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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Japon
Mission: Tokyo
Rédacteur:Mgr Rey

CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon

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I. — Tokyo.

Population catholique 10.802
Baptêmes d’adultes 577
Baptêmes d’enfants des païens 380
Conversions d’hérétiques 59


Mgr Rey nous écrit : « Dans mon compte rendu de l’an dernier, je me suis étendu longuement et presque uniquement sur l’état matériel de notre Mission tel que l’avait créé le tremblement de terre du 1er septembre 1923. Cet état s’est grandement amélioré, et si la reconstruction de nos divers postes détruits n’est pas terminée, cela tient uniquement aux règlements formulés par le « Bureau de reconstruction » chargé de réparer les ruines, d’en prévenir le retour ou du moins de les atténuer dans la mesure du possible. Sur ce point, le Bureau de reconstruction a été investi par le Gouvernement d’une autorité souveraine devant laquelle on n’a qu’à s’incliner. Les demandes, les réclamations d’un zèle trop impatient ne servent à rien, sinon qu’à indisposer les autorités chargées d’élaborer un plan d’ensemble et qui, dans tous les pays du monde, n’ont pas la réputation d’aller très vite en besogne. Le Japon ne fait pas exception à cette loi.
Pendant l’exercice dernier; trois églises ou chapelles ont été construites et livrées au culte : une à Asakusa (Tokyo), une à Kofu et une à Veda. L’église d’Asakusa, élevée sur les fondations de l’ancienne, n’a aucune prétention architecturale ; mais bien éclairée, plus vaste que l’ancienne à cause de l’absence de toute colonne, elle plaît aux fidèles. Le souvenir du tremblement de terre encore très vivace dans les esprits et la vue des ruines amoncelées suffiront encore pendant longtemps pour éteindre toute aspiration à une architecture gothique ou romane.
A Kofu, M. Beuve a réussi à transférer l’établissement de la mission catholique, d’un quartier excentrique de la ville à un endroit plus central et d’un accès plus facile. Le 29 novembre 1925, entouré de six missionnaires — parmi lesquels M. Droüart de Lezey, ancien titulaire du poste pendant seize ans — j’ai eu le plaisir de bénir la nouvelle et belle église qui remplace la modeste salle servant de chapelle dans l’ancien poste.
A Veda, ville de 40.000 habitants dans le district de M. Cesselin, l’Administration municipale, désireuse de récupérer la totalité de l’ancienne résidence du Daimyo, dont l’Etat avait pris une partie pour en faire une prison, nous demanda l’échange du terrain de la mission catholique contre un terrain d’égale étendue appartenant à la ville. Le Maire vint par deux fois à l’évêché pour traiter cette question, et on finit, après plus d’un an de pourparlers, par s’entendre. L’indemnité reçue pour plus-value du terrain et le transfert des constructions anciennes nous a permis de clore d’un mur en ciment armé le terrain nouvellement acquis, d’y bâtir à neuf une maison pour le catéchiste, un parloir pour les chrétiens, une petite chapelle pouvant contenir 130 à 140 chrétiens. La chrétienté est encore à l’état embryonnaire, mais les nombreux élèves tous païens, dont j’ai pu, grâce à la Sainte-Enfance et en les choisissant dans des familles honorables, surveiller et diriger l’éducation à Tokyo, nous aideront beaucoup. Presque tous sont devenus chrétiens ; plusieurs déjà ont amené des membres de leur famille à embrasser notre Religion.
Le jour de l’inauguration de l’église, nous avons eu une messe solennelle chantée par M. Candau ; M. Demangelle accompagnait à l’harmonium les chants liturgiques, exécutés par 25 élèves de Veda ou séminaristes de Tokyo. Le maire et sept conseillers municipaux assistèrent à la cérémonie et furent ravis de tout ce qu’ils voyaient et entendaient pour la première fois de leur vie. Ils me remercièrent vivement — et sincèrement, je le crois — du service insigne que la mission catholique avait rendu à la ville pour l’exécution de ses plans qui, sans nous, n’auraient pu se réaliser. A part moi, je remerciai le bon Dieu de nous avoir permis de remplacer par des constructions neuves et convenables, de vieilles maisons qui menaçaient ruine, et d’ériger une petite chapelle qui parle aux yeux des passants et attire souvent des visiteurs.
A Kamakura, la nouvelle chapelle, pour la construction de laquelle l’ancien titulaire du poste, M. Demangelle avait tant travaillé et quêté, est enfin terminée. Je vais la bénir dans quelques jours ; M. Houtin, titulaire actuel du poste, se hâte de terminer les dépendances.
A Tsukiji (Tokyo) M. Giraudias a commencé la construction de sa nouvelle église, aussi vaste que l’ancienne cathédrale bâtie par Mgr Osouf, mais qui n’a nullement la prétention de rappeler par son style ce petit bijou d’architecture. Il espère la terminer avant les fêtes de Pâques.
A Odawara, nous avions cru bon, après la destruction complète de nos petits établissements catholiques, de nous installer ailleurs dans le centre de la ville. Nous y avons choisi un terrain de même dimension sur lequel on a élevé les bâtisses nécessaires pour un début de poste, nous réservant de bâtir une chapelle avec les ressources provenant de la plus- value de l’ancien terrain. Ce terrain, depuis la construction du chemin de fer et de la gare voisine, était devenu partie du quartier gai et léger où affluent les voyageurs. Je viens de trouver acquéreur et je me propose de consacrer au printemps prochain le surplus du prix de la vente à l’érection d’une chapelle-église.
Il ne reste plus à Tokyo que le poste de Kanda à relever, et à Yokohama, celui de Wakabacho. Dans ce dernier, nous avions dépensé 7.000 yen pour exhausser d’un mètre le terrain, et nous nous proposions de bâtir une résidence pour le missionnaire et une église plus convenables que les constructions provisoires actuelles ; mais le Bureau de reconstruction qui a ses vues et n’a pas terminé ses plans, nous a arrêtés : on veut nous déplacer de quelque dix ou quinze mètres afin d’ouvrir de nouvelles routes ; force nous est d’attendre.
Il en est de même pour Kanda, à Tokyo. Les Sœurs de Saint-Paul après trois ans de pourparlers, démarches et tâtonnements, ont fini par acheter un nouveau terrain dans le voisinage des Marianistes. Elles vont bientôt commencer leurs nouvelles constructions qui ne seront finies qu’en juillet, et le missionnaire du poste, M. Cherel, ne pourra pas bâtir son église avant juillet, car le Bureau de reconstruction, pour ouvrir dans le quartier de nouvelles routes, prend une partie de notre terrain et nous repousse sur le terrain des Sœurs.
Ces détails fastidieux pourront faire comprendre la raison de certains retards : il faut être sur place, avoir affaire avec les autorités responsables pour bien la saisir et ne pas faire de méprise.
La Mission a pu acquérir à Omori un lot de terrain d’environ 1.500 mètres carrés pour en faire le siège d’une nouvelle paroisse. L’œuvre de M. Breton, école maternelle et siège de la nouvelle communauté, restera dans une maison mise gracieusement à sa disposition sur une petite colline. Le siège de la paroisse devait appartenir à la Mission, être accessible à toute heure et par n’importe quel temps aux fidèles qui habitent dans la plaine : Sa situation entre deux lignes de tramway qui relient Tokyo à Yokohama répond parfaitement à ce but et, de plus, son sort n’est plus lié à celui d’une œuvre, très utile et très recommandable sans doute, mais dont l’existence n’est pas nécessairement dépendante de la ville d’Omori.
Nous venons également de faire l’acquisition d’un lot de terrain d’environ un hectare et demi, pour en faire un cimetière uniquement réservé aux catholiques. Que de pourparlers, de palabres il a fallu faire pendant un an ! La question des cimetières catholiques est une des plus difficiles à résoudre : Les bonzes ayant le monopole des enterrements et des cimetières, là où il n’y a pas de cimetière public, il faut passer par leurs mains, leur ministère pour enterrer nos morts. Quelques-uns sont de bonne composition et laissent faire, contre rémunération cela va sans dire, mais du moins laissent faire ; d’autres veulent absolument faire la cérémonie « buddhistico more », ce que nous ne voulons pas permettre. Je connais un missionnaire qui a dû faire porter le corps d’un défunt catholique à soixante kilomètres, afin de pouvoir l’enterrer dans son cimetière catholique. De plus, on parle de transférer tous les cimetières de Tokyo en dehors de la ville.
Notre nouvelle acquisition est à environ vingt kilomètres de Tokyo. A la longue, nous arriverons à centraliser dans ce nouveau cimetière catholique tous les enterrements des 8 à 10 paroisses de Tokyo et ses environs. Actuellement, dans l’arrondissement de Tokyo, en dehors de la ville, aucun défunt catholique ne peut être enterré sans la bonne volonté d’un bonze qui consente à céder un petit coin dans son cimetière.

Je voudrais parler de chaque poste en particulier, mais chaque confrère se montre très avare de sa prose et donne peu ou point de détails.
Je ne veux et ne puis passer sous silence le bien opéré à tous les points de vue par nos auxiliaires qui se dévouent aux œuvres d’éducation et de bienfaisance. Dans toutes ces maisons, le travail sérieux et profond qui se fait au point de vue de l’évangélisation a une portée immense. Beaucoup des baptêmes enregistrés sont dus à ce travail. Il est impossible que les PP. Jésuites, les Religieux Marianistes, les Sœurs de Saint-Paul, les Dames de Saint-Maur et du Sacré-Cœur dont le nombre s’élève à plus de 200, avec leurs 29 écoles comptant plus de 7.000 élèves, n’exercent pas une influence profonde sur les jeunes intelligences qui leur sont confiées et ne les disposent pas à embrasser un jour ou l’autre notre sainte Religion.
Je ne puis que me féliciter du zèle et du bon esprit de tous les ouvriers apostoliques qui, chacun dans sa sphère, ont travaillé à l’œuvre commune. La vie est dure, pénible pour plusieurs, dans l’isolement de la province comme dans le brouhaha des grandes villes. Que de mécomptes, d’illusions envolées ! Mais aussi, Dieu toujours bon vient bientôt consoler ses ouvriers et leur ouvrir de nouveaux espoirs. Nos progrès ne sont pas très rapides ; mais on sent de jour en jour qu’il y a quelque chose de changé au Japon et que les jours sont peut-être proches où la récolte sera plus abondante ».



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