| Année: |
1922 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Rey |
CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon
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I.— Tokio.
Population catholique 10.800
Baptêmes d’adultes 628
Baptêmes d’enfants de païens 296
Conversions d’hérétiques 22
Tous les ouvriers du diocèse de Tokio, écrit Mgr Rey, ont travaillé, chacun dans sa sphère, à étendre le royaume de Dieu : les succès n’ont pas été égaux pour tous, mais tous, par leurs efforts de chaque jour et leur bonne volonté, ont apporté une petite pierre à l’œuvre commune, à l’établissement de la Sainte Église.
Les progrès sont lents, trop lents, au gré des impatients et de ceux qui ignorent les conditions de l’Évangélisation au Japon et les difficultés vraiment surhumaines, au milieu desquelles nous avons à travailler. Mais néanmoins, dut-on m’accuser d’un optimisme exagéré, j’ose dire que nous progressons réellement et qu’il y a quelque chose de changé en bien au Japon. Trop longtemps, les missionnaires, comme le dit le psalmiste, n’ont fait que semer dans les larmes, ne récoltant qu’une maigre moisson. Certains indices semblent présager une récolte plus abondante, dans un avenir plus rapproché peut-être que beaucoup ne le pensent.
Pour les baptêmes d’adultes valides, les seuls qui comptent en réalité pour le développement normal d’une mission, le chiffre a oscillé pendant longtemps autour de deux cents : l’an dernier, il a monté à 260, et cette année nous avons le plaisir d’en enregistrer 281 qui, joints aux 22 conversions d’hérétiques, donnent un total de 302 conversions. C’est peu par rapport à la masse énorme de païens qu’il reste à convertir, 18 millions dans le diocèse de Tokio, mais c’est un indice consolant pour l’avenir.
Plusieurs de ces convertis appartiennent à la jeunesse des écoles ou à des familles d’un rang social assez élevé. Notre religion, grâce surtout à nos auxiliaires des maisons d’éducation, pénètre peu à peu dans des milieux qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas même en entendre parler : la puissance des enfants sur le cœur des parents est si grande ! Je pourrais citer à ce sujet des faits bien consolants : des familles entières touchées par la grâce, après avoir assisté à la mort sereine et douce de leurs enfants qui, élevés dans nos maisons d’éducation et baptisés à l’article de la mort, suppliaient leurs parents de se faire chrétiens, afin de se retrouver tous ensemble réunis un jour au ciel.
Je ne saurais trop répéter que l’effort apostolique au Japon ne date guère que de quarante à quarante-cinq ans. Auparavant, les quelques missionnaires qui étaient venus, envoyés par le Séminaire de Paris, parqués dans quatre ou cinq ports ouverts aux étrangers, disséminés du nord au sud de cet immense empire, ignorant le japonais, privés de livres, et mis presque dans l’impossibilité d’engager des maîtres de langue, par suite de l’obstruction des autorités du pays, n’avaient pu qu’offrir à Dieu leurs larmes, leur bonne volonté et leurs désirs de travailler plus efficacement à la conversion de cet empire. Leurs successeurs ont eu la joie de récolter un peu de ce qu’ils avaient semé dans la tribulation. Peu à peu la liberté s’est introduite au Japon, avec la civilisation occidentale. Mais tous nos efforts jusqu’à présent n’ont contribué, pour ainsi dire, qu’à préparer le terrain à l’évangélisation et à jeter la semence qui, tôt ou tard produira des fruits abondants. Par ses nombreuses et florissantes écoles qui feraient honneur aux grandes cités d’Europe et d’Amérique, ses missionnaires dévoués et pleins d’expérience, ses nombreux auxiliaires pour les œuvres d’éducation et de bienfaisance, l’Eglise Catholique du Japon a des assises solides, des cadres sérieux, à qui il ne manque que les recrues que nous attendrons de la grâce de Dieu.
La conversion d’un peuple, surtout d’un peuple païen et insulaire, aux préjugés tenaces, si lents à disparaître parce qu’ils ont été formés dans l’isolement et fortifiés par lui, est une œuvre surhumaine qui ne peut être opérée que par la grâce de Dieu ; les missionnaires ne sont que les ouvriers dociles, qui mettent leur patience, leurs travaux et leurs peines au service du Maître.
La civilisation occidentale, empruntés à l’Europe et à l’Amérique, commence à porter ses fruits. A côté de réels avantages, elle a apporté au Japon de bien grand maux ; et si l’empire du Soleil Levant peut être fier à juste titre de sa flotte, de son armée, de ses usines et de ses chemins de fer, il a reçu aussi avec la philosophie matérialiste le germe des doctrines dangereuses, que la police japonaise traque sans pouvoir en arrêter la diffusion. Le socialisme et le bolchevisme commencent à devenir gênants pour un État qui tire toute sa forte sa force du Culte des Ancêtres et d’un loyalisme absolu envers le Souverain. Le mal est peut-être moins grand que certains le disent, mais cette invasion des nouvelles doctrines qui agitent le monde entier n’est pas sans gêner les Japonais intelligents, soucieux de l’avenir de leur pays. Ils sentent parfaitement que le christianisme seul, dont ils n’ont pas voulu jusqu’à présent, pourrait arrêter le mal contre lequel les deux grandes religions nationales, le bouddhisme et le shintoïsme, sont impuissants. Mais voudront-ils faire le pas décisif ? Pour le moment, je ne le crois pas encore. Nous glanerons bien quelques épis, mais la masse ne suivra pas encore.
Je dois ajouter que les hommes intelligents du Japon se rendent parfaitement compte de la grande puissance morale de la Papauté dans le monde et que, c’est un secret connu de tout le monde, le gouvernement désire entrer en relations officielles avec le Saint-Siège. Nous appelons de tous nos vœux ce jour, qui sera le point de départ d’une vie nouvelle pour l’Église catholique du Japon.
La mort de SS. Le Pape Benoît XV a puissamment contribué à faire connaître, dans tout l’empire, la grande place qu’occupe dans le monde entier le successeur de saint Pierre. Pendant plusieurs jours, toute la presse du Japon a publié des dépêches et des articles élogieux sur l’auguste défunt, faisant connaître ainsi, le caractère et le rôle du Chef de l’Église, dans des milieux qui n’avaient jamais entendu parler de-lui. Le 30 janvier a été chantée une messe solennelle de Requiem pour le repos de l’âme de Sa Sainteté. Notre église de Sikiguchi pouvait à peine contenir la foule de nos chrétiens. Le corps diplomatique y assistait en tenue officielle ; 5 ambassadeurs, 14 ministres plénipotentiaires ou Chefs de missions, avec leurs secrétaires, les représentants de S. A. I. le prince Kan-in, du Ministre de la Maison Impériale et du Ministre des Affaires Etrangères.
Quelque temps après, S. E. Mgr Giardini, le nouveau Délégué Apostolique au Japon, était reçu au palais impérial par S. A. I. le Prince Régent pour remercier, au nom du Saint-Siège, Son Altesse Impériale de la visite qu’Elle avait faite à S. S le Pape Benoît XV, en 1921. S. E. Mgr le Délégué fut reçu au palais avec tous les honneurs accordés aux Ambassadeurs.
Dans les comptes rendus que nos confrères m’envoient de leurs divers districts, presque tous se contentent de me donner le résultat brut de l’exercice courant. L’habitude émousse même les sentiments les plus naturels. En tous cas, les résultats obtenus sont très consolants.
Tokio, à cause de son énorme population et des autres avantages qui en font le centre des écoles, des affaires et de l’administration, a fourni les deux tiers des baptêmes : les deux paroisses d’Azabu et de Kanda ont été spécialement favorisées de Dieu, cette année. Que cette capitale est étendue ! Elle a six paroisses. Je voudrais pouvoir les doubler. L’espoir que me donnent les belles rentrées au Séminaire de Paris me font prendre patience. Cependant, les années pèsent lourdement sur les épaules de quelques missionnaires. Il faudra bientôt songer à leur donner des aides, car il y a des limites à tout, même à la bonne volonté et au zèle le plus ardent.
Nos établissements d’éducation se maintiennent facilement au niveau qu’ils ont atteint depuis quelques années. Il se fait dans ces maisons, au point de vue de l’évangélisation, un travail sérieux, plus réel qu’apparent, une préparation éloignée à la religion, dont les résultats commencent à se montrer et se manifesteront de plus en plus. C’est une consolation bien douce pour ceux qui ont vu clair et ont eu le courage de la persévérance, malgré les tristesses des débuts.
L’œuvre si importante du Séminaire nous tient toujours à cœur, et finira bien par donner quelques bons résultats, malgré la maladie qui éprouve les uns, le service militaire qui guette les autres, et la cherté de la vie. Il nous faudra songer à loger plus convenablement nos séminaristes, mais, avec les cours du change, l’entreprise est encore impossible.
Je veux, en terminant, rendre témoignage au bon esprit et à la piété de nos fidèles : Ils font tout leur possible pour aider leurs missionnaires et les consoler par leur obéissance et leur bonne volonté. Dans tous les comptes rendus qui m’ont été envoyés, je n’ai pas relevé une seule plainte, un seul reproche sérieux formulés contre nos néophytes. Ceci est à l’honneur des pasteurs et des brebis. Puisse cette bonne harmonie continuer toujours pour le plus grand bien de tous.
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