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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Japon
Mission: Tokio
Rédacteur:Mgr Rey

CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon

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I. — Tokio.

Population catholique 10.502
Baptêmes d’adultes 547
Baptêmes d’enfants de païens 257
Conversions d’hérétiques 11


Dans la Mission de Tokio, écrit Mgr Rey, l’œuvre de Dieu continue sa marche en avant, malgré les difficultés de toute sorte qui l’entravent : si nous ne procédons pas par bonds rapides, du moins, notre avance, bien que lente, est réelle : elle se manifeste par une cohésion plus grande des chrétiens entre eux, un plus grand attachement à leurs paroisses, et partant, une disposition vraiment admirable de leur part à subvenir selon leurs moyens aux dépenses du culte et des œuvres catholiques. La piété de nos fidèles augmente avec leur connaissance plus profonde de la religion.
La question qui est pour nous une vive préoccupation, est celle de la cherté de la vie. Fini à jamais ou du moins pour de longues années le temps où les employés de la Mission, catéchistes aussi bien que simples domestiques, pouvaient vivre avec 15 ou 20 yens par mois : aujourd’hui, un catéchiste ordinaire, avec femme et enfants, exige un traitement mensuel d’au moins 50 yens, c’est-à-dire près de 300 francs, et encore n’est-ce là qu’un traitement de famine. On peut dire que le Japon est aujourd’hui le pays du monde où la vie est la plus chère. Où cela s’arrêtera-t-il ?
Malgré tout, nous ne perdons pas courage : nos chrétiens par leur empressement à soutenir généreusement les œuvres de la Mission, dans la mesure de leurs ressources, les fidèles d’Europe et d’Amérique par l’envoi d’honoraires de messes et de dons divers, nous aident à maintenir nos positions et même à aller de l’avant.

Dieu a visiblement récompensé cette année le travail de tous les ouvriers apostoliques, prêtres et auxiliaires, de ce diocèse. Nous avons enregistré 547 baptêmes d’adultes, soit 82 de plus que l’an dernier. Cette augmentation paraîtra bien faible aux confrères de la plupart de nos Missions qui comptent annuellement par millier leurs baptêmes d’adultes ; nous, moins fortunés et moins habitués à ces récoltes abondantes, nous nous estimons très heureux de ces résultats. Ils nous font espérer des temps meilleurs et nous en remercions Dieu de tout cœur.
Il semble en effet qu’un esprit nouveau se manifeste, au moins dans les grandes villes, à la capitale notamment, où la tyrannie de la parenté ou du voisinage se fait moins sentir, où il y a réellement plus de liberté : les âmes droites en profitent pour se rapprocher de nous et étudier notre religion. Il serait imprudent de nous laisser aller pour le moment à une espérance trop grande et de croire qu’un mouvement va commencer sous peu qui emportera tout, et renversera le vieil édifice païen : nous n’en sommes pas là, mais je dis, en toute sincérité, qu’il y a quelque chose de changé au Japon. Le catholicisme, pour bien des raisons, y est vu d’un meilleur œil que les autres confessions chrétiennes, et la jeunesse qui étudie n’a plus honte de venir nous écouter et s’instruire ; nous avons, dans le courant de l’année, fait plusieurs recrues dans ce milieu qui jusqu’à présent nous était fermé.

Un événement important a eu lieu, qui a contribué beaucoup à attirer l’attention du monde japonais sur le catholicisme et à faire parler de lui dans tout l’empire : je veux parler du voyage de Son Altesse Impériale le prince héritier du Japon en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie. L’accueil chaleureux que Son Altesse a reçu partout a été droit au cœur de tous les Japonais, a fait tomber les objections de tous les retardataires qui s’étaient tant opposés à ce voyage, en flattant la légitime fierté nationale. Sa visite au Saint-Père qui l’a reçu avec tous les honneurs accordés à un souverain régnant a rempli de joie le cœur de tous nos chrétiens ; elle a fait connaître dans tout le Japon, qui l’ignorait absolument, la haute autorité morale et le respect universel dont jouit le Vicaire de Jésus-Christ sur terre. Le retour de Son Altesse a été à Tokio l’occasion d’une manifestation d’enthousiasme indescriptible : la foule immense qui couvrait la vaste place et les larges avenues avoisinant la gare centrale, malgré les injonctions de la police attachée par ordre aux vieux rites, a rompu nettement avec l’ancien protocole, et, au lieu de s’incliner profondément en silence devant l’auguste voyageur, l’a salué à l’européenne par ses « banzai » (vivat) prolongés et frénétiques. Jamais, depuis la fondation de l’empire japonais, pareille chose ne s’était vue à la réception d’un membre de la famille impériale ! Ces acclamations, ces battements de mains, ces cris de joie paraîtront chose naturelle aux Européens…d’Europe ! mais ceux qui vivent depuis longtemps au Japon, qui en connaissent les mœurs et les usages, trouvent dans ces effusions des sentiments de tout un peuple l’indice d’un changement profond survenu dans les pensées et la mentalité de la nation japonais. Puisse cette manifestation nouvelle d’un loyalisme sincère, réel et profond, ne pas tourner trop tôt à la démocratie, et rester toujours dans les limites du respect et d’un attachement véritable à la dynastie régnante, respect et attachement qui furent et restent le plus ferme soutien de l’Empire !

Comme par le passé, la ville de Tokio, avec ses deux millions d’habitants, ses six paroisses groupant près de 6.000 catholiques, ses cinq écoles donnant l’enseignement primaire et secondaire à plus de 4.000 élèves des deux sexes, fournit le plus grand contingent de baptêmes, 420 sur 547. Les résultats obtenus en dehors de la capitale, s’ils sont plus modestes par le nombre, ne méritent pas moins d’être cités, car ils sont le fruit de peines, de fatigues et de travaux que Dieu seul connaît et qu’il saura récompenser. Nos chers auxiliaires des maisons d’éducation et de bienfaisance ont puissamment contribué à atteindre notre chiffre de baptêmes : Dieu les récompense en leur donnant de voir peu à peu les résultats de leur zèle.
La léproserie de Gotemba sous la direction de M. Drouart de Lezey, qui lui consacre tout son zèle et ses forces malgré ses 72 ans bien sonnés, est toujours un asile béni pour les plus déshérités de ce monde, qu’elle recueille, soigne et prépare à bien mourir. M. Drouart sait intéresser de plus en plus à son œuvre nombre de personnes influentes et les autorités japonaises qui lui viennent grandement en aide par leurs contributions pécuniaires.
Nos deux revues catholiques mensuelles continuent à répondre à un véritable besoin : leur directeur, M. Steichen, voudrait bien les rendre bi-mensuelles et même hebdomadaires, mais si le nombre des abonnés se maintient assez bien, par contre le chiffre des recettes ne suit pas la marche ascendante vraiment par trop rapide du prix de toutes choses au Japon.
A Sekiguchi, l’œuvre de la Sainte-Enfance continue à progresser lentement, mais d’une manière satisfaisante. Les enfants, qui suivent les cours de l’école des Marianistes où plusieurs occupent les premiers rangs, commencent à exercer une très heureuse influence sur leurs parents païens, dont plusieurs grâce à eux étudient notre religion et veulent devenir chrétiens.

Mais l’œuvre importante par excellence, la plus nécessaire à l’Eglise de Tokio, c’est notre Séminaire, œuvre encore à ses débuts, puisqu’elle ne compte que 18 élèves dont 4 appartiennent au diocèse d’Osaka ; à la rentrée prochaine, en avril, je compte en augmenter le nombre de quelques unités. Mais quelle préoccupation constante pour entretenir ce nombre d’élèves même restreint ! Il faut compter 350 yens par an pour chaque élève et la valeur du yen aujourd’hui est de six francs environ : ce sont là des chiffres presque prohibitifs ! La caisse de la Mission fournit tout ce qu’elle peut, mais elle n’est pas inépuisable, loin de là….. Des âmes charitables, au Japon aussi bien qu’à l’étranger, nous aident à fonder des bourses qui permettront de donner à cette œuvre des assises solides, mais en attendant, il faut tenir… ; nous nous y employons de notre mieux.
Aux difficultés financières s’ajoutent beaucoup d’autres difficultés : il faut tenir compte de la faiblesse des santés, que la vie régulière du séminaire avec son programme d’études éprouve beaucoup ; l’obligation du service militaire vient enfin toucher nos élèves au moment le plus important de leur formation, dérange tous les cours, et jette nos jeunes gens pendant deux ou trois ans un milieu entièrement païen. J’espère néanmoins que nous serons bientôt à même, conformément aux désirs et aux prescriptions de la Sacrée-Congrégation de la Propagande, d’envoyer à Rome quelques sujets choisis pour y faire leurs études.
J’ai eu le bonheur, au mois de juin dernier, de conférer le sacerdoce à deux diacres. Nos chrétiens sont venus très nombreux à cette cérémonie de l’ordination qui n’avait pas eu lieu Tokio depuis plus de vingt ans. Leur empressement à suivre ces cérémonies si nouvelles pour eux, la joie qui se reflétait sur leurs visages, témoignaient assez combien ils étaient heureux et fiers de voir deux de leurs compatriotes promus au sacerdoce : nul doute que parmi eux plus d’un père de famille n’ait alors désiré cet honneur pour un de ses fils.

Son Excellence Mgr Fumazoni-Biondi, premier délégué apostolique au Japon, nous a quittés à la fin de mars 1921 : nous espérions tous le voir revenir prendre possession de son poste, mais la confiance du Saint-Père l’a appelé au poste important de Secrétaire de la Propagande où nous sommes sûrs qu’il continuera sur un champ plus vaste, à travailler au bien des Missions, et du Japon en particulier, auquel il porte tant d’intérêt et dont il a eu occasion d’étudier les besoins. Nous attendons avec impatience l’arrivée de son successeur qui viendra ici continuer sa haute mission d’envoyé du Pape.


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