| Année: |
1925 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. — Nagasaki.
Population catholique 62.584
Baptêmes d’adultes 374
Baptêmes d’enfants de païens 361
Conversions d’hérétiques 5
Comme dans toutes les choses humaines, écrit Mgr Combaz, nous avons eu hélas ! nos tristesses à enregistrer. Deux prêtres japonais ont été appelés à la récompense ; un troisième, paralysé depuis deux ans, ne peut faire aucun mouvement ; d’autres, accablés sous le poids des années réclament un repos bien mérité ; le savant et pieux M. Raguet, tout en rêvant de compléter son dictionnaire, est obligé depuis des mois à garder le lit ou la chaise longue.
Mais les événements consolants de l’année mettent un baume sur nos blessures et nous comblent d’allégresse. Nous avons fait la Consécration au Sacré Cœur de tout le Japon, à l’issue du Concile Provincial. Nous avons eu le bonheur si longtemps désiré de recevoir deux nouveaux missionnaires, pour rajeunir les cadres. M. Joseph Bois, supérieur de tout le district de Hirado depuis la mort de M. Matrat, a célébré ses noces d’argent et ses chrétiens l’ont fêté de leur mieux. Au mois de juillet dernier, 3 séminaristes ont reçu le diaconat et 7, dont 2 du diocèse d’Osaka, la première tonsure. La construction du nouveau séminaire est assez avancée pour que, à la fin de septembre, le supérieur, M. Gracy, puisse l’occuper avec tous ses séminaristes. Pour tant de bienfaits, nous adressons à Dieu nos plus ferventes actions de grâces.
Dans l’administration spirituelle du diocèse, personne n’a épargné sa peine pour intensifier la vie chrétienne. Malgré la difficulté des communications et le nombre réduit du personnel, nous enregistrons une légère augmentation des baptêmes d’adultes et d’enfants de païens. Le chiffre des confessions répétées est de 135.407 ; celui des communions de dévotion dépasse 480.800.
Outre les Confréries du Carmel, du Saint-Rosaire, de la Sainte-Face, dans maintes chrétientés a été établi l’Apostolat de la Prière. Partout dans le diocèse, sur la demande du Rme Abbé de la Trappe de Pékin, fonctionne l’Œuvre de prières pour la Conversion du Japon et de la Chine ; les associés sont nombreux et chaque dimanche, dans quelques chrétientés, les fidèles font l’adoration du Saint-Sacrement exposé depuis la fin de la messe jusque dans la soirée.
Tous ces moyens et d’autres pieuses industries, variant suivant les chrétientés, sont d’autant plus nécessaires pour soustraire les fidèles aux dangers qui les menacent, que partout, au Japon, souffle un vent d’indépendance et d’insubordination.
Pour amener insensiblement tous les Japonais à la visite des « miya » ou au culte de l’Empereur et des héros, les écoles primaires officielles, seules reconnues, s’emparent de l’âme de l’enfant sous l’étiquette de patriotisme et de cérémonies purement civiles. Comme remède, le catéchisme est enseigné après les classes et des Associations de la Jeunesse Catholique se sont formées sous la présidence du prêtre chargé du district.
Mais les nombreux chrétiens qui, pendant la guerre, sont allés travailler dans les grandes villes en sont revenus avec des idées nouvelles et d’une diminution de foi. De là, même dans nos meilleures chrétientés, les chefs de nos Associations de jeunes gens et autres instituées pour le bien de la communauté, entraînés par ce courant, s’arrogent presque le droit de gouverner la paroisse indépendamment du prêtre, ou de lui imposer leurs conditions. C’est un mauvais ferment qui nous donne du souci pour l’avenir.
Nous continuons comme par le passé à jeter la bonne semence, mais elle tarde à lever et la moisson se fait attendre. Malgré les nombreuses naissances d’enfants de chrétiens, la population catholique n’a point augmenté en proportion. De plus en plus la ville attire les habitants de la campagne. Si les chantiers de construction et autres industries, manquant de commandes, sont obligés de congédier leurs ouvriers, ceux-ci, pour nourrir leurs familles, s’expatrient et vont fonder de nouvelles colonies dans les Missions voisines. Dans les filatures des Missions de Hiroshima, Osaka, Tokyo, il y a des centaines de jeunes filles chrétiennes de ce diocèse. Les hommes, ne trouvant mieux, vont travailler aux mines. Nos confrères voisins se dévouent pour que la foi de cette jeunesse ne sombre point ; mais combien il est difficile de sanctifier le dimanche dans ce milieu païen où les jours de congé sont limités à deux ou trois !
Cette année, 130 catholiques environ ont émigré au Brésil. Le dévoué et courageux M. Dominique Nakamura s’est fait le pasteur ambulant de ces brebis dispersées, grâce à l’aimable autorisation de S. E. le Délégué Apostolique de Sao Paolo.
Jadis j’avais conçu l’idée de spécialiser M. Dominique Nakamura à l’évangélisation de nos chers « séparés ». Ils sont nombreux encore, mais la nouvelle génération élevée dans les écoles publiques nous échappe de plus en plus et même une vie complètement païenne ; le bien-être aussi — « auri sacra fames » — l’amour des plaisirs lui font oublier le sang versé pour la foi par les ancêtres. A l’article de la mort cependant, quelques âmes semblent se réveiller, surtout parmi les personnes âgées, et elles font appeler le prêtre. « Une bonne vieille de quatre-vingts ans, m’écrit M. Breton, savait encore une petite prière. Malade, elle appela le missionnaire. Celui-ci, dans le courant de la conversation, lui demanda pourquoi elle allait à la pagode. — « J’avoue, que ce n’était pas bien ; mais au fond du cœur je me disais que je ne péchais pas puisque j’allais aussi au « tera » (église) de Rome. »
Les vieux aiment beaucoup à parler de Rome dont la tradition a conservé parmi eux le souvenir ; aussi M. Breton, plein de zèle pour ramener au bercail ces pauvres brebis, attend le retour de Rome de son paroissien, M. Thomas Matsushita, pour lui faire donner à tous ces « séparés » des conférences sur la Ville Eternelle. Quelques-uns parmi eux sont parents du jeune prêtre.
Grâce à la parfaite union de nos catholiques, les instituteurs, dans les vieilles chrétientés, n’obligent point en général leurs élèves catholiques à visiter les « Miya ». A Amakusa cependant, les petits écoliers catholiques étaient chargés de balayer le temple des Ancêtres. Les parents catholiques protestèrent et l’affaire fut portée au tribunal du sous-préfet. Trois envoyés vinrent au presbytère. « L’entrée en matière, écrit M. Garnier titulaire du poste depuis plus de trente ans, me mit sur le gril. — Il y a dans tout le Japon des gens, commence ex abrupto, d’une voix impérieuse, le chef de la délégation, qui tâchent de faire surgir des troubles çà et là ; il ne faut pas qu’il en soit ainsi dans ce village. — Il pérora ainsi pendant plus d’une demi-heure. A mon tour, j’employai toute ma pauvre dialectique pour le calmer d’abord et lui expliquer le point de vue catholique au sujet des « Miya ». Vers la fin, la conversation devint plus aimable. Quelques jours après, deux maîtres qui se raillaient à l’école de la religion des enfants catholiques reçurent leur changement et leurs remplaçants dispensèrent les enfants catholiques du balayage du temple. »
A Miyazaki, M. Bonnecaze a été légèrement déçu dans ses espérances ; mais ses catéchumènes continuent à s’instruire et leur baptême aura lieu vers Noël.
M. Brenguier, chargé de Oita et Nakatsu, signale que quelques-uns de ses chrétiens, trop éloignés de l’église, ne peuvent que rarement assister à la messe ; l’instruction et la piété s’en ressentent.
« La petite chrétienté de Maji, écrit M. Martin, s’améliore de jour en jour, grâce au séjour fixe d’un missionnaire ; l’assistance aux offices du dimanche est devenue satisfaisante. » M. Martin va donner des conférences à Dairi, nouvelle ville industrielle. Il y sème le bon grain mais il constate avec tristesse que le nombre de conversions ne correspond ni à ses efforts, ni au chiffre de ses auditeurs.
Le district de Kokura s’augmente chaque année de nombre de chrétiens venant d’ailleurs. M. Bertrand a enregistré 31 baptêmes. Il voudrait établir un pied-à-terre dans la populeuse ville industrielle de Yawata où sont de nombreux ouvriers chrétiens.
M. Joly constate que ses chrétiens sont plus assidus aux offices du dimanche. Il continue de donner ses cours à l’Université où il trouve de jour en jour un accueil plus sympathique auprès des autorités. Il fait tomber les préjugés et éveille dans quelques âmes droites le désir d’étudier la religion.
M. Pierre Yamaguchi dont la résidence ordinaire est à Saga, parcourt toute cette petite préfecture où il a quatre ou cinq chrétientés. Il va même visiter quelques chrétiens habitant l’île de Tsushima, bien que les communications soient plus faciles de Fukuoka. Son zèle est digne d’admiration.
A Kurumé, la population catholique augmente ; c’est surtout à cause du travail des mines qui a attiré quelques personnes des autres chrétientés. Il y a, dans ces mines, repos les 1er et 3e dimanche de chaque mois, ce qui permet aux ouvriers catholiques de venir à l’église. M. Raoult a pu ainsi ramener quatre séparés dans le giron de l’Eglise. Le grande épreuve de ce confrère est le départ des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie qui n’ont pu être remplacées à Kurumé.
Près de Kurumé, la paroisse d’Imamura n’augmente pas beaucoup car, chaque année, 70 à 80 de ses enfants partent pour le Brésil. Elle est toujours sous la sage et prudente direction de M. Paul Honda, âgé de soixante-dix ans. Les forces de cet excellent prêtre vont baissant et, il y a quelques mois, la perte subite d’un œil, accompagnée d’un violent mal de tête, a été pour lui un premier avertissement. Il n’arrivera pas les mains vides devant le trône de Dieu : Il a bâti une des plus belles églises du diocèse.
En descendant vers le sud, nous trouvons dans la banlieue de la ville de Kumamoto la léproserie tenue par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et le dévoué M. Bulteau qui s’est offert depuis des années pour remplacer M. Lebel. Une nouvelle maison a été construite pour les nombreuses Probanistes qui, menant une vie de communauté dans un local soustrait aux influences mondaines, sont plus à même d’étudier leur vocation. Comme l’enclos est vaste, on a pu aménager un local convenable pour les enfants de la Crèche et de la Sainte-Enfance. A la léproserie même, chaque jour amène des améliorations au point de vue de l’hygiène. Le bien-être des pauvres lépreux s’en ressent. 26 d’entre eux ont reçu le baptême, cette année ; les Sœurs ont ouvert le ciel à 36 petits enfants païens.
Dans la ville de Kumamoto, M. Frédéric Bois a enregistré 17 baptêmes d’adultes. « Parmi les baptisés, écrit notre confrère, se trouve un jeune homme, employé de la Poste. Il était venu me voir il y a quatre ans. Depuis, il continuait de temps en temps ses visites, mais restait très réservé dans ses conversations. Aux environs de Noël dernier, il me dit à brûle-pourpoint : — « Père, je désire-être baptisé ; interrogez-moi sur les prières et le catéchisme. » — Il répondit si bien à toutes mes questions que je ne pus m’empêcher de manifester mon étonnement. Il me cita alors plusieurs livres de religion qu’il avait étudiés. — « C’est un employé modèle », m’a dit son chef de service. Depuis son baptême, il sème à son tour le bon grain et trois de ses camarades ont commencé à s’instruire. »
Dans la petite chrétienté de Hitoyoshi, M. Wakida a cueilli une gerbe de 24 baptêmes d’adultes et 65 d’enfants de païens. Ce prêtre zélé, ne pouvant prêcher partout, distribue parmi les païens et dans les écoles des tracts imprimés aux frais de son Association de la Jeunesse Catholique, où sont réfutées les calomnies contre notre sainte Religion. Les Sœurs Franciscaines apportent aussi leur concours ; elles ont là un ouvroir, une salle d’asile et elles ont appelé de Biwasaki les enfants qui ne sont point de souche lépreuse.
Dans les vieilles chrétientés dont il me reste à parler, chaque prêtre a à administrer une moyenne de 2.000 chrétiens. Généralement, la population chrétienne est très bonne, bien que çà et là il existe un levain d’indépendance dont j’ai parlé plus haut.
La paroisse européenne de Nagasaki ne compte que, quelques unités ; mais M. Thiry qui en est chargé est aussi procureur de la Mission et aumônier des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles. Celles-ci ont vu presque doubler le nombre de leurs élèves, car elles ont admis des élèves libres dans les diverses branches d’enseignement d’arts européens et japonais. Presque toutes ces jeunes filles ont terminé leur lycée et sont à un âge où elles commencent à se poser ou à poser à leurs maîtresses certaines questions sur les graves problèmes de la vie, et elles sont étonnées de la lumière que projette la religion catholique pour la solution de ces problèmes.
Les paroisses japonaises de Oura et de Nakamachi gardent leur bon renom et les offices sont suivis avec régularité. M. Fressenon, dans la paroisse ouvrière de Akunoura, a eu un plus grand nombre d’adultes et d’enfants de païens, grâce au zèle d’une catéchiste. La générosité des fidèles a permis de bâtir une maison relativement spacieuse qui servira à la fois de salle de catéchisme pour les enfants et de salle de réunion pour les jeunes gens d’élite groupés en association pieuse.
A Urakami, M. Heuzet a mis la dernière main à l’œuvre de ses prédécesseurs, en ornant de deux tours la façade de la belle et vaste église. 400 enfants récompensent le zèle des Religieuses du Saint-Enfant-Jésus ; elles vont agrandir leur établissement. M. Heuzet a eu 16.425 confessions répétées, 77.000 communions de dévotion et 95 baptêmes d’adultes et d’enfants de païens.
M. Breton est à la tête du district de Shittsu. Dans une de ses chrétientés appelée Ons, il a réparé et embelli un petit oratoire dédié à Notre-Dame du Saint-Rosaire. C’est sous la protection maternelle de Marie qu’il place ses fidèles et « séparés » ; presque tous les habitants de ce village sont des descendants des anciens chrétiens.
M. Joseph Bois, aidé de M. Bonnet, dirige l’immense district de Hirado (8.612 catholiques), qui comprend, outre l’île de Hirado et quelques chrétientés sur le continent, deux îles lointaines d’Ikitsuki et de Madara très difficiles à desservir, la mer étant généralement très agitée dans ces parages. 25 baptêmes d’adultes et 13 d’enfants de païens ont été administrés. Nos confrères sont puissamment secondés, pour l’instruction des tout petits et leur préparation à la communion privée, par les zélées Vierges Amantes de la Croix qui remplissent l’office de catéchistes dans tout le district. M. Bonnet, qui m’a envoyé le rapport annuel, reconnaît que tout n’est pas parfait : « Les chrétiens ont une foi vive, écrit-il, mais hélas ! ce sont de faibles humains et cette foi est souvent ternie, ici par le vin, là par un penchant à la discorde... et il y a des accrocs. Pour tenir mes gens en haleine, les exciter à dépister les mouvements tournants du lion rugissant et leur fournir des armes, voici les petits moyens que j’emploie : Le lendemain d’un mariage, il y a toujours une messe pour les défunts des deux conjoints, à laquelle communient tous les membres de la famille ; le jour de la première communion solennelle, je donne à chaque enfant un billet ou une image où sont inscrits ses jours de naissance, baptême, première communion. A chacun de ces anniversaires, je fais en sorte que l’enfant assiste à la messe, communie et renouvelle (privatim) ses promesses de baptême et sa consécration à la Sainte Vierge... »
Je termine ce compte rendu par les Goto où je dois aller prochainement donner la confirmation. Sur une population totale qui est environ de 200.000, il y a 18.000 catholiques. Cette année, 788 baptêmes, tant d’adultes que d’enfants de chrétiens et de païens, 30.000 confessions répétées et 97.000 communions de dévotion ont été enregistrés. Ces chiffres indiquent assez la quantité de travail de chaque prêtre. Les îles sont nombreuses, les communications difficiles et dangereuses, le personnel insuffisant. La récolte de l’an dernier fut mauvaise et provoqua de nombreuses émigrations, surtout parmi les jeunes filles qui allèrent chercher du travail dans les filatures. Dans cette région, peut-être plus qu’ailleurs, germe un commencement de mauvais esprit, fruit de quelques imprudences.
Nous rendons grâces à Dieu qui a daigné bénir nos travaux. Qu’Il daigne nous accorder les grâces nécessaires pour l’avenir.
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|