| Année: |
1922 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. — Nagasaki.
Population catholique 58.609
Baptêmes d’adultes 416
Baptêmes d’enfants de païens 434
Conversion d’hérétiques 4
Mgr Combaz rend grâces à Dieu pour les bénédictions qu’Il a répandues sur les travaux des ouvriers apostoliques dans son diocèse.
« Dans nos vieilles chrétientés, écrit Sa Grandeur, les missionnaires et les prêtres japonais, dont dix au moins ont plus de soixante ans, succombent sous le poids du travail. Néanmoins, dans la mesure du possible, partout l’administration des paroisses s’est faite régulièrement. Nous avons célébré les grands centenaires de la Sacrée Congrégation de la Propagande et de l’œuvre de la Propagation de la Foi. A des époques différentes, suivant les travaux des champs ou de la pêche, partout les catholiques du diocèse, après une préparation de trois jours, ont pu approcher de la Sainte Table. A cette occasion, plusieurs retardataires sont revenus à la pratique de leur foi et des unions libres ont été régularisées.
J’ai le plaisir de faire mention de l’arrivée en novembre dernier de deux Franciscains de la province du Canada, connaissant déjà la langue japonaise, pour former le noyau de la nouvelle mission. L’un s’occupe de la ville de Kagoshima, l’autre a bien voulu remplacer provisoirement le regretté M. Bouige à Sekiruba. Tout récemment sont arrivés un Père et un Frère ; ils étudient la langue en attendant que, le moment venu, la S. C. de la Propagande leur fixe les limites de leur nouvelle mission.
Des rapports qui me viennent des îles et d’autres lieux, je constate que, malgré les naissances et les baptêmes d’adultes, la population chrétienne va diminuant, parce que la terre n’est plus suffisante pour nourrir ses habitants. Nombreux sont ceux qui viennent à Nagasaki, dans les docks ou dans les usines. D’autres vont dans le port militaire de Sasebo ou dans les diocèses voisins, souvent au détriment de leur âme. Car dans les grandes villes, ces jeunes gens se trouvent dépaysés au milieu des païens et le respect humain, le diable aidant, leur fait abandonner momentanément leurs devoirs de catholiques.
Dans la ville de Nagasaki, le P. Shimanchi, accablé par l’âge et une maladie de cœur, ne peut plus suffire à la besogne. M. Raguet, tout affaibli qu’il est lui-même appuyé sur son bâton, va lui prêter son précieux concours, tous les dimanches et les jours de fête. Dès que les Pères Franciscains occuperont Naze, la capitale des îles Oshima, M. Fressenon prendra soin de la petite église d’Akunoura ; les chrétiens y affluent tellement qu’elle ne peut les contenir. Ils sont au nombre d’environ 2.000. Mais hélas ! il n’y a pas de presbytère. Le vaillant missionnaire, après avoir dépensé jusqu’à son dernier centime pour achever la construction de l’église de Naze, devra la céder à la nouvelle Société. La Mission devra encore ajouter, à ses dettes déjà lourdes, de nouvelles dépenses.
M. Thiry, outre la toute petite paroisse européenne et la procure dont il est chargé, dépense toutes ses forces et son énergie à mettre sur un bon pied le noviciat des Sœurs de l’Enfant-Jésus de Chauffailles.
J’ai l’intention d’accepter, l’an prochain, pour le Séminaire, quelques nouveaux élèves ; mais je n’ai ni professeur à donner ni l’argent nécessaire, tant la vie continue à être chère. Pendant ces vacances, nous avons perdu un jeune philosophe très pieux, faisant concevoir de sérieuses espérances. Il nous avait quittés plein de santé ; mais arrivé à la maison paternelle, il a trouvé plusieurs membres de sa famille souffrant d’une fièvre infectieuse. Il les a soignés avec tout son dévouement, a contracté lui-même la maladie et il est mort en invoquant les saints noms de Jésus et de Marie. Dans le courant de l’année prochaine, nos cinq tonsurés recevront les Ordres Mineurs avant de faire leur année de probation.
Dans la chrétienté d’Urakami, trois prêtres robustes et zélés seraient nécessaires à la direction de cette intéressante paroisse. Secondés par de bons catéchistes, ils obtiendraient des résultats de plus en plus consolants, ramenant encore à nous nombre de vieux chrétiens. M. Heuzet fait l’éloge des jeunes catéchistes. Quant à ceux qui depuis des années portent ce titre et sont âgés, ils font peu de travail. Ils ne sont plus à la hauteur, avec les jeunes gens qui ont fréquenté les écoles. Néanmoins, ils supportent difficilement d’être remplacés. Une grande prudence est nécessaire. A leur décharge, il faut dire qu’ils furent toujours des catéchistes volontaires et non rétribués, et ayant aussi famille à nourrir.
M. Heuzet est heureux de constater de réels progrès dans la paroisse. 134 familles ont déjà voulu se consacrer au Sacré-Cœur, et de toutes parts il y a de nouvelles demandes. Une congrégation de 300 jeunes filles se confessent régulièrement tous les mois. Les jeunes gens allant travailler dans les usines sont plus difficiles à atteindre. L’association des meilleurs d’entr’eux, ayant à leur tête des chefs zélés, obtient de jour en jour des fruits plus abondants. Deux cents et plus sont fidèles, non seulement à assister à tous les offices du dimanche, mais à consacrer un temps assez long à l’étude de la Religion. Le missionnaire a enregistré 25 baptêmes d’adultes et près de 6.000 confessions répétées. Il a aussi régularisé quelques mariages.
Malgré les difficultés soulevées par les autorités pendant une année et plus, les chrétiens d’Urakami ont enfin réussi à élever, sur l’esplanade de leur belle église, un monument commémoratif de leur retour de l’exil. La Croix le surmonte et brille, à la place même où leurs ancêtres ont été forcés si souvent de la fouler aux pieds. J’ai béni ce monument devant une immense assistance.
Comme je l’ai écrit l’an dernier, les dévouées Amantes de la Croix ont vu leur maison de la Sainte-Enfance complètement consumée par les flammes. Faute de logement, elles n’ont pu recevoir que trente-six enfants. Tous, chrétiens et païens, et la Municipalité même ont montré une grande sympathie pour ces personnes éprouvées. Outre la petite somme recueillie chaque année dans le diocèse pour l’Œuvre de la Sainte-Enfance, les maigres ressources de la Mission ont dû encore être mises à contribution.
A Kurosaki et Shittsu, sous la prudente et sage direction de MM. Halbout et Breton, la vie chrétienne se maintient. Les « séparés » sont encore très nombreux dans ces parages. On dit que les chefs de famille, par une promesse solennelle signée de leur sang et faite au vieux baptiseur, sont empêchés de venir à nous. Malgré la conversion de quelques-uns et malgré de nombreuses naissances, la population catholique reste stationnaire depuis des années. C’est un effet de l’émigration, due à la pauvreté du pays.
Pour retenir à la paroisse les jeunes filles dont le salut est plus exposé, M. Hal bout a commencé un ouvroir pour dévider la soie. Un syndicat catholique s’est formé pour se procurer la matière première et les instruments nécessaires, et le fit produit est envoyé à Oshima pour tisser une étoffe assez recherchée. Le promoteur de l’œuvre espère d’heureux résultats.
M. Cotrel continue à dépenser son zèle à Kuroshima. Mais ses forces ne répondent pas toujours à son énergie. Tous les habitants de l’île, à quelques exceptions près, sont de fervents catholiques. A cause de la pénurie de missionnaires, M. Cotrel a aussi la charge d’une autre île où se trouvent de nombreux « séparés ».
Depuis la mort du zélé M. Matrat, M. Joseph Bois et ses deux vicaires ont le travail qu’ils étaient jadis cinq à faire. Quatre des meilleures catéchistes appartenant aux Amantes de la Croix sont mortes dans l’année. Faute de ressources, l’école de catéchistes hommes, si chère au cœur de M. Matrat, n’a pu encore être installée. Néanmoins, dans ce beau district de 8.647 catholiques, il y a 11.490 confessions répétées, et 29.420 communions de dévotion ; les familles consacrées au Sacré-Cœur sont nombreuses ; il y a eu 16 baptêmes d’adultes et 17 d’enfants de païens.
Les chrétiens des îles Goto, au nombre de 16.857, sont toujours sous la haute direction du P. Osaki, aidé de M. Veillon et de huit prêtres japonais. Pour fournir de bons catéchistes aux chrétientés éloignées que le prêtre ne peut visiter que de temps en temps, il y a dans le district deux petites écoles de catéchistes où alternativement sont instruits des jeunes gens et des jeunes filles. Les cours durent trois ans. Les Vierges japonaises qui ont la charge de deux maisons de la Sainte-Enfance, ont, avec le concours d’une pieuse sage-femme, donné le baptême à 80 enfants, qui prient maintenant au Ciel pour leurs bienfaiteurs et leurs bienfaitrices.
Le district d’Amakusa, confié à M. Garnier, est toujours difficile à desservir, à cause des difficultés de communication, et les forces du missionnaire vont diminuant. Chaque année il a la consolation de voir revenir quelques descendants des anciens chrétiens ; mais jeunes gens et jeunes filles vont chercher du travail au loin.
Après avoir passé en revue les principales vieilles chrétientés, je dois dire un mot des nouveaux districts dans les centres tout païens. Là, plus de randonnées, peu de consolations, et que de patience, d’abnégation, de savoir-faire sont requis pour infiltrer profondément la vie chrétienne dans l’âme des nouveaux convertis !
Les conférences religieuses dans les salles publiques n’attirent plus les auditeurs ; même l’instruction par groupes est souvent impraticable. Les Japonais demandent à être instruits en particulier et il faut aller de famille en famille. La conquête de nouveaux catéchumènes exige le concours de catéchistes zélés et bien instruits. Entrer directement en relation avec les Japonais constitue pour le prédicateur étranger un problème presque insoluble ; le catéchiste indigène, versé dans les us et coutumes du pays n’éprouve pas les mêmes difficultés.
Au cours de cet exercice, dans le poste de Kumamoto, M. Frédéric Bois a enregistré 67 baptêmes dont 24 d’adultes. « Maigre récolte, dit-il, dans ce vaste champ, où les âmes païennes dépassent le demi-million. » Les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles lui donnent un concours précieux.
Le bon Dieu vient d’augmenter sa confiance, en lui montrant que le travail du missionnaire n’est jamais perdu, bien que le semeur ne voie pas toujours la moisson.
« Il y a quelque trente ans, écrit-il, un jeune étudiant du lycée de Oita en Bungo entendit plusieurs conférences publiques du regretté M. Bœhrer, sans toutefois manifester le désir de s’instruire et de recevoir le baptême. Ses études terminées, il travailla vingt-cinq ans dans l’administration. Mais jamais ne put s’effacer de sa mémoire le souvenir des discours du missionnaire. Or, il y a deux ans, ayant obtenu sa retraite, il est venu avec sa famille habiter les environs de Kumamoto. Comme hanté par le souvenir qui ne le quittait pas, il se mit à la recherche de la Mission Catholique, espérant y trouver la solution de ses doutes. Il vint me voir et, après mille détours, finit par m’exposer le motif de sa visite. Ce premier entretien fut suivi de beaucoup d’autres. Chez lui, il se mit à étudier les prières et le catéchisme et les fit étudier aussi à toute sa famille. Aujourd’hui ils sont tous baptisés. »
M. Bois a agrandi sa chapelle devenue trop petite.
Tout près de Kumamoto se trouve la léproserie de Biwasaki, sous la direction des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Leur dévouement s’exerce auprès de 55 lépreux. Aucun de ces malheureux ne meurt sans avoir reçu le baptême. M. Bulteau, qui est leur aumônier depuis neuf ans, a bien sa part de mérites : le travail ne lui manque pas, car ces bonnes Sœurs sauraient trouver de l’occupation pour trois prêtres.
La petite chrétienté de Yatsushiro, confiée au zèle de M. Lemarié, mon vicaire général, possède l’école de plus en plus prospère des Sœurs de Saint-Paul, qui ont été obligées d’agrandir leurs locaux. Les chrétiens augmentent en nombre et en piété. Les communions de dévotion dépassent 11.000. Les conférences données par le missionnaire aux païens sur la doctrine chrétienne sont favorisées par celles que le commandant Yamamoto donne, un peu partout, sur le voyage en Europe du Prince Impérial, dont il était l’aide de camp et l’interprète. Partout ce fervent catholique a saisi l’occasion de manifester sa foi et de faire connaître à ses compatriotes la puissance du catholicisme à l’étranger. L’impression a été profonde.
Outre leurs œuvres de Biwasaki, les Sœurs Franciscaines ont un établissement à Hitoyoshi. Leur dispensaire est bien fréquenté, auquel elles ont adjoint une école maternelle. Le P. Wakida, qui a la charge de ce district, travaille avec le plus grand zèle à augmenter son petit troupeau. Il fournit des articles sérieux et remarqués à la Revue Catholique « Koe » et à une nouvelle revue fondée par l’Association de la Jeunesse Catholique de Tokio, sous la présidence du commandant Yamamoto. Son confrère un peu plus âgé, le P. Urakawa, professeur de littérature japonaise au Séminaire, fait paraître de nombreux tracts des livres de piété et de doctrine pour les communautés indigènes, les catéchistes et les chrétiens. Ses livres bien écrits, tout en étant d’un style simple et facile à comprendre, sont très goûtés partout. Quelques-uns ont déjà plusieurs éditions.
J’arrive à Fukuoka, l’une des villes les plus riches du Kyushu. Succédant à M. Demangelle rappelé à Tokio, M. Joly, après un long séjour à Miyasaki, n’a pris possession de ce poste que le premier jour du mois de mars. Déjà il a cueilli six baptêmes d’adultes et reçu l’abjuration du fils d’un pasteur protestant. Afin de se créer des connaissances parmi la meilleure société, il a accepté de donner des leçons de latin à l’Université de Fukuoka. Son socius et disciple, le jeune M. Bonnecaze, continue à habiter Miyasaki et s’y perfectionne dans l’étude de la langue, en attendant qu’un Père Franciscain vienne le remplacer. Il a pour maître de langue un officier de marine chrétien qui est en congé de convalescence.
Les chrétiens de Kokura soupirent après le retour de M. Bertrand, bien que M. Martin, nouvellement arrivé de Kagoshima dans ce district, n’ait rien négligé pour procurer à tous, les secours de son ministère, disant une première messe à Moji, une deuxième à Kokura. Le missionnaire s’est surtout appliqué à ramener à l’église quelques vieux chrétiens, partis tout jeunes de leur lieu d’origine. Eloignés de l’église, en contact permanent avec les païens, ils sont devenus presque ignorants de leur religion et ont contracté des unions-irrégulières. M. Martin est heureux des résultats déjà obtenus.
Les îles Oshima restent le pays religieusement aimé par deux vaillants missionnaires, MM. Fressenon et Bonnet. Le premier a régénéré dans les eaux de la Grâce 43 adultes, le second 24. A Naze, M. Fressenon, en sacrifiant tout son avoir, a pu enfin terminer au moins extérieurement cette église tant désirée, dont la construction avait subi des phases presque douloureuses. C’est, sans contredit, le plus beau monument de l’île, et chrétiens et païens en sont fiers. Aussi la bénédiction qui en fut faite par M. Lemarié, mon Vicaire Général, fut une fête de réjouissance universelle et toute la ville a voulu y contribuer.
Les R.R. P.P. Franciscains viennent, avec une joie non dissimulée, recueillir à Oshima les fruits des labeurs des missionnaires de notre Société et la tombe de M. Bouige y perpétuera le souvenir de notre séjour. C’est aussi de bon cœur que nous leur cédons ce joyau, car nous le savons en bonnes mains. Plus riches que nous en personnel et en ressources de toutes sortes, en quelques années ils doubleront, tripleront la population catholique. Ils arrivent à un moment où se dessine un mouvement général fait non seulement de sympathie, mais aussi d’inclination au catholicisme. Le R. P. Maurice Bertin, ayant, dans une conversation, parlé d’établir une école supérieure de filles, vit se former aussitôt un comité des notables de la ville. Après quelques pourparlers, par une décision unanime, le Conseil municipal de Naze offrit gratuitement au R. P. un terrain de trois ou quatre hectares.
M. Bonnet a, lui aussi, restauré une petite église à Ankyaba, bénite le jour de Pâques. Aux chrétiens de différents endroits se joignirent une cinquantaine de païens, ayant à leur tête le directeur de l’école du voisinage. Il chanta les bienfaits de la Religion, insistant sur ce point que, sans elle , il est impossible de former le cœur de la jeunesse. C’est dans ce village que se trouvent maintenant de nombreux catéchumènes.
Je ne veux pas terminer ce compte rendu, sans rendre hommage à tous nos précieux auxiliaires. L’éloge des Marianistes n’est plus à faire. Ils ont près de 700 élèves dans leur lycée. Ils sèment le bon grain qui produira d’excellents fruits. Que n’ont-ils, eux aussi, personnel et ressources pour fonder des succursales dans les principales villes de la Mission. Leurs élèves, occupant plus tard de bonnes places dans toutes les administrations, seront reconnaissants envers leurs Maîtres et feront aimer la Religion. Les écoles des Sœurs sont aussi toutes prospères.
Chacun dans sa ligne propage notre Sainte Religion. Dieu en soit loué !
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