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Rapport annuel des évêques

Année: 1924
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Gouin

V. — Laos

Population catholique 16.010
Baptêmes d’adultes 376
Baptêmes d’enfants de païens 233


« Cette année, écrit Mgr Gouin, nous marquons une progression générale aussi bien dans l’apostolat auprès des païens, 103 baptêmes d’adultes de plus, que dans la formation chrétienne de nos néophytes chez qui confessions et communions deviennent de plus en plus nombreuses. Pour apprécier cette progression à sa juste valeur, il faut connaître la nature du sol inculte sur lequel nous travaillons, et computer les laborieux défrichements que ces résultats ont imposés au petit nombre d’ouvriers que nous sommes. »
Puis, commue un général après une campagne un peu rude, Monseigneur passe en revue ses missionnaires et remercie Dieu d’avoir maintenu leurs forces : Seul M. Malaval, ancien Supérieur de la Mission, a dû aller demander au climat de France un renouveau de vie. Un certain temps, la santé de M. Dézavelle nous avait, donné quelques inquiétudes mais le voilà de nouveau sur la brèche avec le même entrain qu’avant.
Enfin, nous avons eu la joie de célébrer les noces d’or du vénéré M. Dabin, le « dernier des trois », comme il se nomme lui-même, par allusion aux PP. Prodhomme et Xaviar Guégo, les fondateurs de la Mission du Laos, dont il fut le premier compagnon.
« L’année dernière j’ai parcouru dans mon compte rendu le Nord et l’Ouest de la Mission que je, venais de visiter, cette année ma visite s’est effectuée vers les chrétientés du Sud, et je né parlerai que d’elles.
« Les premiers postes chrétiens du Sud, en descendant le Mëkong, sont Bassac et Pakse. De Nong Seng, chef-lieu de la Mission, c’est un voyage de quatre à six jours, en bateau aux hautes eaux, en pirogue ou chaloupe aux eaux basses, à travers les rapides de Kemmarat. Sur une longueur de plus de cent kilomètres, le fleuve coule très resserré entre deux rives rocheuses semblables à des falaises à pic, et son lit est semé de nombreux bancs de rochers qui rendent la navigation difficile, même dangereuse.
Cette région de Paksé et de Bassac compte de nombreux catéchumènes de races Kha Souei et Kha Ong. Depuis longtemps ils demandent et attendent la résidence d’un missionnaire chez eux. Hélas ! les missionnaires sont trop peu nombreux et c’est actuellement chose bien Impossible. M. Paulin, pour les maintenir dans leurs bonnes dispositions, leur fait des visites aussi fréquentes qu’il le peut ; mais il doit desservir Bassac et deux annexas, et las chemins qui vont à la montagne où habitent les Khas sont longs et difficiles. Notre confrère a essayé d’établir dans chacun de ces postes de catéchumènes, un catéchiste de fortune qui tout au moins pourra baptiser les moribonds. Je me suis rendu dans un de leurs villages, à Khampheng, qui compte déjà un bon nombre de baptisés. M. Paulin avait averti tous ses Khas de mon arrivée et chaque village avait envoyé une délégation. La réception fut splendide. Au début il y eut un peu de timidité, chose bien compréhensible chez des hommes de la forêt, mais bientôt, cette timidité, la jarre d’alcool de riz aidant, fit place à la gaîté et à l’entrain : chez les Khas, c’est autour de la jarre qu’on discute et traite toutes les question qui intéressent le village. Dans ma prochaine visite, j’espère, disposant de plus de temps, visiter tous les villages de ces braves gens dont il faudrait nous occuper sérieusement et le plus tôt possible.

De Bassac, pour gagner la région d’Oubon, je repris le bateau quelques heures, jusqu’à l’embouchure du Moun. M. Courrier m’attendait là avec toute sa cavalerie, quatre chevaux, pour me conduire à son poste de Banuet. Après un chaud voyage à travers un pays chaotique, nous y arrivons à six heures et demie du soir : cris, pétards, tambours et coups de fusil. Banuet est un gros village dont à peine un tiers est catholique. Les rapports fréquents entre chrétiens et païens finiraient par des compromis si le Père ne faisait bonne garde ; M. Courrier a la main douce et ferme tout à la fois. « J’ai baptisé ici, m’écrit-il en avril dernier, une première famille de catéchumènes de Don Jèn ; ce sont les premiers baptisés de cette nouvelle petite chrétienté. A Noël dernier, mes religieuses avaient fait une neuvaine à la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant Jésus, dans le but d’obtenir des baptêmes d’enfants de païens. La petite Sœur des Missionnaires nous a exaucés et j’ai la joie d’offrir au divin Maître un bouquet de vingt-cinq rosas laotiennes. »
« Soixante kilomètres séparent Banuet d’Oubon ; mais M. Courrier est un gai compagnon : aux passages difficiles, il entraîne la colonne comme la Victoire... en chantant... A cinq heures du soir nous arrivons à Oubon. M. Chatenet, curé d’Oubon, qui aime à bien faire toutes choses, m’attend à l’entrée de la ville avec la musique militaire, et, c’est au son de la Marseillaise que le Vicaire Apostolique du Laos est reçu dans sa bonne ville d’Oubon. Une foule très nombreuse de païens, toute la population chrétienne, avec les Pères Dabin et Burguière, sont là et, musique en tête, conduisent l’évêque à l’église. Que les temps sont changés ! si l’on se reporte à quarante ans en arrière, à l’époque héroïque où ce même M. Dabin prenait en mains la direction de ce « berceau de la Mission » ! Durant les huit jours que j’ai passés à Oubon, je n’ai en qu’à me louer de mes rapports avec les autorités siamoises et j’ai constaté avec une heureuse satisfaction la bonne entente qui règne entre elles et les missionnaires.
« Oubon est une ville de 20.000 âmes, dont plus d’un millier de chrétiens ; c’est le chef-lieu d’une province qui compte un million d’habitants. Nous y avons un couvant de Religieuses indigènes qui prospère sous la direction de Sœur Agnès, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Le point noir à Oubon, c’est que tout est à refaire : église, maison, couvent et deux écoles. Dans cette ville relativement très grande, il nous faut des établissements convenables et qui doivent durer. Voici quelques extraits du rapport de M. Chatenet :
« Après la première joie que nous a procurée la première visite de Votre Grandeur, nous en avons eu une seconde : le cinquantième anniversaire sacerdotal du bon Père Dabin. Tous les chrétiens ont rivalisé d’ardeur pour manifester à leur Père leur joie et leur reconnaissance. Au triduum solennel des 1, 2, 3 juillet, M. Dézavelle fit entendre aux chrétiens ce qu’ils devaient au P. Dabin qui, encore plus par ses exemples que par ses paroles, a fait d’eux des enfants du vrai Dieu. Les autorités siamoises de la ville vinrent offrir au vénéré missionnaire leurs vœux de longue vie et leur reconnaissance pour tout le bien qu’il a fait et continue de faire à la population, et le Gouverneur de la Province organisa une réception à sa Résidence pour fêter le jubilaire.
« La troisième joie de l’année, et pas la moindre pour un cœur de prêtre, ce fut le baptême de 88 néophytes. Il faut monter bien loin dans les annales du poste pour retrouver un pareil chiffre... Il reste encore une cinquantaine de catéchumènes à instruire et j’ai bon espoir que ce mouvement de conversions continuera. Nos écoles ont donné de bons résultats : sur 43 élèves présentés aux différents examens, 34 ont été reçus. »

D’Oubon à Banhua, résidence de M. Burguière, ce n’est qu’une promenade matinale de douze kilomètres à cheval ou en pirogue, au choix. Mais Banhua a quatre annexes, dont Sithan, à soixante kilomètres, où jadis il y avait un missionnaire, et Nongtham, village de catéchumènes, à une douzaine de kilomètres de Sithan.
« Le posta de Banbua, écrit M. Burguière, fondé depuis une trentaine d’années, n’avait pour église que deux maisons laotiennes aboutées. L’augmentation des chrétiens la rendait trop petite, les termites la rendaient intenable ; et sainte Anne, patronne de céans, méritait quelque chose de mieux : J’ai vidé ma bourse, fait quelques emprunts, et Sainte Anne a son église. Il n’y manque plus que sa statue. A ceux qui désireraient des détails : style remarquable par sa simplicité, vingt-trois mètres de long, huit de large et dix de haut.
« Un groupe de catéchumènes du village de Siemrong s’est établi à Nongtham. Des difficultés survenues entre païens et catéchumènes ont obligé ceux-ci à s’éloigner et à former un nouveau village ; à deux reprises différentes j’ai pu y séjourner et m’occuper de l’instruction de 80 personnes, petites et grandes. J’espère pouvoir l’an prochain y donner des baptêmes. L’école de Sithan s’est classée aux examens avant les écoles voisines, même celle de la sous-préfecture. »
« M. Burguière compte 19 baptêmes d’adultes à l’article de la mort, preuve de l’estime qu’ont pour notre Religion les païens de la région ; car tous ces adultes ont été baptisés chez eux, dans leurs villages païens, la Mission n’ayant ni le personnel ni les moyens pour avoir des refuges ou des hôpitaux.
« De Sithan où je m’étais rendu avec MM. Burguière et Chatenet, nous fûmes visiter le nouveau village de Nongtham, peuplé de catéchumènes ; petit coin idéal, au milieu des sapins, grandes plaines de rizières et ce qui vaut mieux, des braves gens. Ce village me semble avoir toutes les chances de réussir et de prospérer.
« Le lendemain, à deux heures du matin, nous étions en selle ; M. Jouve était venu de cent kilomètres de là, pour m’accompagner vers la région de Nongkhu et Songnhë, le fief de M. Dézavelle. Dure journée sous un soleil ardent et à travers d’immenses plaines sablonneuses ! Aussi, le soir, en arrivant à la petite chrétienté de Bandon où je devais rester deux jours, la joie était égale chez les voyageurs qui arrivaient et chez les chrétiens qui les attendaient. Après Bandon, ce fut Sesong où M. Dézavelle nous attendait, puis Songnhë, les Lacs et Nonghku, notre dernier poste vers le Mëkong qui se trouve à quatre-vingts kilomètres de là.
« Le compte rendu de M. Dézavelle donne une idée très juste de sa région ; je le cite : « Me voici vous amenant une troupe de 76 néophytes régénérés au cours de cette année dans les eaux du baptême. Cette année s’est passée en catéchismes habituels mais bien fréquentés ; rien qu’à Songnhë, je comptais plus de 220 auditeurs par jour. L’espoir d’ailleurs était tendu vers la venue et la réception de Votre Grandeur qui, pour la première fois, devait venir visiter la région du Sud. On ne voulait pas être trouvé ignorant comme « les poules de la forêt. »
« Songnhë, village de néophytes, est donc encore dans la période ascendante de sa ferveur ; les chiffres des communions, 8.000 et plus, vous diront assez qu’ils se maintiennent. J’imagine que le total de ces communions serait impressionnant si quelqu’un était à demeure ; mais... la moitié du temps, il faut voir le reste. Ma dernière absence a duré deux mois.
« La Providence les a cependant éprouvés durement, ces pauvres néophytes : peste des buffles et des bœufs, des centaines sont crevés, malgré les vœux fervents. Ils n’ont pas perdu courage. Quelques-uns cependant parmi les catéchumènes, ont eu recours au sorcier païen qui, solennellement, avec toutes les formules imprécatoires, vint tatouer de dessins abracadabrants les cornes de leurs buffles — qui n’en crevèrent que mieux. Les propriétaires furent passés au savon public et le sorcier expulsé.
« Bon village que Songnhë, puisque je le vois d’un œil tendra et le couve avec une attention jalouse. En cherchant bien, on trouverait quelques poux dans la paille, sans doute, mais ce ne sont pas quelques faits isolés d’indépendance ou de licence qui peuvent faire oublier la bonne tenue générale.
« Sesong est moins bien. Les bénéfices du commerce tentent au moins autant que les joies d’une bonne conscience. J’ai insisté beaucoup sur la communion fréquente ; ma voix a trouvé quelques échos puisque j’ai une augmentation de plus de 500. Pendant mes absences de ce village, le catéchisme était fait par une jeune fille, enfant de chinois. Tous les jours, elle « chantait » quelques demandes et réponses aux enfants qui, à sa suite, reprenaient en chœur. C’est grâce à elle que les enfants ont été maintenus à un bon niveau pour la lettre du catéchisme. Est-ce pour la récompenser que le bon Dieu lui a inspiré la volonté de se faire religieuse ? Elle a eu un gros chagrin quand le Père lui a dit d’attendre encore.
« Le district de Nongkhu est dépourvu de titulaire. Je remercie le P. Jouve qui, à plusieurs reprises, a quitté ses villages Sos pour venir une tenir compagnie et s’occuper de Nongkhu et de Bandoun. Il a laissé ici un excellent souvenir. La plupart, ne pouvant prononcer son nom à la Française, l’appellent tout uniment « Khun pho Jesou », le Père Jésus. Malgré les absences du Père regagnant ses villages, malgré mes visites peu fréquentes et peu prolongées, les deux villages de Nongkhu et de Bandoun se sont maintenus.
« Après quinze excellents jours passés au milieu de ces chrétiens, je regagnai, en compagnie de MM. Dézavelle et Jouve, la petite ville de Savannakhet et de là Nongseng, après deux mois d’absence et un voyage de six cents kilomètres à cheval. Je n’avais jamais visité cette région du Sud ; j’en suis revenu très content et persuadé que nos Laotiens sérieusement instruits, groupés et vivant près du Père ou visités souvent par lui, peuvent faire de bons chrétiens qui non seulement pratiqueront mais auront la foi.
« Après un stage d’une année à l’Ecole des Catéchistes de la Mission de Siam, M. Boher nous est revenu et a ouvert une Ecole normale de Catéchistes Instituteurs, aux premiers jours de mai, avec 23 élèves.
« Un de nos petits séminaristes de Siam, ses études terminées, est entré au Grand Séminaire à Penang ; deux autres sont en probation. Nous avons actuellement 18 petits séminaristes à Siam et 2 à Xadoai, Tonkin.
« Nos religieuses de Saint-Paul de Chartres et nos Sœurs indigènes continuent à faire le bien dans nos écoles et orphelinats. Je voudrais ouvrir de nouveaux établissements, mais jusqu’ici je n’ai pu obtenir de nouvelles Religieuses de France. »


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