| MONTMAYEUR Louis Philippe |
M. MONTMAYEUR
PROVICAIRE APOSTOLIQUE DE LA COCHINCHINE OCCIDENTALE
M. MONTMAYEUR ( Louis-Philippe), né à Longefoy (Tarentaise, Moutiers, Savoie), le 14 février 1836. Prêtre le 29 juillet 1860. Entré au séminaire des Missions-Etrangères le 22 septembre 1862. Parti pour le Cambodge le 16 juillet 1863, directeur intérimaire au Collège général à Pinang, missionnaire en Cochinchine Occidentale en 1865. Provicaire en 1912. Mort à Thuthiem le 20 décembre 1917.
M. Montmayeur naquit dans la Tarentaise, en Savoie. Ordonné prêtre dans son diocèse en 1860, il entra au séminaire des Missions-Etrangères en 1862 et partir pour l’Extrême-Orient en 1863. Il était destiné au Cambodge ; mais à Pinang, on le retint pour être professeur ; il y resta environ deux ans, et devint en 1865 missionnaire en Cochinchine Occidentale, qu’administrait depuis l’année précédente Mgr Miche, Vicaire apostolique du Cambodge. Quelques mois après son arrivée, le jeune missionnaire fut chargé du vaste district de Machat.
A cette époque Macbat, qui appartient à la province de Vinhlong, était encore sous la juridiction des mandarins du gouvernement de Hué. Sans doute l’état de guerre avait cessé. Mais avec la haine contre les Français et les chrétiens, c’étaient les révoltes partielles et le brigandage. Le danger était partout, et il fallait sans cesse se tenir sur ses gardes, si l’on voulait éviter des malheurs. Pour se préserver d’agressions soudaines toujours possibles, M. Montmayeur éleva autour de l’église de Macbat un rempart de terre, sur lequel il planta une haie de bambous. Cette enceinte forma le réduit où, en cas d’alerte, tous les chrétiens devaient se réfugier. Comme armes on possédait des lances et des flèches avec un fusil de France. Chasseur dans les Alpes dès sa prime jeunesse, M. Montmayeur était un tireur émérite. Son habileté fut bientôt connue à 20 lieues à la ronde, et la crainte des balles « qu’on ne voit pas venir », fut le commencement de la sagesse et de la prudence pour les pirates qui avaient envie de l’attaquer.
Alors âgé de trente ans, plutôt petit, sec, nerveux, vif et leste, le missionnaire put visiter tous les hameaux, administrer les sacrements aux chrétiens, et réussir à convertir un bon nombre de païens. De temps à autres ; on faisait appel à son courage et à son habileté de tireur, afin de les employer contre les tigres qui rôdaient dans la région. L’appel était toujours entendu. De son pas élastique et rapide, M. Montmayeur se rendait aux lieux signalés et la chasse commençait. Plus de trente bêtes furent successivement abattues, dont quatre dans le même bois et dans la même journée. L’histoire, qui sans doute n’est pas de la légende, raconte qu’aucun de ces tigres n’eut besoin de deux balles pour mourir. La première était toujours placée au bon endroit.
Chrétiens et païens admiraient ce tireur émérite, et l’admiration amena plus d’un idolâtre à la lumière de la foi. Aussi les amis de M. Montmayeur disaient-ils, en souriant, qu’il faisait des conversions à coups de fusil.
La France s’étant emparé de la partie de la Basse-Cochinchine précédemment laissée aux mains du gouvernement annamite, une liberté plus grande régna dans le district de Macbat qui complait 3.000 catholiques. Cependant la sécurité était loin d’être complète. En 1872, le 18 février, un jeune missionnaire, M. Jean-Guillaume Abonnel, récemment donné pour collaborateur à M. Montmayeur, fut massacré à quelques heures de marche de Macbat. Aussitôt prévenu, M. Montmayeur réunit plusieurs jeunes gens, alla chercher le corps de la victime, et le rapporta dans l’église de sa paroisse où il fut enterré.
Assez fatigué en 1874, il alla se reposer à Hong-kong. A son retour il fut chargé du district de Thuthiem près de Saïgon ; il devait y rester pendant 43 ans. Sa nouvelle résidence avait une paillotte pour église, et une plus pauvre et plus petite paillotte pour maison. Il construisit une église moins indigne de l’hôte divin, un presbytère convenable, s’occupa d’un couvent d’Amantes de la Croix, conduisit les chrétiens avec une prudence, une bonté et une fermeté admirables, et convertit un assez grand nombre de païens. Il connaissait à fond la langue annamite, et il traduisit plusieurs ouvrages qui continueront son œuvre.
Malgré l’amélioration matérielle que le temps et les circonstances ont apportée en Cochinchine, M. Montmayeur ne changea guère son mode d’existence pauvre et mortifiée. Il demeurait l’homme du vieux temps ; il aimait les privations et goûtait la souffrance ; cela se voyait dans l’éclair qui jaillissait de ses yeux profonds et songeurs. Dirai-je qu’on le voyait aussi dans son humilité, dans sa douceur ? Cet homme si vif et si brave était absolument doux et humble, indulgent et charitable. Jamais, je crois, il n’a prononcé une parole qui put blesser, un mot défavorable à quelqu’un. Toute phrase manquant à la charité, lui causait de la surprise. Etonné, peiné, il fixait l’interlocuteur en gardant le silence, puis il parlait de choses indifférentes.
Ainsi coulèrent les mois et les années, au sein de la chrétienté qui se multipliait autour de lui. A mesure que les jeunes montaient le sentier de la vie, lui, l’aïeul, le descendait, marchant vers la tombe.
En 1910, lors du cinquantenaire de son ordination sacerdotale, en 1912, quand Mgr Mossard l’honora du titre de provicaire, il était encore en pleine force et santé. Peu à peu cependant, sous l’influence de l’âge, des peines causées par l’effroyable guerre que nous venons de subir, le vieillard s’affaissa. Un jour vint, où il lui fut complètement impossible de faire face aux occupation du saint ministère. Il continua de s’affaiblir peu à peu, lentement et régulièrement, et le 20 décembre 1917 il s’endormit du sommeil des justes.
Le lendemain, ses confrères, les prêtres indigènes, les chrétiens, se réunirent autour du vénéré défunt pour lui rendre les derniers honneurs.
Il repose dans l’église paroissiale de Thutiem, près de l’autel où si longtemps il célébra les saints mystères et où son enseignement forma des générations chrétiennes. Defunctus adhuc loquitur. Mort, il enseigne encore, car le souvenir de ses vertus, de sa persévérance dans le bien, restera un puissant enseignement. Reposez en paix, bon travailleur que seul l’âge put terrasser ! Mais que votre âme, qui veille dans la gloire, n’oublie pas ceux qui continuent à semer dans le champ si longtemps labouré par vous. Soyez avec eux !
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