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Rapport annuel des évêques

Année: 1924
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Combaz

II. – Nagasaki.

Population catholique 62.034
Baptêmes d’adultes 299
Baptêmes d’enfants de païens 366
Conversions d’hérétiques 8


Mgr Combaz rend grâces à Dieu d’avoir préservé son diocèse des fléaux qui ont désolé d’autres Missions. La mer a été plus clémente, cette année, et n’a pas détruit les bateaux des pêcheurs ; les récoltes, sans être abondantes à cause de la pluie tombée à contretemps, paraissent suffisantes.
Du point de vue de l’Evangélisation, si l’année écoulée est une des plus médiocres, cela provient en partie de la cession que nous avons faite du district d’Oshima aux RR. PP. Franciscains ; mais nos successeurs y sont plus nombreux que nous, et lorsqu’ils auront tous acquis la connaissance de la langue japonaise, après les premières difficultés du début, l’œuvre des conversions parmi cette population d’Oshima, bien disposée en faveur de notre Religion, prendra un nouvel essor.
« Déjà le P. Callixte, qui fut longtemps missionnaire dans le Hokkaido, avec l’aide d’un bon catéchiste, sème le bon grain dans une nouvelle localité : Plus de trente catéchumènes s’instruisent et seront baptisés le mois prochain. »
« Le chiffre des baptêmes d’enfants de païens est aussi inférieur à celui des années précédentes. Cela tient aux difficultés qui vont sans cesse se multipliant : Les autorités locales, tout en restant sympathiques aux œuvres de la Sainte-Enfance, – elles leur accordent même une légère subvention, – exercent une surveillance telle, qu’on est parfois obligé de n’admettre que les enfants qui, après une visite médicale, semblent avoir quelque chance de survivre.
« Quel que soit le succès de nos efforts, ajoute Mgr de Nagasaki, je suis saisi d’admiration devant tout le zèle qu’ont déployé missionnaires et prêtres japonais, dont quelques-uns ne peuvent désormais attirer les bénédictions célestes que par leur patience et leurs souffrances dans la maladie.
« Le 22 novembre 1923, nous avons célébré le cinquantième anniversaire de la fondation de la Communauté de Vierges indigènes établie à Motabari (hameau près d’Urakami). En 1873, au retour de leur rude exil, les chrétiens survivants arrivés dans leur patrie se mirent à construire des paillotes. Mais celles-ci furent bientôt renversées par un typhon, et une épidémie se déclara dans le village. M. de Rotz, alors dans toute sa vigueur, se fit médecin et infirmier. Son dévouement fut secondé par trois jeunes personnes qui, l’épidémie disparue, résolurent de s’associer et de se consacrer à Dieu pour aider le missionnaire à instruire les femmes et les enfants. Ce fut le commencement de cette première communauté de Vierges dans le diocèse, qui compte aujourd’hui quarante membres à Motabari. Sous le nom d’Amantes de la Croix et sous la direction d’une Supérieure, elles habitent ensemble, gardent la Chasteté, dont chaque année elles renouvellent le vœu à l’époque de leur retraite, vivent pauvrement de leur travail et se font catéchistes volontaires. Elles dirigent une Sainte-Enfance et procurent chaque année le bonheur du paradis à de nombreux petits enfants. Quelques-unes d’entre elles, sur la demande du Supérieur de la Mission ont formé dans les autres districts des petites communautés analogues, mais restant indépendantes les unes des autres jusqu’à ce que le moment soit venu de réunir toutes ces maisons son l’autorité d’une même Supérieure générale. Partout ces Vierges nous rendent les plus grands services. Aussi, pour leur montrer notre reconnaissance, avons-nous célébré l’anniversaire de la fondation avec tout l’éclat possible. Aucune Congrégation religieuse n’existait au Japon avant 1879.
« Un autre anniversaire eut lieu aux îles Goto. Il y a vingt-cinq ans, dans la charmante et pieuse chrétienté de Tamanoura, sur le conseil de Mgr Cousin, le zélé M. Pélu, aidé par toutes les chrétientés des Goto, construisit une belle grotte de Lourdes. Depuis ont lieu de fréquents pèlerinages venant de toutes les parties du Japon. En mai dernier, il y eut en plein air, devant la grotte, messe pontificale. L’église était trop petite pour contenir les fidèles au nombre de plus de 3.000. Il y eut procession du Saint-Sacrement et pendant des heures et des heures, il y eut devant la Sainte Vierge des cantiques et la récitation du chapelet. Daigne cette bonne Mère prendre sous sa toute puissante protection tous ces braves pèlerins et garder dans leur famille cette nombreuse jeunesse chrétienne, qu’attire trop le mirage trompeur de la ville. »

Mgr Combaz nous fait visiter ensuite les divers districts de son vaste diocèse. Il nous fait débarquer des îles Oshima, dont il a été parlé plus haut, sur le continent, à Kagoshima. Là, le P. Urbain O. F. M. dirige une chrétienté ; beaucoup de ses ouailles viennent d’Oshima ; il a donné cette année vingt-quatre baptêmes et régularisé des mariages. En longeant la côte est du Kyushu, nous arrivons à Miyasaki.
« A Miyasaki, capitale de la Préfecture civile du même nom, M. Bonnecaze continue à se perfectionner dans la langue. Il se félicite du bon esprit de ses chrétiens, mais les trouve un peu indolents quand il s’agit des choses de la foi. A Noël, il eut la joie de recevoir l’abjuration de trois protestants et de conférer le baptême à trois adultes. D’autres avaient commencé l’étude de la religion, mais ils ont manqué de persévérance, cependant, une douzaine encore, dont plusieurs protestants, lui donnent quelque espoir. Malgré sa petite santé, notre confrère va à une assez grande distance, partie en chemin de fer et partie en bicyclette et à pied, donner la messe et administrer les sacrements à une petite colonie d’une quarantaine de vieux chrétiens venus des Goto. La Mission possède à Miyasaki une très jolie église dédiée à saint Joseph et une large résidence. Cette Préfecture fera plus tard partie du territoire cédé aux Pères Salésiens de Dom Bosco.
« En remontant toujours vers le Nord, nous arrivons à Oita chez M. Brenguier. Là, la population est peu stable. Le missionnaire a administré 16 baptêmes, mais deux des meilleures familles catholiques ont émigré, et c’est avec un sentiment de regret que M. Brenguier voit l’exode de ses ouailles. La mort édifiante d’un jeune homme de vingt trois ans, qui depuis longtemps se préparait au baptême et le reçut dans de très pieuses dispositions, lui a procuré une douce consolation. Le mourant a adjuré toute sa famille d’embrasser la religion catholique. Que son désir et son intercession auprès de Dieu soient exaucés ! Il y a dans cette préfecture une recrudescence de fêtes shintoïstes patronnées et recommandées officiellement. Les discours ne chôment pas.
« Près d’Oita, se trouve Beppu, ville d’eaux très renommée. « Je suis en train, écrit M. Brenguier, de voir s’il ne serait pas bon d’y louer une maison. Il serait possible d’y faire un travail sérieux et suivi, tout en résidant à Oita. Il y aurait probablement bien des âmes à gagner sur les milliers de malades qui y cherchent leur guérison. »
« M. Martin est heureux de voir sa petite chrétienté de Moji s’améliorer sensiblement et assister en plus grand nombre aux offices du dimanche, depuis qu’il y a la résidence d’un missionnaire. Là comme dans les environs de Kokura, contrées industrielles du nord de la Mission, viennent chercher du travail beaucoup de gens des vieilles chrétientés. Ils sont disséminés çà et là loin du presbytère et ne forment pas un groupe compact. Chose triste à dire et pourtant strictement vraie, ces paysans émigrés de leurs villages où, encadrés dans une population catholique, ils pratiquaient leurs devoirs religieux, se trouvent, dans un milieu si païen, entièrement déconcertés. Plusieurs en arrivent même, tant qu’ils sont bien portants, à cacher leur beau titre de chrétiens. Les plus à plaindre sont ceux qui vont travailler dans les mines de charbon ; les jeunes gens se créent souvent une situation irrégulière. Que dire de leurs enfants nés dans un pareil milieu ! Le problème n’est pas facile à résoudre dans les circonstances actuelles et nous en gémissons.
« M. Joly, titulaire du riche district de Fukuoka, fait les mêmes remarques à propos de ses chrétiens venus d’ailleurs. M. Joly a le talent de se créer partout où il passe des relations parmi la meilleure société et il est fort apprécié. Il donne des leçons de latin à l’Université de Fukuoka et des leçons de français dans un lycée. Il en profite pour parler habilement de Dieu et de son Eglise à des gens qui, sans cela, risqueraient de ne jamais en entendre parler. Il sème le bon grain qui germera plus tard.
« Trois petites chrétientés avec résidence principale à Kurume sont sous la sage direction de M. Raoult. Ce missionnaire aime les œuvres de presse et se tient au courant des journaux japonais sur les « idées dangereuses » (kekenshiso) dont on accuse les catholiques. Il écrivit l’autre jour à un conférencier shintoïsme ou bouddhiste : « Vous faites erreur en excluant de l’Asie Jésus-Christ. Revoyez vos auteurs. Ils vous diront qu’Il est né en Asie et non en Europe. Si vous voulez donc unir tous les Asiatiques dans une même pensée et un même idéal, de grâce, n’excluez pas Jésus-Christ, traitez-le au moins comme le Bouddha. » Le zèle de M. Raoult ne se borne pas aux limites de son district : Sur la demande des confrères, il consent volontiers à prêcher des retraites aux Religieux et Religieuses.
« Dans le voisinage de Kurume, se trouve, en rase campagne, une vieille chrétienté de 1.800 personnes. Malgré les nombreuses naissances, le chiffre de la population varie peu. Chaque année, des dizaines de familles partent pour le Brésil où ils sont déjà plus de 500. M. Paul Honda dirige la paroisse depuis plus de vingt ans. Ce bon prêtre me rend beaucoup de services ; il est mon second vicaire général, bien qu’il en ait refusé le titre pour mieux m’aider. Il a enregistré 82 baptêmes, dont 24 d’enfants de païens et 5 d’adultes.
« A la tête du district de Saga se trouve aussi un prêtre japonais, M. Pierre Yamaguchi.
Sa juridiction s’étend jusqu’aux mines de charbon de Karatsu, sur la côte ouest, et même aux îles lointaines de Tsushima, qu’il visite à grands frais deux ou trois fois par an. Il n’épargne pas sa peine pour catéchiser les enfants des mineurs presque abandonnées à eux-mêmes. Il a conféré le baptême à 15 adultes.

« Nous arrivons maintenant à la ville de Kumamoto. Dans cette grande Préfecture du même nom que la ville, grâce au zèle de M. J.-B. Corre, nous trouvons, outre la léproserie de Biwasaki tenue par les Sœurs Franciscaines M. M., les trois postes principaux bien organisés dans les villes de Kumamoto, Yatsushiro et Hitoyoshi. »
A Kumamoto, M. Frédéric Bois a régénéré par le baptême 64 personnes. Dans son district, il y a non seulement une Sainte-Enfance avec 55 enfants, mais aussi une Ecole supérieure de filles bien fréquentée : les élèves y sont nombre de 445 dont 149 pensionnaires. Les bâtiments de cette Ecole, admirablement dirigée par les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles, ont été agrandis, grâce à une souscription faite par les anciennes élèves et leurs parents. Dans les faubourgs de la ville se trouve la Léproserie ; elle compte 64 internes, sans compter les nombreux clients qui viennent chaque jour faire panser leurs plaies au dispensaire annexe de la léproserie. La plupart des lépreux payent leur dette de reconnaissance pour les soins qui leur sont prodigués, en se laissant facilement instruire des vérités du Salut, par les Sœurs et leur dévoué aumônier, M. Hippolyte Bulteau, prêtre attaché au diocèse de Nagasaki. Les constructions, parmi lesquelles une assez vaste chapelle, se multiplient ou sont agrandies, à mesure des besoins de jour en jour plus nombreux. Les Sœurs Franciscaines M. M. ont établi une crèche et gardent dans un local spécial les enfants de souche lépreuse les autres sont recueillis à la Sainte-Enfance de Hitoyoshi. Les Sœurs comptent cette année 84 baptêmes.
« De Yatsushiro, mon dévoué Vicaire Général m’écrit : « La surveillance, exercée par certains maîtres d’école et officiers civils sur les personnes qui nous fréquentent, est si active quoique secrète, que bien des âmes naturellement droites et désireuses de servir le vrai Dieu sont détournées de l’étude de la Religion. Nous en avons fréquemment la preuve. Dans les familles aussi, la peur de paraître infidèle aux dieux titulaires fait surgir beaucoup d’obstacles à l’action de la grâce. – N’était ma mère, mon père, ma femme qui s’y oppose, nous dit quelqu’un, je me ferais catholique, car mes sentiments religieux sont conformes aux vôtres. – Si nos maris, nous menaçant du divorce, ne nous obligeaient pas à faire chaque jour des offrandes aux « Kami », disent des épouses, nous nous ferions chrétiennes pour aller au Ciel. Nous récitons en secret le Pater et l’Ave…Ces confidences sont dues au bienfait de nos œuvres et à l’influence de l’Ecole supérieure des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Cette école est prospère et compte 300 élèves. Ces bonnes Sœurs ont aussi une Sainte-Enfance, un ouvroir et un hôpital. Qu’il serait à souhaiter qu’elles pussent mieux se recruter et ouvrir des écoles dans les grandes villes !
« Le district de Hitoyoshi est confié au prêtre japonais Th. Wakida. C’est un prêtre travailleur, intelligent et pieux. Il aime à prêcher aux païens. Dans ses moments de loisir, il fait des articles pour la presse religieuse et a commencé la publication d’une petite Semaine Religieuse pour ses chrétiens et les païens des alentours. Il a su s’associer quelques jeunes gens et leur a communiqué son zèle ardent pour la conversion des âmes ; il leur a donné une connaissance plus profonde de la Religion, et ensemble ils donnent des conférences dans la ville et les environs. Dieu a béni leurs efforts : quelques-uns de leur auditeurs se sont mis à l’étude de notre Religion. Avec l’aide des Sœurs Franciscaines M. M., M. Wakida a enregistré 88 baptêmes. Les Sœurs Franciscaines ont transporté leur Sainte-Enfance à Hitoyoshi ; elles y ont aussi une salle d’asile et un ouvroir.
« De la Préfecture de Kumamoto dépendent les îles d’Amakusa, jadis presque toutes chrétiennes. Aujourd’hui, la population catholique est de 1245. Il y a deux églises et depuis trente-deux ans, M. Garnier dirige ces intéressantes chrétientés. Chaque année, il amène au giron de d’Eglise quelques « séparés » des meilleures familles ; il en compte 16 pendant cet exercice.

« Passons maintenant aux districts composés de vieux chrétiens. Je serait bref, parce que l’administration spirituelle s’est faite normalement quoique très péniblement, car les forces physiques des missionnaires sont hélas ! au-dessous de leur zèle.
Le mois d’août dans les vieilles chrétientés, malgré les chaleurs accablantes, est le mois le plus occupé. C’est durant ce court laps de temps des vacances qu’on peut atteindre les enfants des écoles primaires pour les préparer à la confession et à la communion privée ou solennelle. La grande fête de l’Assomption est très observée par nos bons chrétiens et chacun voudrait s’approcher des sacrements. De plus en plus les familles se consacrent au Sacré Cœur. Partout la prière du soir se fait en commun ; souvent elle est suivie de la récitation du chapelet. Missionnaires et prêtres indigènes s’aident entre eux pour donner des missions dans les chrétientés et tâcher d’extirper ou au moins de diminuer le penchant pour les boissons fermentées.
« Le bon renom de l’Ecole de l’ « Etoile de la Mer » des Marianistes va toujours augmentant. Au Séminaire, les santés se sont à peu près maintenues ; 4 minorés recevront le sous-diaconat en février prochain ; 8 séminaristes vont commencer leur théologie. Les petits nouveaux ont été bien choisis et donnent de sérieuses espérances. M. Gracy, Supérieur, enseigne la théologie et M. Drouet est chargé des cours de latin ; deux prêtres japonais font les cours de langue et de littérature japonaises, suivant les programmes officiels des lycées.

« Dans sa populeuse paroisse ouvrière de Akunoura, composée de chrétiens venant un peu de partout, M. Fressenon a réussi à établir des catéchismes à jours fixes par groupes séparés. Pères et mères de famille se retrouvent à tour de rôle tous les quinze jours à ces catéchismes de persévérance, jeunes gens et jeunes filles, toutes les semaines. Les enfants viennent aussi fidèlement, et le missionnaire est content des résultats obtenus
« A Urakami, M. Heuzet administre une paroisse de 8.000 âmes et n’a qu’un vicaire pour l’aider. Il a inscrit cette année 11.628 confessions de dévotion. Chaque jour de la semaine, il y a au moins une centaine de communions, et 250 à 300 les dimanches ordinaires. Si dans cette paroisse les chrétiens pieux sont la majorité, il en est d’autres cependant dont la conduite laisse à désirer. Trois prêtres solides de santé seraient là nécessaires.
« Nous continuons la construction du nouveau Séminaire en ciment armé. Les séminaristes y jouiront d’un meilleur air que dans la maison actuelle et auront de l’espace pour prendre leurs ébats : leur santé s’en ressentira. Mais la cherté des matériaux et de la main-d’œuvre nous fait craindre que les ressources dont nous disposons ne soient insuffisantes.
« M. Breton a embelli l’église et l’autel principal de la paroisse de Shittsu. « Mais, ajoute-t-il, il est plus facile de polir les pierres que les « âmes. » Pour celles-ci, ce cher confrère continue à se dépenser. L’œuvre va assez bien qui fut établie par M. de Rotz pour abriter les filles pauvres de la paroisse et les préserver des dangers qui les menaçaient dans leur famille, quoique la mort ait ravi les personnes les plus intelligentes de cette petite communauté. Ces jeunes filles vivent du travail de leurs champs, du tissage et de l’élevage du ver à soie. Parmi elles les unes se marient et deviennent de bonnes et pieuses mères de famille, d’autres préfèrent rester avec leurs compagnes de l’œuvre.
« M. Halbout, voisin de M. Breton, vient de construire une petite chapelle, dans une annexe de sa paroisse, dans l’espoir d’y attirer de nombreux « séparés » qui y habitent. Ce village porte le nom de Kashiyama, (montagne de chênes) ; il n’était qu’un point au milieu d’une vaste forêt de chênes. D’un abord difficile soit par terre soit par mer, ces bois furent le refuge des chrétiens persécutés, il y a trois cents ans. Ils furent la ruche d’où sortirent de nombreux essaims qui allèrent peupler Hirado, Goto, etc. Ceux qui restent à Hashiyama ont encore leur baptiseur qui les retient loin de nous par la crainte de nouvelles persécutions. Pourtant la foi de leurs ancêtres semble se perpétuer chez eux comme un héritage car ils ont conservé les prières. Au bout de quelques mois de préparation, un « séparé » converti ne se distingue plus sous le rapport de la piété des meilleurs chrétiens. Malheureusement, ces « séparés » sont reliés entre eux par de forts engagements quelquefois signés de leur sang. L’individu ne compte pas ; le clan est le maître souverain et ses décisions font loi. Nous prions tous les jours nos Bienheureux Martyrs d’intercéder pour eux auprès de Notre-Seigneur et de leur ouvrir les yeux.
« M. Joseph Bois, Supérieur de tout le district de Hirado qui compte 8.738 catholiques, n’avait pour l’aider que trois prêtres japonais. Il a reçu le précieux concours de M. Bonnet, revenu d’Oshima. Sur un plateau assez élevé nommé Yamano, M. Bonnet a reconstruit, avec l’aide de trente-cinq familles de chrétiens, une petite église que l’on dit un bijou. M. Lemarié a bien voulu la bénir le mois dernier : M. Frédéric Bois et tous les prêtres du district étaient présents à la cérémonie M. Bonnet s’occupe aussi de l’île Ikitsuki un peu délaissée.
« Les baptêmes d’enfants de chrétiens dans ce district ont été assez nombreux, mais ceux d’adultes n’atteignent que le chiffre de 27. M. Bois et ses collaborateurs, suivant les traces du regretté M. Matrat, mettent un soin tout particulier à procurer aux enfants et aux jeunes gens la réception fréquente des sacrements. Nous retrouvons encore ici, à Tazaki, les Amantes de la Croix. Après avoir essaimé à Madara et Tabira, elles vont essayer de former une ruche à Kamikosaki. « Ces Vierges indigènes, écrit le missionnaire, sont partout des auxiliaires de « premiers choix. Grâce à leur zèle, les petits enfants, parfois avant l’âge de sept ans, peuvent, « selon les instructions de Pie X, être admis à la sainte Table. »
« M. Cotrel, après un séjour bienfaisant à Béthanie, est retourné à Kuroshima. Pendant son absence de six mois, M. Martin de Moji et M. Raguet ont fait l’intérim.

« Les huit chrétientés qui forment le district de Iwojima, à l’entrée du port de Nagasaki, sont sous l’habile et prudente direction de M. Moriyama et M. Matsuoka. La population totale des Goto est environ de 200.000 ; les catholiques sont au nombre de 17.800. Un certain nombre émigre chaque année dans d’autres districts ou dans les Missions voisines et leur foi n’est pas à l’abri de tout danger. M. Veillon et neuf prêtres japonais déploient aux Goto leurs forces et leur dévouement. Ils sont tous, depuis la mort de M. Pelu, sous la haute direction de l’un d’entre eux, M. Joseph Osaki, prêtre depuis vingt-cinq ans. Celui-ci a aussi la direction d’un district de 3.000 chrétiens. Depuis des années il me demande un aide que je n’ai pu lui donner. Il a construit dans le Shimo Goto une école de catéchistes. Une autre existait déjà dans le Kamigoto et a fourni, pour les divers districts, des catéchistes plus instruits. Il y a encore deux établissements pour la Sainte-Enfance où des Vierges indigènes prodiguent leurs soins. Aux Goto ont été enregistrés 704 baptêmes et 2.300 confessions de dévotion. »


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