| Année: |
1919 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Castanier |
III. — Osaka
Population catholique 4.485
Baptêmes d’adultes 205
Baptêmes d’enfants de païens 369
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Après avoir remercié Dieu pour le bien opéré dans la mission d’Osaka pendant le dernier exercice, écrit Mgr Castanier, c’est pour moi un devoir, en commençant ce compte rendu, de payer d’abord un tribut de filiale reconnaissance à mon cher et regretté prédécesseur. Si le diocèse d’Osaka se trouve aujourd’hui dans une situation relativement satisfaisante, en dépit des difficultés exceptionnelles que rencontre l’évangélisation au Japon, c’est en grande partie à lui que nous le devons.
Aussi quelle émotion quand je fus appelé à lui succéder, et comme la charge me paraît lourde ; mais ce qui me rassure c’est que Mgr Chatron, après nous avoir donné à tous ici-bas l’exemple d’une vie sanctifiée par la prière, le travail, et le sacrifice, continuera de nous protéger du haut du ciel. Il veillera particulièrement sur son successeur, et lui obtiendra les grâces nécessaires pour accomplir l’œuvre de Dieu dans ce cher diocèse d’Osaka. Ce qui me fortifie encore, c’est l’accueil si confiant et si cordial que j’ai reçu partout de mes missionnaires et de mes chrétiens. Aussitôt après mon retour à Osaka, j’ai tenu en effet à visiter au plus tôt les différents districts de mon diocèse, et à voir à l’œuvre chacun de nos missionnaires. J’ai été grandement édifié par la bonne tenue de tous les postes, et dans ce premier tête-à-tête avec mes chers collaborateurs, j’ai été frappé par les ressources de bonne volonté, que le bon Dieu mettait à ma disposition. Qu’Il daigne m’aider à les utiliser pour sa plus grande gloire et pour le salut de beaucoup d’âmes !
Ici, à Osaka, les missionnaires ont deux champs d’action bien distincts : il leur faut administrer les chrétiens déjà existants, entretenir et développer la vie surnaturelle chez nos néophytes. De plus, il leur faut porter la lumière de la vérité à ceux qui se trouvent encore dans les ténèbres de l’infidélité. Administration des chrétiens, et évangélisation des païens, telle sera, pour plus de clarté, la division de ce compte rendu.
I. Administration des chrétiens. — L’observateur qui, après avoir jeté un regard sur le chiffre de nos chrétiens (à peine 4.500), constate, en même temps, que nous sommes près de vingt-cinq missionnaires pour prendre soin de ce « pussillus grex », sera peut-être tenté de conclure que notre ministère se réduit à peu de chose. Mais il ne faut pas oublier les circonstances particulières au milieu desquelles nous travaillons.
Chaque missionnaire n’a en moyenne qu’un petit troupeau de deux cents âmes ; mais, sauf dans nos grands centres où les chrétiens sont groupés comme à Osaka, Kobe et Kyoto, ils sont souvent ailleurs disséminés sur une grande étendue de terrain. Chaque missionnaire administre un vaste district. Les communications sont, il est vrai, bien plus faciles qu’autrefois ; néanmoins, le travail que doit fournir chaque missionnaire reste considérable.
La guerre a encore exigé un surcroît de labeur, cinq missionnaires d’Osaka ayant été mobilisés. Ceux qui restaient ont dû se multiplier pour ne pas laisser certains postes en souffrance. A Kyoto, il a fallu que M. Aurientis assurât, à lui seul, le service des deux paroisses. A Osaka, M. Puissant, tout en restant chargé de ses deux chrétientés de Kishwada et Sakai, a dû administrer la paroisse de Tamatsukuri, devenue vacante par le départ de celui qui écrit ces lignes. Sur la côte Nord, M. Relave a été obligé de prendre soin, comme jadis, des deux districts de Myazu et Maizuru. Et M. Daridon, tout en s’occupant de sa chrétienté de Tottori, remplaçait M. Deruy à Matsui. A Himéji, M. Charron a vu augmenter subitement sa chrétienté, par l’arrivée de trois cents catholiques autrichiens, faits prisonniers par les Japonais à Tsing-Tao, et, auprès desquels, il remplit les fonctions d’aumônier militaire pendant leur internement.
Après ce petit aperçu sur le travail fourni, voyons les résultats. Ce modeste troupeau d’environ 4.500 chrétiens, ne demeure pas stationnaire. Si le nombre n’augmente pas au gré des apôtres, au moins la vie chrétienne se développe-t-elle sans cesse chez nos néophytes. Dans chaque district, nous avons un bon noyau de vieux chrétiens ; chez eux la foi s’est affermie et ils ne craignent pas de se montrer franchement catholiques. Aussi servent-ils de modèles aux nouveaux baptisés, trop rares, hélas ! qui entrent dans le bercail du Bon Pasteur.
En outre, dans la plupart de nos paroisses, les missionnaires constatent un fait bien encourageant : c’est que peu à peu une élite se forme parmi les fidèles pratiquants. On en voit qui, ne se contentant pas de l’assistance dominicale, viennent à l’église et s’approchent de la Sainte Table même les jours sur semaine. Par ses prières et ses sacrifices, ce petit groupe d’âmes ferventes attire les bénédictions de Dieu sur nos œuvres.
On m’objectera que le chiffre des confessions et des communions ne révèle pas suffisamment l’état spirituel d’une paroisse ; c’est cependant un indice d’une incontestable valeur. Nous sommes donc heureux d’avoir à enregistrer, pour ce dernier exercice, plus de 20.000 confessions et plus de 60.000 communions. Voilà qui montre avec quel zèle les missionnaires mettent en pratique les directions de Pie X, sur la communion fréquente, et avec quelle docilité leurs néophytes répondent à leurs exhortations.
Quelques extraits des comptes rendus de mes missionnaires indiqueront d’une façon frappante comment, sons l’influence des travaux apostoliques et de la grâce qui les féconde, nos néophytes d’hier arrivent à devenir des chrétiens dont ne rougiraient pas leurs frères d’Europe.
Le 5 mai dernier, mourait à Maizuru le catéchiste dur poste, perte sérieuse pour la mission qu’il avait servie fidèlement pendant trente-trois ans. Sa conversion mérite d’être racontée et voici ce que nous écrit, à ce sujet, M. Relave :
« Toyoda était fils de bonze. Il continua la carrière de son père et vint à Kyoto, la Rome du bouddhisme japonais, pour y parfaire son éducation religieuse. Attaché au temple de Myoshuji, il fut en quelque temps si bien apprécié de ses supérieurs qu’on lui confia la direction des novices. Un jour que ses jeunes disciples parcouraient ensemble les rues de Kyoto, allant de maison en maison pour recueillir des aumônes, ils se présentèrent sans le savoir dans une maison catholique. Le chef, bien instruit de sa religion et la pratiquant fidèlement, expliqua poliment aux jeunes bonzes les raisons qui lui défendaient de leur faire l’aumône, et leur exposa si bien la vérité du catholicisme, que ceux-ci ne surent que répondre. De retour au temple, ils font part de leur déconvenue à maître Toyoda. Quelques jours après, les jeunes bonzes revenaient cette fois accompagnés de leur maître. Mais Toyoda ne fut pas plus heureux que ses élèves dans la discussion qui s’engagea. Il ne put tenir devant les arguments de notre chrétien et revint à son temple tout songeur. Toutefois, son âme était trop droite pour en rester là. Il vint trouver le missionnaire catholique afin d’avoir de plus amples renseignements sur cette religion qui, dès l’abord, lui avait paru si sérieuse. La grâce aidant, il se convertit. Après six mois d’une préparation exemplaire, il reçut le baptême et prit le nom de Paul. Quelque temps après, sa droiture et sa ferveur le firent choisir comme catéchiste, et la confiance qu’il inspira dès le début était méritée, car depuis ce jour, jusqu’à sa mort, il resta au service de la mission. Partout où il fut appelé à se dévouer, il se montra un modèle de piété, de zèle et de bon esprit. Aussi Dieu lui accorda-t-il la grâce d’une sainte mort, et, par une délicate attention de la bonne Providence, il mourut dans les bras du missionnaire qui l’avait baptisé à Kyoto, trente-trois ans avant. »
M. Cettour écrit de Yamaguchi : « Dans mon nécrologe de cette année, figure le commandant Jean Yokomichi. C’était un « Samurai » de vieille race qui incarnait l’esprit chevaleresque de son pays. C’est lui qui, sans le moindre respect humain, lançait à ses compatriotes des affirmations comme celles-ci : « J’ai bien étudié et connais ma religion, le catholicisme. Aussi, je suis en mesure de vous affirmer que je ne trouve aucune opposition entre mon patriotisme et ma foi religieuse. Le catholicisme seul peut donner à notre morale japonaise de la « Fidélité à l’Empereur » et de la « Piété filiale », le vrai fondement qui lui manque. Lui seul peut épurer la famille japonaise en sauvegardant l’unité de mariage et la fidélité conjugale. Le Japon sera catholique ou il ne sera rien. Le 22 octobre, il partit, purifié encore par la souffrance, après avoir reçu les derniers sacrements qu’il avait demandés lui-même. Ses funérailles furent l’apothéose de sa foi. Les officiers de la garnison, de hauts fonctionnaires, de nombreux amis, y assistèrent ; et, ce jour-là, ma chapelle fut étroite pour contenir la foule.
2. Evangélisation des païens. — Ici, nous glanons péniblement. Quand en regard des quinze millions de païens que nous avons à évangéliser on considère nos 4.500 chrétiens, quand on songe que c’est le résultat de l’immense somme d’efforts et de sacrifices accomplis pendant plus de trente ans, on ne peut se défendre d’un sentiment de douloureux étonnement ; quelle lenteur dans les progrès de l’évangélisation au Japon !
Pourquoi cette lenteur ? Quelles causes entravent notre travail et retardent ici l’avancement du règne de la Vérité ? Parmi ces causes, quelques-unes restent, sans doute, le secret du bon Dieu. Les hommes peuvent planter et arroser, travailler et peiner : à Lui seul appartient de donner « l’incrementum », et Il le donne quand bon lui semble, sans nous consulter. Mais, cette réserve faite, certains obstacles frappent suffisamment les yeux.
C’est tout d’abord l’orgueil, le shintoïsme et les vieilles superstitions nationales. L’argument qu’opposent la plupart des Japonais à qui l’on parle de religion, c’est qu’ils possèdent chez eux quelque chose de meilleur que ce que nous venons leur prêcher. Alors à quoi bon adopter une religion étrangère, surtout une religion qui met Dieu au-dessus de leur Empereur ? Nous avons peine à croire qu’une telle aberration puisse se loger dans la tête de gens intelligents et instruits : admettre une prétendue opposition, une incompatibilité entre le culte du Dieu Créateur et la fidélité à l’Empereur ! Et pourtant c’est un fait. N’allez pas discuter, c’est inutile. Les Japonais se soucient peu de notre logique : Aristote, a dit quelqu’un, nous sépare d’eux encore plus que les océans.
Cependant, une distinction s’impose : il y a milieux et milieux. Dans les campagnes, dans certaines villes ou régions plus particulièrement arriérées ou inféodées à une secte, les obstacles sont plus sérieux ; mais ils tendent peu à peu à disparaître dans le monde officiel, et dans la population des grands centres où les idées évoluent.
S’il faut en croire M. Aurientis, qui écrit de Kyoto, l’esprit public a déjà fait d’énormes concessions : « Il admet qu’on puisse être chrétien. Le titre de chrétien n’est plus dans l’opinion publique un signe d’infériorité. »
Quant à l’attitude du monde officiel et, en particulier, du monde de l’éducation, dont M. Aurientis peut nous parler en connaissance de cause, puisqu’il enseigne le français à l’Université Impériale et au Lycée supérieur, il constate qu’il y a encore, c’est vrai, opposition réelle au christianisme, mais en même temps il se hâte d’ajouter : « Le courant de liberté qui passe parmi les peuples, entraînera ceux qui professent encore ces idées étroites. Je dis bien : ceux qui professent, car beaucoup ne font que les professer ex officio, et disent dans leur âme : Abeat quo libeat. »
Ces réflexions de M. Aurientis concordent parfaitement avec cette parole qu’un autre missionnaire recueillait tout dernièrement sur les lèvres d’un personnage assez haut placé dans le monde officiel : « Le jour où les fonctionnaires auront la liberté, soit parce que le mécontentement éclatera, soit autrement, on sera étonné du très grand nombre de ceux — notamment dans le monde de l’enseignement — dont les sentiments ne concordent pas du tout avec l’attitude qu’on leur impose. »
A Osaka surtout, cette tendance à se débarrasser des vieux préjugés est sensible. Gens de négoce avant tout, les gens d’Osaka tendent à reléguer au second rang les préoccupations d’ordre moral. Chez eux le matérialisme pratique; l’indifférence religieuse, sont les grands obstacles à l’évangélisation. En revanche, les préjugés de race et l’intolérance religieuse qui paralysent ailleurs l’action des missionnaires tendent à disparaître complètement. Les autorités elles-mêmes semblent donner l’exemple de cet esprit de large tolérance.
Je tiens à terminer ce compte rendu en vous assurant que les sentiments qui dominent dans l’âme des missionnaires et de l’évêque d’Osaka, sont des sentiments de reconnaissance et d’immense confiance : de reconnaissance pour avoir été choisis par Notre-Seigneur pour faire ici son œuvre, et de confiance, car on travaille sous les ordres de Celui qui a dit : Confidite ego vici mundum.
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