| Année: |
1921 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. — Nagasaki.
Population catholique 57.499
Baptêmes d’adultes 403
Baptêmes d’enfants de païens 402
Conversions d’hérétiques 4
Nous avons eu la consolation, écrit Mgr Combaz, de donner à l’Église par le saint baptême 3.003 nouveaux enfants, y compris les enfants de chrétiens. Le chiffre des baptêmes d’adultes, bien modeste, est notablement supérieur à celui de l’an dernier. Ce sont MM. Bonnet et Fressenon qui ont recueilli les plus belles gerbes.
Le nombre des communions a subi une légère diminution ; il faut l’attribuer au manque d’ouvriers apostoliques et à la maladie de plusieurs de nos prêtres. La mort nous a ravi M. Matrat, et M. Joseph Bois a dû ajouter à son district propre celui du regretté défunt. M. Matrat, bien que d’une faible constitution, a travaillé près de quarante ans sans relâche et toujours au-dessus de ses forces à augmenter son troupeau et à faire fleurir la vie chrétienne dans son district, celui où il avait été envoyé dès son arrivée en Mission et où il est resté jusqu’à sa mort.
Le fait saillant de l’année, qui a rompu la monotonie de notre travail, a été la visite d’une partie du diocèse par Son Excellence le Délégué Apostolique. Tous nos catholiques étaient dans la jubilation de voir le représentant du Saint-Père et de recevoir sa bénédiction ; malgré leur pauvreté, ils n’ont rien négligé pour le recevoir de leur mieux. Son Excellence a pu se rendre compte par Elle-même du travail accompli et des résultats obtenus, et aussi de beaucoup de choses qui restent à faire et que nous voudrions réaliser, si nous en avions les moyens. Plus d’une fois Elle a visité nos séminaristes pour apprécier le niveau de leurs études latines. Aux îles Goto où se trouvaient réunis huit prêtres japonais pour lui souhaiter la bienvenue, le latin était la langue de rigueur et bien qu’ayant perdu de leur facilité antérieure, car en district on n’a guère l’occasion de se servir du latin, ils s’en sont tirés à leur honneur.
Son Excellence a daigné laisser deux précieux souvenirs de sa visite. A l’église de la Découverte, à Nagasaki, Elle a fait don d’un reliquaire, unique au Japon, je crois, contenant un fragment notable du sternum de saint François-Xavier et un petit morceau de l’aube qui longtemps a enveloppé le corps du saint dans sa châsse de Goa.
A Urakami, Son Excellence a célébré un office pontifical et a bien voulu consacrer une journée entière à visiter les différentes œuvres. Elle a fait don à la nouvelle église d’une lampe du Très Saint Sacrement d’un très grand prix.
Nous regrettons de départ de S. E. Mgr Fuamasoni-Biondi ; mais nous nous réjouissons de voir ses qualités éminentes récompensées par la haute charge que vient de lui confier le Souverain Pontife. Nous sommes convaincus que pendant son trop court séjour au Japon, il a pu se rendre compte des nombreux obstacles que rencontre l’évangélisation de ce pays, et reconnaître, sous l’obséquiosité japonaise, l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la religion catholique. Puisse le voyage du prince impérial du Japon en Europe, la chaude et sympathique réception que son Altesse a reçue au Vatican et partout, contribuer à améliorer cette attitude et aplanir ces obstacles.
Comme l’écrivait jadis Mgr Cousin, les missionnaires et prêtres japonais du diocèse de Nagasaki, tout en restant bien unis d’esprit et de cœur, et poursuivant le même but, qui est la gloire de Dieu par le salut des âmes, peuvent être divisés, quant à la nature de leur travail, en deux catégories distinctes.
Ceux qui sont établis dans les centres païens n’ont qu’un objectif : former des noyaux de chrétientés et les développer, en glanant par-ci par-là le plus grand nombre possible de baptêmes d’adultes. Ceux qui sont chargés des vieilles chrétientés, ont comme premier souci, non pas tant de faire de nouveaux chrétiens que le suffire aux besoins spirituels de ceux qui existent déjà. Quand dans un district de quatre à cinq mille âmes, on a répondu à l’appel des malades, préparé dans vingt ou trente chrétientés différentes, à la confession annuelle et à la communion pascale tous ceux qui sont en âge d’y prendre part, et entendu les confessions de dévotion, il ne reste guère de temps pour s’occuper efficacement de la conversion des infidèles.
Ce ministère des grands districts chrétiens, malgré les consolations nombreuses qu’il procure à ceux qui s’y appliquent présente peu de faits notables à signaler dans un compte rendu. Cependant les rapports reçus font la douloureuse constatation que le nombre des jeunes gens qui négligent les sacrements va en augmentant. Les plus fidèles à se confesser chaque mois sont ceux du district de Hirado, grâce à la peine que se donnait pour eux M. Matrat : sur son lit de mort, il leur a encore fait promettre de continuer comme par le passé leurs pratiques religieuses. Ailleurs il y a un fléchissement.
De trop nombreuses causes expliquent cette tiédeur de la jeunesse. D’un côté l’enseignement matérialiste et anti-catholique des écoles primaires toutes obligatoirement gouvernementales, les œuvres post-scolaires, le service militaire, les associations obligatoires d’anciens soldats, tout contribue à refroidir la foi de la jeunesse. Ajoutez que de plus en plus on déserte les campagnes pour chercher dans les usines un travail plus rémunérateur ; mais souvent hélas, c’est au détriment du bien des âmes.
Parfois, la divine Providence, en mère miséricordieuse, vient par quelque maladie réveiller la foi endormie et préparer ainsi ces pauvres enfants prodigues à une mort édifiante. « Un malheureux, écrit M. Garnier, après avoir abandonné sa femme, s’était enfui en Corée où pendant des années il mena une vie de désordre. Accablé d’infirmités et réduit à une misère noire, il fit un vœu à la Sainte Vierge pour obtenir la grâce de retourner à Amakusa et d’y recevoir les derniers sacrements avant de mourir. Son vœu fut exaucé ; par hasard ce malheureux rencontre un bateau de pêche monté par des chrétiens de son village natal, et ceux-ci pleins de commisération payèrent son voyage de retour. Il vécut encore un mois, et son pasteur eut la consolation de le préparer à recevoir pieusement les derniers sacrements. »
Ce fléchissement dont j’ai parlé tout à l’heure est aussi causé en partie par la pénurie de prêtres. Leur nombre est devenu insuffisant pour remplir suivant leur désir et les besoins de leurs ouailles le ministère des âmes. Sans parler de ceux que l’âge et les infirmités rendent incapables d’un travail soutenu, les décès parmi nous ont été nombreux ces dernières années. Dans une période de dix ans, depuis la mort de Mgr Cousin en 1911, deux nouveaux confrères, y compris M. Bonnecaze encore incapable d’occuper un poste, sont venus pour remplacer les quatorze missionnaires enlevés par la mort. Ma tristesse est grande d’être toujours obligé de répondre par un refus aux demandes réitérées des députations de chrétiens qui viennent me demander un prêtre. Nos séminaristes les plus avancés viennent seulement de terminer leur première année de théologie.
La S. C. de la Propagande semble vouloir subvenir à notre manque de personnel. Dernièrement j’ai été avisé que deux Pères Franciscains de la province du Canada pourraient occuper prochainement le district de Kagoshima ; plus tard, quand le nombre de ces religieux sera devenu suffisant, il sera procédé à la division de la Mission. En attendant, seul M. Martin qui occupait le poste de Kagoshima devient disponible ; mais sa grave blessure de guerre ne lui permet pas d’occuper un district trop accidenté et dépourvu de facilités de communication.
A Nagasaki, la population catholique a passé de 2.645 à 3.650 par l’afflux des émigrants des campagnes attirés par la ville. Les offices et les catéchismes sont bien suivis.
Le lycée des Frères de Marie devient de plus en plus prospère. Ces excellents auxiliaires ont su si bien se concilier la confiance que les demandes d’admission affluent et heureux s’estiment ceux qui réussissent à être admis. C’est la propagande du nom chrétien par la prestige de l’enseignement ; avec les années les fruits seront sans aucun doute abondants.
Je dois adresser les mêmes éloges et les mêmes remerciements aux diverses communautés religieuses enseignantes.
A Urakami, l’église étant terminée, les chrétiens viennent de construire un presbytère en rapport avec la belle église et permettant de loger convenablement les prêtres du district.
M. Halbout, à Kurosaki, a eu la joie de terminer une belle église en briques commencée par le Père Iwanaga, son prédécesseur. Pendant de longues années, les chrétiens avaient dû se contenter d’une petite chapelle insuffisante ; pendant les offices, une partie nombreuse de l’assistance devait rester à l’extérieur, exposée à l’intempérie des saisons. Le nouvel édifice mesure quarante mètres de long sur quatorze de large. Le jour de la bénédiction solennelle, grande fut la jubilation des chrétiens, heureux de goûter enfin le fruit de leurs peines et de leurs cotisations mensuelles.
Les îles Goto restent toujours sous la haute direction du Père Osaki. Dans ce beau district de 16.768 catholiques les prêtres sont trop peu nombreux ; ils ont administré 60 baptêmes d’adultes, et entendu plus de 30.000 confessions de dévotion. Les catéchistes ambulantes, secondées par une sage-femme dévouée, ont procuré le salut à 65 enfants de païens. A la grotte de Lourdes de Tamanoura ne cessent d’affluer de nombreux pèlerins, qui, pieusement agenouillés, récitent le chapelet à haute voix. Des personnes dignes de foi affirment que des faveurs insignes ont été accordées par la Sainte Vierge.
Si nous quittons les vieux districts chrétiens, nous trouvons dix missionnaires et cinq prêtres japonais qui actuellement se consacrent à l’évangélisation des centres païens. Quelques-uns sont privés, non seulement de catéchistes, mais même de cuisinier, faute de pouvoir donner les gages demandés. Malgré d’innombrables difficultés, tous ont pu glaner quelques épis.
M. Raoult, à Kurume, a régénéré sept adultes et treize enfants de païens. Mais il a le très grand regret de voir les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie se retirer de Kurume, à cause des difficultés sans cesse grandissantes. Le Conseil général de cet Institut à Rome, a décidé de fermer la maison de Kurume pour renforcer celles de Biwazaki et de Hitoyoshi. C’est une bien pénible épreuve pour le pasteur et ses ouailles.
De Yatsushiro, M. Lemarié, en apportant le chiffre de 27 baptêmes d’adultes et de 29 enfants de païens, écrit : « C’est en butte à une violente opposition des païens que nous travaillons en ce moment. Non seulement ils refusent toutes relations avec nous au point de vue religieux ; mais ceux-là même qui osent nous fréquenter et se dire nos amis ne permettent pas qu’on approche de leurs enfants ou parents malades, de peur qu’on ne les baptise. » Il continue néanmoins à semer, dans l’espoir qu’un jour Dieu fera germer la semence et mûrir la moisson. La petite chrétienté se fortifie de jour en jour dans la piété ; 11.247 communions de dévotion disent assez la vivacité de sa foi.
Si les habitants de Yatsushiro, excités surtout par le corps enseignent des écoles publiques, restent opposés à la religion catholique, ils ont changé d’attitude envers l’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; ils l’ont maintenant en grande estime, et parmi les 320 élèves la ville en fournit un grand nombre.
A Hitoyoshi, le Père Wakida, a cueilli la belle gerbe de 32 baptêmes d’adultes et de 30 d’enfants de païens, grâce à l’aide des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Le pope qu’il a converti l’année dernière, reste ferme dans la foi, malgré toutes les misères que lui suscite une partie de sa famille.
M. Bois Frédéric a enregistré 64 baptêmes à Kumamoto.
Aux îles Oshima, si la vie matérielle est dure, les consolations sont grandes au point de vue de l’évangélisation. Là, ni le bouddhisme ni le shintoïsme n’ont de profondes racines ; les missionnaires faute de moyens, ne peuvent répondre à toutes les demandes qui leur sont faites. C’est un beau joyau qui sera cédé plus tard aux RR. PP. Franciscains ; on y compte déjà près de 4.000 catholiques.
M. Bonnet a eu la consolation de faire entrer dans le sein de l’Eglise 47 adultes, et M. Fressenon 27. Ce dernier a dû consacrer une grande partie de son temps à la construction de l’église commencée, il y a quelques vingt ans, par M. Ferrié, le premier apôtre des îles Oshima, et interrompue depuis longtemps. En dépit des difficultés pécuniaires de l’heure présente, M. Fressenon s’est remis à l’œuvre, et sous peu il aura achevé l’extérieur de l’édifice. A l’intérieur il se bornera pour le moment aux travaux indispensables pour que les offices puissent être célébrés convenablement. Telle qu’elle est l’église est le plus beau monument de Naze ; elle attire les regards de tous, et constitue une sorte de prédication permanente, en même temps qu’elle affirme la vitalité de la foi catholique à Oshima.
« Mon beau district, écrit M. Bonnet, privé de pasteur pendant les six années de mon absence, avait vu s’attiédir la foi dans de nombreuses familles ; mais j’ai la satisfaction d’annoncer à Votre Grandeur que tout va bien. » Le missionnaire a su raviver le feu non encore éteint de la vie chrétienne, sans négliger l’apostolat direct auprès des païens, et le bon Dieu a béni ses efforts.
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