Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1883
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Gasnier

Presqu’île de Malacca.
1883

L’épreuve la plus grave pour cette Mission a été, cette année, la perte du vénérable provicaire, le P. Pâris, dont le souvenir restera longtemps vivant dans le cœur de ses con-frères et de ses chrétiens.
Le nombre des baptêmes d’adultes, quoique moins important que l’année dernière, a pourtant été encore très considérable : il s’élève à 861. La cause de la diminution provient du vide fait par la maladie et la mort du P. Pâris, et aussi de ce que l’installation du poste de Johore n’a pas permis au P. Saleilles de donner ses soins au grand hôpital de Singapour, avec autant s’assiduité que précédemment.
En attendant que la lumière de l’Évangile puisse pénétrer sur la côte orientale de la presqu’île de Malacca, la côte occidentale voit d’année en année se fonder de nouvelles stations, et le jour n’est sansdoute pas éloigné où, de Pinang à Singapour, les postes desservis par les Missioirnaires seront reliés les uns aux autres par une chaîne non interrompue de chrétienté assez rapprochées. Les districts ne sont plus groupés seulement autour des trois centres de Pinang, de Malacca et de Singapour ; plusieurs sont échelonnés déjà sur le continent le long de la presqu’î1e.
Les premiers districts que l’on rencontre au nord sont situés dans l’île Poulô-Pinang.
10 Et d’abord, la paroisse de la ville européenne, sous la direction du P. Grenier, aidé par le P. Vignol, a fait des progrès sensibles pour la fréquentation des sacrements. 39 baptêmes d’adultes obtenus en outre prouvent que le soin des œuvres nombreuses de cette grande paroisse n’a pas absorbé exclusivement leur ardeur.
La belle école tenue par les Frères de la Doctrine Chré-tienne, grâce au zèle au-dessus de tout éloge du bon Frère Aloysius, a donné les plus consolants résultats tant sous le rapport de la piété que de la science.
20 L’ancienne paroisse de l’Immaculée Conception à Poulo-Tikous, administrée par le P. Damais dont la santé n’est malheureusement pas en rapport avec la bonne volonté, a également fait des progrès. Le nombre des baptêmes d’adultes a été de 95.
C’est sur cette paroisse que se trouve établi le collège général de la Société des Missions Étrangères.
30 Le troisième district, composé de chrétientés chinoises, est celui de Baleh-Poulao.
Le P. Page a su inspirer à ses néophytes, qui sont tous agriculteurs et d’une ardeur au travail infatigable, l’amour de l’église et le désir de fréquenter les sacrements.
Une nouvelle station a été ouverte à Sounguei-Pinang et se trouve à moitié chemin de Teloh-Bahang fondée en 1878. Il y a bon espoir que les païens profiteront de la facilité de jour en jour plus grande que leur offre l’érection de nouvelles chapelles, pour demander à s’instruire ; le nombre de 46 bap-têmes d’adultesobtenus, cette année-ci, prouve que le térrain est propice.
40 Le P. Fée a aussi sa résidence dans l’île, mais son district s’étend bien au-delà sur le continent. C’est lui qui s’occupe des Indiens, et le nombre de ses chrétiens s’élève actuellement à près de 2.000. Ils sont éparpillés un peu partout, dans les grandes plantations dirigées par les Anglais, ce qui nécessite des déplacements nombreux et fatigants.
La chrétienté de Saint-Joseph, dans le royaume de Pérah, de fondation encore récente, est des plus prospères.
Qu’il suffise de dire, pour donner une idée des travaux de notre confrère, que depuis 1878 la communauté chrétienne des Indiens de ce district a plus que doublé. Il a administré dans le courant de l’année le baptême à 40 adultes.
50 Sur le continent, en face de Pinang, dans la province de Wellesley, le P. Sorin continue ses soins à sa belle chré-tienté chinoise de Bouket-Martadjam, et a ouvert un nou-veau poste qui lui donnera de nombreux catéchumènes. En attendant, il a pu administrer le baptême à 47 adultes.
6º En descendant la côte, on arrive au petit royaume de Pérah. A côté du radjah, se trouve un résident anglais, Sir Hugh Low, qui, de fait, est comme le roi du pays. C’est lui qui a tout créé : d’un état pauvre, par suite de l’incurie de ses souverains et de l’inertie de ses habitants, il a réussi à faire un des royaumes indigènes de la presqu’île de Malacca les plus florissants. Ce pays est maintenant traversé de routes fort bien entretenues, et la police s’y exerce avec autant de vigilance qu’en Europe. Sa principale source de richesse provient de l’exploitation des mines d’étain, qui y attire un nombre considérable de Chinois. L’un d’entre eux, dont le père n’avait absolument rien, il y a trente ans, est mainte-nant plusieurs fois millionnaire.
Grâce à la protection du résident, protestant de religion, mais déjà catholique de cœur, ce district offre de belles espérances. Les princes malais, quoique mahométans, marchant sur les traces de Sir Hugh Low, se montrent favo-rables ; ils ont concédé à la Mission un terrain magnifique et ont même souscrit 5.000 francs pour la nouvelle église.
Le P. Mazery a enregistré cette année 87 baptêmes d’adultes, dont 75 à l’hôpital de Pérah.
70 Malacca, sous le rapport matériel, est en complète décadence. Un certain nombre des descendants des anciens Portugais émigrent à Singapour, où il leur est plus facile de trouver des emplois.
Les mines d’étain ont été abandonnées, les Chinois eux-mêmes ont émigré en grand nombre, et il n’en reste plus que 200 de chrétiens.
La présence des prêtres Goanais entrave, plus qu’à Sin-gapour, l’action du cher P. Delouette, assisté par le P. de Souza. Les efforts de notre confrère sont dirigés surtout du côté de l’instruction à donner dans l’école catholique, afin de lutter avantageusement avec l’école protestante du gou-vernement.
Cela ne l’a pas empêché d’ailleurs de s’occuper de la con-version des païens, et de conférer le baptême à 24 d’entre eux.
80 Un nouveau district vient d’être fondé, non loin de Malacca, à Quala-Loumpour, capitale de l’Etat de Salan-gore. Cette ville, située au centre de mines d’étain très productives, prend tous les jours de nouveaux développe-ments.
Parmi les employés du gouvernement, qui sont au nombre d’une trentaine, les deux tiers environ sont catho-liques ; on compte en outre à peu près 200 Chinois, plus une centaine d’Indiens chrétiens.
C’est le P. Letessier qui sera chargé désormais de ce district. Comme prémices de son nouvel apostolat, qui ne pourra manquer d’être fructueux, il a déjà régénéré 8 païens dans les eaux du baptême.
90 Signalons en passant, pour mémoire, la grande et belle paroisse européenne du Bon Pasteur, à Singapour, avec ses écoles de plus en plus nombreuses et florissantes : elle est toujours dirigée par le P. Daguin. Dans cette paroisse, se trouve la résidence du vénéré Mgr Gasnier, qui a su donner à sa Mission une vie et un entrain vraiment apostoliques, que les résultats mentionnés démontrent mieux que nous ne saurions le faire.
100 C’est le P. Galmel qui a été appelé à recueillir, dans l’île de Singapour, la lourde succession du P. Pâris. Les 87 baptêmes d’adultes, qu’il a déjà enregistrés cette année, sont un gage qu’il ne dépendra pas de lui de ne pas conti-nuer les traditions que lui a léguées son zélé prédécesseur.
110 Nous terminons cette revue rapide des districts de cette Mission, en nous arrêtant un instant sur celui que dirige le P. Saleilles, et qui comprend, entre autres stations, le poste de Johore.
Nous avons annoncé, l’année dernière, les débuts de cette intéressante chrétienté ; depuis lors, elle a fait des progrès considérables.
Une jolie petite église gothique y a été élevée, sous le vocable de Notre-Dame de Lourdes, et la Croix domine maintenant triomphante toute la ville de Johore.
Pendant qu’elle était en construction, le bon Dieu a manifesté sa puissance aux païens de la ville, ce qui a pro-duit sur eux une grande impression. Le renouvellement de l’année, selon le calendrier chinois, est l’époque des fêtes et des grandes réjouissances, qui consistent surtout dans des jeux et des comédies. C’est vers le 20 de la 1re lune que commencent les principales démonstrations de la joie publique : elles durent cinq ou six jours, et se terminent par une grande procession, où ces pauvres païens se plai-sent à déployer autant de pompe que possible, et produisent pour la circonstance tout ce qu’ils ont en fait de bannières, de dais,de tamtams, d’instruments de musique, etc....
Or, cette année, les principaux d’entre les païens avaient loué le rez-de-chaussée d’une maison, pour y déposer tous les objets qui devaient servir à la procession. Le premier étage de cette maison était habituellement occupé par un locataire chrétien : mais, à cette époque, il était absent avec toute sa famille.
Le 26 de la 1re lune, tous les préparatifs étant terminés, les païens accourent de tous côtés pour la procession. Selon l’habitude, on va d’abord chercher le tong-sen (sorcier) qui devait la présider, et on l’amène en triomphe ; mais, arrivé près de la porte, où devaient commencer les cérémonies, il se met à pousser des hurlements effroyables, et à faire des contorsions qui glacent de terreur tous les assistants. On veut alors le porter, mais il résiste, en criant de toutes ses forces, qu’il n’entrera jamais dans cette maison. Les païens effrayés lui en demandent la cause :
« Dieu est dans cette maison, répond-il ; il y a là-haut une croix, et je n’y puis entrer. »
Conseillé par un mauvais chrétien (car ils n’auraient jamais osé le faire d’eux-mêmes), les païens entrent aussitôt dans la chambre du locataire absent, et transportent la croix dans un appartement éloigné.
Ce fut en vain ; le tong-sen refusa toujours d’entrer et demanda à grands cris qu’on le transportât ailleurs.
Le lendemain, les principaux habitants se rendirent à Singapour, chez le propriétaire de cette maison, qui était autrefois le grand chef de Johore, et lui racontèrent le fait en disant avec tristesse « que c’en étaitfait à Johore de leurs divinités, que le Dieu des chrétiens était le seul Dieu puis-sant et capable de protéger. »
Lorsque l’église fut terminée, mais avant qu’elle fût bénite, il se passa un autre fait extraordinaire, qui produisit aussi une grande impression parmi les païens.
Dans le terrain attenant à celui de l’église il y avait un grand arbre, que les Chinois appellent Seng-tshiou (l’arbre saint), parce qu’ils l’ont en vénération et font à ses pieds toute espèce de superstitions. Comme cet arbre mas-quait l’église, le P. Saleilles avait, à plusieurs reprises, mais en vain, manifesté le désir qu’il fût abattu. Or, trois jours avant la bénédiction de l’église, cet arbre, plein de sève et de vigueur, s’est desséché tout à coup, au grand étonnement de tout le monde. Depuis lors, les païens n’ont pu s’empêcher de répéter souvent à notre confrère : « Quelle puissance a votre Dieu ! Vous ne vouliez pas cet arbre, et il est mort de lui-même ! »
La bénédiction de l’église a été faite le 29 mai dernier par Mgr Gasnier, avec la plus grande solennité, et au milieu d’un immense concours de peuple.
Les travaux du P. Saleilles ont été bénis du bon Dieu, et il a obtenu 17 baptêmes d’adultes à Sarangoun, 35 à Johore et 300 au grand hôpital de Singapour.



<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam