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Rapport annuel des évêques

Année: 1927
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr Hutt

IV. ─ Hakodaté

Population catholique 2.972
Baptêmes d’adultes 146
Baptêmes d’enfants de païens 165
Conversions d’hérétiques 3


M. Hutt, Vicaire capitulaire, nous écrit : « Pour la première fois depuis la fondation de la Mission de Hakodaté, la plume alerte de Mgr Berlioz ne paraîtra pas au compte rendu. Après un apostolat dont la durée dépasse le demi-siècle, Sa Grandeur jugea que l’heure du repos avait sonné pour elle. Sentant ses forces décliner, elle adressa pour la troisième fois la demande d’être déchargée de l’administration du diocèse.
A la date du 25 juillet qui ramenait le 36e anniversaire de son sacre, le Saint Père voulut bien condescendre à cette requête et permettre à Mgr Berlioz de réaliser son légitime désir de repos et de tranquillité. Toutefois, l’intention du Souverain Pontife était que Monseigneur conservât pendant la vacance du Siège l’administration du diocèse. C’était encore trop demander au vénéré Pasteur qui, pendant de longues années, s’était dépensé corps et âme au salut de son troupeau. Au début du printemps dernier, un fort accès de grippe avait obligé que Monseigneur à s’aliter. Bien que la maladie n’eût point la gravité que nous redoutions, elle laissa des suites que sa robuste constitution ne parvint pas à surmonter : Vertiges fréquents, absences de mémoire et autres symptômes déterminèrent Sa Grandeur à prendre une décision décision désirée depuis quelques années. Elle jeta son dévolu sur Nazareth, « revenant, suivant son expression, à son point de départ. » On sait que Hong-kong vit les prémices de son ministère.

En dehors de ce fait capital, dont la gravité n’est pas sans affecter tout le personnel de la Mission, l’année qui vient de s’écouler fera époque par les événements qui se sont déroulés.
Le 29 avril dernier, M. Jacquet, Vicaire général depuis plus de trente ans, comptent lui-même quarante-six années de bons et loyaux services que nul repos n’avait interrompus, succombait à une crise d’urémie. Sa disparition fut-elle sans influence sur la détermination de monseigneur ? Il serait difficile de le nier.
Entre-temps nous avions appris que Mgr Chambon, qui fut longtemps l’un des nôtres, se voyait élevé à l’épiscopat et devait prendre la succession de Mgr Rey, archevêque de Tokyo.
Quelques mois plus tard, une dépêche de S. E. Mgr Giardini, délégué du Saint-Siège au Japon, apportait la nouvelle de l’élection de Mgr Hayasaka à l’évêché de Nagasaki. Mgr Hayasaka appartenait encore à notre diocèse !
Depuis l’époque fort lointaine où Jimmu Tenno s’efforça d’établir sa domination sur l’archipel japonais, aucun de ses compatriotes n’avait été appelé à l’épiscopat. A l’Eglise du Japon, par ailleurs riche en vertus et en héroïsme, la persécution n’avait pas laissé le temps de créer des évêques, et il est donné au nouvel élu d’en ouvrir la lignée.
Originaire de Sendai, Mgr Hayasaka fut l’élève du P. Chambon dont il devait devenir plus tard le vicaire à la cathédrale de Hakodaté ; et cela, jusqu’au jour où l’ordre de mobilisation venait arracher le curé à ses pacifiques fonctions, pour le transplanter sur les champs de bataille de la meuse.
Le Diocèse tout entier s’unit pour leur offrir à tous deux le souhait habituel : Longévité et prospérité. Quant à la chrétienté japonaise, elle manifeste une joie qui touche au délire de voir un de ses membres promu à l’épiscopat. Cette joie se trouve entièrement partagée par la partie éclairée de la nation ; la presse de tous les partis est unanime pour prodiguer ses louanges au nouvel élu.
A Mgr Chambon il fallait un successeur au Conseil central. Désigné pour ce poste, M. Montagu quittait Sendai le 16 août et gagnait Paris par la voie sibérienne.
Ces événements ont ouvert bien des vides dans nos rangs. S’il faut que les honneurs se paient, nous espérons cependant que la note à payer ne restera pas trop élevée.
En attendant que la Société nous aide à supporter les sacrifices que la Mission de Hakodaté a bien voulu consentir à la cause commune, les mesures indispensables ont été prises. Plusieurs mois avant sa mort, M. Jacquet recevait l’aide de M. Deffrennes qui, sans tarder, prit en mains l’administration de l’importante paroisse de Sendai, du lycée de jeunes filles et de toutes les œuvres annexes. M. Corgier quittait Sanbongi pour remplace M. Montagu. Sur ce nouveau terrain d’action, ce cher confrère pourra déployer son zèle en faveur des jeunes étudiants qui abondent dans cette partie de la ville. Pour atteindre cette partie intéressante de la population, celle qui nous fournit des catéchumènes, il n’aura qu’à laisser parler son cœur qui le porte tout naturellement vers la jeunesse instruite et les éducateurs de la société future.
La nécessité forçant à faire la part du feu, M. Anchen se voit adjoindre la chrétienté de Sanbongi. C’est beaucoup pour ce confrère déjà chargé d’un district aussi vaste que pénible, en même temps que du poste de Hachinohé ; mais on peut être assuré qu’il y déploiera les ressources qui lui inspireront son zèle et sa bonne volonté. Dans le même ordre de choses, M. Dôi partage son temps entre Ichinoseki et Kisennuma, pendant que M. Hayasaka minor voit arrondir son district des chrétientés de Nagano, Ogawara, en remplacement de M. Maugenre, appelé lui-même à la succession de M. Deffrennes à la procure et à la paroisse de Hakodaté-Kaméda. Toutes ces mesures n’étant que des pis-aller, il est à souhaiter que chaque poste retrouve son titulaire d’autrefois.
Pendant qu’à Hirosaki, M. Favier se débat contre la propagande protestante qui depuis longtemps jeta son dévolu sur cette ville et voulut en faire son fief, M. Mathon que nous trouvons à Aomori, commence à recueillir la moisson semée par ses prédécesseurs. Sur ce sol longtemps ingrat, notre confrère se réjouit des catéchumènes qui se présentent, comme de la ferveur qui se trouve en raison inverse de la température.
Morioka, sous la direction de M. Dossier, apporte chaque année un sérieux bilan de baptêmes. Tout en se plaignant de la « bougeotte » dont ses néophytes paraissent atteints, le missionnaire n’en continue pas moins son travail avec ardeur. Il s’en voit récompensé par l’attachement de ses ouailles, attachement qui profite de toutes les circonstances pour se mainfester. Il en eut une preuve l’an passé, à l’occasion de ses noces d’argent qui furent célébrées d’une façon quasi princière.
Le département de Fukushima Ken, qui au sud forme la frontière du diocèse, compte les cinq résidences de Fukushima, Kotiyama, Shirakawa, Wakamatsu et Taira. Cette dernière, de formation récente, avait été confiée à M. Hayasaka major. Dans la région, centre minier important du Nippon, une petite colonie de descendants d’anciens chrétiens promettait de former le noyau d’une chrétienté qui avait les promesses d’avenir. Le départ de Mgr Hayasaka ramène la question à son point de départ. En attendant une solution définitive, M. Corgier veut bien la visiter. Au chef-lieu du département, à Fukushima, M. Pouget, qui s’y trouve depuis bientôt deux ans, a cherché par les relations qu’il s’est créées, à jeter les fondements d’une station qui ne saurait manquer de devenir prospère. Il y est aidé par un groupe de fidèles qui, à défaut du nombre, montrent une ferveur et une générosité appréciables.
De son côté, M. Lafon, titulaire de Kotiyama, se plaint de ce que les fidèles n’apportent pas toujours la souplesse désirable. Plus de bonne volonté de leur part encouragerait les catéchumènes qui se présentent.
Parmi les épis glanés à Shirakawa, M. Dalibert nous cite le cas d’une pauvresse qui dut le salut à l’excès de sa misère. Mariée à un païen à qui les charges de famille ne pesaient pas lourd, cette personne se voyait obligée, pour nourrir ses cinq enfants, de se livrer à un travail au-dessus de ses forces. Le hasard l’amena à s’engager à la Mission pour un ouvrage urgent. C’était là que la Grâce l’attendait. Mettant à profit les moments de répit qui lui étaient accordés, elle prenait plaisir à entendre parler de Notre-Seigneur et de son divin enseignement. C’était pour elle une révélation ; il n’y a pas de doute qu’elle eût poursuivi son instruction et eût fait partager son intention à sa famille tout entière, mais la maladie la terrassa. Visitée par la catéchiste, elle lui demanda s’il ne lui serait pas possible d’être admise au baptême. Le jour même où elle fut régénérée, elle fit une mort de prédestinée.
M. Marion se présente avec une gerbe de 23 baptêmes in articulo mortis. Sa chrétienté de Wakamatsu lui donne satisfaction. Dans ce milieu considéré à tort ou à raison comme arriéré, les Japonais ont gardé leurs traditions d’honneur et de fidélité qui poussèrent leurs ancêtres à se sacrifier pour la cause de leur seigneur et maître. Mis en suspicion pour ce fait, nombre d’entre eux se montrèrent disposés à recevoir les consolations religieuses. Aussi, dès la première heure, Wakamatsu compta un groupe important de fervents catholiques.

Au delà du détroit qui sépare le Nippon du Hokkaidô, nous trouvons les trois chrétientés de Motomachi, Kaméda et Tobetsu. Sur ce coin de terre travaillé depuis longtemps déjà le catholicisme est sorti des catacombes pour paraître au grand jour. Les catéchumènes se font de plus en plus nombreux ; les fidèles, soit par leur zèle, soit par l’attachement qu’ils témoignent à notre sainte Religion, font la joie et la consolation des missionnaires chargés de les diriger. Dans la région, le catholicisme tient le haut du pavé, surtout si on le compare aux sectes dissidentes. Cette situation privilégiée, il la doit sans doute au voisinage des deux trappes dont la renommée s’est étendue à tout l’empire, aux œuvres prospères des Sœurs de Saint-Paul qui, l’an prochain, vont fêter le cinquantième anniversaire de leur présence dans la ville ; mais il est hors de doute que les chrétientés elles-mêmes, les sanctuaires établis ne sont pas étrangers à cet état de choses.
A l’heure présente, les Sœurs de Saint-Paul élèvent un lycée de jeunes filles qui, joint à l’école actuelle, pourra abriter une population scolaire de 6 à 700 élèves, les religieuses cisterciennes ont pris possession de leur nouveau monastère, à la date du 5 juillet ; leur nombre est de 76 professes, novices ou postulantes.
De leur côté, les trappistes, après avoir envoyé vingt des leurs essaimer au Kyushyu, atteignent la cinquantaine.
Enfin, à Kaméda, les Dames de Saint-Maur ont jeté les fondations d’un hôpital et s’occupent aussi de la création d’une communauté de Sœurs Catéchistes indigènes. »


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