| Année: |
1910 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Prodhomme |
V. — Laos
Population catholique 12.137
Baptêmes d’adultes 210
Baptêmes d’enfants de païens 36
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Ce compte rendu nous est adressé par M. Prodhomme, provicaire, qui gouverne la mission du Laos, en l’absence de Mgr Cuaz retenu momentanément en France par la maladie. Nous faisons des vœux pour que Dieu daigne rendre la santé au vénéré Prélat et lui permettre de reprendre bientôt son ministère parmi ses chers Laotiens.
« Pendant une tournée que j’ai faite dans la région Sud de notre Mission, nous écrit M. le Provicaire, j’ai eu la douleur de recevoir un télégramme ainsi conçu : « M. Cancé, décédé le 23 juin. » Cette nouvelle fut pour nous un vrai coup de foudre. M. Cancé était encore jeune, très robuste, bien acclimaté, plein d’entrain ; il ne craignait nullement sa peine ; sa piété était de bon aloi ; sa gaieté ne se démentait pas, même au milieu des difficultés ; enfin son zèle remarquable tant à Tharé, où il avait fait ses premières armes, qu’à Champhen, où il avait déjà remis ses chrétiens dans le droit chemin, révélait un missionnaire d’élite, un homme de premier choix. Cette mort est pour nous une grande perte et le sujet de profonds regrets ; mais Dieu en a ainsi décidé : Sit nomen Domini benedictum !
« Maintenant que dire des résultats obtenus pendant le cours de cette année ? Hélas ! nous devons humblement avouer qu’ils sont loin de répondre à nos désirs. Nous aurions voulu offrir mieux à notre Divin Sauveur. Cependant nous devons encore rendre de grandes actions de grâces pour les résultats obtenus. A Bassac, le départ de M. Couasnon avait, jadis, jeté le désarroi dans les rangs de ces grands enfants que sont les Laotiens ; son retour a fait l’effet d’une baguette magique, ramenant au bercail la très grande partie de ceux que son absence prolongée avait laissés dispersés.
« A Oubon, j’ai été heureux de constater que les parents veillaient sur l’instruction de leurs enfants et exigeaient l’assistance aux classes et au catéchisme.
« Il faut dire que les chrétiens de l’endroit, pour la plupart, ne travaillent pas les champs et n’ont point, par conséquent, besoin de leurs enfants pour garder les buflles et les rizières.
« J’ai été heureux aussi de voir, chaque jour, à la sainte messe une assistance nombreuse et recueillie de chrétiens, dont une moyenne de 20 à 30 faisaient la communion quotidienne. Aussi le curé compte-t-il environ 10.000 communions de dévotion pour l’année qui vient de s’écouler.
« Tout cependant n’est pas parfait ; car la proximité de la ville et de la caserne est pour beaucoup de jeunes gens un danger.
« La station de Sithan, que j’ai visitée, est très prospère. Les fidèles connaissent bien leur catéchisme, assistent en grand nombre à la messe de chaque jour, aiment et écoutent volontiers leur curé. Il y a cependant quelques sujets de discorde entre chrétiens. D’autre part, les champs font défaut dans le quartier ; d’où nécessité pour quelques-uns d’aller faire des rizières au milieu des païens, ce qui est toujours dangereux pour des néophytes. Les païens, sans les persécuter ouvertement, leur font cependant journellement une petite guerre à coups d’épingles à cause des usages du pays, guerre qui, à la longue, finit par devenir une pierre d’achoppement pour certains. Beaucoup de jeunes gens veulent aussi faire leur tour du Siam, sous prétexte d’y gagner de l’argent. Si quelques-uns vont se fixer dans les parties du Siam où se trouvent des Missionnaires et sont moins en danger d’y perdre la foi, d’autres, au contraire, partis avec des païens, semblent plutôt se tenir à l’écart des centres chrétiens, et quand, au bout de trois ou quatre ans d’absence, ils rentrent au bercail, il y a chez eux pas mal d’accrocs à la foi et à la morale.
« Au sujet de Se Song, Ban Doun, Nong Khou, j’aurais les mêmes observations à faire que pour Sithan : néophytes généralement bien instruits, mais pris du désir de voir du pays.
« Cependant, dans cette région, les Missionnaires sont en train de fonder de nouveaux postes et ont un assez bon nombre de catéchumènes sérieux.
« Avant de quitter le Sud de la Mission, je devrais aussi dire un mot du nouveau district du P. Gabriel ; mais je n’ai pu le visiter lors de mon séjour à Bassac. Et depuis la mi-août, les pluies, qui faisaient défaut jusque-là, sont tombées avec une telle abondance qu’elles ont dû rendre les communications quasi impossibles : ce qui a empêché le compte rendu de ce poste de nous parvenir.
« Quelle saison extraordinaire ! Trois mois de sécheresse en pleine saison de pluie ; puis, tout d’un coup, pluies torrentielles. Aurons-nous l’inondation après la sécheresse ? Ce serait terrible. Espérons que Dieu aura pitié de nous.
« En passant à Song Khon, arrêtons-nous un instant pour examiner l’église que M. Gratien est en train de terminer ; elle aura belle apparence et répondra aux besoins du pays. Le cher Père qui l’a bâtie a bien mérité.
« Rien à dire cette année des chrétientés de Sieng Vang, de Dong Mak-ba et de leurs annexes ; les choses y marchent régulièrement leur petit train, un peu trop lentement au gré de MM. Xavier Guégo, Jouve et Malaval, qui s’occupent de la région. Disons cependant que la ferveur des bons s’accentue de plus en plus. Le catéchisme est mieux écouté, la messe aux jours de semaine plus fréquentée, et le nombre des communions de dévotion est en bonne voie d’augmentation.
« M. Juge est assez content de Don Dôn. La petite chrétienté de Muang Kao ou Fak Simang lui donne bien des consolations. Par contre, l’indifférence des gens de Ban Veun lui est un sujet de tristesse.
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* *
« Quelques chrétiens de Sieng Jun ont donné des soucis à leur bon curé, le Père Lazare, prêtre indigène, et cela pour un motif bien futile. Deux clans voulaient s’allier par mariage un jeune homme de l’endroit. Le jeune homme, qui avait quelque fortune, fit son choix définitif selon ses goûts et son cœur. Le groupe évincé, dans un accès de mauvaise humeur, quitta le village pour aller s’établir ailleurs. Ayant erré de longs jours sans réussir à trouver un endroit favorable, quelques-uns des fugitifs revinrent au village dans un état assez piteux. D’autres auraient fait de même, s’ils n’avaient été retenus par la honte et aussi par la difficulté de se procurer l’argent nécessaire au rachat de leurs maisons et de leurs champs vendus avant le départ.
« Après cette escapade, la plupart des fugitifs allèrent s’installer dans les environs de Keng Sadok à Ban Na Sat, village déjà deux fois abandonné par les chrétiens, à cause des voleurs et du tigre qui se trouve comme chez lui dans cette région presque inhabitée, au pied des montagnes.
« M. Gouin, curé de Keng Sadok m’écrit à ce sujet : « Les gens de Sieng Jun, qui ont mis « trois grands mois à venir s’établir à Na Sat, ne pourront jamais réussir à trouver leur « subsistance ; ils devront sous peu reprendre le chemin de Sieng Jun. »
« Quant aux chrétiens de Keng Sadok, M. Gouin en est plus content que l’an passé : les bons progressent et le nombre des fumeurs d’opium diminue sensiblement.
« A Pak San, M. Delalex est satisfait de ses paroissiens ; habitant près de l’église, ils lui donnent beaucoup de consolations. Malheureusement, il n’en est pas de même dans les chrétientés annexes. Situées au milieu des païens, qui presque tous fument l’opium, elles ne rejettent pas assez le perfide poison.
« A Vieng Khouk nous trouvons un bon noyau de fidèles. Il faut cependant travailler encore pour obtenir une parfaite réforme des mœurs.
« Don Thoi et son annexe, Kut-Chok, donnent des consolations à M. Stocker qui annonce un beau nombre de baptêmes de païens.
« M. Marchi se trouve un peu surchargé de travail avec le service de Sang Ming et de ses deux annexes. Il est vrai que la distance entre Sang Ming et Nong Deun n’est pas très grande ; les chrétiens pourraient assez facilement se réunir à la même église pour les offices, mais il faudrait abandonner maisons, bœufs et buffles. Et alors, gare aux voleurs !
« Quoi qu’il en soit M. Marchi demande à biner de temps en temps pour se mettre à la portée de tous.
« Passons maintenant à Champhen. Ce poste se relevait rapidement quand son regretté curé, M. Cancé est venu à mourir. Il faudra le remplacer bien vite par un missionnaire à poste fixe, sans quoi nos néophytes auront vite fait d’abandonner maisons et champs à cause du nombre considérable de brigands qui terrorisent la contrée. Sa présence suffira probablement pour éloigner les maraudurs.
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« De Champhen, nous voici dans le grand district de Tharè. L’événement important de l’année pour cette station a été la fête du 14 novembre dernier.
« La chrétienté de Sakon Nakhon remonte à 1884. Ce fut le 8 septembre de cette année que furent baptisés les premiers néophytes, dans une église provisoire située entre le lac et la ville. Comme cet espace était trop exigu et ne convenait pas à une installation définitive, et comme, d’ailleurs, il aurait été très imprudent de laisser les nouveaux fidèles au milieu des païens, on chercha un autre emplacement pour les fixer et les protéger. Un grand terrain nullius, situé en face de la ville, mais de l’autre côté du lac, et connu sous le nom de Tharë, fut le lieu choisi pour la fondation de notre nouvelle paroisse.
« Dès le mois de novembre, néophytes et catéchumènes y transportèrent leurs maisons et la chapelle provisoire.
« A cette date, M. Combourieu entrait en retraite au Séminaire de la rue du Bac pour se préparer à son ordination sacerdotale (septembre 1884).
« Nous aurions voulu fêter en son temps ce vingt-cinquième anniversaire du digne curé de Tharë ; mais il ne fallait pas y songer à cause des grandes eaux de la saison et il fut décidé que les noces d’argent de M. Combourieu seraient célébrées au mois de novembre, de manière à les unir au vingt-cinquième anniversaire de la création du poste de Tharë.
« Les fêtes furent splendides ; 17 Confrères s’y trouvèrent réunis. Jamais Tharë n’avait vu un pareil nombre de Missionnaires. Un triduum fut prêché aux chrétiens pour les préparer à cette grande manifestation : plus de 2.000 en suivirent les exercices et les communions distribuées dépassèrent 800.
« Le résultat des vingt-cinq années de Mission paraissait bien consolant ; car, ne l’oublions pas, de Tharë ou mieux de Saint-Michel du lac de Nong Han sont nés les postes de Na Pho, Thung Mon, Katé Suem, Champhen, Xang Ming, Don Thoi et les annexes de ces chrétientés. Si au nombre des chrétiens aujourd’hui vivants on ajoute celui de ceux qui déjà sont allés rendre leurs comptes à Dieu, c’est-à-dire 1.100 à 1.200 au moins, le chiffre des baptêmes donnés à Tharë ne sera pas minime, et, au prix que valent les âmes devant Dieu, le Missionnaire peut estimer n’avoir pas perdu son temps.
« Cependant, si consolants que soient ces résultats, ils ne satisfont ni M. Combourieu, ni les autres missionnaires du Laos. Tout le monde avait rêvé mieux, bien mieux !
« M. Combourieu écrit en effet : « Encore un compte rendu. Il y a 25 ans, j’étais loin de « me douter que ce serait à moi de faire celui-ci. Quelles suppositions extravagantes n’aurais-« je pas faites alors, si j’avais pu deviner que, en l’année 1910, je serais encore à Saint-Michel « du lac de Nong Han. Bien sûr, j’aurais vu, en imagination, des clochers disséminés un peu « partout dans cette terre de Sakon Nakhon que j’aimais si ardemment. Hélas ! combien il faut « en rabattre et comme la réalité est loin des rêves !
« Grâce à Dieu, le progrès s’est accentué. Si les fondations sont en petit nombre, les « chrétiens de Tharë n’ont pas cessé de se multiplier ; les fruits de nos efforts apparaissent de « plus en plus nombreux et consolants.
« J’en prends à témoin le chiffre des communions de dévotion : de 3.291 en 1908 il passa à « 5.869 en 1909 et il atteint cette année 8.525.
« Grâce à l’arrivée d’un nouveau missionnaire, nous avons obtenu une augmentation de « près de 3.000 communions en une seule année. Béni soit le Sacré-Cœur de Jésus !
« Le nombre des baptêmes d’adultes a légèrement fléchi durant ce dernier exercice. Mais « l’avenir est plein de promesses : de nouvelles recrues sont venues, nombreuses, renforcer les « rangs des catéchumènes, pendant ces derniers mois. Dieu aidant, ils figureront l’an « prochain, au nombre des néophytes.
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« Ce que M. Combourieu dit du ralentissement des conversions pour sa région peut s’appliquer à toute notre Mission Laotienne. Les causes en sont multiples.
« D’abord, il est hors de doute que nos premiers succès étaient facilités par des circonstances particulières. En venant à nous, les Laotiens trouvaient jadis, en plus des bienfaits de la Foi, des avantages matériels ; l’anarchie qui existait, avec toutes ses conséquences, dans les divers groupements de ces peuplades, les poussait à chercher auprès du Missionnaire une vie plus tranquille et moins agitée. Ils obéissaient à cet attrait d’une vie exempte de querelles et de discordes et ils embrassaient avec amour une religion qui libérait leurs âmes et leurs corps.
« Depuis l’annexion de la rive droite du Mékong par le Siam et de la rive gauche par la France, les conditions sont changées. Beaucoup croient faire plaisir à leurs nouveaux maîtres, soit Français, soit Siamois, en se tenant à l’écart du prêtre catholique. Le Laotien, en effet, victime depuis des siècles de persécutions plus ou moins raffinées, a acquis d’une manière très développée le flair politique et il s’efforce d’éviter autant que faire se peut ce qui peut lui être nuisible dans ses rapports avec les puissants d’ici-bas.
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« Une nouvelle charge va désormais s’imposer à notre sollicitude : nous devrons nous occuper sérieusement des Annamites qui viennent inonder le pays laotien. Nombreux déjà sont les chrétiens parmi eux. Il est regrettable que beaucoup viennent seuls, laissant toute leur famille en Annam. Beaucoup aussi nous échappent encore ; mêlés aux païens, ils restent inconnus du missionnaire.
« Des Confrères se sont déjà mis à l’étude de leur langue. Mais la nécessité d’une œuvre spéciale en faveur de ces nouveaux venus se fait de plus en plus sentir. A Vieng-Chan nous en comptons plus de cent ; Nong Seng en a une soixantaine ; ils essaiment en nombre relativement considérable vers les principaux centres. Nous supplions le Divin Pasteur des âmes de nous envoyer les ouvriers nécessaires pour faire face à ces nouveaux besoins de nos chères populations du Laos. »
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