| Année: |
1920 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV.─ Hakodaté
Population catholique 2.884
Baptêmes d’adultes 107
Baptêms d’enfants de païens 186
Conversion d’hérétique 1
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Deux grandes joies sont venues (1), l’une au commencement et l’autre à la fin de cet exercice 1919-1920, remplir les âmes aussi bien des pasteurs que du troupeau. La première fut celle du retour de nos chers mobilisés, rendus enfin au travail apostolique, après cette longue période de séparation douloureuse. La seconde fut le débarquement au Japon, et la première visite à la Mission de Hakodaté de Mgr Fumasoni-Biondi, le Délégué Apostolique du Saint-Siège au Japon.
Le retour des confrères coïncidait à quelques jours près, avec la date de la retraite annuelle. On les attendit, pour vaquer ensemble à ce travail sacré et pour goûter ensemble aussi les vraies délices de l’Ecce quam bonum du Psalmiste, après cinq tristes années, triste post lustrum, d’éloignement, de dangers et de désirs de retour mêlés d’imprévu et de craintes ! Ce retour est consacré, dans l’église de Sendaï, par une plaque de marbre commémorative, avec inscription témoignant de notre action de grâces au Sacré Cœur de Jésus, pour avoir gardé et conservé nos chers absents, et nous les avoir ramenés sains et saufs.
Correspondante à cette plaque, et de marbre aussi, est érigée celle qui consacre le souvenir de notre cher mort, M. Henri Auger, tombé victime de son devoir et de sa charité, dans la région de Verdun, en mars 1917. Trait touchant de la tendresse de son pieux et digne père : c’est cet officier de mérite, chrétien que l’on sait, en même temps qu’artiste calligraphe, qui a voulu joindre son deuil au nôtre d’une façon permanente, en dessinant lui-même les lettres de l’inscription à la mémoire de son fils.
Après la retraite et les doux épanchements du retour, les confrères vont donc retrouver leurs troupeaux respectifs. Heureux ceux à qui on avait pu donner un remplaçant provisoire, continuant le travail pastoral et soignant en même temps ses propres brebis ! A Hakodaté, par exemple, M. Anchen a remplacé depuis 1915, M. Chambon, le titulaire du poste, avec toute son activité et tout son dévouement, et, à l’œuvre des catéchismes en particulier, il a imprimé la plus salutaire impulsion. Ils travaillaient ensemble depuis quatre ou cinq mois, lorsqu’en mars dernier il leur fallut de nouveau se séparer : tandis, en effet, que M. Anchen restait à Hakodaté, M. Chambon devait descendre à Tokio, pour devenir, sur la proposition de NN. SS. du Japon, le Secrétaire de Mgr le Délégué Apostolique, et constater bien vite qu’il n’était pas appelé à une sinécure.
(I) Au lieux d’un compte rendu en sa forme habituelle, Mgr Berlioz nous a envoyé son « Journal de la Mission ». Nous en avons extrait les passages essentiels.
Dans le département d’Aomori, à Hachinohe, M. Cornier s’est rendu compte, sans tarder, qu’on n’avait pu lui donner de remplaçant. La résidence est demeurée déserte, durant son absence, et voici qu’il constate que le vent a démoli une partie de la clôture : les paysans en ont tiré parti pour se créer, à travers le terrain, une voie de passage ; c’est une voie publique ! ou à peu près. D’autre part, les toits coulent, le puits s’est effondré ; et, ce qui est le plus attristrant, les brebis du bercail se sont en grande partie dispersées. Tout est à recommencer : eh bien, on recommencera ! Voilà l’énergique conclusion de notre cher missionnaire ; « et ce n’est pas la première fois, ajoute Mgr Berlioz, que l’inlassable patience de M. Cornier est mise à l’épreuve. Soit dit en passant, ce doit être la vraie raison de la sympathie que lui témoignent les Japonais, chrétiens et païens. »
A quelque distance de là, à Tono, c’est un tout autre spectacle. « Tono, écrit Mgr Berlioz, une des villes importantes de la région de Morioka réclamait notre présence ; le missionnaire y est toujours bien reçu, et on lui demande des conférences publiques sur la religion. Nous y comptons plusieurs fervents catéchumènes ; et même nous y avons un latiniste, excellent sujet, membre d’une famille chrétienne très honorable. Du reste, cette population du Nambon, dont Tono est un des centres, jouit d’un bon renom de simplicité patriarcale et de calme bon sens. Il a déjà été question d’y établir une résidence ; mais jusqu’ici il a fallu y renoncer devant les frais qu’elle occasionnerait. Dieu veuille que Saint François-Xavier, patron de Tono, écarte bientôt tous les obstacles.
« Un de nos anciens élèves ecclésiastiques, rentré dans sa famille pour cause de maladie incurable, exerce dans Tono un véritable apostolat. Vis-à-vis de tous, il n’a qu’un sujet de conversation : la religion. Les enfants païens de son voisinage connaissent tous, par lui, les grandes lignes du catéchisme, et avec notre brave Michel ils font tous ensemble la prière en usage chez les chrétiens. Pas un de ces chers enfants qui ne désire le baptême ; mais jusqu’à présent, toutefois, cette faveur a été réservée aux moribonds : et ils font déjà un nombre consolant. Quelle piété, quels sentiments élevés dans les lettres que Michel écrit à son évêque ! Je dus lui promettre d’aller célébrer chez lui la fête de Saint François-Xavier ; et, durant la semaine que j’ai passée, en effet, dans cette famille, je compris mieux que jamais pourquoi l’apôtre du Japon appelait ses habitants « les délices de son cœur ».
Mgr de Hakodaté parlait tout à l’heure « des frais » que nécessiterait l’installation de ce nouveau poste de Tono. En plusieurs endroits de son « Journal » Sa Grandeur est obligée de parler de la double plaie qui est venue frapper, on peut le dire, toutes les Missions, au lendemain du fléau de la guerre, et qui paraît s’accroître, au lieu de diminuer. On en parlait déjà dans le compte rendu de l’année dernière, savoir : la terrible dépréciation de l’argent français ; et en second lieu, l’enchérissement progressif des choses nécessaires à la vie. Pas n’est besoin, en vérité, d’entrer dans les détails, pour pouvoir comprendre ce que doit avoir à souffrir une Mission en proie déjà à la pauvreté, et où les chrétiens sont si peu en état de secourir leurs Missionnaires, et de soutenir les Œuvres établies.
En vue de l’œuvre spéciale du Séminaire et du Clergé indigène, Mgr Berlioz a pu heureusement se procurer à Sendaï la maison où sera établi ce Séminaire. Un précieux secours de Mgr Dunn, de NewYork, lui a permis de faire ce grand pas en avant ; et, tout de suite, Sa Grandeur a fait venir à Sendaï pour s’installer dans l’immeuble en question, M. Hervé, qui avait succédé, dans le poste d’Aomori, il y a cinq ans, à notre savant M. Urbain Faurie, de regrettée mémoire.
En attendant que M. Hervé puisse commencer, la Mission continuera d’envoyer ses séminaristes se former à Nagasaki, et fidèle à une tradition déjà vieille de 15 ans, elle continuera également d’envoyer un ou plusieurs privilégiés au Collège Urbain. Déjà 3 séminaristes de la Mission ont bénéficié de cette formation et de cette instruction ; et revenus, investis du divin Sacerdoce, travailler au milieu de leurs compatriotes, ils ont mérité tous les trois que Monseigneur témoigne de le satisfaction qu’ils lui procurent. L’un d’eux, le P. Irénée Hayasaka, chargé d’une partie du district d’Ogawara, a eu, dans ces derniers temps, l’honneur et la joie, de recevoir dans son presbytère Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique, qui l’avait vu à Rome. Après avoir présenté au prélat « sa paroisse catholique », il l’étonna et le réjouit agréablement en lui faisant résonner sa douce langue « italienne », sortant des lèvres de petits Japonais. Tout, en outre, se passa à la japonaise, et l’illustre Prélat se prêta de la meilleure grâce à un cérémonial tout nouveau pour lui et tout différent, assurément, de celui auquel Rome l’avait accoutumé.
Nos pieux et dévoués auxiliaires pour les œuvres de charité d’éducation et d’instruction, continuent de rendre à la Mission les meilleurs et les plus généreux services. La Mission aime à le reconnaître et à dire le plus affectueux « Dieu vous le rende ! ». Elle tient à exprimer en particulier sa profonde sympathie aux sœurs de Saint-Paul de Chartres, frappées, à Hakodaté, d’un coup si cruel, au mois de mai, par la mort de leur vénérable et zélée Supérieure, Sœur Olier, qui couronnait par une sainte mort, 50 ans d’abnégation et de dévouement, au service des enfants ou des malades, dans les Missions de Tokio et de Hakodaté.
Ce compte rendu a déjà fait allusion à l’arrivée et à la présence parmi nous de Son Excellence Mgr Fumasoni-Biondi, Délégué Aspostolique du Saint-Siège. Dans une lettre collective au Saint-Père, NN. SS. les Evêques du Japon se sont empressés d’exprimer à Benoît XV toute leur joie, leur gratitude, et leurs espérances pour les heureux fruits que va cueillir l’Eglise du Japon d’un tel bienfait. Ce fut au mois d’août que Mgr le Délégué monta au nord du Japon et vint faire sa première visite à la Mission où il fut reçu avec tous les honneurs dus à sa dignité. On rivalisait partout d’empressement pour rendre hommage au Représentant du Souverain Pontife et recevoir ses premières bénédictions.
Par une heureuse coïncidence, cette visite de Mgr Fumasoni-Biondi avait lieu, à Sendaï, au moment des fêtes publiques destinées à solenniser un Centenaire à la fois patriotique et chrétien. Il y avait trois cents ans, en effet, qu’était revenu de Rome au Japon (en 1620), l’envoyé Hasekura Tsunenaga, député par son maître, le puissant daimyo Date Masamune, à le cour d’Espagne et à celle de Rome. Baptisé à Madrid en présence du roi, il avait reçu au Vatican, du Pape Paul V une audience solennelle, et était rentré à Sendaï, son lieu d’origine, après une absence longue de sept ans.
Les Missions Catholiques ont publié le résumé de ces fêtes données à Sendaï, à l’occasion de cet événement devenu historique. Il convient, dans ce compte rendu, de signaler la courtoisie des autorités civiles de la ville. Le Maire vint, en effet, à la résidence épiscopale, inviter officiellement Son Excellence Monseigneur le Délégué, à prendre part à ces solennités publiques : l’auguste Prélat s’y rendit en effet, et ce fut vraiment une belle journée à la fois pour le patriotisme japonais et pour la religion chrétienne, d’autant plus que le héros du XVIIe siècle qu’on honorait, n’avait pas craint de soutenir publiquement sa foi devant le persécuteur, et que son fils avait versé généreusement son sang et donné sa vie pour elle.
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