| Année: |
1932 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. ─ Laos.
Population catholique 20.337
Baptêmes d’adultes 482
Baptêmes d’enfants de païens 318
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Mgr Gouin écrit : « Le 5 janvier, au soir, nous sont arrivés trois Mages, venus d’Orient. Ce jour-là en effet la Mission du Laos avait l’honneur et la joie de recevoir Mgr de Guébriant, accompagné de MM. Victor Barbier et Benjamin Louison. Le séjour de Son Excellence parmi nous, fut bien court : 24 heures seulement ! Mais nous ne pouvions demander davantage car c’était pour Elle un bien dur voyage de 600 km en dehors de l’itinéraire d’abord fixé. Que notre vénéré Supérieur veuille bien agréer ici, nos respectueux et sincères remerciements pour être venu ainsi jusqu’à nous et avoir visité notre cher Laos.
« Ce même mois devait nous apporter une autre joie ; le 31 janvier, en effet, j’avais le bonheur d’ordonner deux nouveaux prêtres laotiens, parvenus au terme de leurs études théologiques au Collège général de Pinang : ce qui porte le nombre de nos prêtres laotiens à quatre. Nous avons encore actuellement six grands Séminaristes et 22 latinistes dont deux en probation. Dieu merci, après de gros efforts, qui n’ont pas tous été couronnés de succès, l’aurore de temps meilleurs semble poindre à l’horizon. Les premiers missionnaires arrivèrent au Laos en 1881 et dès 1893 ils s’efforcèrent de fonder un petit Séminaire ; en cela ils se montrèrent bien pénétrés de l’esprit du règlement de notre Société, qui demande à tous ses membres de regarder comme un de leurs premiers buts la formation du clergé indigène. Cette année, pour essayer d’intensifier le recrutement des petits séminaristes, M. Boher a bien voulu accepter une dizaine d’enfants qui, originaires de postes chrétiens où nous ne pouvons avoir d’écoles, sont venus chez lui pour se former et s’instruire. Sous la surveillance de deux élèves en probation, ils habitent une maison à part et préparent le programme de l’examen d’admission. Après un an et demi, un choix sera fait parmi eux et les appelés pourront entrer au petit Séminaire en janvier 1934. C’est en quelque sorte un probatorium sous la paternelle et vigilante direction de notre confrère. Que Dieu bénisse cette tentative que nous avons jugée nécessaire !
« Comme je l’écrivais dans mon compte rendu de l’année dernière, la question des écoles reste toujours angoissante, puisqu’elles sont entièrement à la charge de la Mission. La quête pour les œuvres scolaires donne peu, le Laotien en général est pauvre, vivant au jour le jour et la crise actuelle n’est pas de nature à soulager sa misère.
« La population chrétienne de la Mission dépasse cette année 20.000 ; c’est avec un réel plaisir que j’écris ce chiffre deux, en place du un de l’an dernier. Puisse-t-il rapidement céder le pas au chiffre trois !
« Nous enregistrons cette fois 482 baptêmes d’adultes, et 318 baptêmes d’enfants de païens, c’est-à-dire une progression. A noter aussi un progrès pour les confessions et les communions. Comme l’an dernier, la région d’Oubone arrive en tête : M. Cavaillier avec le P. Sinuen, prêtre de la dernière ordination, accusent 77 baptêmes d’adultes, M. Alazard 75, M. Chatenet 46. Cette partie du Laos où la population est restée plus simple, où le jeu et l’opium sont presque inconnus, promet beaucoup pour l’avenir. Il faudrait pouvoir y augmenter le nombre des ouvriers apostoliques, et je ne le puis pas, malheureusement.
« Le rapport de M. Alazard chargé du district de Sé-Song qui compte 1.238 chrétiens, avec ses deux annexes, l’une à 40 kilomètres au sud de la résidence principale, et l’autre à 30 au nord-ouest, donne une idée de la vie missionnaire au Laos.
« Vous m’avez de nouveau Monseigneur, écrit ce cher confrère, confié le poste de Ban-« Dun ; non seulement, il est pour moi un surcroît de travail et de fatigue, mais « nécessairement, mes deux autres postes de Song-Nhê et de Sé-Song, en ont souffert un peu. « Plus je vais, plus je constate ce fait que nos braves Laotiens ne restent bons chrétiens « qu’autant qu’ils sont soutenus par la présence continuelle du prêtre. Abandonnés à eux-« mêmes quelque temps, même un mois ou deux, ils se relâchent aussitôt pour revenir il est « vrai à leur première ferveur, mais c’est toujours un peu dur. La chrétienté de Song-Nhê « composée de 724 chrétiens, autrefois fief de M. Dezavelle qui nous a quittés en laissant tant « de regrets, continue à se développer normalement. Les néophytes ne sont pas parfaits « certes, mais ils se montrent dociles aux directives du Père. Un missionnaire à demeure chez « eux en ferait de bons chrétiens : malheureusement les païens, installés au village depuis sa « fondation, y font beaucoup de mal. Au mois de mai, ils s’étaient mis à faire du théâtre, et à « jouer la comédie, des scènes laotiennes, vous devinez ce que cela pouvait être ? Aussi « quelle tentation pour les chrétiens, pour la jeunesse surtout ! Mis au courant de la chose, « lors de ma visite au début de juin, j’ai dû agir et même sévir.
« La plupart de mes baptêmes ont été faits à Song-Nhê. Je me suis montré assez large pour « quelques anciens catéchumènes par trop bornés, tous les autres étaient suffisamment « instruits. J’avais dans ce village un bon catéchiste, d’un certain âge, jouissant d’une grande « autorité sur les chrétiens et même auprès des païens. Sœur Agnès, Supérieure du Couvent « d’Oubone, me l’ayant demandé, j’ai dû le lui céder : il accompagne maintenant les « religieuses indigènes dans leurs tournées de propagande et de baptêmes. Etant donné sa « conduite exemplaire et le respect qu’il imposait à tous, c’était l’homme qu’il me fallait : son « départ laisse un grand vide ici.
« Ma résidence de Song-Nhê est par trop peu confortable, il faudra en faire une neuve. « Mais il y a une question de cloche. Je paie la cloche et les chrétiens doivent me fournir les « bois pour la maison. Les grosses poutres sont déjà arrivées. Il en reste encore beaucoup de « petites à fournir ; donnant, donnant, ils doivent attendre le son de la cloche pour les « apporter, et alors seulement j’aurai ma villa.
« En ce qui concerne les écoles, je n’ai pas encore pu obtenir l’autorisation d’en ouvrir à « Song-Nhê. J’espère qu’avec le nouveau sous-préfet, l’affaire va s’arranger. Mêmes « difficultés à Sê-Song et à Ban-Dun.
« Je n’ai pu faire que deux visites à Ban-Dun depuis février, époque où j’ai reçu votre « lettre qui me confiait ce poste de 163 chrétiens. Les fidèles sont bien disposés, mais il « faudrait que je puisse y faire des visites plus fréquentes et plus longues. On n’enregistre pas « beaucoup de conversions dans cet endroit ; terre ingrate s’il en fût.
« Le village de Dong-Mak-Fai, malheureusement un peu éloigné, semble donner plus « d’espoir. Les quelques chrétiens qui s’y trouvent, persévèrent malgré leur isolement et les « tracasseries dont ils sont l’objet. Il y a encore un certain nombre de catéchumènes qui n’ont « pu être baptisés, faute de catéchiste. Plusieurs familles païennes semblent vouloir se « convertir. Ces pauvres chrétiens ont bâti eux-mêmes, cette année, une résidence et une « chapelle en planches. Aussitôt la saison des pluies passée, j’irai les visiter car je crois qu’il « y a beaucoup à faire dans ce village.
« En général, le nombre des confessions et communions de dévotion a baissé un peu dans « mon district ; ce n’est pas, je crois, que la ferveur ait diminué chez mes néophytes car, à « chacun de mes séjours dans les chrétientés, ils ont été plus empressés que jamais à « s’approcher des sacrements, mais, par suite de la maladie du Père Antoine, j’ai dû « m’occuper de son district, assez éprouvé par la grippe.
« Je conclus : il faudrait un missionnaire de plus dans la région et aussi deux bons « catéchistes, moyennant quoi on pourrait aller de l’avant, avec la grâce de Dieu. »
« A Oubone, M. Chatenet qui avait un plan d’église dans la poche gauche, mais pas un liard dans celle de droite, a dû se contenter de remettre l’ancienne à neuf, en y mettant une couverture en tôle ondulée pour alléger la charpente. C’est un homme de goût et un grand bâtisseur ; la vieille église du cher M. Dabin semble devoir tenir longtemps encore sous sa nouvelle toiture.
« Depuis un an et plus, notre confrère construit un couvent pour les religieuses indigènes Amantes de la Croix. C’est une bâtisse qui reviendra assez cher, mais dont la toute nécessité s’imposait. Je pense qu’elle sera terminée vers la mi-octobre, époque de la retraite annuellle de ces religieuses.
« Sous la direction de Sœur Agnès, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, et avec l’aide de M. Burguière qui leur donne de nombreuses instructions, les Amantes de la Croix du couvent d’Oubone augmentent en nomhre. Depuis l’année dernière quelques-unes d’entre elles font de tournées dans les villages païens des environs, et elles ont réussi à récolter 70 baptêmes d’enfants de païens ainsi que plusieurs baptêmes d’adultes moribonds. Ceci est un peu à l’encontre des coutumes laotiennes qui n’admettent guère que des femmes aillent prêcher la religion : aussi cette œuvre demande-t-elle beaucoup de sérieux et de tact de la part de ces religieuses, avec un certain âge en plus.
« Tout à fait au nord de la Mission, à Luang-Prabang, M. Excoffon construit une chapelle sur le terrain acheté l’an dernier. J’espère la bénir à Noël prochain. Cette ville est un gros centre bouddhique où règnent des mœurs très libres. Mais comme le dit si bien M. Excoffon, il fallait que le vrai Dieu y eût aussi son temple. Ce peuple, en voyant la Croix, ne comprendra sans doute pas de suite, peut-être même haussera-t-il les épaules, mais « in cruce salus ». La crise financière arrête la construction de la route qui mettait Luang Prabang à deux petites journées de Vientiane, en sorte que le missionnaire doit encore faire 9 jours de voyage en pirogue à moteur pour remonter le fleuve et 4 pour le descendre : cela rend les voyages fort dispendieux et partant très espacés.
« A Keng-Sadok, M. Chabanel imprime fréquemment en caractères laotiens de petits bulletins avec annonces et faits divers qu’il fait porter à ses chrétiens assez dispersés ; ces feuilles sont lues en commun, et le Père trouve que la voix de la presse devient une aide précieuse à la voix du Pasteur.
« Depuis longtemps, la nécessité d’un missionnaire se faisait sentir à Thakhek, chef-lieu de Province, au Laos Français. Nous avons là, en effet, un bon nombre d’Annamites chrétiens employés en différents chantiers : mines, routes, travaux de chemin de fer. M. Victor Barbier a bien voulu quitter son joli coin d’Annam, pour venir s’occuper de ces pauvres gens un peu délaissés, et fonder la chrétienté de Thakhek. Français et Annamites ont été heureux de le recevoir. Depuis son arrivée, secondé par deux catéchistes, il cherche ses brebis et essaie de les grouper. Une installation pour religieuses est presque terminée, et l’église sera couverte à la fin de cette année, sans aucun doute.
« Tout près de Thakhek, à Muang-Kaô, nous avons quelques familles chrétiennes voisinant avec les ruines d’un temple bouddhique, centre d’un grand pèlerinage. En face de cette pagode, la Croix sur une pauvre paillote n’eut pas été à sa place, il fallait un plus joli piédestal au signe de notre Rédemption. C’est maintenant chose faite, grâce à la jolie petite chapelle en briques que M. Malaval vient d’y construire.
« Cette année, j’ai fait une longue tournée de confirmations dans l’Ouest de la Mission, soit au moins 500 km à cheval. Il faut bien profiter de ce moyen de locomotion tant qu’il existe encore au Laos. J’ai constaté avec plaisir que toutes les chrétientés de Naphô, Tharé, Thung-Mon, Don-Thoi, Na-Bua, Phôn-Sung, Xang-Ming, Chanphen, se stabilisaient de plus en plus et que, en dépit des misères inhérentes à la nature humaine, la vie chrétienne s’y manifestait intense.
« M. Stocker, aidé de son jeune vicaire, le Père Thëng a pris en charge 3 annexes de Xang-Ming et de Don-Thoi. Ces exodes sont un grave souci pour le missionnaire, car, à côté des courses et des fatigues supplémentaires que ces mutations lui imposent, elles sont parfois, pour nos néophytes, un acheminement vers l’indifférence, sinon vers l’apostasie, le Père ne pouvant les visiter autant qu’il le voudrait ou qu’il le faudrait. Et pourtant, ces émigrations bien endiguées, avec un Père sur place, dans les nouvelles agglomérations, seraient un excellent moyen d’évangélisation. La population y augmente rapidement, puisque la moyenne des naissances est de 45 à 50 pour mille. Le Laotien est de plus en plus à la recherche de terrains de culture. Que quelques familles chrétiennes, bien groupées, s’établissent dans un endroit convenable, nécessairement des familles païennes demanderont à venir s’y adjoindre et si les chrétiens ne veulent admettre avec eux que des gens qui promettent de se convertir, nous aurons bientôt un village chrétien. Comme exemple, je citerai dans cette même région, celui de Na-Bua, qui au début ne comptait que quelques familles et qui maintenant comprend plus de 500 chrétiens. Mais il faut le tuteur, c’est-à-dire le Père, là ou tout près !
« Le poste de Phôn Sung se trouve à 60 km de toute autre chrétienté, avec des chemins à peu près impraticables au moment de la saison des pluies. M. Albert qui a sa résidence à 80 km de là, y vient régulièrement 3 et 4 fois par an, et y fait d’assez longs séjours. Il est jeune et plein de forces, heureusement.
« A Xang-Ming, M. Lacombe se plaint de nombreux décès. Les catéchumènes y deviennent plus rares, tous les terrains cultivables étant déjà distribués. Il a pu glaner tout de même 26 baptêmes d’adultes. Sa résidence qui lui avait causé assez de soucis est enfin finie, coquette et de bon goût.
« A Tharé, le Père Combourieu, Provicaire de la Mission, possède certainement la plus belle et la plus pratique école de garçons de la province de Sakon. Il fallait ce nouveau bâtiment à ses deux cents écoliers ; je l’ai bénit le 2 février lors de la grand’messe de prémices du Père Sinuen, le premier prêtre originaire de cet endroit. Les préfets siamois de Sakôn et de Nakhon étaient présents.
« M. Thomine, chargé des chrétientés de Chanphen et de Naphô, un peu éloignées l’une de l’autre, voit avec peine le retour trop fréquent de l’ennemi de tout bien parmi ses ouailles, surtout à Naphô. Il a eu cependant la consolation d’enregistrer 20 baptêmes d’adultes et 26 d’enfants de païens.
« En terminant ce compte rendu, j’ai à cœur de remercier tous les missionnaires et prêtres indigènes du Laos de leur zèle et de leur dévouement ; les succès n’ont pas toujours répondu à leurs efforts, mais Dieu merci, ils ont travaillé de leur mieux. Tous ont l’excellent moral des vieilles troupes du bon Dieu.
« Mes remerciements aussi aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres, à nos religieuses indigènes Amantes de la Croix, à nos catéchistes et instituteurs qui tous nous rendent de précieux services. »
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