| Année: |
1920 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Castanier |
III. — Osaka
Population catholique 4.555
Baptêmes d’adultes 178
Baptêmes d’enfants de païens 391
Conversion d’hérétique 1
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Que Dieu nous envoie la consolation ou l’épreuve, écrit Mgr Castanier, notre devoir est de Le bénir, car c’est toujours Son Amour qui Le fait agir à notre égard. Nous avons eu la douleur de perdre au mois de décembre 1919, notre benjamin, M. Silhol, emporté en quelques jours par épidémie de grippe espagnole. Cette épreuve nous a été d’autant plus sensible que ce missionnaire était particulièrement bien doué, et les jeunes sont si peu nombreux parmi nous !
L’évènement heureux qui, cette année, marquera dans l’histoire du Japon et de l’Eglise, est la création d’une Délégation Apostolique. Nous avons eu la joie de souhaiter la bienvenue au premier représentant du Saint-Siège, Mgr Fumasoni-Biondi, à son arrivée sur le sol japonais, à Kobé, le 9 mars 1920. Après s’être installé à la capitale, le Délégué Apostolique nous a fait l’honneur de venir, sans plus attendre, visiter le diocèse d’Osaka ; pendant une quinzaine de jours, il en a parcouru les principaux postes. Partout il a été accueilli avec les honneurs dus à sa haute dignité.
Grâce à Dieu et à nos bienfaiteurs, nous avons pu, malgré les difficultés de l’heure présente maintenir les œuvres existantes et enregistrer un petit progrès. Nous sommes loin du temps où le vicomte Mori se rendait à Oxford pour y discuter avec l’orientaliste Max Mûller s’il y avait lieu d’adopter le christianisme comme religion officielle du peuple japonais. Depuis, les Japonais ont fait leur choix. Pourtant s’ils reconnaissent la supériorité de l’Europe et de l’Amérique dans le domaine économique ou industriel, ils la nient dans le domaine moral et religieux. Avec cet état d’âme général aujourd’hui, il nous faut désormais compter. Nombreux sont les obstacles que rencontre ici l’évangélisation et, entre tous, le plus dangereux, c’est le Bouddhisme.
Mais écoutons les rapports de nos missionnaires et examinons, en ses différents postes, la mission d’Osaka. Elle se divise en deux parties : au centre, les cinq provinces connues de tout temps sous le nom de Gokinai ; à l’est et à l’ouest, les autres régions.
Le Gokinai, c’est-à-dire les cinq provinces situées autour de Kyoto, l’ancienne capitale, forme quelque chose comme la terre sainte de l’Empire du Soleil Levant. La civilisation japonaise y a pris naissance, la nation y a son berceau, le centre de son histoire et de ses traditions religieuses. Les lieux sacrés y abondent et, chaque année, des milliers de pèlerins viennent les vénérer.
Kyoto, cœur du Gokinai, est fier de la multitude de ses temples. On y voit la plupart des grandes pagodes bouddhiques célèbres par leur architecture et leur richesse, intimement mêlées à l’histoire japonaise et bien connues du moindre petit écolier.
La terre de Kyoto a été foulée autrefois par Saint François-Xavier ; on y vit des chrétientés nombreuses et ferventes. Hélas ! toute trace en a disparu au cours de la persécution. Rien ne laisse deviner ici que le christianisme ait été florissant il y a trois cents ans. Les païens ne sont presque pas accessibles, ce dont il n’y a pas à s’étonner puisqu’ils appartiennent à une population dominée par les bonzes depuis des siècles et naturellement peu favorable aux nouveautés. Le monde des écoles, pour ces raisons et d’autres encore, se tient à très grande distance de nous. Aussi M. Aurientis fut-il vraiment surpris en voyant une école venir à lui. Il y a quelques années, une institutrise catholique qui promenait ses élèves, imagina de les faire entrer dans l’église. Ce fut une grosse affaire.
Plus près de nous, voici deux mois, le directeur d’une des principales écoles primaires de la ville vint à la Mission et me demanda de permettre à ses écoliers et écolières de visiter l’église. Bien plus, pour rendre fructueuse cette visite, il demanda une petite conférence sur Jésus-Christ, qui lui fût aussitôt accordée. Le lendemain, le jeune auditoire eut une tenue irréprochable et sembla écouter attentivement. Or, il n’appartient pas au seul directeur d’une école de prendre l’initiative d’une telle visite, il lui faut l’approbation de ses collègues et de l’inspecteur. N’est-ce pas un indice que les dispositions du monde enseignant deviennent plus favorables au christianime ?
Si Kyoto est la plus belle ville du Gokinai, actuellement Osaka en est la plus importante. C’est aussi le centre de la Mission et le siège de l’évêché. Bâtie sur le delta d’une grande rivière, dotée d’une excellente rade, cette très ancienne cité constitue l’une des portes naturelles du pays ; la civilisation du continent asiatique a pénétré par là. Le bouddhisme aussi, et il y reste vivace. Le christianisme y compta autrefois des milliers de fidèles et de nombreux martyrs.
Nous avons quatre paroisses dans la ville d’Osaka. Le première, celle de Kawaguchi est la paroisse de la cathédrale ; et, par malheur, elle a perdu le 27 décembre 1919, son jeune curé, M. Silhol. Pour combler ce vide, M. Birraux a dû s’arracher à sa chère province d’Ise, qu’il évangélisait depuis plus de vingt-quatre ans. Dur sacrifice, mais notre confrère l’a fait avec une générosité admirable, et tout de suite s’est mis au travail dans son nouveau poste. Le bon Dieu lui a déjà donné la consolation d’envoyer en paradis bon nombre d’âmes sauvées à l’article de la mort.
Tamatsukuri est la deuxième paroisse d’Osaka. Le doyen de nos prêtres indigènes, le P. Nagata, chargé de ce poste, est fier du nombre et de la ferveur de ses chrétiens.
La troisième paroisse, Uchi-Awajimachi a pour curé M. Vagner, qui s’occupe en même temps de Nara, ville distante d’Osaka d’une heure environ par tramway. C’est un surcroît de fatigue que s’impose tous les dimanches notre confrère, afin d’assurer la sainte Messe à ses deux chrétientés. M. Vagner est optimiste. « La situation me paraît bonne, écrit-il, et je n’ai jamais vu l’avenir avec autant de confiance. Décidément le temps n’est pas éloigné où les missionnaires du Japon, qui ont si longtemps semé dans les larmes, pourront enfin moissonner dans la joie. L’esprit public semble se tourner peu à peu vers la recherche de la vérité. On s’aperçoit qu’avec l’éducation matérialiste et athée on a fait fausse route. Nos catholiques, au moins ceux que leur situation met un peu en évidence et qui ont le courage de se montrer catholiques, sentent se former autour d’eux dans le monde qu’ils fréquentent pour leurs affaires comme une atmosphère de sympathie. Ils m’amènent souvent des gens qui désirent s’instruire. Jamais je n’ai vu tant de païens à ma messe du dimanche. »
Kitano est le quatrième poste dans Osaka. Après cinq ans d’absence, M. Bousquet, que la mobilisation nous avait pris, s’est retrouvé chez lui pour Pâques 1920. Sa chrétienté avait un peu souffert, mais aujourd’hui tout le monde est revenu au devoir et à la pratique religieuse.
Après Osaka, la ville la plus considérable du Gokinai, c’est Kobé, qui comprend deux paroisses. Elle a une paroisse européenne, pour le service des nombreux catholiques étrangers venus de tous les points du monde, attirés par leurs affaires, car Kobé est aujourd’hui un des plus grands ports de commerce de tout l’Extrême-Orient. C’est M. Fage, Vicaire Général, qui en a la charge. Les fidèles lui donnent toute satisfaction par la fidélité avec laquelle ils assistent aux offices, par la réception fréquente des sacrements, et même par la générosité avec laquelle ils contribuent aux frais du culte. Il n’est que juste d’ajouter que, depuis vingt-cinq ans, M. Fage se dépense avec un zèle infatigable pour le bien de cette paroisse.
M. Perrin dirige la seconde paroisse, celle des catholiques japonais. C’est une chrétienté florissante, et sans doute compterait-elle le double des chrétiens actuels si le missionnaire pouvait s’occuper des païens selon ses désirs. Son ministère auprès de ses chrétiens l’absorbe à un tel point qu’il ne lui reste aucun moment de liberté.
Dans les quatre provinces situées autour du Gokinai, nous avons quatre postes. Au nord-est, M. Relave réside dans la petite ville de Myazu et évangélise la province du Tango. Notre zélé confrère n’a encore obtenu que de maigres résultats sur ce sol ingrat. Toutefois il reçoit de loin en loin quelques consolations.
Dans un coin de la même province et sur la lisière du territoire voisin, M. Marmonier est établi à Maizuru. La chrétienté quoique récente, est déjà nombreuse et donne à son curé toute satisfaction par son bon esprit et sa ferveur. Ce poste a été très amélioré, cette année, au point de vue matériel. M. Marmonier qui est un peu architecte, y a bâti à ses frais un presbytère et une maison pour le catéchiste.
Au sud-est, M. Puissant évangélise la province d’Ise et réside à Tsu, la ville principale. Nommé récemment à ce poste, notre confrère a commencé par engager un bon catéchiste et par reconnaître le pays confié à ses soins. Au premier abord, les gens s’y montrent avenants, leur langage n’a rien de rude ; il semblerait que le travail doive être facile auprès deux. En réalité il n’en est pas ainsi. Ce pays est un des endroits les plus sacrés du Japon, le lieu d’un pèlerinage que tout bon Japonais doit accomplir au moins une fois dans sa vie. Là, en effet, on adore la déesse du Soleil, ancêtre de la maison impériale. Chaque printemps, les enfants des écoles y sont conduits en pèlerinage, même des endroits les plus reculés, et les autorités encouragent de plus en plus cette pratique.
Au sud-ouest, M. Geley est établi à Wakayama, dans la presqu’île de Kishu, qu’on appelait autrefois le pays des diables. Le bien y est difficile et les conversions n’y abondent pas. Toutefois à Wakayama, de fervents chrétiens font la consolation du missionnaire.
Il nous reste à visiter l’ouest de la mission. Le premier poste que nous rencontrons en nous dirigeant vers l’ouest est Himéji, un pays riche, dont les habitants, intelligents et travailleurs, sont renommés pour leur esprit religieux. Malheureusement ils appartiennent à la puissante secte de Hongwangi. Notre confrère, M. Charron obtient peu de conversions, mais le travail ne lui manque pas, ses chrétiens étant très dispersés. Par contre, Naba, localité située à une heure de chemin de fer de sa résidence, possède une vraie petite oasis chrétienne : 150 chrétiens venus là de Nagasaki, pour gagner leur vie dans les docks. Chrétiens de race, dont les pères ont pour la plupart confessé la foi, ils ont la chance d’être groupés, et leur pasteur se dépense pour eux sans compter.
En allant plus loin vers l’ouest, nous trouvons, à Okayama, notre confrère, M. Duthu, chargé de la province de Bizen. Les habitants sont intelligents, avenants et sociables. Au XVIIe siècle, il y eut là une belle chrétienté et celle d’aujourd’hui compte parmi les meilleures de la Mission d’Osaka.
Dans la province voisine, M. Rey, qui réside à Tamashima, travaille aussi de son mieux, au milieu de gens que leurs propres compatriotes disent légèrement têtus. Cette année, il s’est consacré surtout à la recherche des païens mourants, pour essayer de les baptiser.
En allant toujours vers l’ouest, nous rencontrons la ville de Hiroshima, résidence de M. Marie. L’évangélisation a toujours été difficile dans cette région. Pourtant M. Marie est plein de confiance et signale quelques petits faits qui semblent motiver son optimisme.
Les deux postes de Yamaguchi et de Shimonoséki sont confiés à M. Cettour. La secte Hongwangi y conserve encore la prépondérance : « Les bonzes, nous raconte le missionnaire, ont créé une « Armée du Salut » bouddhiste et une « Armée de Bouddha vivant, colonne de l’Empire ». Saint François-Xavier, qui sanctifia ces lieux par ses pénitences et ses vertus, y reconnaîtrait le même peuple toujours difficile à convertir. »
Sur la côte nord-ouest, nous avons trois postes. A Hagi, notre cher doyen, M. Villion, est toujours par monts et par vaux, malgré ses soixante-dix-huit ans, à la recherche d’âmes à sauver. Les petites chrétientés s’y conservent dans la foi, et leurs fidèles s’approchent avec ferveur des sacrements à chacune des visites du missionnaire.
Plus haut, le long de la côte, se dresse la ville de Matsue, résidence, de M. Deruy. Ce confrère, que la mobilisation nous avait pris, est de nouveau à son poste ; et, tout en préparant son travail pour le prochain exercice, tout en visitant ses chrétiens, il a dû se remettre à l’étude du japonais un peu oublié dans les tranchées.
Dans la province de Tottori, dont s’occupe M. Daridon, les bonzes ont tout entre les mains. La tâche du missionnaire est donc particulièrement rude dans cette partie de la Mission. Notre confrère y a goûté cependant quelques consolations.
Nos écoles, grâce au dévouement et à l’abnégation des Frères de Marie ainsi que des Religieuses du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles, sont en pleine prospérité. Leurs locaux à toutes sont trop étroits : 836 élèves chez les Frères et 949 chez les Sœurs ne laissent plus, un coin libre. Pourtant, malgré ces succès, nos écoles ne donnent pas encore tout ce que la Sainte Eglise est en droit d’en attendre. On se trouve obligé d’employer trop de professeurs païens ; le jour où notre corps enseignant sera en entier catholique — et l’on y travaille sérieusement — les résultats seront plus consolants.
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