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Notice nécrologique

RÊMES Jean Pierre

M. RÊMES (1)

MISSIONNAIRE DE MALACCA

ET SUPÉRIEUR DU SANATORIUM DE MONTBETON

Né le 14 août 1836
Parti le 15 juillet 1860
Mort le 11 février 1914


Jean-Pierre Rêmes était Basque, et il aima toujours son pays, les gens de son pays et sa famille ; ce qui est le propre d’une âme bien douée.
Né à Saint-Jean-de-Luz, le 14 août 1836, il était le second des sept enfants de Guillaume Rêmes et de Jeanne Lacarra. Un de ses frères vit encore au pays natal, continuant les traditions d’honneur et de foi chrétienne de la famille. Un autre, Bernardin, mourut diacre : fleur printanière, dont Jean-Pierre aimait à parler et garda toute sa vie le plus doux souvenir.
Le vénérable doyen de Saint-Jean-de-Luz remarqua bien vite la piété du jeune Jean-Pierre, son enfant du chœur, et conseilla aux parents de le mettre au petit séminaire de Larressore. Ceux-ci y consentirent avec bonheur. Jean-Pierre fit sa première communion privée, le 18 novembre 1848, et entra au petit séminaire, où Mgr Lacroix lui donna la confirmation le 15 juillet de l’année suivante.
Pendant ses études à Larressore, le jeune Rêmes se sentit appelé à la vie apostolique ; et, à la fin de ses humanités, il s’empressa de répondre à l’appel divin en entrant au Séminaire des Missions-Etrangères (26 septembre 1857).
Ordonné prêtre le 2 juin 1860, par le cardinal Morlot, il célébra sa première messe le lendemain, assisté de M. Delpech, alors jeune directeur.


(1) La présente notice aurait dû paraître dans le Nécrologe de 1914, mais elle s’était égarée accidentellement, à notre grand regret.


Destiné à la mission de Malacca, M. Rêmes s’embarqua le 16 juillet à Bordeaux sur le Léocadie-Anna et arriva à Singapore le 15 novembre, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. Mgr Bigandet confia le nouveau missionnaire à M. Beurel, près duquel il passa deux ans comme vicaire et se forma si bien au ministère apostolique, qu’il fut jugé capable d’occuper des postes très importants dans la mission. Successivement curé de la paroisse chinoise à Singapore, et chef de district dans la province de Wellesley, il devint bientôt titulaire de Malacca et se vit ensuite nommé procureur. M. Rêmes avait les aptitudes voulues pour remplir une charge qui exige de celui qui l’exerce beaucoup de charité et de tact ; mais son tempérament se montrait de plus en plus rebelle au climat chaud de la Malaisie et sa santé déclinait à vue d’œil. Mgr Boucho se décida alors à l’envoyer en France, dans l’espoir qu’un séjour plus ou moins long au pays natal lui serait salutaire et lui permettrait de reprendre des forces pour travailler encore à la conversion des infidèles.

Arrivé en France, M. Rêmes ne resta pas inactif. Il accepta la double charge de vicaire de la paroisse et d’aumônier de l’hospice communal à Saint-Jean-de-Luz. En 1874, il fonda comme succursale de cet hospice, un orphelinat pour les enfants délaissés. On peut dire qu’il donna tout son cœur et toutes ses forces à cette œuvre, qui subsista pendant dix ans et produisit un très grand bien. Hélas ! en 1884, l’orphelinat fut fermé, comme tant d’établissements du même genre, et le zélé fondateur en demeure inconsolable. A cette occasion, Mgr Ducellier, évêque de Bayonne, lui témoigna hautement son estime et sa reconnaissance en le nommant chanoine honoraire de sa cathédrale.

Vers la fin de cette même année 1884, M. Rêmes se remit en route pour la Malaisie. Nommé curé de la cathédrale, il sut se gagner toutes les sympathies de ses paroissiens, et, après 25 ans, les catholiques de Singapore, au témoignage de Mgr Barillon, « gardent encore fidèlement le souvenir de M. Rêmes, et parlent affectueusement de lui. »
Cependant la maladie revint bientôt le visiter. Un séjour de quelques mois à Hong-Kong ne lui procura qu’une amélioration passagère, et, sur l’avis de Mgr Gasnier, vicaire apostolique, le curé de la cathédrale de Singapore dut dire adieu pour toujours à sa chère mission de Malacca. En juin 1888, il s’embarquait de nouveau pour la France, acconmpagné jusqu’au bateau par Mgr Gasnier, tous les confrères de la ville et de nombreux chrétiens.
Le Conseil du Séminaire de Paris, estimant à bon droit que M. Rêmes pouvait rendre de précieux services à la Société en dehors des pays de mission, l’attacha en qualité d’économe au sanatorium de Montbeton. Notre confrère reçut cette obédience avec un grand esprit de foi. Il écrivait alors : « Dans ma nouvelle position, je puis faire beaucoup pour les Missions, en « travaillant à rendre la santé aux missionnaires, et en offrant mes prières, mes sacrifices, « toutes mes actions, pour la guérison de nos chers malades et la conversion des païens. » Et « plus tard : « Quelle consolation ! je suis appelé à servir Jésus-Christ dans ses apôtres. » Et « encore : Non veni ministrari, sed ministrare. Mon emploi me donne le moyen de gagner « beaucoup de mérites, par l’obéissance envers mon supérieur et par la charité envers les « confrères. »
Quelquefois M. Rêmes allait prêcher dans les paroisses ou donner des retraites aux communautés religieuses. Dans ces occasions, tout le monde admirait la bonté de son cœur et la ferveur de sa piété.

En 1892, sur la proposition de M. Delpech, supérieur du Séminaire de Paris, M. Rêmes accepta le poste d’aumônier des Sœurs de Saint-Maur, qui allaient tenter une fondation à Londres. Il se vit rappelé, en juillet 1893, pour prendre provisoirement la direction du sanatorium de Montbeton. Nommé supérieur de l’établissement le 2 juillet 1895, il remplit son office avec un grand dévouement jusqu’en 1907. Ses nombreuses infirmités l’obligèrent alors à donner sa démission. Il prit sa retraite là même où il avait commandé pendant 12 années consécutives, et on peut dire qu’il ne cessa pas un seul jour d’édifier la communauté par son humilité profonde, se déférence envers le nouveau supérieur et son assiduité aux exercices communs : examen particulier, lecture spirituelle et prière du soir. On le voyait prolonger ses visites au Saint-Sacrement et faire son chemin de croix tous les jours. Chaque jour aussi, il faisait ses petits pèlerinages aux oratoires du parc, en commençant par celui du cimetière : il marchait à pas lents, son chapelet à la main. Il avait une grande confiance dans l’eau bénite. Un bénitier, toujours propre et jamais vide, était placé à la porte de sa chambre, et notre pieux confrère n’entrait pas une seule fois chez lui sans se signer, en disant : Aqua benedicta sit nobis resurrectio et vita, et il invitait les autres à faire de même. Le jour de sa mort, voyant M. le curé de Montbeton prendre de l’eau bénite en entrant, il s’en montra très satisfait, et balbutia sa formule aimée : Aqua benedicta sit nobis resurrectio et vita.
M. Rêmes était bon et affectueux pour les confrères ; il allait voir fréquemment ceux que la maladie obligeait à garder la chambre. A plusieurs, il remit une généreuse offrande, au moment où ils quittaient le sanatorium pour retourner en mission. Aussi était-il aimé et vénéré de tous. D’aucuns se permettaient même parfois de l’appeler « papa chéri », ce qui ne déplaisait pas au bon vieillard : il souriait et répondait fort gentiment.
D’un naturel doux et gai, il se prêtait volontiers aux innocentes plaisanteries, et ne refusait pas, quand on l’en priait, de chanter au petit couplet, entendu jadis à Malacca. Il aimait à se donner du mouvement : au printemps on le voyait dans le parc, un sécateur à la main, élaguer les haies, voire même tailler les petits arbres, ce qui ne plaisait guère au jardinier. Il notait soigneusement les diverses phases de l’atmosphère. Déjà autrefois, dans ses voyages en mer, il inscrivait chaque jour sur son carnet le nombre de milles parcourus, les degrés de latitude, de longitude, la direction des vents, etc. A Montbeton, il affichait fidèlement les probabilités du temps et les hauteurs barométriques. Que de fois n’a-t-il pas dû répondre à cette question : « Père, quel temps fera-t-il cette semaine ? » Il aimait aussi beaucoup les fleurs. A l’occasion d’une de ses dernières visites à Saint-Jean-de-Luz, il rapporta un rosier, enlevé au jardin familial, et le planta dans le cimetière du sanatorium, à l’extrémité d’une des plates-bandes réservées aux tombes : « Là, dit-il, je reposerai un jour. »
En 1900, M. Rêmes eut la joie de célébrer ses noces d’or de prêtrise. A cette occasion, les confrères et de nombreux amis lui donnèrent les plus touchants témoignages de sympathie. Ce fut une véritable fête de famille, fête charmante, gaie, un peu bruyante même : les cœurs et les voix étaient à l’unisson. La prose, la poésie, les fleurs, la verdure, la musique apportèrent tour à tour leur tribut d’hommage. Toutefois, le plus beau bouquet vint de Rome : à la prière du Séminaire de Paris, le Saint-Père envoya la bénédiction apostolique à l’heureux jubilaire.
Malgré la faiblesse du vénérable vieillard, ses confrères espéraient qu’il vivrait encore une dizaine d’années, mais lui : « Non, non, non, répondait-il, là-haut », et il montrait le ciel. Il se tenait constamment prêt à paraître devant Dieu. La mort ne l’effrayait pas ; il lui souriait plutôt : il avait une âme si pure et si simple !
Une crise aïgue survint dans les premiers jours de septembre 1913. Le 6 de ce mois, le malade se trouva tellement épuisé que nous crûmes tous à sa mort prochaine. Il reçut pieusement le sacrement de l’extrême-onction. Les forces revinrent néanmoins, quoique sensiblement diminuées ; et le malade put prendre part à la retraite annuelle que présida M. Delmas, supérieur du Séminaire de Paris, du 29 janvier au 2 février 1914. Jusqu’à la fin, il voulut être fidèle aux exercices : très affaissé, il se traînait plutôt qu’il ne marchait. Un matin, comme il se préparait à la célébration du saint sacrifice, M. Sibers s’aperçut qu’il avait peine à se tenir debout et le pria de renoncer à dire la messe. M. Rêmes obéit simplement et se laissa conduire à la chapelle, où M. le supérieur lui donna la sainte communion. Le surlendemain, il voulut encore faire son chemin de croix ; les témoins étaient dans l’admiration devant cet effort surhumain du pauvre vieillard, qui paraissait sur le point de tomber à chaque station. A partir de ce moment, il dut garder la chambre et le lit. Mais combien il nous édifia encore pendant les dix derniers jours de sa vie ! Sa patience était admirable ; pas une plainte ne lui échappait. Son union avec Dieu était continuelle et il priait avec une piété toute angélique. A M. l’aumônier de l’orphelinat qui lui demanda un jour : « Comment allez-vous, Père ? » il répondit : « Oh ! je vais où sont allés les autres. »
Il rendit son âme à Dieu tranquillement et sans agonie ; il s’endormit comme un homme heureux de se reposer, après une journée de rude labeur : c’était le 11 février, anniversaire de la première apparition de Notre-Dame de Lourdes, pour laquelle il eut toujours une grande dévotion. Le 12 février son corps fut exposé dans le salon transformé en chapelle ardente ; les missionnaires, les religieuses et les serviteurs de la maison se succédèrent pour veiller et prier auprès de lui.
Le lendemain, eurent lieu les obsèques, célébrées par M. Mendiondo, missionnaire de Pondichéry et compatriote du cher défunt.
M. Rêmes avait prévu exactement le lieu où il serait inhumé. En effet, ses restes mortels reposent sous le rosier de Saint-Jean-de-Luz, qu’il avait planté cinq ans auparavant, à l’extrémité d’une plate-bande, en disant : « Là je reposerai un jour. »

Nous croyons qu’une courte description du cimetière de notre sanatorium ne sera pas déplacée ici, à la fin de cette humble biographie de M. Rêmes, et intéressera le lecteur :
Situé dans le parc du sanatorium, le cimetière a la forme d’un demi-cercle et est entouré d’une haie de thuya. Sur le devant, au milieu s’élève une chapelle gothique, fort jolie, due à l’initiative de M. Lesserteur. La statue de la sainte Vierge qui domine l’autel est une œuvre d’art . Dans la chapelle, on remarque quatre vitraux : le premier représente le martyre du bienheureux Dufresse ; le second, le martyre du bienheureux Borie ; les deux autres représentent les quatre martyrs de Corée que M. Lesserteur a connus au Séminaire. A quelques mètres au delà derrière la chapelle, près de la haie, s’élève une grande croix de pierre ; et, de chaque côté de la croix, en forme d’arc, sont deux rangées de tombes. Aujourd’hui, on en compte 43. Une pierre blanche, d’une touchante simplicité, indique le nom de chaque défunt, sa mission, son âge, et la date de son décès. La première rangée de tombes à gauche de la croix, commence par Mgr Desflèches, archevêque de Claudianopolis, ancien vicaire apostolique du Su-Tchuen, et finit par M. Rêmes ; la deuxième rangée, à droite de la croix, commence par M. Patriat, supérieur du sanatorium de Hong-Kong, et finit par M. Druais, qui mourut un jour avant M. Rêmes. Quelques pins jettent sur ces tombes une ombre discrète, qui favorise la méditation et la prière.



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