Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1922
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Ange Gouin

V. – Laos.

Population catholique 14.287
Baptêmes d’adultes 272
Baptêmes d’enfants de païens 138


C’est le nouveau pasteur de la Mission du Laos, Mgr Ange Gouin, évêque d’Orcisto, qui nous envoie son premier compte rendu. Avant de prendre la houlette en main, Sa Grandeur veut remercier, au nom de tous les missionnaires, celui qui, depuis les derniers mois de la longue maladie de Mgr Prodhomme, a gouverné la Mission avec un dévouement qui ne s’est jamais lassé, et qui, à l’affection que lui ont vouée tous ses confrères, a ajouté une note, celle de la reconnaissance. M. Malaval laisse un souvenir précieux de son supériorat : la fondation d’une école de catéchistes instituteurs, conçue au moment le plus opportun, et dont l’importance va devenir capitale pour cette Mission.
« 272 baptêmes d’adultes, 138 d’enfants de païens, 58.000 confessions répétées, 116.000 communions de dévotion, voilà, écrit Mgr Gouin, notre bilan de l’année. La gerbe paraîtra bien petite à ceux qui ne peuvent se faire une idée des difficultés qui, au Laos plus qu’ailleurs sans doute, paralysent les efforts du missionnaire, épuisent ses forces, et l’empêchent de cueillir la moisson qu’il a très laborieusement semée.
Nos 14.287 chrétiens sont dispersés dans 63 chrétientés, plus ou moins rapprochées des rives du Mëkhong, sur une longueur de plus de 500 kilomètres. Ils sont tous des néophytes, c’est-à-dire des nouveaux-nés à la Foi, et nos anciens, les Prodhomme et les Guégo, pour ne parler que de ceux qui sont morts à la tâche, nous ont appris de quels soins maternels, vigilants et continus il faut les entourer, si l’on veut faire œuvre qui dure.
Huit missionnaires sont actuellement en France pour retrouver une santé, irrémédiablement perdue pour quelques-uns d’entre eux; deux autres sont exclusivement occupés à la difficile formation de nos séminaristes et de nos catéchistes. Je ne parle pas de nos vétérans qui ont déjà 36, 38 et même 44 ans de séjour en Mission : leur expérience et leur zèle toujours ardent, dans les postes plus sédentaires, rendent presque imperceptibles les atteintes de la vieillesse. Je les compte donc dans le nombre de 23 missionnaires ou prêtres indigènes qui nous restent pour administrer nos chrétientés. Cela fait pour chacun d’eux une moyenne d’environ 600 néophytes. Si l’on défalque les journées passées dans de longs voyages à cheval ou en pirogue, et celles encore où, terrassé par la fièvre, le corps refuse tout service, on comprendra la somme de travail que supposent, ajoutés aux soucis ordinaires de l’administration, les 58.000 confessions entendues, et l’instruction des 272 nouveaux baptisés et des 1.897 catéchumènes.
Nos chrétiens sont tous des néophytes, c’est-à-dire que nous n’avons pas encore de ces familles où, de génération en génération, la Foi s’est fortement enracinée, et dont l’exemple entraîne les novices à la pratique des vertus chrétiennes. Le missionnaire ne peut guère compter que sur son travail et sur les ressources qui lui viennent de l’extérieur. L’apathie naturelle du Laotien ne favorise pas la poussée vigoureuse de la sève qu’il a puisée au baptêmes, et il ne faut pas exiger de lui un zèle un peu actif, malgré l’amour réel de sa Foi. Voilà pourquoi nous ne pouvons compter sur le zèle de nos catéchistes, et ils n’ont pas d’autorité. Telles sont les difficultés contre lesquelles nous nous débattons. Comprend-on pourquoi notre gerbe de baptêmes d’adultes ne peut pas être mieux fournie ?

La plus grande souffrance du missionnaire au Laos, ce n’est pas la fatigue des longs voyages ; ce n’est pas même parfois la privation d’une nourriture suffisante, parce que trop chère ou trop rare dans ce pays éloigné des grands centres et des voies de communication ; c’est surtout son impuissance à répondre aux appels nombreux et trop lointains de ceux qui, du milieu des ténèbres, réclament la lumière.
M. Courrier, chargé du poste de Ban Uet, au Sud de la Mission, me parle d’un village païen, à quelques cinquante kilomètres de sa résidence, comptant 50 à 60 maisons, qui demande un missionnaire. Il n’est pas rare d’entendre cette parole : « Que le Père vienne chez nous, et nous étudierons. » On dirait que nos Laotiens ont conscience de leur peu d’énergie et qu’ils veulent le missionnaire au milieu d’eux pour les tenir éveillés.
M. Burguière aurait lui aussi des catéchumènes, mais trop loin de son poste principal. Il est par ailleurs surchargé de travail, car, à son district de Na Bua, il a dû joindre celui de Sithan resté vacant.
M. Jantet, à Paksé, rive française du Mëkhong, compte chez une tribu sauvage « Kha ong » plus d’un millier d’adorateurs qui, depuis longtemps, demandent que nous allions à eux. Certainement il y aurait là un grand espoir à réaliser ; mais il faudrait y placer deux missionnaires, car ces villages dans la montagne sont éloignés de deux à trois journées de Paksé. Où le prendre ce nouveau missionnaire, alors que nous avons six districts sans titulaire ?
A Song Nhe, M. Dézavelle a baptisé 27 adultes. Ce poste, de fondation toute récente, compte déjà 400 néophytes, petits ou grands, et donne pour le cours de l’année un total de 4.790 communions de dévotion. C’est dire l’impulsion de vie chrétienne que ce bon missionnaire réussit à donner à ses nouveaux chrétiens. Là aussi, (M. Dézavelle en a parlé dans le compte rendu de l’an dernier), des villages entiers demandent à s’instruire, mais ils sont trop éloignés des chrétientés déjà établies, et nous ne pouvons que demander à la Providence de pourvoir à la pénurie de ses ouvriers. Le voisin de M. Dézavelle, M. Paulin, quoique souffrant presque toute l’année de maux d’yeux et de la fièvre, a instruit et baptisé 18 catéchumènes.
M. Marchi, chargé du poste de Xang Ming, a recueilli 64 baptêmes d’adultes. Il lui faudrait de l’aide : Xang Ming a trois annexes dont une compte près de 300 chrétiens. Tout le district en contient 1.054.

Toutes ces relations, choisies parmi tant d’autres, indiquent suffisamment que notre moisson serait beaucoup plus abondante si les ouvriers étaient plus nombreux ; celles qui vont suivre donnent un aperçu du labeur quotidien du missionnaire au milieu de ses néophytes, de ses épreuves et de ses consolations, car celles-ci ne lui manquent heureusement pas, et rendent son joug suave et son fardeau léger.
M. Anthelme Excoffon m’écrit de Sieng Vang : « J’ai éprouvé la joie du Bon Pasteur retrouvant ses brebis perdues. Le vieux D. que vous avez connu, Monseigneur, quand vous étiez vicaire du regretté P. Guégo, est rentré au bercail. Après un début de vie chrétienne assez pieuse, il s’était laissé entraîner par les sept péchés Capitaux « à peu près tous », qui l’avaient conduit loin, bien loin de l’église. Le souvenir de son baptême, l’approche de la mort et du jugement me l’ont ramené à l’âge de soixante-dix ans. Il a demandé pardon à Dieu de l’avoir offensé, et aux hommes de leur avoir donné le mauvais exemple. Aujourd’hui, conscient du temps perdu, il passe son temps, étendu sur sa natte, à égrener son chapelet. »
« Le fait le plus saillant de l’année, continue le même confrère, a été le retour au logis de presque tous ceux de mes chrétiens de Sieng Van qui, l’an dernier avaient quitté le village pour fuir la famine. Ils étaient allés au loin à la recherche du riz quotidien. Malheureusement, cela ne s’est pas fait sans quelques graves blessures pour l’âme. J’ai de mon mieux pansé les plaies et Dieu les guérira. Mes petites écoles de garçons et de filles ont été fréquentées avec assiduité pendant la saison sèche. Les catéchumènes n’ont pas été moins assidus à leur catéchisme quotidien, et Dieu en soit loué, le premier dimanche de mai, j’ai pu baptiser 17 personnes et leur donner la Sainte Communion. A Songkhone, le catéchiste ne peut remplacer le Père absent. J’y vais aussi souvent que je le puis, mais les annexes de Sieng Vang sont si nombreuses ! »
Depuis 1919, Sieng Vang possède un petit couvent de religieuses indigènes avec noviciat. Postulantes ou novices y sont déjà au nombre de neuf. Dieu bénit le zèle de M. Anthelme Excoffon, et ce couvent qui rend déjà de grands services aux missionnaires de la région , en rendra de plus grands encore dans un avenir prochain.
Mon Provicaire, M. Combourieu, m’écrit de Tharé où plus de 3.000 chrétiens sont l’objet de sa sollicitude : « Nos 111 baptêmes d’enfants de chrétiens compensent un peu nos 10 baptêmes d’adultes, chiffre qui ne répond pas à nos espérances du début de l’année. C’est toujours le même refrain : nous manquons de catéchistes zélés, et nous ne pouvons être partout à la fois. Deux missionnaires à Tharé ne suffisent pas à accomplir tout le travail. Cette année, nous enregistrons 10.914 confessions répétées et près de 20.000 communions. Ce sont de beaux chiffres, je le veux bien, mais si nous tenons compte de l’augmentation de la population chrétienne, et comparons ces résultats à ceux d’avant la guerre, c’est un recul. En plus de Tharé, nous devons aussi nous occuper de Champhen. Beaucoup, parmi nos jeunes gens surtout, se sont déshabitués de la confession de dévotion pour s’en tenir au précepte strict de l’Eglise. Et nos chrétiens sont de grands enfants, dont la santé morale demandera longtemps encore des soins assidus. Cependant, et malgré tout, le bien se fait petit à petit, et notre Sainte Religion finira bien par s’implanter ici.
« Je remarque ceci : autrefois, les défections étaient presque toujours définitives : on retournait au paganisme. Aujourd’hui, au moins pour Tharé, la grande majorité de ceux que nous appelons, à tort, des apostats, nous reviennent pour mourir. Ils ont suivi leurs passions loin de l’église qui eût été leur refuge et leur sauvegarde, mais la plupart n’ont pas renié leur foi. Nous avons des indifférents, certes, quelques mauvais sujets, mais je crois que pas un ne voudrait mourir sans crier miséricorde et demander pardon. Cette semaine encore j’ai eu la consolation de préparer à la mort deux de ces prodigues. Tous les deux ont donné de grands signes de repentir, et leur fin a été aussi édifiante que leur chute avait été scandaleuse. »
A Oubon, notre vénéré doyen, M. Dabin, supporte allègrement ses quarante-quatre années de Mission. Il s’intitule plaisamment le dernier des premiers missionnaires du Laos, parce qu’il survit aux PP. Prodhomme et Guégo qui, les premiers, vinrent fonder la Mission du Laos en 1881 ; lui n’y arriva que le troisième.
Aidé de M. Châtenet il construit un orphelinat et un mur de clôture pour le couvent et ses dépendances. Ces constructions nécessaires ont coûté à nous deux confrères beaucoup de fatigues auxquelles s’ajoute le souci des dettes qu’ils ont dû contracter.

L’école de catéchistes-instituteurs, fondée par M. Malaval, a pour but de remédier à la pénurie de bon auxiliaires dont parle M. Combourieu ; mais elle répond à un besoin plus urgent encore. Nous avons 10.000 de nos chrétiens sur le territoire Siamois. Or le gouvernement de Siam a décrété l’enseignement public obligatoire. L’enseignement privé est toléré avec des restrictions sévères. Si nous voulons bénéficier des adoucissements obtenus par Mgr Perros pour les écoles catholiques, et sauvegarder la foi de nos enfants en les préservant de l’enseignement dans les écoles païennes, il nous faut des instituteurs. Le soin de les instruire et de les former a été confié à M. Boher. Il a le zèle et toutes aptitudes pour assurer le succès de l’œuvre. Nous ne nous faisons pas d’illusion : la tâche est difficile ; le caractère laotien ne changera pas du jour au lendemain ; mais Dieu est là et avec Son Aide, nous arriverons à un heureux résultat.
Je rends hommage au bien immense accompli par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres dont la renommée et l’heureuse influence dépassent les limites de leurs établissements de Nong Seng et d’Ubon.
Ainsi, dans la Mission du Laos, la pauvre Mission de la brousse, lentement mais sûrement l’œuvre de Dieu s’accomplit. Les courages sont à la hauteur des difficultés. Que Dieu nous guide, nous garde, et nous envoie des ouvriers nombreux.


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam