. L’état de santé si précaire du Missionnaire l’obligera sans doute à passer l’hiver au Sanatorium de Béthanie ; il n’y aura plus alors que trois prêtres Japonais pour remplir toutes les obligations du ministère.
« De l’île d’Amakusa, où il a obtenu 23 baptêmes d’adultes, M. Garnier écrit : « A Oye, « les chrétiens ont a leur tête des hommes influents et à l’aise, dont l’un est maire et plusieurs « conseillers municipaux ; la religion est respectée, le Missionnaire bien vu par tous, même « par les païens. Chaque année, quelques membres des meilleures familles se convertissent. » Avec le temps, la grâce de Dieu fécondant les efforts du Missonnaire, il n’y aura plus dans ce village que de solides et fervents catholiques. Malheureusement, l’église vermoulue et dévorée par les termites devient trop petite ; c'est le point noir à l’horizon.
« Les pêcheurs de Sakitsu, autre village de cette même île d’Amakusa, donnent moins de consolation à leur pasteur. Il a baptisé à Noël un médecin oculiste venu d’Omuta dont le zèle et l’influence serviront heureusement la cause de notre sainte religion.
« M. Lemarié a eu la joie de baptiser une païenne de 51 ans, Marie O Fuji Umeno. Etant allée se faire soigner à l’hôpital des Sœurs de Saint-Paul, cette femme avait été très frappée de leur piété, de l’esprit de sacrifice et des attentions des religieuses ; elle demanda à connaître leur religion et devint très vite enfant de Dieu. Dès lors elle se dévoua avec zèle auprès des autres malades, malheureusement elle mourut peu après.
« L’infatigable aumônier volontaire des Sœurs Franciscaines et de la léproserie de Biwasaki, M. l’abbé Hippolyte Bulteau, bien digne du titre de Missionnaire, raconte aussi la mort édifiante d’une pauvre femme hospitalisée au printemps dernier. Depuis de longues années elle souffrait d’une lèpre compliquée de jaunisse ; à peine eut-elle entendu expliquer les principales vérités de la religion que, transportée d’admiration, elle voulut l’embrasser. Sa mort suivit d’assez près sa conversion. M. Bulteau se déclare satisfait du bon esprit et de la piété de ses malades.
« Le poste de Kumamoto a été très éprouvé ; sur 4 catéchistes femmes qui travaillent à l’instruction des chrétiens et des catéchumènes, deux ont été contraintes par la maladie d’abandonner leur emploi, une autre a dû s’aliter plusieurs mois. M. Ferrié lui-même a été très durement affecté par des crises aigües de rhumatisme, qu’il a supportées avec une patience exemplaire. Secondé par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus, il a obtenu 58 baptêmes d'adultes ou d'enfants de païens.
« Dans son district, quatre personnes qui s’étaient éloignées de la religion, se sont, par une grâce très spéciale, rapprochées des sacrements. L’une d’elle, une femme de 37 ans, fille d’un bonze de Kumamoto, avait été baptisée à l’âge de 10 ans, mais elle avait vécu plusieurs années loin des chrétiens ; elle voulut énergiquement se confesser avant de mourir et sa fin fut des plus touchantes.
« M. Raoult occupe à Kurume le poste du regretté M. Sauret. A Omuta, les gens semblent bien disposés et les baptêmes ont été plus nombreux, grâce au zèle du catéchiste et au séjour du Père Michel Nakamura, qui fut l’auxiliaire de M. Sauret. Dans leur hôpital de Kurume, les Sœurs Franciscaines ont ramené à Dieu, par leurs prières et leurs soins dévoués, un pêcheur endurci et converti une bonne vieille qui, après le baptême, regrettait d’avoir connu si tard la vérité.
« M. Raoult a visité plusieurs fois la petite chrétienté de Tajiro, presque délaissée, ces dernières années, à cause de la mauvaise santé de M. Sauret. La vieille chrétienté de Imamura non loin de Kurume, a déjà perdu beaucoup de sa population catholique par suite de l’émigration ; cette année encore, une centaine de ses fidèles sont partis pour le Brésil.
« Dans son district de Kokura, M. Bertrand a obtenu 13 baptêmes et 19 dans celui du Bungo, où provisoirement il remplace M. Brenguier. Résultat merveilleux vu sa santé débile et l’étendue du territoire qu’il lui faut parcourir.
« Dans le poste de Kokura, où foisonnent les usines, les ouvriers sont obligés de peiner jour et nuit et n’ont guère de repos qu’aux fêtes nationales ; malgré ces inconvénients graves, les chrétiens assistent en nombre toujours plus considérable à la messe du dimanche. »
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