| Année: |
1907 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
V. — Laos
Population catholique 11.544
Baptêmes d’adultes 267
Baptêmes d’enfants de païens 26
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Cette année, Mgr Cuaz, vicaire apostolique du Laos, entouré de tous ses missionnaires réunis pour la retraite, a célébré le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de sa mission. MM. Prodhomme et Guégo, les deux ouvriers de la première heure, ont été tout particu-lièrement fêtés par leurs confrères. Le Souverain Pontife, sur la demande de Son Éminence le Cardinal Préfet de la Propagande, a envoyé la bénédiction apostolique aux deux fondateurs, à l’évêque, aux missionnaires, aux séminaristes, aux catéchistes, aux religieuses, aux chrétiens et aux catéchumènes. Elle a été reçue avec des transports de joie et une très vive reconnaissance pour le Père commun des fidèles, dont le nom est si béni de tous. Les missionnaires y ont puisé la consolation et le réconfort dont ils ont besoin pour reprendre leur labeur quotidien, qui ne s’accomplit, comme toutes les œuvres de Dieu, qu’au milieu des croix et des obstacles de tous les genres.
Comme bouquet commémoratif de cette fête, et surtout pour fournir des éléments à l’histoire future de la mission du Laos, Mgr Cuaz donne, dans le rapport de cette année, le précis des événements qui s’y sont succédé et des fondations de districts ou d’annexes érigés pendant ce premier quart de siècle de son existence.
C’est le 2 janvier 1881, écrit Monseigneur, que M. Prodhomme, comptant alors sept ans de mission au Bas-Siam, et M. Guégo, nouvellement arrivé, furent officiellement désignés par Mgr Vey, évêque de Géraza, vicaire apostolique du Siam, pour faire un voyage d’exploration au Grand Laos.
« Le 19 du même mois, les deux missionnaires faisaient leurs adieux à Sa Grandeur et se mettaient en route avec une petite caravane. Le but qu’ils avaient à atteindre était Oubon, en passant par Juthia, Khôrat, Xonnabot, Khonken et Kalassim, comme principaux points de repère.
« A Hua-Keng, ils se procurèrent quelques bœufs porteurs et des chevaux. A Khôrat, des chars à bœufs remplacèrent tout le premier équipage, et, étape par étape, la caravane apostolique atteignit Oubon-raxathani (ville des nénuphars), capitale du Laos méridional, le dimanche de Quasimodo, 24 avril de l’année 1881.
« Pour pouvoir mieux les surveiller peut-être, les mandarins firent faire aux missionnaires un logis dans le prétoire même, que l’on divisa en deux par une cloison de bambous, afin d’en laisser une partie libre pour le tribunal et l’exercice de la justice.
« Ce séjour et cet entourage, tout pénibles qu’ils fussent pour la nature, étaient vraiment providentiels. Car nos deux confrères apprirent là, encore mieux que dans une école de droit, les lois et la jurisprudence, ainsi que les coutumes et les usages du pays, la moralité et la mentalité des Laotiens nobles et roturiers.
« Vers la fin du mois de juin, ils eurent le bonheur de délivrer 18 personnes, emmenées en esclavage par des Birmans. Ce fut le premier noyau de catéchumènes, que les Pères aidèrent à s’installer dans les environs.
« Les missionnaires ne pouvaient cependant pas rester indéfiniment dans cette arrière-chambre du tribunal. Mais était-il à propos de s’établir à Oubon, et leur accorderait-on pour cela les autorisations nécessaires ? Telle était la grosse question qu’ils se posaient avec anxiété.
« Les mandarins consentirent enfin à leur céder, au haut de la ville, un terrain, réputé hanté par les « phis » ou génies malfaisants, mais ces phis n’étaient autres que la fièvre. Tout le petit personnel de la caravane, aidé par les catéchumènes, se mit au travail de défrichement. Une petite maison d’occasion fut achetée et transportée sur ce terrain, et, le 17 octobre 1881, avait lieu la première installation à Bung-Kathéo, où se trouve encore actuellement le centre du beau district d’Oubon, mais avec une église en briques, un spacieux presbytère, couvent et orphelinat, etc., le tout formant un village chrétien de fort bonne apparence.
« Dès les débuts, les alertes et les attaques des Birmans ne manquèrent pas. La bonne Providence veillait, et elle protégea bien visiblement les missionnaires et les catéchumènes, qui l’invoquaient d’ailleurs de tout cœur.
« M. Prodhomme reprit alors le chemin de Bangkok, pour aller mettre Mgr Vey au courant de ce qui s’était passé, tandis que M. Guégo préparait les catéchumènes au baptême. Le 13 mars 1882 M. Prodhomme était de retour, accompagné du P. Clément, prêtre siamois, ancien élève de Pinang. L’instruction des catéchumènes fut continuée activement, et le 15 août les premiers néophytes du Laos recevaient le sacrement de la régénération baptismale.
« A son second voyage à Bangkok, M. Prodhomme obtint un nouvel auxiliaire, M. Rondel, avec lequel il arriva à Oubon le 5 avril 1883. Le 23 du même mois, ces deux confrères quittaient Oubon pour tenter vers Lakhon, Nongkhai et Vieny-chan, sur le Ménam-khong, une excursion apostolique, qui dura jusqu’au 2 octobre. En redescendant du nord, ils eurent la consolation d’administrer le baptême à 13 descendants de Tonkinois chrétiens, de régulariser quatre mariages (14 septembre 1883) et de délivrer, de l’esclavage illégal ou de la traite, une cinquantaine de personnes, qui allèrent grossir le noyau d’Oubon.
« En avril 1884, M. Dabin vint, du Siam, remplacer au Laos M. Rondel fatigué, et fut chargé du poste d’Oubon, avec le P. Clément comme vicaire. Quant à MM. Prodhomme et Guégo, ils remontèrent vers le nord fonder les postes chrétiens de Lakhon et de Sakon (mai-juin 1884).
« Ces deux nouvelles chrétientés furent respectivement transférées, Sakon à Tharé en octobre 1884, et Lakhon à Kham-kom, en janvier 1885, afin d’éviter aux catéchumènes et aux néophytes les molestations des mandarins et des païens.
« Entre temps, pendant que M. Guégo administrait les deux provinces de Lakhon et de Sakon, M. Prodhomme effectuait un quatrième voyage à Bangkok et revenait, vers fin mars 1885, avec M. Combourieu, qui fut bientôt chargé de Tharé. M. Guégo gardait la direction de Kham-kom.
« Trois centres d’évangélisation étaient dès lors formés : l’un à Oubon, dans le sud ; un second à Tharé, sur les bords du lac de Nong-han (province de Sakon) dans l’ouest ; un troisième enfin à Kham-kom, à proximité du Ménam-khong, dans la province de Lakhon.
« De ces trois centres, comme de trois foyers, l’étincelle de la foi alla gagner les alentours et fit surgir de nombreuses stations chrétiennes, dont plusieurs sont aujourd’hui des chefs-lieux de districts (1).
« En 1895, M. Rondel et le P. Athanase quittèrent Kham-kom, pour aller fonder Nong-khai, mais cette station fut, dès l’année suivante, transférée par M. Contet à Muang-khuk, dans le bief de Vieng-chan. Enfin, en 1905 encore, M. Anthelme Excoffon fut détaché de Sieng-jun, pour aller fonder une station à Khôrat avec M. Perroudon.
(1) C’est ainsi que le centre d’Oubon fonda successivement les stations de Ban-dun en 1885, de Ban-bua et de Vang-kang-rung vers 1889, de Sithan et de Sésong en 1891 et de Ban-uet en 1895.
« En cette même année 1895, M. Couasnon quitta Oubon pour aller fonder de toutes pièces la station de Bassac ou Champasak, sur le Mékhong. Bassac fonda à son tour les annexes de Tha-teng et de Huei-jang en 1897 et donna lieu à la création de Ban-khampeng, chez les Khas, en 1905.
« Le centre de Tharé (Sakon) fonda les stations de Chan-phen en janvier 1888, de Xang-ming, Nong-dôk, Na-kham et Na-phô dans le courant de la même année, de Kut-chok et Ban-bua en 1889, de Phôn-sung en 1892, de Thung-mon en 1893.
« Le centre de Kham-kom (Lakhon) fonda les stations de Don-dôn en 1886, de Sieng-jun, de Na-lat-khuai, de Kham-thao, de Don-mun-khuai, de Pak-bang-hieng, de Song-khon, de Pong-kiu, Dong-mak-ba et Bang-hua-na, chez les Sô, en 1887. C’est cette dernière station qui créa Paksan en 1893, et Paksan, à son tour, fonda Nong-bua-ri en 1894.
« Kham-kom fonda encore Na-nai, Na-thon et Kut-sim en 1890-1891, Mu’ang-hac ou Ban-sunang en 1894. »
« J’ai à dessein omis de citer tous les autres groupes, qui après avoir donné leurs noms comme catéchumènes et même étudié, n’ont pas persévéré.
« Comme on l’a vu, c’est dans les années 1887-1888-1889, que se produisit le plus grand mouvement de conversions, à cause soit de la famine, soit de la traite, soit de la tyrannie des mandarins, dont Dieu se servit, comme d’une grâce impulsive, pour amener les âmes laotiennes à la véritable religion. Malheureusement, les missionnaires et les catéchistes étaient en nombre insuffisant. Les villages qui demandaient en masse le pain de la doctrine ne purent être instruits à temps. Le diable en profita pour changer de tactique. Les Siamois abolirent la traite, illégale d’ailleurs. L’oppression des agnats ou nobles diminua aussi sensiblement. De sorte que ces villages abandonnèrent leur bon dessein et restèrent, comme leurs pères, esclaves du démon et assis à l’ombre de la mort. Aussi, depuis cette époque, les missionnaires du Laos ne récoltent-ils plus. Ils ne font que glaner, chaque année, quelques rares épis, en attendant de nouveau l’heure de la Providence.
« Heureusement la besogne ne manque pas quand même. Grâce à la distance où se trouvent les uns des autres, districts et annexes, il y a encore de la place et du travail pour un grand nombre de missionnaires. Toutes les stations dont on a vu plus haut la création, jointes à de plus récentes, ne forment, il est vrai, que 24 districts avec 73 annexes, administrés par 30 missionnaires et 4 prêtres indigènes. Mais ce chiffre de districts a besoin d’être augmenté (1), ce qui ne peut se faire que si le nombre des missionnaires lui-même s’accroît (2).
« Qu’on nous permette ici une digression pour rassurer ceux qui sont persuadés que le climat du Laos est des plus meurtriers. Pendant ses vingt-six années d’existence (1881-1907), la mission n’a encore perdu que 2 missionnaires. En est-il une autre qui, dans le même laps de temps, ait fourni à la mort un tribut aussi minime ?
(1) A cause de la multiplicité des races qui les habitent.
(2) Les 24 districts actuellement existants sont :
DANS LE SUD
1. Khôrat, 67 chrétiens siamois, laotiens ou chinois ; 19 catéchumènes.
2. Oubon, avec les annexes de Ban-bua et Vang-kang-rung, 1.008 chrétiens laotiens, phou-thung, annamites : 59 catéchumènes.
3. Se-song et son annexe Nong-khou, 372 chrétiens laotiens ; 44 catéchumènes.
4. Ban-doun, avec les annexes de Ban-na-di, Phanan, Sao-lao, etc., 218 chrétiens laotiens, phouen, phou-thung, khôratiens ; 13 catéchumènes.
5. Si-than, avec Nong-jang et Tao-lek, 200 chrétiens laotiens et souei ; 15 catéchumènes.
6. Ban-uet et Khemmarat, 231 chrétiens laotiens et souei ; 59 catéchumènes.
7. Bassac ou Champasak, avec les annexes de Tha-teng et Houei-jang, 604 chrétiens laotiens, kha, annamites, souei ; 91 catéchumènes.
8. Ban-kham-peng ou Na-ngam, 127 chrétiens kha et laotiens ; 84 catéchumènes.
DANS LE CENTRE
9. Song-khon et Pak-kham, 188 chrétiens laotiens.
10. Xieng-vang, avec les annexes de Dong-bak-soi, Kham-thao, Na-thon, Kut-sim, Ban-na-ngam. Dong-sok et Hat-sien-di, 833 chrétiens laotiens phou, thai, tonkinois ; 28 catéchumènes.
11. Dong-mak-ba, avec les annexes de Pong-kiu et Bung-hua-na, 508 chrétiens sô ou souei et laotiens.
12. Nong-seng, 207 chrétiens laotiens, tonkinois, phou-thung ; 12 catéchumènes.
13. Kham-kom, avec les annexes de Nong-kha, Na-mon, Na-lat-khuai, Ban-song et Dong- ja-nang. 640 chrétiens laotiens et tonkinois ; 19 catéchumènes.
14. L’île de Don-dôn, avec les annexes de Ban-sinang et de Ban-von, 674 chrétiens laotiens, thai-nua, tonkinois ; 22 catéchumènes.
15. Xieng-jun, avec Nong-taket, Na-dôn, Na-nai et Ban-met, 529 chrétiens phou-thung, thai-nho, thai-neua, tonkinois ; 14 catéchumènes.
DANS LE NORD
16. Keng-sadok et Na-sat, 744 chrétiens thai-muei, phou-thung et laotiens ; 22 catéchumènes.
17. Pak-san et Nong-bua-ri, 368 chrétiens phouen, phou-thung et laotiens : 6 catéchumènes.
18. Vieng-khuk, avec Sukka, Nong-luang, Don tum, etc., 276 chrétiens ; 200 catéchumènes.
DANS L’OUEST
19. Phôn-sung, 346 chrétiens laotiens et 25 catéchumènes.
20. Xang-ming, avec Nong-don et Na-kham, 465 chrétiens, phou-tai et laotiens ; 35 catéchumènes.
21. Don-thoi et Kut-chok, 163 chrétiens thai-neua et laotiens ; 72 catéchumènes.
22. Ban-bua, 131 chrétiens laotiens ; 35 catéchumènes.
23. Chanphen 525 chrétiens laotiens et phou-thung ; 12 catéchumènes.
24. Tharé, avec Na-phô, Thung-mon, Na-ngong, Katé-suem. Na-sanôm, etc., 1.916 chrétiens laotiens, tonkinois, thai-neua et phou-thung ; 85 catéchumènes.
Enfin le séminaire de Nazareth, avec 3 élèves séminaristes, 10 élèves catéchistes et 9 personnes de service. Total : 22.
Nombre total des chrétiens du Laos : 11.362.
Outre les dates déjà citées dans l’historique extra-abrégé de la mission, il est bon d’en noter encore quelques autres, également dignes d’être connues de nos successeurs, soit :
1888. Le titre et les pouvoirs de provicaire sont conférés à M. Prodhomme, par Sa Grandeur Mgr Vey, évêque de Géraza.
1889. Création du premier noviciat de religieuses indigènes à Oubon.
1890 (20 mars). Mort de M. Sallio, premier missionnaire décédé au Grand Laos.
1891. Création à Don-dôn d’un séminaire transféré à Nazareth, près Nong-seng, en février 1903, et transformé, pour un temps, en école de catéchistes, en 1907, après en avoir référé à Rome.
1896. Arrivée des premiers vapeurs des Fluviales, dans le bief de Lakhon.
1897 (7 juin). Érection d’une maison de résidence pour le futur évêque à Nong-seng, choisi comme centre de la mission.
1898 (16 janvier). Bénédiction de l’église d’Oubon, construite en maçonnerie.
1899. Un décret du 12 mai, de S. S. Léon XIII, détache le Laos du Siam et l’érige en vicariat apostolique.
1899 (3 septembre). Arrivée du vicaire apostolique à Nong-seng.
1900. Établissement d’un noviciat de religieuses indigènes à Nong-seng, pour le centre et le nord de la mission.
1902 (7 mars). Mort de M. Contet, en pirogue, près de Khemmarat, entre les bras de M. Guégo
1904 (octobre). Arrivée de 8 religieuses de Saint-Paint de Chartres au Laos, soit 4 à Nong- seng, et 4 à Oubon.
1905 (janvier). Bassac tombe sous la domination française.
1905. Fondation des postes de Na-ngam, chez les Kha, sur la rive gauche du Mékong, et de Khôrat, au sud-est de la mission.
Qui donc n’admirera et ne remerciera avec nous la divine Providence, qui n’a jamais perdu de vue les siens, et dont la grâce a fait lever au Laos le petit grain de sénevé, non pas encore à la hauteur d’un grand arbre, mais au moins d’un arbre d’assez forte envergure, pour que les oiseaux du ciel pussent venir s’y poser, en attendant de prendre leur essor vers la vraie patrie ?
Les difficultés et les peines passées restent inscrites au livre de vie. C’est pour cela qu’il n’en a pas été question dans cette courte notice sur la mission, car le but était surtout de faire connaître le résultat des travaux eux-mêmes.
Je dirai pourtant que, de 1881 à 1898, dix-huit voyages durent être effectués d’Oubon à Bangkok, pour régler les affaires, toucher les viatiques, amener au Laos les nouveaux confrères, et apporter les objets nécessaires pour le culte et l’entretien des missionnaires. Sur ces dix-huit voyages, six seulement purent, dans les dernières années, être faits par voie fluviale. Pour les autres, on dut suivre la voie de terre, soit en moyenne vingt-cinq jours pour aller et trente pour revenir.
« J’ajouterai encore que, durant près de quinze ans, notre vénéré provicaire n’eut pas de chez lui. Il dut se transporter, sans souci ni des saisons, ni de l’état des chemins, ni de sa santé, partout où il y avait un confrère à aider, des néophytes ou des catéchumènes à protéger ou à défendre. Aussi, avec quelle ineffable bonté, Notre-Seigneur lui dira-t-il un jour : Euge, serve bone et fidelis...
« Après cet historique de la mission du Laos, voici quelques notes sur les travaux de l’exercice 1906-1907.
« Dès le mois de décembre dernier, tout le Laos central était en mouvement pour ouvrir des chemins nouveaux, aplanir les anciens, ou improviser des ponts sur les arroyos. On préparait les voies au Ministre de l’intérieur, Son Excellence le prince Damrong, frère de Sa Majesté le roi du Siam, qui devait pour la première fois venir visiter le Laos. Le prince vint en effet dans le courant de janvier, et il daigna, avec une partie de sa suite, faire une longue visile à Nong-seng. Il s’est montré d’une amabilité parfaite, s’est intéressé à nos travaux, a demandé à voir notre pauvre cathédrale... Mais ce qui l’a surtout frappé d’étonnement et rempli d’admiration, c’est la présence à Nong-seng de quatre religieuses de Saint-Paul de Chartres, qui sont apparues au bon moment pour présenter au prince leurs hommages, sans qu’il en eût été prévenu auparavant . « Qu’il y ait des bonnes Sœurs à Bangkok, dit-il, il n’y a rien « d’étonnant ; on y trouve tout ce dont on a besoin ! Mais des femmes européennes, des « religieuses au Laos, où l’on manque de tout, c’est admirable ! Il faut avoir vraiment au cœur « le désir de faire le bien ! »
« Son Excellence s’est également arrêtée un instant au presbytère de Tharé, en se rendant à Sakon : et, là aussi, elle a charmé les missionnaires et les chrétiens. Ces visites ont produit sur les mandarins et le peuple la plus heureuse impression en notre faveur, en leur prouvant que les princes du sang eux-mêmes ne nous traitaient pas en parias.
« Mais comme toute médaille a son revers, en territoire non siamois, le contre-coup de la persécution qui sévit en France se fait ressentir. La province de Bassac, qui a récemment changé de maître, en souffre tout particulièrement car on y voudrait obliger les chrétiens à prêter le serment bisannuel de fidélité, de la même façon que les païens, c’est-à-dire à la bouddhique, dans les pagodes et avec l’eau lustrale des talapoins, sous le fallacieux prétexte que le serment exigé n’est pas un serment religieux, mais purement eivil. Au Laos, toutes les juridictions sont épuisées. Nous n’avons pas pu trouver de juges pour trancher le cas, qui a été porté à Hanoï, et peut-être de là ira-t-il jusqu’au Ministère des colonies.
« Parmi les confrères qui ont eu cette année la consolation de régénérer le plus grand nombre d’infidèles, M. Figuet vient en premier lieu avec 34 baptêmes. Le P. Gabriel, prêtre indigène, M. Barriol, M. Pierre Excoffon viennent ensuite avec 31, 19, et 17 catéchumènes, baptisés dans le courant de cet exercice. »
Si l’évangélisation des païens s’accomplit plus lentement que le missionnaire ne le désirerait, en revanche le ministère des chrétiens est généralement très consolant. Le chiffre des confessions, des communions de dévotion s’accroît d’une manière sensible. La foi pousse des racines de plus en plus profondes, et, à mesure que la religion pénètre davantage dans les cœurs des chrétiens, elle gagne du prestige auprès des populations païennes.
M. Combourieu à Tharé constate avec joie ces progrès, qui se signalent spécialement dans son poste. Il compte 2.272 communions répétées. La visite au Saint-Sacrement, la dévotion au Sacré-Cœur , dont une confrérie est en préparation, les nombreuses messes que les chrétiens font célébrer, la communion du premier vendredi de chaque mois, sont pour le missionnaire une source de douces consolations.
Mgr Cuaz donne un souvenir aux sentiments de joie qu’a éprouvés un bon prêtre siamois, le P. Athanase, lorsque, dans un voyage au Bas-Siam pour revoir les siens, il reçut de quelques confrères des statues et une petite cloche. « Pour comprendre toute la joie du P. Athanase, dit Sa Grandeur, il faudrait avoir été, comme lui, pendant vingt ans au fond de la brousse laotienne, n’ayant pour église qu’une hutte, dont les cloisons sont en bambous écrasés, et la toiture couverte en chaume ; pour représenter le saint Patron, de simples images de papier, le plus souvent trop minuscules et sans cadre.
M. Guégo, qui, malgré son activité et le travail de son vicaire, ne peut enregistrer que 11 baptêmes d’adultes cette année, raconte comme fait édifiant la conversion d’un vieux sorcier, de soixante-dix à quatre-vingts ans, chassé de toutes parts et qui était venu échouer à la mission. Pendant six mois, refusant absolument d’écouter un mot de religion, il se montra d’un caractère insupportable pour tout le monde. Le Père lui ayant dit un jour d’étudier pour acquérir des mérites, il lui répondit : « Je suis trop vieux. Je ne veux pas perdre mon mérite « acquis, pour courir après un nouveau mérite que je ne pourrais peut-être pas trouver. » Il tomba malade. Pendant qu’il demande chaque jour des remèdes pour le corps, le missionnaire se préoccupe de la guérison de son âme. « Je lui parlais du bon Dieu, de la sainte Vierge, écrit « M. Guégo, mais cela ne l’intéressait nullement. Il me le montrait par ses bruyants « bâillements. Je lui donnai une image coloriée, représentant Notre-Seigneur en croix. Trois « jours après il vint me trouver en disant : «Père, depuis que vous m’avez donné l’image du « crucifié, ça va beaucoup plus mal. Il n’est pas vêtu décemment ; son costume est comme « celui des sauvages Sô. »
« C’est tout ce qu’il répondit aux avances du missionnaire. Le cuisinier, à son tour, essaya de le convaincre, en lui disant que le baptême rendait parfois la santé du corps. Malgré tout, il persistait dans ses hésitations et son endurcissement. Un jour M. Guégo, voyant l’image de Notre-Seigneur retournée contre la cloison, lui en demande la raison. Il répond encore : « Il « n’est pas vêtu décemment. » Alors, dit le Père, m’asseyant à côté de lui, je pris cette « comparaison : Je suppose que tu aies essayé de tuer le roi, et que, l’ayant manqué, il t’arrête, « que fera-t-il de toi ? — Il me mettra à mort. — C’est bien répondu. Suppose maintenant que « le fils du roi demande à son père de mourir à ta place, et que le roi, y consentant, fasse « aussitôt dépouiller son fils de ses vêtements et le jette en prison. Le mépriseras-tu pour « cela ? — Certes non. — Eh bien ! C’est ce que Notre-Seigneur a fait. A cause du péché « commis contre Dieu, nous devions tous tomber en enfer, s’il ne s’était offert, pour nous « racheter, à mourir sur la croix. — Vraiment ? — C’est exact. — Oh ! alors, je lui demande « pardon... » Le vieux était changé du tout au tout. Il s’instruisit avec le plus grand zèle durant les quelques jours qu’il passa encore sur cette terre, écoutant le missionnaire avec la docilité d’un enfant. Il mourut dans de grands sentiments de foi, l’âme purifiée par le baptême. « Comme j’étais heureux, continue M. Guégo, d’avoir retiré des mains du diable ce pauvre « vieillard ! Je comprends depuis, mieux que jamais, combien est inestimable le bienfait de « naître en pays catholique, et enfin la vérité de la parole de saint Paul : Nos autem « prœdicamus Christum crucifixum... gentihus autem stultitiam. »
Mgr Cuaz termine son compte rendu en faisant part de ses craintes et de ses angoisses pour l’année prochaine. De grandes inondations ont détruit les trois cinquièmes de la récolte. Les pluies continuent. Ce sera la misère noire pour le plus grand nombre des chrétientés. Sa Grandeur recommande sa mission aux prières de ses lecteurs, afin que le bon Dieu détourne les calamités qui la menacent, touche le cœur des païens et les convertisse en grand nombre, en augmentant chez les fidèles la ferveur et l’esprit de prosélytisme.
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