| Année: |
1927 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Thiry |
II. ─ Nagasaki.
Population catholique 63.698
Baptêmes d’adultes 330
Baptêmes d’enfants de païens 376
Conversions d’hérétiques 4
C’est la dernière fois que le diocèse de Nagasaki occupe un chapitre dans le compte-rendu annuel des travaux de notre Société. Rome a jugé que, dans ce diocèse, nos missionnaires ont mené leur œuvre à bonne fin.
Exécutant à la lettre, c’est-à-dire « avec joie », l’article de notre Règlement qui marque le but capital de notre action en Extrême-Orient, nos confrères de Nagasaki vont donc continuer ou même recommencer leur œuvre dans la partie moins évangélisée de leur champ d’apostolat, que le Saint-Siège a érigèe en diocèse distinct de Fukuoka, avec Mgr Thiry comme premier évêque.
Vicaire capitulaire du diocèse de Nagasaki depuis la mort de Mgr Combaz, Mgr de Fukuoka nous adresse ce dernier compte rendu du diocèse pour adresse ce dernier compte rendu du diocèse pour l’exercice 1926-1927.
« Décidément, écrit Sa Grandeur, de Japon ne fait les choses que grandement et rapidement. Après avoir conservé la foi catholique pendant 250 ans prêtres, 60 ans lui ont suffi, après la première arrivée de nouveaux missionnaires, pour se donner un épiscopat. Tout en reconnaissant que Dieu seul mesure la part de chacun dans l’accomplissement d’une œuvre si importante, il n’y a pas, je crois, de sot orgueil à proclamer la gloire qui en revient aux missionnaires qui ont travaillé à la formation du clergé japonais et à la Société à laquelle ils appartiennent. »
M. Thiry nous donne ensuite une monographie complète et intéressante du diocèse de Nagasaki, depuis les prédications de S. François Xavier jusqu’à nos jours. Le cadre trop restreint de ce compte rendu ne nous permet pas de la reproduire ici ; nous voulons cependant retenir ce qui concerne l’œuvre du clergé indigène : cela peut être utile à ceux qui, planant au-dessus des contingences, recherchent, dans l’histoire des Missions, moins ce qui a été fait que ce qu’on aurait dû faire, ou plutôt prêtent moins d’attention à ce qu’on a pu qu’à ce qu’on aurait dû faire.
« Au lendemain même (1865) de la découverte des chrétiens descendants des martyrs du XVIe siècle, tandis que les missionnaires ne peuvent avoir avec eux que des relations clandestines et sont confinés dans la concession accordée à la faveur des traités, Mgr Petitjean s’entoure, sous le nom de serviteurs, d’un certain nombre de jeunes chrétiens intelligents dont il confie l’instruction à M. Laucaigne. Un peu plus tard, M. Cousin réunit en secret une dizaine d’élèves et leur enseigne avec la doctrine chrétienne les premiers éléments de la langue latine.
En 1868, lorsque se lève le vent de la persécution, non sans grand péril car la police veille, maître et élèves s’embarquent pour Penang. Un survivant de ce premier contingent, le P. Ariyasu, est encore parmi nous.
En 1870, au plus fort de la tempête qui menace d’anéantir encore tous les vestiges survivants du nom chrétien, M. Laucaigne emmène avec lui treize nouvelles recrues, à Shanghai, puis à Hongkong et enfin à Canton. La maladie les visite tous ; quatre meurent ; les autres ne guérissent que lentement. Ils reviennent au Japon, une ère de tolérance ayant succédé à la persécution. De ce deuxième contingent survit encore le P. Honda, curé d’Imamura.
Avant leur retour, Mgr Petitjean avait établi un séminaire à Tokio et y avait groupé un certain nombre d’enfants et de jeunes gens. En 1874, un autre séminaire est fendé à Nagasaki ; les deux séminaires comptent en tout 70 élèves. Cette même année, trois séminaristes sont reçus dans la cléricature.
En 1879, un autre séminaire est fondé à Osaka avec 8 élèves ; il ne subsiste que quatre ans, jusqu’en 1882, où les séminaristes sont joints à ceux de Nagasaki. En 1881, Mgr Petitjean confrère à trois théologiens le sous-diaconat et en 1882, le sacerdoce. Ces trois nouyeaux prêtres étaient parmi les dix conduits par M. Cousin à Penang. De ces dix, quatre étaient morts au collège, trois autres n’avaient pas continué leurs études.
A la mort de Mgr Petitjean (1884), le séminaire de Nagasaki était sous la direction de M. Bonne, supérieur ─ devenu archevêque de Tokio ─ et de MM. Combaz ─ mort cette année évêque de Nagasaki ─ Tissier et Takaki ─ jeune prêtre japonais ─ 70 élèves étaient ainsi répartis : 6 minorés en théologie ; 7 en philosophie et 57 autres dans six cours inférieurs.
Les successeurs de Mgr Petitjean, Mgr Cousin et Mgr Combaz continuèrent de donner tous leurs soins à cette œuvre du séminaire à laquelle ils s’étaient consacrés durant leur vie de simple missionnaire.
Avant de mourir, Mgr Combaz a eu la consolation de bénir un nouvel établissement construit en ciment armé sur une colline d’Urakami, pourvu de tout le confort moderne et pouvant contenir une centaine de séminaristes.
Depuis sa fondation en 1874, le séminaire de Nagasaki a abrité 288 élèves dont 63 sont arrivés au sacerdoce. Actuellement il comprend 71 élèves, dont 8 théologiens, 9 philosophes et 54 latinistes, et 6 professeurs, dont 3 prêtres japonais. »
« Le nouveau diocèse de Nagasaki, continue Mgr Thiry, compte 52.623 chrétiens, répartis en 12 grands districts comprenant 140 chrétientés, avec 120 églises ou chapelles desservies actuellement par 28 prêtres, dont 20 prêtres japonais, 8 missionnaires et plus de 500 catéchistes.
La vie chrétienne y est très intense. Les fidèles assistent régulièrement à la messe, les dimanches et fêtes d’obligation et, dans les îles, beaucoup s’imposent des voyages de plusieurs lieues, en bateau, pour pouvoir y assister ; ceux qui ne peuvent avoir la présence du prêtre se réunissent à l’église de la paroisse pour réciter des prières. Tous, à très peu d’exceptions près, remplissent le devoir de la confession et de la communion annuelles. Les petits enfants communient dès l’âge de six ou sept ans et se préparent, par plusieurs années de catéchisme, à la première communion solennelle vers l’âge de onze ou douze ans.
Dans certaines parties des Goto, à Hirado et à Urakami, les « Vierges indigènes » ou « Amantes de la Croix » sont d’un grand secours pour l’instruction religieuse des femmes et des enfants ; tous les missionnaires n’ont qu’à se louer de leur dévouement. M. Bois, à Hirado, a le précieux avantage de posséder 3 communautés de ces « Amantes de la Croix ». Sur les 57 membres de ces communautés, une vingtaine au moins remplissent le rôle de catéchistes dans leurs villages respectifs ; dans ce nombre, cinq ont fait leurs études au lycée ce qui leur donne droit au diplôme d’institutrices ; en vue de préparer des baptêmes de païens, deux ont été envoyées suivre les cours d’infirmières et de sages-femmes à l’hôpital départemental de Kumamoto.
Voici ce qu’écrit M. Fressenon, de sa paroisse d’Akunoura à Nagasaki : « La vie paroissiale a pris une forme pratique et concrète, dans le développement accentué de l’Association catholique des jeunes gens. Les débuts avaient été un peu difficiles… Plusieurs n’avaient vu en elle qu’une association de jeunes gens catholiques, plutôt qu’une association catholique de jeunes gens. De là quelques écarts dans la direction ; mais les points mal compris mieux expliqués, l’association a pris un nouvel essor vers le but auquel elle doit tendre : bien connaître la religion, la bien pratiquer et entraîner les camarades par le bon exemple. Un petit bulletin mensuel, dont ils sont eux-mêmes mes rédacteurs, distribue depuis peu la bonne semence dans les familles. »
Pour la première fois depuis plus de deux cents ans, dans la ville d’Urakami, sur un parcours de plus kilomètre allant de l’église au séminaire, s’est déroulée cette année la procession solennelle du Saint-Sacrement sous le regard bienveillant de la police et des païens curieux. Une vingtaine de prêtres faisaient escorte ; le dais était porté par les Frères de Marie et les Conseillers de fabrique des quatre paroisses de la ville, et plus de 10.000 fidèles suivaient le cortège. On en gardera longtemps le souvenir à Urakami et à Nagasaki.
Après la découverte des anciens chrétiens, et dès que les missionnaires munis de passeports purent circuler à l’intérieur, plusieurs d’entre eux partirent à la conquête du vaste champ qui leur tait ouvert. Les postes de Kumamoto, Fukuoka, Kokura, Nakatsu, Kagoshima… furent ainsi successivement fondés, si bien que vers la fin du siècle dernier, les missionnaires se trouvaient établis dans toutes les principales villes de la Mission.
Actuellement, les trois départements de Saga, Kumamoto, Fukuoka qui vont former notre nouveau diocèse comptent environ 7.000 chrétiens répartis dans 40 chrétientés, avec quatre églises seulement ; les autres postes n’ont qu’une petite chapelle, ou même une simple chambre réservée au culte dans la maison du missionnaire. Ces divers postes étaient desservis par 13 prêtres dont 10 missionnaires de notre société et 3 prêtres japonais.
De Fukuoka, M. Joly écrit qu’il a été empêché par la maladie de conduire à bon terme les conversions qui s’annonçaient bien. Notre confrère s’est gagné des sympathies dans la haute classe intellectuelle des universités. « Sans en faire des adeptes, écrit-il, j’en fais plus que des amis de notre sainte Religion. » La Providence qui vient de mettre le siège de l’évêché dans cette ville a voulu sans doute faire profiter la nouvelle fondation de cette atmosphère favorable et tout fait espérer que le travail de notre confrère en profitera.
La paroisse de Imamura confiée à M. Honda, prêtre japonais aidé d’un jeune confrère de la dernière ordination, compte 1.773 chrétiens. C’est une paroisse de vieux chrétiens qui rappelle les bonnes paroisses du diocèse de Nagasaki ; elle fera oublier au curé futur les peines de la séparation. Deux prêtres sont sortis d’Imamura, ainsi que trois séminaristes et plusieurs religieuses. Les baptiseuses ont ouvert le ciel à vingt petits moribonds.
Le district de Kurume compte 445 chrétiens répartis dans les villes de Omuta et Yanagawa. M. Raoult, au prix de bien des tracas a pu finir une église en briques et ciment, pouvant contenir 350 personnes. Il enregistre, cette année, 6 baptêmes. Une école et une œuvre de religieuses l’aideraient puissamment.
A Kokura, dont le district comprend plus de 700 chrétiens, M. Bertrand demande de l’aide à grands cris, et avec raison, car ses chrétiens dispersés dans les grandes villes industrielles des environs se trouvent trop isolés et ont trop de difficultés pour assister à la messe, même le dimanche. Il enregistre 6 baptêmes d’adultes. C’est là que devra porter le premier effort du nouveau diocèse ; non seulement un poste, mais plusieurs postes créés dans cette agglomération pourront devenir facilement des centres d’apostolat.
Le poste de Moji avec ses 174 chrétiens a été détaché de Kokura depuis quelques années seulement. M. Martin voit son troupeau s’augmenter chaque année, surtout par l’arrivée de chrétiens de Nagasaki qui viennent chercher du travail dans ce coin prospère du Kyushu. Il espère bien que l’année prochaine Moji possédera une chapelle convenable qui donnera une impulsion sérieuse à la vie religieuse de la chrétienté.
Dans la grande île de Amakusa, autrefois toute chrétienne, M. Garnier, chargé d’ans et de mérites, a le soin de 1277 chrétiens répartis dans deux paroisses principales, et dont un grand nombre ont reçu le baptême de ses mains durant ses trente années d’apostolat dans cette île. La fondation du diocèse de Fukuoka va permettre, espère-t-il, de lui donner un aide dont il a grand besoin. Par ses soins, une petite résidence est déjà prête dans la seconde de ses paroisses. Il a cueilli 9 baptêmes d’adultes.
Dans la grande ville de Kumamoto, M. Frédéric Bois se trouve en face d’une armée de bonzes et d’une nuée de protestants qui ont, dans la ville même, dix temples, sans compter une quinzaine d’autres dans les principales agglomérations du district, le tout soutenu par un lycée et deux écoles secondaires de filles 20 baptêmes d’adultes ont été la récompense de son zèle et aussi la ferveur de ses chrétiens très fidèles à fréquenter les sacrements et à assister à la messe le dimanche.
A Kumamoto, les Sœurs du Saint Enfant Jésus de Chauffailles ont une école supérieure avec 300 élèves, une école maternelle et une professionnelle, un orphelinat et un hôpital, œuvres qui nous permettent de lutter quelque peu avec les protestants : « Ah ! si nous avions leurs ressources, écrit M. Blois, quel bien ne ferions-nous pas ! »
Dans les environs de Kumamoto, nous avons un hôpital de lépreux si nombreux dans ces parages, confié aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Leur œuvre comprend une léproserie avec 83 lépreux, un asile de vieillards, un dispensaire, un orphelinat et un ouvroir ; M. Bulteau, prêtre du diocèse de Lille, en est l’aumônier très dévoué. Par ses soins, le plus grand nombre des hospitalisés, pour ne pas dire tous, terminent leur vie si misérable dans des sentiments édifiants et dignes d’admiration. Cette maison nous donne une gerbe de 27 baptêmes d’adultes et de 42 d’enfants de païens.
En descendant un peu vers le Sub, nous trouvons la ville de Yatsuchiro, avec 180 chrétiens sous la garde de M. Lemarié. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres y ont une école supérieure avec 298 élèves des meilleures familles de la ville, un hôpital, un dispensaire, un ouvroir et un orphelinat 26 baptêmes d’adultes et 21 d’enfants de païens.
En remontant le Kumagawa, nous arrivons à Hitoyoshi dont les 206 chrétiens sont confiés au prêtre japonais, M. Wakida, au zèle ardent et aux discours enflammés. Il cherche par le moyen d’une petite revue, à faire parvenir, non seulement chez les chrétiens mais aussi chez les païens, la parole de vérité, et il y réussit « d’une façon encourageante » dit-il. Sa revue qui ne date que de deux à trois ans tire déjà à 1.500 exemplaires. Les Sœurs Franciscaines y ont un orphelinat, un ouvroir et une salle d’asile qui leur permettent d’étendre avantageusement leurs relations… Leur zèle et celui des chrétiens ont été récompensés par 14 baptêmes d’adultes et 38 d’enfants de païens.
En revenant sur nos pas, nous trouvons M. Brenguier à Saga, chef-lieu de préfecture, avec 328 chrétiens. Notre confrère, arrivé tout récemment dans ce poste, en est encore aux aménagements matériels car il l’a trouvé d’un aspect lamentable. Après trois mois à peine de séjour, il nous donne trois baptêmes d’adultes.
Enfin, tout au nord et touchant presque à Hirado, nous trouvons l’île de Madara avec ses 973 chrétiens confiés aux bons soins de M. Breton. Ce sont encore des descendants des vieux chrétiens qui, malgré leur pauvreté, gardent fidèlement les lois de Dieu et de l’Eglise et aiment leur missionnaire comme leur père et le représentant de Dieu.
Telle est, dans cette seconde partie de mon compte rendu, la revue trop succincte de notre nouveau diocèse de Fukuoka. Nous recommencerons là ce qui a été si bien achevé à Nagasaki. Que Dieu nous aide ! »
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