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Rapport annuel des évêques

Année: 1938
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Excoffon

V. — Laos.

Population catholique 21.899
Baptêmes d’adultes 410
Baptêmes d’enfants de païens 371


En l’absence de S. Exc. Mgr Gouin, c’est M. Excoffon, qui nous envoie le rapport de la Mission du Laos. Au début de son rapport, il fait un long exposé historique sur la situation générale de la Mission ; mais, comme nous sommes limités dans l’édition de notre compte rendu annuel, nous prions M. Excoffon de nous excuser de ne pas l’insérer dans nos pages ; nous nous contenterons de le suivre dans la visite intéressante de quelques districts.
« Sans doute, écrit M. Excoffon, il n’y a pas une notable différence entre ce compte rendu et celui des années précédentes. Chaque confrère se félicite d’un certain progrès sur un point particulier ; celui-ci a un chiffre de baptêmes supérieur à celui des derniers exercices, celui-là parle des communions plus nombreuses, l’un est satisfait de la marche de ses écoles, l’autre de son couvent ; mais aucun ne parle de recul ; c’est donc la marche en avant lente assurément, mais certaine. Si les missionnaires d’aujourd’hui ne travaillent plus en étendue comme autrefois, par contre, ils besognent beaucoup en profondeur ; et l’expérience prouve que c’est la vraie méthode à suivre avec les Laotiens. Quand le nombre des catéchumènes se comptait par milliers dans chaque district, les titulaires de chaque poste, malgré le zèle ardent qui les animait, n’avaient pas le temps suffisant de se consacrer sérieusement à l’instruction des néophytes. Aussi que de ruines morales ! Que de villages chrétiens ont tout abandonné pour n’avoir pas été visités ou trop longtemps délaissés ! Il a manqué au Laos des prêtres et des catéchistes ; malgré tout, l’évangélisation en ce pays n’est pas dans un état de stagnation morne et décourageante. Ses missionnaires ne désirent qu’une chose et de tout cœur : l’extension du règne de Dieu sur la terre, aussi s’efforcent-ils dans leur sphère d’action et dans la mesure de leurs moyens de l’intensifier envers et contre tous les obstacles. Devant un arrêt momentané dans les conversions, voici ce qu’écrit. M. Dezavelle : « Il faudra donc chercher « ailleurs des débouchés pour la propagation de la foi. Un de mes catéchistes a été invité par « des Bolovens du plateau à aller s’établir dans leur village ; tous consentent à apprendre le « catéchisme. Le cas est à examiner ; ce serait un premier moyen d’entamer toute la belle « tribu des Bolovens. »
« M. Déquier écrit qu’un groupe de chrétiens d’une de ses annexes faisant partie de l’Action Catholique s’est lancé dans l’apostolat auprès des parents et amis, mais sans grand succès. — « Quand je me suis informé des résultats, dit-il ; j’ai pu me rendre compte que les « réponses ont été toutes les mêmes. Les païens nous écoutent volontiers, disent les jeunes « gens, ils nous demandent des renseignements, nous font réciter nos prières, puis quand nous « leur disons qu’ils doivent se convertir, tous allèguent mille raisons : nous allons réfléchir, « nous n’avons pas le temps d’étudier le catéchisme... il faut vivre … etc... Leurs excuses sont « celles des invités de l’Evangile. » Toutefois M. Déquier termine son rapport par ce trait édifiant : « Un païen, ancien catéchumène d’il y a 20 ans, a conféré le baptême à une « mourante du village de Nongmoi distant de ma résidence d’une bonne journée et le « baptiseur lui-même est venu me l’annoncer. » — M. Lacombe a grand espoir pour l’avenir : « Pendant mon absence, écrit-il, M. Khamphong a travaillé pour deux, si bien que la visite des « divers postes a été faite régulièrement. Comme par le passé, les sacrements ont été bien « fréquentés dans les annexes et la chrétienté principale. Seul le chiffre des baptêmes « d’adultes est en baisse. Pourquoi ? La cause principale est, je crois, la mauvaise récolte de « 1936, précédée de deux années de disette ! »
« De plus, poursuit M. Excoffon, les mœurs actuelles de la jeunesse laotienne ne sont plus celles de jadis... C’est si dur même au Laos de gagner sa vie, de se procurer quelques ticaux pour paver l’impôt, s’acheter des habits, se payer le plus souvent possible quelques bonnes rasades d’eau-de-vie, risquer de devenir riche à quelques jeux de hasard, même quand on perd, ce qui arrive généralement ; n’importe, on veut jouer, on veut voyager aux pays des rêves, là les ticaux doivent arriver plus facilement qu’ici, on pourra se payer un chapeau, des chaussures, etc, etc... Malheureusement près de la moitié des jeunes gens qui s’en vont ainsi à la recherche de la poule aux œufs d’or est perdue pour nous.
« Malgré les difficultés suscitées par la jeunesse actuelle, les œuvres vitales de la Mission se développent peu à peu. Pendant 30 ans le Laos n’a eu pour le service des églises et l’éducation de la jeunesse que deux maisons de religieuses indigènes, dirigées avec beaucoup de zèle par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. A celles-ci sont venues se joindre les Sœurs de la Charité de la Roche-sur-Foron de Sainte Jeanne-Antide Thouret. Répondant avec beaucoup d’abnégation à l’appel de Mgr Gouin, elles ont déjà fondé une crèche à Thakhek et un hôpital à Vientiane. Elles se préparent actuellement à créer à Paksé un troisième établissement que M. Arnaud est chargé de construire. Il fallait aussi un séminaire. Depuis longtemps les missionnaires désiraient en voir la fondation ; c’est maintenant chose faite ; et M. Fraix en est devenu le supérieur. Tous les confrères se sont appliqués à choisir quelques sujets et bientôt 24 petits Laotiens sont venus de tous les districts pour commencer leurs études. Ajoutés aux quelques élèves qu’enseignait déjà M. Fraix, c’est une communauté de plus de 30 enfants que leur supérieur aura à nourrir, à instruire et à diriger. L’école de catéchistes continue à nous donner de bons sujets. C’est M. Lazare, le plus ancien de nos prêtres siamois, qui la dirige avec habileté et dévouement. Une école secondaire pour les jeunes Laotiens qui désirent obtenir une situation honorable dans le monde est désormais nécessaire. Après avoir fait leurs classes élémentaires, la plupart de nos chrétiens, qui ne peuvent se contenter de ce léger bagage, sont obligés de se présenter aux écoles des Gouvernements français et siamois afin de poursuivre leurs études. Un premier essai d’école secondaire a été tenté à Oubone pour les filles seulement. Il en faudrait une également pour garçons. Je sais que M. Bayet, à Tharé, en veut une à tout prix pour ses jeunes gens ; il ne saurait être trop encouragé dans cette voie.
« Le présent exercice a apporté avec lui son contingent de tristesses et de joies. La Mission a perdu un de ses bons missionnaires, M. Barriol, mort d’un cancer à l’estomac. Il escomptait retourner en France pour y rétablir sa santé délabrée par un séjour de 36 ans au Laos ; mais le bon Dieu en a jugé autrement en le rappelant à Lui. M. Courrier que la maladie a tenu éloigné du Laos depuis de longues années est décédé à Montbeton M. Barriol a été le vrai missionnaire de la brousse. Pendant 20 ans, il a contribué au développement d’un poste, le plus déshérité du Laos. Lorsqu’il l’a pris en main il n’y avait que 60 chrétiens ; ils étaient 600 quand il le quitta.
« La divine Providence a daigné nous ménager quelques joies ; entre autres : celle de voir revenir parmi nous MM. Lacombe et Bayet, florissants de santé. Le premier a repris son ancien poste de Xangming, où les chrétiens sont nombreux et très fervents ; le second a été chargé de Tharé, premier poste de la Mission avec ses 3.080 chrétiens. Mgr Gouin a eu le plaisir de conférer la prêtrise à un Laotien. C’est la quatrième ordination faite au Laos en moins de 10 ans. Peu à peu, le nombre de nos prêtres laotiens augmente, mais il est encore loin d’égaler celui des Missions voisines !...
« Enfin je dois rendre un hommage mérité à M. Combourieu, qui après avoir tenu le poste de Tharé pendant 53 ans a demandé à en être déchargé pour laisser la place à un jeune. Dans sa retraite, il ne restera pas oisif mais s’occupera encore de la formation des religieuses indigènes. C’est à elles qu’il va consacrer le reste de sa vie et de ses forces. »
M. Excoffon fait ensuite mention de la visite de S. E. Mgr le Délégué apostolique à la Mission du Laos en janvier 1938. Pendant les quelques jours que Son Excellence passa au Laos, il eut le temps de visiter plusieurs postes plus importants, Thakhek, Nong-Seng, Vientiane et Oubone. Les confrères furent tellement heureux de recevoir le Délégué du Saint-Père que Mgr Gouin demanda à S. Exc. Mgr Drapier de revenir l’année prochaine prêcher la retraite aux missionnaires. M. le Provicaire signale que les missionnaires du Laos, tout en travaillant au bien spirituel de leurs fidèles, se sont occupés aussi du temporel, les uns pour relever les ruines, les autres pour bâtir des églises et fonder des postes nouveaux. Mgr Gouin a fait construire à Thakhek une grande maison de 50 mètres de long qui servira d’école, d’ouvroir et de crèche.
En terminant son rapport, M. Excoffon met toute sa confiance dans les prières qui sont adressées à Dieu pour le Laos par les nombreux catholiques qui forment pour ainsi dire une ceinture de villages chrétiens et de lieux de prière.
« La prière de Léon XIII au Sacré-Cœur, dit-il, se vérifie à la lettre : du nord au sud, de l’est à l’ouest de la Mission, le Saint Nom de Dieu est connu, adoré et aimé ! Qu’il le soit véritablement par tous les Laotiens ! »



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