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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Castanier

III. — Osaka.

Population catholique 5.031
Baptêmes d’adultes 183
Baptêmes d’enfants de païens 224
Conversions d’hérétiques 4


Au début de son compte rendu, Mgr Castanier relate la fête, célébrée à Osaka, du soixantième anniversaire de l’ordination sacerdotale de notre vénérable confrère, M. Villion, doyen des missionnaires d’Osaka et de la Société. Soixante années d’apostolat ininterrompu au Japon ! L’éclat d’un si bel exemple de fidélité à la vocation et d’inlassable persévérance rejaillit sur la Société tout entière et est un honneur pour elle. Le laboureur voit sans inquié-tude l’été et l’automne, et même l’hiver, succéder au printemps lorsque la moisson s’annonce abondante et le grenier bien garni ; ainsi notre vénéré confrère compte les années qui succèdent aux années, et il jouit avec sérénité d’une vieillesse toujours active : Il a encore la charge du district de Nara. « Et usque in senectutem permansit illi virtus… » Nous unissons nos vœux à ceux que nos confrères d’Osaka lui ont adressés, le 26 mai dernier.

« L’impression générale que m’ont laissée les comptes rendus des confrères, continue Mgr d’Osaka, c’est que, dans chaque district, l’œuvre de l’évangélisation a progressé, le nombre des chrétiens a augmenté et la vie surnaturelle s’est fortifiée. Même au point de vue matériel, certains postes ont réalisé de notables améliorations.
Chez nous, la fondation d’un poste commence ordinairement dans une maison louée par le missionnaire. Ce provisoire se prolonge plus ou moins longtemps, et après quelques années de patience et de dévouement, une chrétienté se forme en même temps que l’installation matérielle finit par se perfectionner. Un coup d’œil jeté sur quelques postes montrera comment ici l’Eglise s’établit et progresse.
Arrivé à Miyazu en 1888, M. Relave s’établit avec un catéchiste dans la première maison qu’on voulut bien lui louer. Dans cette région il n’y avait aucun chrétien et le missionnaire n’y connaissait personne. La grâce de Dieu aidant, il eut assez vite bon nombre d’amis ; les auditeurs se pressèrent à ses conférences et bientôt une famille tout entière reçut le baptême et forma le noyau de la petite chrétienté. Chaque année d’autres suivirent cet exemple.
En 1892, M. Relave fit l’acquisition d’un petit terrain sur lequel s’élevait une vieille maison japonaise où il s’installa. Cinquante à soixante néophytes composaient bientôt l’assistance ordinaire à la messe du dimanche. Il fallut bâtir la jolie petite église qui sert toujours et s’embellit chaque année. En 1910, pour le vingt-cinquième anniversaire de son sacerdoce, le missionnaire acheva l’installation matérielle de son poste en construisant un presbytère et une grande salle pour réunions et conférences.
Dans sa petite ville où il est connu et aimé de tout le monde, M. Relave se demandait quelle œuvre nouvelle il pourrait bien fonder pour attirer les âmes au Divin Maître. La Providence ne tarda pas à le lui indiquer. Un jour, une brave chrétienne lui suggéra l’idée d’établir une école-ouvroir pour les jeunes filles de la région. Le maire de la ville, grand ami du missionnaire, consulté, applaudit aussitôt à cette entreprise. Ici encore les débuts furent modestes : une maison voisine servit de local ; une bonne maîtresse de couture fut engagée ; quelques autres prêtèrent leur concours bénévole. Le nombre des élèves augmentant chaque année, il a bien fallu cesser le provisoire et même, à plusieurs reprises, agrandir les constructions que l’on avait jugées définitives. L’œuvre s’est développée au delà de toutes les prévisions.
Quand il l’envoya fonder ce district Mgr Midon avait tracé un programme à M. Relave : « Miyazu étant le centre de votre vaste champ d’apostolat, c’est là qu’il faut installer votre poste principal, puis rayonner dans les environs jusque dans les provinces voisines, à l’est et à l’ouest. »
Dès son arrivée, notre confrère visita surtout Maizuru, petite ville à six lieues à l’est de Miyazu. Les premières prédications y furent assez bien accueillies et, en 1890, il y administra son premier baptême. Depuis, les conférences s’y donnèrent régulièrement ; les auditeurs ne manquèrent pas et quelques âmes de bonne volonté entrèrent au bercail. A la fin, M. Relave, ne pouvant suffire seul aux besoins de ses néophytes dispersés, obtint que Maizuru devînt le centre d’un nouveau district ; un terrain y fut acquis en 1908 et, depuis 1919, M. Marmonier y réside comme titulaire.
Lorsqu’il y arriva, l’installation matérielle était tout à fait insuffisante ; les locaux étaient vieux et délabrés. Il commença par construire un presbytère et une demeure pour les catéchistes. Enfin, cette année, grâce à un don providentiel venu de l’extérieur à un secours donné par la Mission et à la générosité du Père, et, des chrétiens, on a pu compléter l’installation. Une chapelle, une salle pour les réunions et une autre pour les catéchismes font de ce poste un des mieux établis. L’installation matérielle doit être subordonnée à l’œuvre spirituelle qui en est le but : le chiffre de 33 baptêmes obtenus par notre confrère démontre bien que ce but est atteint.
A Nishinomiya, le zèle de M. Bousquet a dû ne pas négliger non plus les besoins matériels de son poste : Il lui manquait un logement pour son catéchiste, il l’a bâti ; il a construit ensuite une école maternelle. Une petite cloche venue de France a même été bénite le 24 juin dernier, jour où l’on célébrait les noces d’argent sacerdotales de ce confrère. Les travaux apostoliques de M. Bousquet ont été particulièrement bénis de Dieu : C’est lui qui a cueilli la plus grosse gerbe, 43 baptêmes, dont 30 d’adultes.

Si nous parcourons les autres postes de la Mission, partout nous constatons d’importants progrès. Nous comptons déjà des paroisses qui peuvent rivaliser avec celles des vieux pays catholiques, sinon par le nombre de leurs fidèles, au moins par la ferveur de vie chrétienne.
Comme modèles de vie religieuse intense, nous pouvons citer les deux paroisses de la ville de Kobé : D’abord la paroisse des étrangers, avec 500 catholiques représentant toutes les nationalités. Depuis plus de trente ans, M. Fage, Vicaire Général, a la charge de ce poste. La vie chrétienne s’y manifeste par l’assistance à la messe sur semaine et par la communion fréquente. La dévotion du premier vendredi du mois y est en honneur ; ce jour-là, elle amène à la table sainte un groupe compact d’amis du Sacré-Cœur, et la retraite qui est donnée chaque année pendant la Semaine Sainte est toujours bien suivie. Une association pour les jeunes gens et une congrégation d’Enfants de Marie pour les jeunes filles entraînent notre jeunesse à la fréquentation des sacrements et assurent le bienfait de la persévérance. Cette année, la Société catholique de la paroisse a organisé une soirée de charité au profit des deux hôpitaux qui, au Japon, se consacrent au soin des lépreux. Le trésorier a pu remettre près de mille yen à chacun de ces deux établissements.
A la paroisse japonaise de Kobé, M. Perrin travaille depuis quarante ans. Là aussi les progrès sont frappants. Cette paroisse est aujourd’hui la plus nombreuse du diocèse avec ses 931 catholiques. Quand M. Perrin y fut nommé, elle ne comptait qu’un petit nombre de nouveaux baptisés qui n’avaient pas même de local pour se réunir. Le missionnaire vivait dans une maison de location à trois petites chambres et, le dimanche, il demandait avec ses chrétiens l’hospitalité à l’église des étrangers. Aujourd’hui, le poste est établi dans un endroit central, d’accès facile ; une grande et belle église bien ornée, rassemble les fidèles. Salle de réunion, presbytère, maison des catéchistes, tout est suffisamment spacieux pour les besoins de la paroisse. Le Père consacre tout particulièrement ses forces à l’instruction religieuse, surtout celle des enfants ; le catéchisme est bien suivi et fort bien appris : j’ai pu le constater moi-même, chaque année, à l’occasion de la Confirmation.
M. Birraux continue de travailler à ramener les descendants des anciens chrétiens découverts, il y a trois ans, au nord d’Osaka. Il a eu la consolation de baptiser avant sa mort la bonne vieille de qui il avait entendu l’Ave Maria transmis secrètement pendant trois cents ans ; toute la parenté a récité les prières le jour du service pour la défunte. Ainsi la Sainte Vierge, que cette femme avait si souvent invoquée sans bien la connaître, a montré une fois de plus qu’on ne l’invoque jamais en vain.

Nos écoles catholiques sont toutes en progrès constants. De plus en plus les familles apprécient l’éducation qu’on y donne.
A Kobé, sur la paroisse des Etrangers, les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles dirigent l’Ecole Sainte-Marie ; pour les catholiques, c’est aussi l’école paroissiale. Les Sœurs étaient à l’étroit avec leurs 200 élèves dont 50 catholiques ; les ressources manquant, elles avaient dû jusqu’ici se contenter de salles de classe provisoires, mais elles songeaient depuis longtemps à construire un bâtiment scolaire vaste et bien aménagé : elles ont réussi cette année à réaliser leur projet. A la dernière rentrée, l’Ecole Sainte-Marie a ouvert ses cours dans un bel édifice à trois étages, construit en ciment armé et pouvant contenir au moins 500 élèves.
A mi-chemin entre les deux grandes villes de Kobé et Osaka, les Dames du Sacré-Cœur sont en train de construire un bâtiment en ciment armé qui aura tous les perfectionnements d’un établissement scolaire modèle.
A l’Ecole de l’Etoile Brillante, à Osaka, les Frères Marianistes ont eu, à leur dernière rentrée, quatre fois plus de demandes qu’ils ne pouvaient recevoir d’élèves. Ceux-ci atteignent le chiffre de 865, et les bâtiments sont à peine suffisants pour les contenir. Là encore on se prépare à agrandir.

Nos autres écoles dirigées par les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus et par les Sœurs de Nevers sont aussi en progrès. Voici d’ailleurs la nomenclature de toutes nos écoles avec leur nombre d’élèves :
Elèves
Ecole de l’Etoile Brillante, des Frères Marianistes, à Osaka 865
Lycée de Filles, des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus, à Osaka 538
Ecole Professionnelle, des Soeurs du Saint-Enfant-Jésus, à Kyoto 464
Ecole Sainte-Marie, pour les jeunes filles étrangères, des Sœurs du
Saint-Enfant-Jésus, à Kobé 201
Ecole Professionnelle de la Sainte Famille, des Sœurs du
Saint-Enfant-Jésus, pour les jeunes filles japonaises, à Kobé —
commencée il y a un an seulement — 59
Institution Notre-Dame — Lycée de filles et cours particuliers —
des Sœurs de Nevers, à Osaka 192
Institution des Dames du Sacré-Cœur, — Ecole primaire,
Lycée de filles et cours spéciaux — près de Kobé 200

Si on ajoute les trois ouvroirs avec leurs 156 élèves, nous arrivons, pour nos écoles catholiques, à un total de 2.675. Sur ce nombre, les élèves catholiques ne forment encore, il faut l’avouer, qu’une petite minorité. Ils reçoivent naturellement dans ces écoles une éducation foncièrement chrétienne et sont l’objet de soins tout particuliers. Rien n’est épargné pour que du contact journalier avec des élèves païens, il ne résulte aucun dommage pour leur foi et ils sont tenus à assister à des cours de catéchisme spécialement faits pour eux.
Quant aux élèves païens qui forment la grande majorité, beaucoup se demanderont quelle influence notre œuvre capitale d’évangélisation Peut bien avoir sur eux. Qu’on se rassure. L’apostolat de nos religieux et religieuses est naturellement plus limité que celui des prêtres missionnaires, mais il n’en est pas moins efficace. Dans toutes les écoles, l’instruction religieuse est donnée, même aux païens, naturellement avec les précautions et le tact que demandent les circonstances, et les conversions ne sont pas rares. Instruction religieuse, exemples des maîtres et des condisciples catholiques, affection réciproque des maîtres et des élèves, impression produite par la dignité et la beauté des cérémonies catholiques, tous ces divers facteurs, la grâce aidant, finissent par agir efficacement. Les élèves qui, au cours de leurs études, demandent et reçoivent le baptême ne sont pas aussi nombreux qu’on le voudrait, mais une fois sortis de l’école, ils restent très attachés à leurs anciens maîtres et c’est parfois après quelques années que la semence jetée dans leurs âmes finit par germer et porter des fruits. Les exemples sont nombreux :
A Kyoto, cette année même, M. Duthu reçoit un jour la visite de deux anciens élèves de l’école des Frères. Aujourd’hui d’âge mûr et occupant des fonctions importantes dans les banques, ils venaient demander au missionnaire des leçons de catéchisme afin d’être admis au baptême.
A la cathédrale, M. Birraux est accosté un jour par un païen inconnu qui lui demande de venir baptiser sa femme gravement malade. Notre confrère le suit et est introduit auprès d’une jeune femme, ancienne élève des Sœurs. L’opposition de sa famille, son mariage ensuite l’avaient empêchée de réaliser plus tôt son désir du baptême ; mais elle était restée fidèle à ses prières et à son chapelet, elle n’avait pas abandonné son catéchisme. Elle répondit parfaitement aux interrogations du missionnaire qui, la trouvant si bien préparée, lui donna le baptême. Quelques jours après, elle quittait ce monde avec le sourire d’une prédestinée.
Une autre jeune fille avait fréquenté nos écoles catholiques sans manifester alors la moindre velléité de devenir chrétienne. Ses études terminées, elle rentre dans sa famille où par hasard se trouve une servante catholique qui ne tarde pas à la mettre en relations avec le missionnaire. Elle est chrétienne aujourd’hui et a obtenu de son fiancé, lui aussi ancien élève des Frères, la promesse de demander le baptême. Leur mariage a été célébré récemment, à l’église de Kyoto,
M. Bousquet signale le cas de quatre jeunes gens, quatre frères, eux aussi anciens élèves de nos écoles catholiques où ils étaient tous les quatre devenus chrétiens. Rentrés dans leur famille, ils ont décidé leurs parents à demander le baptême.
Ces quelques faits glanés dans les comptes rendus des missionnaires mettent en évidence le bien que font nos écoles et l’aide précieuse qu’elles donnent aux ouvriers apostoliques.

Grâce à tous ces concours, l’Eglise catholique est plus connue et plus estimée. Dans l’Annuaire Japonais de 1926, gros livre de statistique où une place est donnée à l’Eglise catholique, nous avons eu l’agréable surprise de lire le passage suivant : Dans le catholicisme, ce qui sollicite la mentalité japonaise paraît être son caractère international qui le met à l’abri de tout soupçon d’arrière-pensée politique... En second lieu, c’est son système bien défini des dogmes qui fournissent une réponse claire et décisive à toutes les questions que se pose un esprit en quête de la vérité ; et enfin sa discipline sévère fondée sur le principe d’autorité. » En lisant ces lignes, dues à un docte professeur non-chrétien de l’Université, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a tout de même quelque chose de changé au Japon.
Les anciennes religions — shintoïsme et bouddhisme — ne se meurent pas encore au Japon mais elles subissent décidément une crise assez grave. Le public leur trouve un genre trop démodé ; à ce peuple avide d’émotions, les bonzes et leurs cérémonies procurent seulement de l’ennui. Il y a là, pour le bouddhisme japonais, un péril que ses bonzes ont tout de suite deviné ; et pour le conjurer ils n’ont trouvé qu’un moyen : « Christianiser le bouddhisme », suivant leur expression. Ne rendent-ils pas ainsi un hommage involontaire à la transcendance de notre sainte Religion ? Pour le quart d’heure, ils ne traitent plus le christianisme avec l’arrogance d’antan. A Kyoto, un de leurs journaux commençait un article par ces mots : « L’histoire des persécutions contre la religion chrétienne au dix-septième siècle est une de ces choses qu’on voudrait pouvoir effacer de l’histoire du Japon. »

Daigne la Bénédiction divine descendre abondante sur la moisson qui s’annonce. L’heure de Dieu viendra. Nous comptons, pour la voir arriver plus vite, sur les prières de nos confrères, de nos bienfaiteurs et de tous ceux qui ont à cœur le salut des âmes en Extrême-Orient. »



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