| Année: |
1933 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. –– Laos
Population catholique 21.082
Baptêmes d’adultes 441
Baptêmes d’enfants de païens 339
S. Exc. Mgr Gouin nous adresse le rapport suivant :
« Un des événements heureux de cette année a été la bénédiction de l’église de Luang-Prabang, capitale du royaume du même nom sous protectorat français. Depuis longtemps les Supérieurs de la Mission du Laos désiraient implanter la foi dans ce gros centre du Nord, mais jusqu’à ces derniers temps les difficultés et les longueurs du voyage étaient telles, qu’il leur semblait impossible de songer à une prise de contact sérieux.
« Autrefois, de Vientiane, capitale du Laos français, à Luang-Prabang, il fallait pour franchir les 426 km. qui les séparent par la voie fluviale, de 20 à 30 jours de pirogue, suivant les saisons. La voie de terre (350 km.) demandait de 12 à 14 jours à cheval, et la route n’était, guère praticable que 5 à 6 mois de l’année. Actuellement les moyens de communication sont plus faciles, et par le fleuve ce n’est plus qu’un voyage de 5 à 7 jours.
« En 1929, M. Thibaud fut le premier missionnaire qui fit ce voyage. Son successeur à Vientiane, M. Excoffon, réussit à y acheter un terrain et, confiant en la Providence, y entreprit de suite la construction d’une église. Grâce à Dieu, notre confrère est ainsi arrivé à planter la croix dans cette cité des pagodes, où le culte de Bouddha se traduit surtout, par des fêtes de nuit continuelles.
« Le 15 décembre 1932, jour octave de la fête de l’Immaculée-Conception, l’église presque achevée et artistement décorée fut solennellement bénite sous le vocable de Marie-Immaculée. Que notre Mère du Ciel apporte avec elle la joie de la Bonne-Nouvelle dans cette ville de Luang-Prabang qui, depuis des siècles sommeille à l’ombre de son PhraBang, statuette en or de Bouddha, apportée de Ceylan il y a, dit-on, 500 ans !
« De Luang-Prabang jusqu’à la frontière de Chine, en bordure de la Mission du Yunnan, nous avons encore 681 km. à parcourir par le fleuve, sans qu’aucune chrétienté n’ait été fondée sur toute cette distance.
« Dans son compte rendu M. Figuet, chargé des chrétiens Annamites de Savannakhet, donne une idée assez exacte de ses ouailles : « Venus de différentes régions, de Vinh, de Hué,
« etc., écrit notre confrère, ils fusionnent peu entre eux. Mon nouveau catéchiste, venu de « Vinh, n’eût pas tout d’abord l’heur de plaire aux chrétiens venus de Hué, mais il travaille « bien quand-même et les froissements disparaissent petit à petit ; en outre certains notables « avaient une tendance à se faire prévaloir, heureusement leur influence a bien diminué et « actuellement ce catéchiste semble avoir gagné la confiance de la plupart des membres de « cette station. Il instruit tous les soirs les enfants et quelques catéchumènes. En général il y a « une belle assistance à la messe le dimanche ; mais l’oratoire actuel est réellement trop petit. « Lorsque ma nouvelle et grande église sera ouverte au culte, j’ai de bonnes raisons de croire « qu’elle sera bien remplie, car, malgré leurs mesquines rivalités entre eux, mes chrétiens sont « dociles aux exhortations de leur pasteur. »
« L’exercice 1932-33 nous a donné un total de 441 baptêmes d’adultes, dont 116 in articulo mortis. Le chiffre de 339 baptêmes d’enfants de païens n’avait pas encore été atteint ; en soi il est peu élevé, je le reconnais, mais au Laos il n’est pas facile d’approcher les petits moribonds, car dès qu’un enfant tombe dangereusement malade, les parents désolés craignent l’influence des mauvais génies, et ne permettent pas habituellement aux personnes étrangères de pénétrer dans la famille, ni même parfois dans le village, où se meurt le malheureux, condamné à subir alors l’influence des sorciers.
« La plus belle gerbe de baptêmes a été recueillie dans la région de Songnhë, Nongkhu, par MM. Alazard et Antoine Mun. Le premier a régénéré 71 adultes sur les fonts baptismaux et le second 44. La population chrétienne de ce district a plus que doublé en quelques années : les fidèles sont fervents et s’approchent fréquemment des sacrements. Sur un total de 2.248 chrétiens, il y a eu près de 1.500 communions pascales et plus de 32.000 communions de dévotion.
« Le Père Antoine Mun est satisfait de ses néophytes. Les églises de ses deux villages Nong-Khou et Lao-Su’a-Khut tombaient en ruines ; sous la direction du Père, les chrétiens se sont mis courageusement à l’œuvre et en ont reconstruit deux nouvelles très convenables, avec colonnes, cloisons et couverture tout en bois.
« Dans la plupart des rapports de mes collaborateurs, se trouve une note plutôt optimiste. Certaines régions qui semblaient, stériles, offrent cette fois, je n’irai pas jusqu’à dire une moisson abondante, mais de nombreux et beaux épis. Le Père Albert Dong qui revient de la petite chrétienté de Thabour, malheureusement bien éloignée de son poste central, avec une gerbe de 29 baptêmes d’adultes, écrit : « Je garde bon espoir, car il me reste encore là-bas 130 « personnes à baptiser. Malgré leur éloignement ces braves gens tiennent bon et poursuivent « leur instruction religieuse. Il me faudrait une école pour grouper les enfants, d’autant plus « que les parents la désirent et s’offrent à entretenir l’instituteur. Je pense pouvoir l’ouvrir « prochainement. »
« Même entrain chez M. Chabanel, chargé du district de Kengsadok. « J’ai un excellent « catéchiste qui me fait du bon ouvrage depuis trois ans qu’il est avec moi : puisqu’un vent « favorable vient souffler sur ces bords si ingrats du Mékhong. Dieu aidant, nous allons lancer « nos filets, et, espérons-le, obtenir une pêche fructueuse. »
« Dans la région de Sakou, M. Thomine, à la tête du district de Chanphen, a établi un catéchiste dans un village de fondation récente qui ne comprend que des catéchumènes. Ces nouveaux convertis ont eu le courage de résister à une certaine pression faite sur eux pour les détourner de notre sainte religion. N’est-ce pas un bon signe en faveur de leur persévérance pour l’avenir ?
« M. Stocker me signale dans son village de Don-Thoi, l’admission d’une cinquantaine de personnes au catéchuménat.
« Le Sud de la Mission produit en nous la même bonne impression, mais pourquoi faut-il que l’ennemi de tout bien vienne nous y créer des difficultés et nous y susciter des embarras ? Au mois d’avril, le Samedi-Saint, nous y avons perdu le Père Athanase qui comptait à son actif 40 ans de prêtrise et de bon travail au Laos. Il nous était venu de Siam, tout au début de l’établissement de la Mission, et l’on peut faire de lui ce bel éloge qu’il a toujours été un modèle d’obéissance.
« M. Malaval, qui avait trop présumé de ses forces, a dû passer sept mois au Sanatorium de Béthanie. Six autres confrères ont été contraints à un séjour plus ou moins long à l’hôpital. MM. Boher et Dézavelle, sur l’ordre du docteur, sont partis pour la France. Ainsi presque le tiers de notre personnel est momentanément immobilisé. Dieu fasse que les santés soient meilleures pendant l’exercice qui vient !
« En lieu et place de M. Boher, M. Lazare Huet a bien voulu accepter la charge de Supérieur de notre école normale de catéchistes-instituteurs et du groupe d’enfants qui, dans une section à part, préparent leur entrée au petit Séminaire.
« En terminant ce compte rendu, je tiens à dire un grand merci à nos religieuses de Saint-Paul de Chartres et aux Amantes de la Croix qui toutes se dévouent à l’œuvre du bon Dieu. Les Crèches de Nong-Seng et d’Oubone sont de plus en plus connues et le nombre des enfants qu’on y apporte augmente considérablement.
« Les Amantes de la Croix d’Oubone que Sœur Agnès, des Religieuses de Saint-Paul, s’efforce avec tout son cœur de former à la vie religieuse, ont continué leurs visites dans les villages païens des environs de cette localité. Elles ont eu la joie d’y recueillir 73 baptêmes d’enfants de païens et 5 d’adultes.
« Daigne le Ciel continuer à soutenir le zèle de tous et à rendre de plus en plus fécond notre laborieux apostolat ! »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|