| Année: |
1921 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Malaval |
V. – Laos.
Population catholique 13.889
Baptêmes d’adultes 270
Baptêmes d’enfants de païens 98
La Mission du Laos n’a pas encore de premier pasteur, et les premières lignes du compte rendu de M. Malaval, Supérieur de cette Mission, laissent entrevoir la tristesse d’une attente déjà longue et d’un espoir déçu. Cependant sous la sage direction de M. Malaval, aidé de l’affection de tous ses missionnaires, la mission se relève peu à peu des rudes épreuves que la guerre lui a fait subir. Si le chiffre total des chrétiens est un peu en déficit sur celui de l’an dernier, cela provient de ceux qui, sans faire acte d’apostasie, s’éloignent du bercail, poussés, les uns par le goût de la vie nomade, les autres hélas ! par la famine et le besoin de chercher au moins une nourriture suffisante. Une autre cause est aussi le va-et-vient des annamites qui ne prennent pas toujours la précaution de faire inscrire leur départ ou leur retour.
« La disette de riz s’est fait encore sentir dans plusieurs contrées, écrit M. Malaval.. La maladie est venue aussi visiter plusieurs confrères. Malgré cela, l’ensemble de l’exercice est bon. Quoique le nombre de baptêmes d’adultes soit inférieur à celui qu’auraient désiré les missionnaires, il prouve que la moisson serait plus abondante, si les missionnaires étaient plus nombreux. Les deux confrères qui ont cueilli la plus belle gerbe sont M. Dézavelle à Songnhi et M. Marchi à Xang Ming. Dans les autres postes, les gerbes sont moins fournies, mais partout on s’est occupé sérieusement de l’instruction des chrétiens et le nombre des communions répétées prouve que de beaux résultats sont déjà obtenus : environ 12.000 communions de plus que l’année dernière. »
Le rapport de M. Dezavelle donne un joli aperçu des difficultés, des épreuves et aussi des joies de la vie de mission au Laos. Il est écrit avec cette note de gaîté franche et gauloise qui est les secret de l’endurance de nos missionnaires et de leurs succès.
« Dans mon compte-rendu de l’année dernière, je vous disais que durant l’année qui venait de s’écouler ― la première depuis le retour de la guerre ― le temps s’était passé plutôt à maintenir, à affermir, à déblayer et à remblayer, qu’à aller de l’avant, et je vous en donnais les raisons que vous avez dû apprécier en leur temps. Je vous prédisais pour cette année, une gerbe plus belle avec des épis plus chargés. Deo Gratias ! Si toutes mes espérances n’ont pas été réalisées ― on aime tant voir grand ― du moins elles n’ont pas été vaines. C’est bien la première fois de ma vie en mission que je puis aligner sur un compte-rendu le total de 52 baptêmes de païens dans le cours d’une année.
Je pourrais en regard de ce total vous énumérer ce que ça m’a coûté, mes actes de patience et aussi mes actes d’impatience. Mais la simple prudence me crie bien haut qu’il ne faut pas inaugurer pareil systère car le déficit serait trop grand, telle colonne l’emportant et de beaucoup sur l’autre. Je me suis demandé maintes fois si j’arriverais à un résultat. Quand après les catéchismes répétés, on arrivait au poteau des récapitulations et qu’on jetait un regard en arrière, interrogeant sur ce qu’on avait enseigné et semblait être définitivement acquis, oh ! alors.. c’est là que le « Vos clamantis in deserto » me venait en mémoire ! Il fallait reprendre, triturer de nouveau, délayer encore. Je ne sais si les Laotiens sont ennemis des plats réchauffés, mais en catéchisme c’est une méthode indispensable : Que leur goût s’il y est contraire, me le pardonne. Je leur dois cet hommage ; c’est que ceux qui ont vraiment voulu apprendre la doctrine n’ont pas manqué le catéchisme. Ils ont été d’une fidélité et d’une exactitude exemplaire…
A la Pentecôte, il y eut 65 confirmations. C’était la permière fois que ce sacrement était donné ici. C’était la première fois aussi que je le conférais, grâce aux pouvoirs que vous m’aviez donnés. Ce que j’ai demandé surtout à ces soldats, c’est de prendre l’offensive de l’exemple, du bon exemple sur tous les terrains. Honnêteté et charité entr’eux, vigilance sur leurs enfants, assistance régulière le dimanche, fréquentation assidue des sacrements. Ai-je réussi ? En somme je suis bien content de cette année à Songné. La bonne volonté qui s’est traduite en résultats heureux a contribué pour beaucoup à me rattacher à la vie dure que l’on mène parfois et qu’on trouve plus dure après une interruption de cinq longues années. »
M. Dézavelle parle ensuite de ses espérances et des difficultés qu’il éprouve à les réaliser.
« Il y a encore pas mal de catéchumènes à instruire ici. Rien qu’à Songnhé, 127. J’en aurais encore d’autres plus loin, mais on n’ose se lancer dans du nouveau qu’on est pas sûr de pouvoir garder. A quoi bon s’étendre, si l’on obligé de se resserrer puisque les forces combattantes diminuent et que Paris ne peut envoyer du renfort. J’ai eu, en effet, trois députations du même village à des intervalles assez rapprochés. Ils me demandent d’aller les voir et les instruire ; ils sont un village de 18 familles qui toutes embrasseraient la religion. Ce serait à quatre heures de cheval d’ici, mais vers l’ouest, c’est-à-dire toujours plus loin. Ne pouvant les faire venir s’établir ici où il n’y a plus d’endroits pour cultiver des champs, je leur ai indiqué un village voisin où il n’y a que douze maisons dont dix de chrétiens. Ils trouveraient là autant de terrain qu’ils souhaiteraient et ce serait simplifier d’autant la tâche du missionnaire en lui épargnant de courir encore ailleurs et de partager son temps entre trois postes sans grand profit réel pour chacun. L’idée leur avait souri d’abord, autant qu’une idée peut le faire et qu’un Laotien peut comprendre un sourire, surtout celui d’une idée…
Nous allons voir. Ils se mirent en route, mais après une heure de marche, ils s’arrêtèrent, trouvèrent que décidemment c’était bien loin et rebroussèrent chemin.
A la députation qui est revenue me voir depuis, je n’ai pu que multiplier mes instances pour les rapprocher d’un village chrétien. « Voilà un catéchisme, leur ai-je dit finalement, étudiez-le bien, et à plus tard si les temps sont meilleurs. » S’ils sont vraiment dans la disposition ferme de se convertir. Deus providebit. Qui trop embrasse mal étreint. C’est vrai : Embrasser trop de villages, de sous villages, d’embryons de villages ne vaut rien, du moins au Laos, où ils sont si loin les uns des autres et où les Laotiens, on peut dire cela sans les calomnier, ont besoin d’un tuteur pour les tenir et les redresser sans cesse. »
Ces fonctions de tuteur des jeunes chrétientés du Laos ne sont pas les moins importantes de la vie apostolique et il faut citer cet aperçu bien suggestif que M. Dézavelle nous en donne, dans un autre poste de son district.
« A Banlao, la misère a été encore plus grande cette année. Le riz a manqué. J’avais installé deux catéchistes pour les grands et les petits des deux sexes. Ils ont été plus ou moins assidus, surtout moins. Il y a de braves gens parmi eux, anciens chrétiens déjà, mais si Laotiens ! Je suis à 5 heures de cheval de chez eux, ils sont à 1 heure à pied de NongKhé : Aux grandes fêtes ils pourraient y aller nombreux, soyez sûrs qu’ils n’abusent pas. Mais ils iront toujours s’il y a une noce avec un bœuf à la clef et de la musique. Pour cela et devant ces motifs, leur dévotion s’illumine de clartés irrésistibles et leur religion éprouve le besoin de s’affirmer.
Ah que de soucis me donne ce village ! Je leur avais dit de planter une maison ; je leur avais acheté pour 46 ticaux de planches. Cela m’aurait permis d’y séjourner quelques jours par mois. Ils ont pu avoir les colonnes au moment favorable. Et puis « Oh ! nous sommes peu nombreux. Oh ! nous manquons de riz. Oh ! la santé est si peu florissante ! Oh ! mille fois oh ! .. Il y a, je n’en disconviens pas un peu de vrai dans tous ces oh ! suffisamment pour faire un écran derrière lequel leur nonchalance se tient pour satisfaite et ne s’en fait pas. Ah ! cher Père Supérieur, quand il faut porter les chiens à la chasse, on n’attrappe pas beaucoup de lièvres ! ».
Les mêmes joies et les mêmes épreuves se rencontrent dans les autres postes de la mission. Partout le missionnaire s’applique à étendre l’œuvre de Dieu et à rendre la vie chrétienne plus intense dans les chrétientés déjà fondés. Pendant les longues années de la guerre, l’abscence des missionnaires les plus valides, mobilisés, avait marqué un temps d’arrêt. Dieu connaît cependant le labeur, et il en a compté les mérites, de ceux que l’âge ou la santé avait conservés à la mission. Ils ont maintenu les positions conquises. Aujourd’hui, dans les diverses chrétientés les progrès sont constants. La plus grande détresse des missionnaires c’est de voir leurs projets et leurs espoirs s’évanouir devant la maladie qui épuise leurs forces ou le manque de ressources nécessaires.
A Oubone, la misère et le besoin de vivre ont momentanément dispersé les catéchumènes inscrits. Le nombre des confessions et communions dépasse de 4.000 celui de l’année dernière. Les sœurs de Saint Paul de Chartres initient 35 postulantes à la vie religieuse. « L’Eglise vient de perdre sa façade, écrit M. Châtenet, et va perdre bientôt son toit. Crèche et orphelinat sont à faire et les écoles sont à refaire. Le couvent est trop petit pour ses 35 postulantes, et il lui faut un mur de clôture. »
A NongKhu, les catéchumènes sont nombreux. Les impatiences dont s’accuse M. Paulin ne font que donner du relief à la grande patience qu’il lui a fallu pour distribuer avec M. Fresnel le pain substantiel de la doctrine. Mais cette nourriture est trop substantielle pour ces esprits trop fermés. Les missionnaires ont jugé qu’ils ne se l’était pas encore assez assimilée. Ils continueront ou recommenceront, selon le conseil de l’apôtre : « Justa opportune importune, increpa in omni patientia ».
A Sienvang, M. Anthelme Excoffon voit se reconstituer sa chrétienté dispersée l’an dernier par la famine. En 1920 il restait 320 chrétiens dans le district. Aujourd’hui, il y en a 391, 25 catéchumènes suivent les instructions.
Au poste important de Tharé M. Combourieu, vétéran de la Mission, a dû payer un large tribut à la maladie. Pendant près de deux mois, éloigné de sa chrétienté, il a dû se livrer aux soins des docteurs de Vienchan. Les prières de ses chrétiens qu’il a engendrés à la foi et qui le vénèrent, auront obtenu de Dieu le sursis que la pénurie actuelle de missionnaires lui aura fait accepter de bon cœur : « Non recuso laborem ». Pendant son absence, M. Lacombe, son disciple, a maintenu les traditions de piété et de ferveur dans la chrétienté.
« Depuis longtemps, écrit-il, on n’avait à Tharé administré tant de viatiques et d’Extrême-Onctions. Depuis deux mois surtout, la dysenterie a envoyé au ciel quantité de petits anges ».
A Xangming, M. Marchi a cueilli une belle gerbe de baptêmes d’adultes. Il a encore bon nombre de catéchumènes établis dans le poste même, mais leur assiduité au catéchisme laisse un peu à désirer. Leur esprit était hier encore imbu du fétichisme laotien et le missionnaire doit veiller à certaines pratiques superstitieuses qu’entraîne la crainte toujours renaissante des mauvais génies. En terminant son Compte-Rendu, M. Malaval demande à Dieu de susciter de nombreuses vocations pour les missions afin que dans ce petit coin de vigne, encore bien inculte, le Laos, sous la houlette du Maître tant désiré viennent travailler des ouvriers nombreux.
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