| Année: |
1920 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. — Nagasaki
Population catholique 56.339
Baptêmes d’adultes 292
Baptêmes d’enfants de païens 477
Conversions d’hérétiques 6
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Je ne puis commencer le compte rendu du présent exercice, écrit Mgr Combaz, sans remercier de nouveau la Divine Providence et Notre-Dame du Japon de nous avoir rendu, après six ans d’absence, tous nos chers mobilisés. Quelle joie de nous retrouver tous ensemble à la retraite annuelle avec le jeune et bienvenu M. Bonnecaze ! Hélas ! le cher M. Cavaignac manquait au rendez-vous. Mais pourquoi le plaindrai-je ? En le rappelant à Lui sur le champ de bataille, alors qu’il secourait un blessé, Dieu ne lui a-t-il pas fait le sort le plus beau : martyr de la charité ! Que là haut, il protège le Japon et prie pour ceux qui reprennent d’autres luttes.
Durant cet exercice, la mort a encore fauché dans nos rangs déjà si éclaircis. Après M. Bœhrer enlevé loin de son district bien aimé, le doyen d’âge des prêtres japonais est mort à l’âge de soixante-neuf ans, au mois de juin dernier, après une très courte maladie. Il avait exercé le saint ministère pendant trente-trois ans. Prêtre très obéissant et très humble, doué d’un jugement droit, ne craignant point de demander conseil, il a, modestement et sans bruit, bien conduit sa paroisse et ramené au bercail un bon nombre de « séparés ».
Que dire de l’état de l’évangélisation au Japon qui n’ait été dit et redit déjà ?
Dans les deux districts de MM. Bertrand et Brenguier, on signale une recrudescence d’activité en faveur du shintoïsme et du bouddhisme. Deux associations analogues à l’armée du salut se sont formées pour combattre le catholicisme et l’influence des missionnaires européens ou américains. Leurs principaux membres parcourent les rues, en chantant des cantiques bouddhistes au son d’une musique. Quand ils ont réuni autour d’eux un certain nombre de curieux, ils exaltent le patriotisme de leurs compatriotes, enflamment les cœurs pour les divinités du pays et dépeignent l’élément étranger sous les plus sombres couleurs. Les cérémonies du shintoïsme sont hautement patronnées et recommandées par les autorités et la presse. La foi shintoïste est imposée à la population comme le seul remède efficace à opposer aux « idées perverses » qui s’introduisent dans le pays et que l’on affecte de regarder comme un produit du christianisme. Malgré tout, la grâce de Dieu aidant, nos missionnaires n’ont pas travaillé en vain. Les 292 baptêmes d’adultes et les 140 baptêmes d’enfants de païens témoignent du zèle de nos confrères, comme le nombre considérable des communions de dévotion (336.769) atteste la ferveur de nos chrétiens.
L’administration générale s’est accomplie régulièrement, sans fait extraordinaire à signaler ; quelques personnes cependant affirment avoir été guéries dans leur pèlerinage à Notre-Dame de Lourdes de Tamanoura (Goto). Aussi le nombre de pèlerins, à certaines époques de l’année, ne cesse-t-il de s’accroître. Partout, la dévotion du premier vendredi du mois est de plus en plus en honneur et, dans les meilleures familles, le Sacré-Cœur a été intrônisé solennellement. La canonisation de sainte Marguerite-Marie rendra encore ce culte plus cher à nos chrétiens.
Dans les deux paroisses japonaises de Nagasaki et dans l’annexe de Akunoura, où la population augmente sensiblement, l’ardeur des enfants à étudier le catéchisme et à apprendre des cantiques japonais se maintient et fait la joie des prêtres et des catéchistes. Plus tard, ils deviendront de bons pères et de bonnes mères de famille ; fortement instruits de la religion chrétienne, ils l’inculqueront à leurs enfants.
« L’administration religieuse de la paroisse européenne de Oura pourrait fournir, écrit M. Thiry, une nouvelle preuve de la catholicité de l’Eglise romaine : baptême d’une Hollandaise, confirmation de Portugais, d’Américains et de Japonais, mariage russo-polonais, enterrement
d’un Italien. »
« Cette année, la monotonie du travail quotidien a été rompue par le passage à Nagasaki des soldats polonais revenant de Sibérie et accompagnés d’anciens exilés pour leur foi. Jeunes ou vieux multipliaient leurs visites à la cathédrale. Plusieurs fois, ce fut un régal aussi religieux que musical de les voir aux offices et de les entendre chanter de toutes leurs forces des cantiques en latin ou en polonais. Ils ont tenu, avant de s’embarquer de nouveau pour leur chère patrie, à se faire photographier devant la statue de Notre-Dame du Japon. »
Le Séminaire poursuit sa marche régulière. Deux séminaristes du diocèse, leur philosophie terminée, sont partis pour Rome vers la fin d’août, pour faire, au collège de la Propagande, leurs études théologiques. Puisse leur séjour dans la Ville éternelle accroître leurs heureuses qualités !
Le lycée des Marianistes, et leur école apostolique, les œuvres des Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles continuent de prospérer. La supériorité de leur enseignement reconnue de tous, leur amène de nombreux élèves, que le manque de local et de personnel les oblige à refuser. Bien que les conversions ne soient pas très fréquentes, que de préjugés ils font tomber ! Un jour, je n’en doute point, le bon grain semé dans tant d’âmes d’enfants donnera d’excellentes récoltes.
Depuis la retraite dernière, M. Heuzet est devenu le pasteur de la grande chrétienté d’Urakami, à la place de M. Raguet qui a été déchargé momentanément du ministère actif, pour se livrer complètement à la préparation d’une nouvelle édition de son grand dictionnaire français-japonais dont l’éloge n’est plus à faire.
Les différents catéchismes pour les enfants et les jeunes gens ont été mis au point grâce au labeur acharné de M. Reynaud. Malheureusement ce dernier est de nouveau malade ; depuis quelques mois, il prend un repos nécessaire à Béthanie et Nazareth.
Les huit chrétientés du district de Iwojima sont toujours sous la sage direction du P. Moriyama, aidé d’un vicaire. Tous les deux sont chéris de leurs ouailles, et, malgré leur santé plutôt délicate, remplissent avec le plus grand soin, tous les devoirs de leur ministère envers leurs 4.098 chrétiens.
Ce fut une joie bien vive pour les nombreux chrétiens de l’île noire que le retour de M. Cotrel. Joie bien partagée par le pasteur ! Tous les âges prirent part à la fête. Les anciens soldats et, parmi eux, cinquante vainqueurs de Tsintao, simulèrent la prise d’un fortin ennemi. Tir de destruction par des crapouillots, attaque d’infanterie, les brancardiers suivant les vagues d’assaut et rapportant les blessés, etc... Mais, dès le lendemain, le dévoué missionnaire reprit le labeur quotidien. Les pieuses occupations se succédèrent sans trêve les unes après les autres. Aussi l’année lui a paru fuir avec une rapidité vertigineuse. Il s’occupe au surplus de 300 chrétiens dans l’île Ojima, détachée du district de Sasebo.
Aidé de M. Joseph Bois et de trois vicaires japonais, M. Matrat, malgré sa santé chancelante, continue d’administrer l’île de Hirado qui compte 8.159 catholiques. Dans ce district, il y a encore un certain nombre de « séparés », descendant des anciens chrétiens qui ne sont point revenus dans le giron de l’Eglise. Pour les ramener, il faudrait des catéchistes bien formés. Le missionnaire caresse toujours l’idée d’établir chez lui une école de catéchistes hommes. Il a déjà pu, avec l’aide de nombreux bienfaiteurs, se procurer un local convenable ; mais les ressources lui manquent pour y entretenir des élèves.
Les enfants chrétiens eux-mêmes, à Hirado et ailleurs, ne sont pas sans subir cette influence néfaste des maîtres païens pendant leur 8 ans de séjour à l’école primaire. Pour en neutraliser, autant que possible, les mauvais effets, M. Matrat et ses collaborateurs ne négligent rien pour réunir, en dehors des heures de classe, cette petite jeunesse si intéressante, la catéchiser, la préparer à une fréquente réception des sacrements.
La population catholique des îles Goto présente un total de 16.768 âmes. Elle est toujours sous la haute direction d’un prêtre japonais, le P. Osaki, aidé de M. Veillon et de huit prêtres japonais. Malgré les mille difficultés soulevées par la distance et les communications, ils ont enregistré 26.900 confessions répétées et 70.308 communions de dévotion. Avec le concours des communautés de vierges japonaises, 113 enfants de païens ont été baptisés ainsi que 38 adultes.
Avant de parcourir les districts païens, faisons une petite halte chez M. Garnier, curé d’Amakusa. Ses deux églises, comme les vieux missionnaires, laissent voir le poids des ans. Son habitation n’est autre qu’une petite sacristie. Dans l’intimité, il vous avouera que les temps sont bien durs pour le pauvre missionnaire, soit que l’on considère sa vie matérielle, soit que l’on examine son travail d’évangélisation.
« Dans les hameaux les plus reculés, dit-il, les habitants, fiers de l’admission de leur patrie dans le concert des cinq grandes nations, sont convaincus qu’ils n’ont plus rien à envier au reste de l’univers, surtout en ce qui concerne la religion. Le culte de l’empereur et des ancêtres leur suffit. » — J’ai eu le plaisir d’être son hôte pendant une semaine et de confirmer 212 enfants bien préparés. Si j’avais un reproche à faire à M. Garnier, ce serait de ne pas assez ménager sa santé.
Le district de Kumamoto, fondé par le regretté M. Corre, est sous la haute direction de M. Lemarié, Vicaire Général. Il comprend quatre postes avec résidences de missionnaires : la ville de Kumamoto, la léproserie de Biwasaki, les chrétientés de Yatsushiro et de Hitoyoshi, avec un total de 679 catholiques. Ce nombre est inférieur à celui de l’an dernier, à cause des émigrations.
M. Frédéric Bois a enregistré à Kumamoto 56 baptêmes. Cette petite chrétienté, heureuse de posséder enfin un missionnaire jeune et robuste, lui a fait une réception des plus chaleureuses et ne cesse de lui prodiguer ses sympathies. Aussi, son nouveau pasteur très touché travaille-t-il avec acharnement pour rattraper les cinq années passées à la guerre et acquérir la maîtrise de la langue japonaise. Le chiffre de plus de 8.000 communions de dévotion montre la ferveur des chrétiens et les heureux fruits de l’enseignement du missionnaire.
Sept différentes sectes de protestants travaillent bruyamment dans la ville de Kumamoto. Favorisées par d’abondantes ressources, elles sont à même de satisfaire la curiosité innée du Japonais par des représentations de cinémas et autres spectacles, et d’obtenir, pour l’instant, des adeptes d’une religion qui ne demande aucun effort et laisse libre cours aux passions. Cependant, quelques personnes avides de vérité, sentent bientôt le vide du protestantisme et viennent trouver le missionnaire catholique pour mieux étudier la religion.
Les Religieuses du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles sont d’un précieux secours pour la chrétienté et contribuent, pour une large part, à propager notre sainte religion par le soin des malades. Leur école de filles de plus en plus prospère a vu cette année doubler le nombre de ses élèves, mais leurs ressources ne leur permettent point de lutter victorieusement contre les protestants.
A l’hôpital des lépreux de Biwasaki où M. Bulteau, aumônier volontaire, ne ménage ni son temps ni sa peine, le bon esprit continue de régner. Les Religieuses Franciscaines, tout en soignant les lépreux, s’occupent en outre d’un orphelinat, d’un ouvroir et d’un dispensaire : 50 baptêmes d’adultes ont récompensé leur dévouement.
Un des faits les plus intéressants de l’année, écrit de Yatsushiro M. Lemarié, est l’abjuration d’un pope japonais et de sa famille, grâce au zèle éclairé du P. Wakida de Hitoyoshi. Lorsque celui-ci se présenta pour la première fois à la porte du pope, il fut accueilli par des paroles rien moins que bienveillantes. Mais il traita si fraternellement l’égaré, qu’à la suite de quelques entretiens, il le retira du mauvais chemin et le ramena au bercail. Le pope, avec sa femme et ses deux garçons, fit son abjuration à voix haute avec beaucoup d’édification, en présence d’un grand nombre de chrétiens, dans l’église de Yatsushiro, le 18 décembre 1919. Cette conversion survenue inopinément sera probablement suivie de quelques autres ; en attendant, elle a jeté le désarroi dans le camp schismatique russe.
L’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres prend une importance de plus en plus considérable dans toute la région. Leurs élèves, au nombre de 258, venant de tous les points de l’arrondissement, racontent chez elles les beaux exemples de régularité et de vie religieuse qu’elles ont remarqués chez les Sœurs et contribuent ainsi à rendre l’école très populaire.
En plus de son immense district, M. Bertrand continue de s’occuper de Fukuoka ; il en visite régulièrement les chrétiens une fois par mois. Il a constaté avec joie qu’ils restent fermes dans la foi. Quand pourrai-je faire cesser le veuvage de cette belle église dédiée à Notre-Dame des Victoires ? La plupart des chrétiens du district de Kokura observent plus régulièrement le dimanche ; ils viennent même de très loin.
A Kagoshima, la population catholique s’est accrue, par suite de l’affluence des chrétiens venus d’Oshima. Il n’y avait point durant la guerre de missionnaires résidant à Kagoshima et d’aucuns semblent avoir oublié le chemin de l’église. Mais M. Martin ne ménage pas son zèle pour les ramener. Ce bon missionnaire dont le cœur est toujours joyeux et la figure souriante, trouve une grande consolation dans la docilité des enfants à apprendre le catéchisme.
Là-bas, dans les îles Oshima, le retour de deux confrères pleins de santé et de bonne volonté donnera sans doute un regain de vie à ces jeunes chrétientés devenues moins affairées depuis la dépression commerciale. M. Fressenon, grâce au travail acharné du P. Dominique Nakamura, a trouvé ses chrétiens plus nombreux et mieux instruits. M. Bouige, après avoir souffert plusieurs mois d’une grippe tout d’abord mal soignée, est complètemet rétabli.
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