| Année: |
1929 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. — Laos.
Population catholique 18.478
Baptêmes d’adultes 479
Baptêmes d’enfants de païens 311
« Vous m’excuserez de vous envoyer un compte rendu un peu court, écrit Mgr Gouin : parti pour Bangkok. sur la fin d’août, je suis rentré le 5 octobre ; cette circonstance explique ma brièveté.
« Epreuves et joies, c’est la vie du missionnaire, c’est aussi la vie d’une Mission. Epreuves d’abord : un télégramme de France nous a annoncé la mort du cher M. Delalex dans sa famille en Savoie. Missionnaire au Siam, puis au Laos, depuis 1888, il n’était en France que depuis quelques mois seulement. Epreuve encore, le départ de M. Courrier, que la maladie a emporté loin de nous au pays natal. La moisson semble jaunir au Laos, dans certaines régions, et voilà que le nombre des ouvriers diminue chaque année !
« Joies ensuite : l’année a été bonne, puisque pour cet exercice les missionnaires du Laos apportent une gerbe de 473 baptêmes d’adultes et de 311 baptêmes d’enfants de païens. Malgré notre petit nombre, les confessions se sont maintenues au chiffre de l’année dernière, et les communions sont en légère augmentation. Grâces en soient rendues à Dieu l’Auteur de tout bien. Et merci à tous les missionnaires du Laos, et sous ce nom je comprends aussi nos trois prêtres indigènes.
« Faire un recensement exact de la population catholique du Laos est chose assez difficile, et cela à cause du va-et-vient continuel des fidèles annamites. Je crois le chiffre donné pour cette année, 18.478, un peu au-dessous de la réalité, cependant il vaut mieux s’y tenir. A ce sujet M. Thibaut m’écrit de Vientiane : « La population chrétienne annamite tend à « diminuer ; les gros travaux d’installation de la ville et chez les particuliers étant achevés, « beaucoup d’entrepreneurs et de journaliers sont rentrés en Annam, d’autres sont partis « travailler sur les nouvelles routes, s’éloignant de plus en plus de Vientiane. Un bon nombre « de familles ne m’avise pas de leur arrivée et de leur installation sur mon territoire, si bien « que le chiffre des nouvelles recrues ne compense pas le chiffre des sorties. Le nombre des « chrétiens de ce district serait certainement plus élevé, si tout voulaient bien se faire « connaître et inscrire dès leur arrivée. »
« En février, je suis allé à Vientiane, accompagné de M. Boher, pour bénir trois belles cloches, dernier cadeau fait par M. Delalex à son église. Monsieur Bosc, Résident supérieur, Mme Bosc, toute la population française, les chrétiens annamites et laotiens ainsi que de nombreux païens assistaient à la cérémonie. Puisse la voix de ces cloches amener au vrai Dieu les âmes encore assises à l’ombre de la mort, si nombreuses dans la capitale du Laos français !
« A Luang-Prabang, au Nord de Vientiane, nous sommes devancés par les protestants : un ministre canadien vient de s’y installer cette année. Autrefois, de Vientiane à Luang-Prabang, capitale d’un royaume laotien sous protectorat français, il fallait de douze à vingt-cinq jours de pirogue, selon la saison ; actuellement, grâce aux moteurs, on ne met plus que six jours. A mi-chemin, sur la rive siamoise, un peu à l’intérieur, un groupe de deux cents catéchumènes étudie sérieusement. C’est une nouvelle région qu’il nous faudrait absolument ouvrir, sans quoi nous arriverons trop tard. Mais pour cela, il faudrait de toute nécessité lancer un groupe de trois missionnaires dans cette région, à cause de l’éloignement de Vientiane et de Muang-Nhuk où MM. Thibaut et Antoine ont déjà fort à faire. Ce groupe de trois missionnaires, je ne puis le trouver.
« De Luang-Prabang, qui n’est point l’extrême Nord de la Mission, puisqu’il faudrait encore un mois et plus de voyage pour l’atteindre, descendons à Paksé qui, lui non plus, n’est pas l’extrême Nord de la Mission. Certaines violettes sont, paraît-il, tout en fleurs, sans feuilles. M. Jantet, chargé de la région de Paksé, est une violette qui se cache, tout comme ses sauvages Kha-Suei, Kha-ong, aux pieds des montagnes, dans la forêt profonde, au bord des torrents. Ce confrère m’annonce 102 baptêmes d’adultes et 19 baptêmes d’enfants de païens, mais ne dit rien de ses courses apostoliques. Huit mois de l’année, c’est-à-dire toute la saison sèche, il s’en va, sans précipitation, visiter sa bonne douzaine de villages. Quand la côte est trop dure, ou le sentier trop long, il fait des poses, fume le calumet de la paix avec ses sauva- ges : au passage des torrents, deux vigoureux jeunes gens, parfois quatre, prêtent leurs bras jusqu’à la rive d’en face. La journée et une partie de la nuit se passent en causeries, de père à enfants ; il ne faut rien brusquer avec ces gens simples, et quant aux leçons de catéchisme, il faut les répéter souvent, les têtes sont un peu dures. Telle est la vie de M. Jantet. Aux chiffres qu’il m’envoie, il ajoute quelques lignes : « Monseigneur, quand donc m’enverrez-vous quelqu’un qui prenne la moitié de mes biens et une partie du reste ? »
« M. Dezavelle a eu la joie cette année de voir sa plus belle récolte : 108 baptêmes d’adultes et 44 d’enfants de païens. Il est seul avec 1.323 chrétiens, et il lui faudrait de l’aide.
« D’Oubone, M. Chatenet annonce 42 baptêmes d’adultes. Son école a été brûlée, son église tombe en ruines, le couvent des religieuses indigènes aussi ; ne pouvant tout de même pas, à la saison des pluies, coucher sous le grand tamarinier d’en face, il a construit un presbytère à grand renfort d’ingéniosités. Mais le diable loge en sa bourse ; il a, heureuse-ment, le moral des vieilles troupes.
« M. Burguière, et son vicaire M. Cavaillier, évangélisent une région de près de cent cinquante kilomètres en longueur. Ils présentent 35 baptêmes d’adultes et 29 d’enfants de païens. Il y a bon espoir d’ouvrir un nouveau village prochainement ; ce village est situé en bordure de la ligne du chemin de fer de Khorat à Oubone, qui sera inaugurée au début de 1930 : Oubone sera dès lors à deux journées de Bangkok.
« Cette année j’ai fait la visite de la région de Tharé et donné la confirmation dans ses différentes chrétientés. L’administration essaie d’ouvrir des pistes pour automobiles dans cette partie du Laos, mais tout n’est pas encore au point, et j’ai dû faire ma tournée à cheval, tout comme au bon vieux temps. Une fois pourtant, on m’a encouragé à prendre l’auto : pannes sur pannes, pour faire quarante-sept kilomètres j’ai mis dix heures !
« M. Marchi, vu son état de santé, ne peut faire de longues courses, mais il en fait beaucoup de petites. « Tout près de Thung-Mon, m’écrit-il, se trouvent trois villages « païens ; chaque semaine, le jeudi et le dimanche, je fais une petite tournée dans l’un ou « l’autre, à la recherche des enfants moribonds, essayant d’apprivoiser les Laotiens. Mes « remèdes gratuits sont bien reçus, nous causons de la pluie et du beau temps, de la récolte et « des malades, sans oublier la question religieuse. Il s’agit de gagner leurs sympathies avant « d’aller plus loin. » C’est là un excellent moyen d’apostolat que je tiendrais à voir se propager de plus en plus.
« M. Stocker, dans sa vaste région de Don-Thoi et de Na-Bua, n’arrive pas, lui non plus, à faire tout le bien qu’il voudrait. Ici une division s’imposerait : Na-Bua aurait un missionnaire à demeure. Ce village est situé dans une région neuve ; la forêt, en beaucoup d’endroits, pourrait être défrichée et donnerait de belles rizières ; des Laotiens venant du Sud à la recherche de terrains cultivables s’y établissent chaque année. Un prêtre à demeure pourrait facilement gagner ces émigrants et en faire petit à petit des chrétiens. M. Stocker fait bien tout son possible, mais il ne peut rester là continuellement auprès de ces pauvres gens, et le tuteur devrait justement ne pas s’éloigner ! M. Stocker apporte une gerbe de 29 baptêmes d’adultes et 14 d’enfants de païens.
« Cette division soulagerait aussi M. Lacombe, qui avec 34 baptêmes d’adultes et 66 d’enfants de chrétiens, doit administrer 1.375 fidèles répartis en cinq postes. Cette année, il est arrivé au beau chiffre de 7.030 confessions. Notre confrère a beau se dévouer à fond, c’est trop pour un seul homme. Entre temps, il a voulu se lancer dans l’architecture, je veux dire se construire un presbytère en briques ; les déboires ne lui ont pas manqué : briques pas toujours assez cuites, chaux de mauvaise qualité, maçons qui gâchent le mortier... et les murs aussi ; la villa est couverte tout de même, et tiendra, avec quelques petites réparations de temps en temps.
« A Chanphen, M. Thomine a le plus beau chiffre de baptêmes d’enfants de païens, 48. Un prisonnier de Sakhon a baptisé deux de ses co-détenus in articulo mortis. Le mot : « A tout péché miséricorde ! » doit lui être appliqué. Résumant son administration de cette année, M. Thomine m’écrit : « Chanphen, qui compte 580 chrétiens, donne 401 confessions « annuelles et 2.093 confessions répétées, 397 communions pascales et 5.045 de dévotion. Il « y a bien un peu de tiédeur chez certains, quelques petits points noirs, mais enfin c’est la « bonne moyenne de nos chrétientés laotiennes. Le village bien uni prendrait volontiers le « dessus sur les gros villages païens des environs, et ceci permet, malgré la pénurie des « rizières, de ne point trop redouter l’avenir. En somme, Chanphen donne satisfaction ; mon « annexe de Napho, qui compte 453 chrétiens, et où je passe à peu près la moitié de mon « temps, m’en donne un peu moins : on y est un peu têtu, et puis trois groupes sont sortis du « village, sous prétexte que leurs rizières étaient un peu éloignées, que l’élevage du bétail « était difficile. Tout cela, raisons de Laotiens qui veulent cacher la vraie, un peu de tirage « entre eux. »
« J’ai terminé ma tournée de confirmations par le gros poste de Tharé, qui compte 2.443 chrétiens presque tous groupés à Tharé même. M. Combourieu Provicaire Délégué, m’écrit : « Le poste de Tharé a enregistré dans le courant de l’année 104 baptêmes d’enfants de « chrétiens, 35 d’enfants de païens et 40 d’adultes mais aussi 80 décès ! Un peu moins de « confessions de dévotion, mais, Dieu merci, 3.000 communions en plus, en tout 36.514. La « date la plus mémorable de l’année a été celle du 12 mai, fête patronale de la chrétienté, du « Jubilé et de la confirmation. A cette occasion, un record fut atteint : 1.377 confessions et « 3.800 communions ; il y eut de nombreux retours de brebis un peu errantes, de quoi Deo « gratias ! le nombre des confirmations fut de 233. Durant l’année le travail d’un chacun « s’est fait normalement, sans trop d’accrocs. M. Bayet a visité le plus qu’il a pu ses « néophytes et catéchumènes de Pavan et Don-Sieng-Khun, et bien souvent couru au chevet « des malades.
« Les catéchistes, hommes et religieuses, ont fait, je crois, leur possible pour s’acquitter de « leur charge. Les écoles ont continué à briller aux examens officiels : l’écoles des filles a eu « 65 reçues ; sur 17 présentées au troisième degré du certificat d’études, 16 ont été reçues, « dont 6 religieuses ou postulantes, ce qui porte à 11 le nombre des personnes du couvent « ayant un certificat officiel leur permettant d’instruire. Quant à l’école des garçons, j’ai le « regret de dire que les études sont moins sérieuses ; la cause en est dans ce fait que les « instituteurs, étant mariés, ayant des charges de famille, et n’étant pas suffisamment « rétribués, s’occupent chez eux, d’où moins de présence à leur école. Pour pouvoir les « satisfaire et augmenter leur solde, je suis presque décidé à en diminuer le nombre. »
« En décembre dernier, M. Boher, Supérieur de notre école de catéchistes-instituteurs, a présenté 6 élèves à l’examen officiel, et tous les 6 ont été reçus en excellente place, le premier de la province étant l’un d’eux .
« Sœur Agnès des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, se dévoue toujours à la formation de nos religieuses indigènes « Amantes de la Croix » de la région d’Oubone. A Nongseng, nous avons fêté en août 1908 les noces d’or religieuses de Sœur Ursule qui est au Laos depuis 1904. Au commencement d’août 1929 un télégramme officiel de M. le Ministre de la République Française à Bangkok nous annonçait sa nomination au grade de Chevalier de la Légion d’honneur.
« En terminant ce compte rendu, je tiens à remercier S. G. Mgr Allys qui a bien voulu accepter dans son Grand Séminaire de Hué deux séminaristes du Laos, et au Petit Séminaire d’Anninh deux sujets du Laos aussi.
« J’ai vu cette année les deux tiers de la Mission du Laos, et mon opinion est celle-ci : la Mission va bien, l’esprit est bon, et les missionnaires travaillent . »
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