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Rapport annuel des évêques

Année: 1918
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Prodhomme

V. – Laos

Population catholique 13.509
Baptêmes d’adultes 225
Baptêmes d’enfants de païens 85
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Dans la population catholique du vicariat, fait remarquer Mgr Prodhomme, ne sont pas comptés les chrétiens venus récemment du Tonkin, et dont le nombre s’élève au moins à 2.000, et l’absence des rapports de plusieurs districts ne permet de donner que des chiffres approximatifs pour les résultats obtenus dans le courant de l’exercice. Malgré la bonne volonté de tous et le zèle déployé par les ouvriers apostoliques, ces résultats sont modestes. Le manque de catéchistes, l’éloignement d’un nombre relativement élevé de missionnaires mobilisés, l’état de santé précaire et la maladie de ceux qui sont restés à leur poste, ont empêché la marche en avant.
Le Vicaire apostolique lui-même s’est trouvé arrêté par la maladie et par un accident que Sa Grandeur raconte en rétermes: « Je voyageais dans le sud de la mission. La vérandah de la maison dans laquelle je passais la nuit, fut entraînée par mes chevaux qui y étaient attachés, et je fis une chûte d’un mètre cinquante tandis qu’une pièce de charpente me tombait sur le bas-ventre. Malgré cet accident, le lendemain je continuai ma route par un chemin coupé de profonds torrents ; mon cheval fit un bond pour franchir un de ces torrents ; un coup de pommeau de la selle aggrava la blessure de la nuit pécédente. Après avoir été soigné pendant quelques jours par M. Couasnon avec beaucoup de dévouement, mais sans succès, je fus obligé de me rendre à l’ambulance de Pakse. Le docteur dut tailler et recoudre ; quand je quittai l’ambulance après quinze jours de traitement, il m’était défendu de remonter à cheval pendant au moins quarante jours .
« Une fièvre pestilentielle, continue Mgr Prodhomme, nous a enlevé le vendredi saint notre bon et énergique M. Xavier Guégo. Un de nos bons prêtres indigènes, le P. Lazare, atteint du même mal, put être soigné à temps, et dut son salut au dévouement de Sœur Ursule, supérieure de nos religieuses du Laos. Cette épidémie a causé de nombreux décès dans différents districts ; l’orphelinat et le pensionnat furent à peu près préservés, grâce aux mesures prises par la supérieure aidée des religieuses.
« Dans le courant de l’année deux de nos mobilisés ont eu la joie de rentrer en mission. MM. Fresnel et Chatenet. Le premier a été chargé de terminer la cathédrale, dont les travaux, commencés depuis longtemps par M. Berthéas, étaient arrêtés depuis la fin d’août 1914.
« Avant le retour de M. Chatenet, un siamois, chef du canton dont relève la chrétienté de « Bannet, multipliait ses efforts pour faire apostasier les chrétiens de ce village : « Pourquoi, « leur disait-il, vous obstinez-vous à demeurer dans cette religion ? Votre curé « a été tué et ne « reviendra jamais. Retournez donc au bouddhisme qui vous donnera « toujours des bonzes. » Quelques jours après, M. Chatenet arrivait, et quittant le vapeur français, il descendait dans le hangar public du village de ce chef de canton. Ce dernier averti envoya aussitôt demander quel était l’étranger qui venait de débarquer. Le nouvel arrivé parlait la langue du pays, et, à la stupéfaction du chef, c’était le curé de Bannet qui n’était pas mort et rentrait dans sa chrétienté. Un Siamois ne pardonne pas un tel démenti ; il n’a négligé aucune occasion de molester le missionnaire et ses chrétiens ; mais il en a été pour ses frais.
« Dans son compte rendu de la Sainte-Enfance, M. Chatenet raconte cette charmante petite histoire : il avait baptisé un enfant païen de 2 ou 3 ans qui mourut sans tarder. Quelques jours plus tard il baptisait dans la même famille un autre garçon âgé de 6 ans. Peu de temps après il « repassa pour voir l’état de cet enfant qui lui dit tout joyeux : « Comme je suis heureux et « content ! j’ai vu une belle dame habillée de bleu, belle comme je n’en ai jamais vu, qui est « venue me voir avec mon petit frère mort l’autre jour. Comme il était beau le petit frère ! Et « la belle dame m’a dit : « Demain je viendrai te prendre aussi pour t’emmener au ciel. Que je « suis heureux ! » Le lendemain le jeune garçon mourait comme il l’avait annoncé.
« Au nord de Bannet, à une bonne journée de cheval, est le village de Dongjen qui donne satisfaction à M. Chatenet. Ce village compte 34 maisons ; 5 personnes sont baptisées, et tous les autres habitants sont catéchumènes et savent convenablement le catéchisme. Tous désirent être baptisés, mais la distance qui les sépare de Bannet les effraie ; ils voudraient que le Père leur bâtisse une église dans leur village même, et fourniraient volontiers les matériaux pour cette construction. Jusqu’ici M. Chatenet, empêché par le mauvais état de sa santé et par ses trop nombreux travaux n’a pu réaliser leur désir. D’autres postes ne donnent pas les mêmes satisfactions au missionnaire. Il se plaint que les parents cessent d’envoyer les enfants à l’école et au catéchisme dès qu’ils ont fait la première communion et reçu la confirmation.
« M. Dabin, mon provicaire, formule les mêmes plaintes contre quelques-uns de ses chrétiens ; il regrette aussi la pénurie de personnel, prêtres et catéchistes. Il est content cependant d’un bon groupe qui fréquente souvent les sacrements ; mais la situation matérielle de ses ouailles lui inspire des inquiétudes : l’année dernière la régoin fut éprouvée par une grande inondation, et cette année par la sécheresse : la famine est à craindre.
« L’église de Baunengkhon, ancien poste principal de M. Anthelme Excoffon, maintenant administré par M. Quentin, a été pillée par les païens : calice, ciboire, boîtes aux saintes huiles, ornements, tout a disparu. Une enquête faite par M. Quentin permit de découvrir les voleurs qui, devant les chrétiens, firent des aveux complets. Sur le conseil des avocats siamois, ils rétractèrent ces aveux devant le tribunal d’Oubone ; mais les témoins étaient nombreux, et les voleurs furent condamnés. Il s’est pourtant trouvé un Français, conseiller de la cour siamoise, à qui la sentence a paru injuste pour cette singulière raison : tous les témoins produits par M. Quentin étaient chrétiens. Ce conseiller ne sera pas taxé de cléricalisme.
« Baudaun, autre poste de M. Quentin, a été dévasté par un incendie dû à la malveillance des païens ; en quelques heures, 30 maisons et l’église étaient réduites en cendres : 4 ou 5 maisons seulement ont échappé au désastre.
« M. Couasnon, dont la santé s’est améliorée, voudrait bâtir une église neuve à Bauthathen pour remplacer l’ancienne qui est trop petite et tombe de vétusté ; il me demande 60 piastres pour cette construction.
« Les stations qu’administrait le regretté M. Xavier Guégo sont en souffrance depuis la mort de ce vaillant ouvrier. Notre procureur et M. Chabanel s’en occupent à tour de rôle ; mais c’est insuffisant pour des postes habitués à avoir un curé.
« A Nongseng les nombreux Tonkinois qui sont arrivés et arrivent encore ne laissent aucun répit au Père Athanase ; en temps d’épidémie surtout, le travail qui lui était imposé dépassait les forces d’un homme et aurait exigé 2 ou 3 prêtres .
« A Vientiane, M. Bouchet qui avant la famine du Tonkin n’avait guère que 50 catholiques annamites, en compte maintenant plus de 500.
« A l’administration de son propre district M. Combourieu doit joindre la direction des stations de M. Lacombe ; c’est un troupeau de plus de 3.000 chrétiens dont il a la charge. Sa santé ne lui permet guère les voyages ; et la tâche reste lourde pour son vicaire, le Père Antoine, jeune prêtre qui est peu robuste.
« Nous n’avons toujours qu’à nous louer du dévouement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Celles d’Oubone, en plus de l’orphelinat et du couvent de sœurs indigènes, ont maintenant un certain nombre de demi-pensionnaires, filles de mandarins siamois. Peu à peu ces jeunes filles perdent leur confiance dans le bouddhisme et apprennent à aimer le christianisme. Espérons que leur séjour chez les religieuses leur fera trouver plus tard le chemin du salut.
« A Nongseng, le nombre des pensionnaires ne cesse d’augmenter ; elles viennent surtout de Vientiane, où pourtant il y a des classes tenues par des dames françaises. Le nombre des orphelines laociennes et surtout tonkinoises a également augmenté. Les Sœurs ont aussi la charge de 16 ou 17 religieuses ou postulantes indigènes qui, trouvant Oubone trop éloigné, ont demandé à rester à Nongseng. »



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