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Notice nécrologique

DUVELLE Louis Clément marie

M. DUVELLE

MISSIONNAIRE DE MALACCA


M. DUVELLE (Louis, Clément), né à Paris le 22 janvier 1873. Entré laïque au Séminaire des Missions-Etrangères le 19 septembre 1891. Prêtre le 27 septembre 1896. Parti pour Malacca le 18 novembre 1896. Mort à Port-Saïd le 30 décembre 1928.


L’année 1928 fut jusqu’au bout une année de deuils pour la Mission de Malacca. Nous pleurions la mort de M. Mariette, Vicaire Général, et de M. Brossard, quand le 31 décembre à 4 heures du soir, un télégramme de Port-Saïd nous annonçait la mort d’un autre missionnaire, M. Louis Duvelle.
Notre regretté confrère était né le 21 janvier 1873, à Paris, le septième d’une famille de dix enfants. Ses parents, foncièrement chrétiens, furent pour lui des modèles de foi, de courage et d’abnégation, de même aussi ses quatre oncles paternels : l’un est mort Frère de la Doctrine chrétienne, un autre se noya en portant secours aux sinistrés lors des inondations de la Loire en 1866, un troisième mourut zouave pontifical, et le quatrième, le parrain de Louis, missionnaire jésuite en Chine, mourut du typhus contracté en soignant les malades. Ce dernier, avant de mourir, écrivait à son frère : « Je vais mourir ; que deux de tes enfants vien- « nent me remplacer. » Le désir de l’oncle s’est réalisé, mais comme il n’avait pas spécifié la Congrégation dans laquelle les deux neveux devraient entrer, eux-mêmes, sans subir l’influence de qui que ce soit, et comme d’instinct, choisirent la Société des Missions-Etrangères de Paris.
Tout jeune encore, Louis voulait se consacrer à Dieu : à peine âgé de six ans, il faisait agenouiller ses frères et sœurs pour leur donner sa bénédiction, tout comme un Evêque. Ces bonnes dispositions ne firent que se fortifier au Petit Séminaire de Versailles, malgré quelques espiègleries, et sa philosophie une fois terminée, il entra au Séminaire des Missions-Etrangères. A Bel-Air et à Paris, il fut un bon aspirant, un excellent séminariste, dans toute la force du terme. Ses deux grandes dévotions, l’Eucharistie et la Sainte Vierge, puisées dans sa famille et au Petit Séminaire, s’y fortifièrent encore, et l’on put conjecturer que Louis serait plus tard un excellent missionnaire.
Ordonné prêtre le 27 septembre 1896, il recevait sa destination pour la Mission de Malacca. Il y fit ses premières armes à Bagan-Serai, sous la direction d’un zélé et saint missionnaire, M. Diridollou. Au bout d’un an, il pouvait voler de ses propres ailes, et l’autorité l’envoya à Taiping, avec mission de fonder le poste indien. Tout était à faire : le cher missionnaire se mit à l’œuvre ; il fallait trouver un terrain et y bâtir église, et presbytère. M. Duvelle allait commencer les travaux de la construction de l’église, quand sa santé, qui n’avait jamais été bien brillante, nécessita un voyage en France, et ce fut un autre confrère qui bâtit l’église avec les fonds ramassés par lui.
Un repos d’une année en France permit à M. Duvelle de rentrer dans sa Mission, et à partir de cette époque, sa vie de missionnaire se passa à Kuala-Lumpur et à Pinang, soit seul, soit en compagnie de M. Renard. Il fit deux séjours à Kuala-Lumpur ; cette ville n’était pas encore ce qu’elle est devenue depuis : il n’y avait qu’une église, et c’était l’époque où le gouvernement poussait la construction du chemin de fer, et où les plantations de caoutchouc s’ouvraient un peu partout. Les coolies arrivaient des Indes en grand nombre, il fallait s’occuper d’eux, d’autant plus que beaucoup étaient chrétiens. MM. Renard et Duvelle étaient souvent en courses : sur la ligne du chemin de fer, c’étaient des randonnées en plein soleil, mais quelle joie quand, rentrant à Kuala-Lumpur, ils amenaient avec eux toute une bande d’enfants dont les parents étaient morts !
M. Duvelle avait beaucoup à faire pour l’administration spirituelle des chrétiens Tamouls travaillant dans les plantations. A Klang, il construisit une chapelle, remplacée, il y a deux ans, par une grande et belle église. Une autre chapelle s’élevait à côté des usines du chemin de fer, elle a fait place, elle aussi, à une vraie église. Le plus important était de diviser la paroisse de Kuala-Lumpur, et d’ériger une église séparée pour les catholiques indiens de la ville ; il fallait d’abord trouver un terrain, on le trouva. Mais la plus grande difficulté était de se procurer les fonds nécessaires, car les Indiens, généralement, ne sont pas riches. Sur ces entrefaites, M. Duvelle fut envoyé à Pinang ; mais si les Indiens de Kuala-Lumpur ont maintenant leur église, ils n’oublient pas qu’ils la doivent en bonne partie à M. Duvelle qui ne cessa jamais de s’intéresser à eux.
A Pinang, le travail était un peu différent : plus d’Indiens, mais une communauté de catholiques européens et eurasiens, partant plus de courses dans les plantations. M. Duvelle se fit très vite à son nouveau genre de travail, et ne tarda pas à être le bon pasteur de ses chrétiens, de ses Frères et du Couvent. Sa santé nécessita un nouveau retour en France en 1922. Il en revint un peu plus fort, mais non guéri ; il revit avec plaisir sa paroisse de Pinang, et comptait y finir ses jours au milieu des fidèles qui l’appréciaient et qui l’aimaient. Quelque temps après, il revint à Kuala-Lumpur et y fut chargé de la paroisse européenne. C’est là qu’il a travaillé, peut-on dire, jusqu’à son dernier jour.
Le 15 novembre 1928, M. Duvelle nous quittait sur l’ordre exprès du médecin. Il souffrait d’une dysenterie amibienne devenue chronique, et le docteur de Pinang, qui l’avait gardé quarante-deux jours à l’hôpital, espérait qu’un long séjour en France pourrait lui rendre la santé. La traversée lui fut bien pénible, en dépit des soins que lui prodiguaient le médecin du bord, deux Pères, d’un Bénédictin, l’autre de Bétharram, et une religieuse Carmélite, qui voyageaient avec lui. A l’arrivée à Port-Saïd, il était si fatigué qu’il dut être débarqué et envoyé à l’hôpital. Là il subit une opération qui le soulagea beaucoup, pourtant il restait très faible. Une seconde opération fut jugée nécessaire : médecin et Sœurs de l’hôpital avaient bien quelque espoir de le sauver, mais sa grande faiblesse ne lui permit pas de supporter le choc opératoire, et il mourut vingt-quatre heures après cette seconde opération, le 30 décembre 1928.
« Il a fait la mort d’un saint, écrivaient au Séminaire les Sœurs de l’hôpital, résigné à la « volonté du bon Dieu, content d’aller au ciel. » Le Vicaire Délégué et les Pères Franciscains de la paroisse Sainte-Eugénie l’avaient fréquemment visité, s’édifiant de sa constante bonne humeur et de sa parfaite conformité à la volonté divine : eux aussi l’ont écrit au Séminaire : « Sa mort a été celle d’un Saint. » Des funérailles solennelles furent faites à notre cher M. Duvelle, le 31 décembre : toutes les communautés de la ville, 14 prêtres, Franciscaines et Salésiens, y prirent part, ainsi que les principales personnalités du Consulat de France, de la Compagnie du Canal de Suez, et de la colonie française de Port-Saïd. L’office des défunts fut récité, et le Vicaire Délégué lui-même voulut chanter la messe solennelle d’enterrement pour le repos de l’âme du défunt.
Que le Vicaire Délégué de la Mission de Port-Saïd, les Pères Franciscains et les Religieuses de Saint-Vincent-de-Paul de l’hôpital veuillent bien croire à notre très vive reconnaissance pour tous les soins et attentions qu’ils ont prodigués à notre cher M.DuveIle.
Le très regretté défunt, écrit Mgr Perrichon, fut vraiment un bon prêtre et un bon missionnaire. Convaincu que le prêtre ne sanctifie les autres que s’il s’est sanctifié lui-même, il fut toute sa vie fidèle aux exercices quotidiens de la vie sacerdotale : de là sa foi, sa confiance en Dieu, son amour du prochain. Puisse-t-il du haut du Ciel, obtenir que beaucoup de saints ouvriers comme lui viennent travailler dans la vigne du Seigneur !
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