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Rapport annuel des évêques

Année: 1893
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr EDOUARD

II. — Malacca.

Population catholique 17.876
Baptêmes d’adultes 1.679
Baptêmes d’enfants de païens 351
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LETTRE DE MGR GASNIER, ÉVÊQUE DE MALACCA
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS


Singapore, le 24 septembre 1893.

« Messieurs,
« Cette année encore, la maladie m’a privé du précieux concours de plusieurs de nos confrères, et m’a même obligé à laisser sans missionnaire deux stations assez importantes.
« Comme résultat de cette diminution dans le nombre des ouvriers apostoliques, on pouvait s’attendre à une diminution dans le chiffre des baptêmes. Mais, Dieu merci, c’est le contraire qui est arrivé. Ce sera une grande consolation pour nos chers malades de constater qu’en souffrant pour les âmes, ils ont, eux aussi, travaillé pour elles d’une manière excellente ; ce sera en même temps une douce récompense et un puissant encouragement pour nos confrères valides, de voir que le divin Maître a béni leurs efforts, et que le diocèse de Malacca peut, cette année, offrir au Père de famille une belle gerbe de 2.030 baptêmes d’infidèles. Ce total, qui se compose de 1.679 baptêmes d’adultes et de 351 baptêmes d’enfants de païens, est supérieur de 130 à celui de l’année dernière. La population catholique a suivi sa progression ascendante, et le diocèse compte actuellement 17.876 chrétiens : chiffre certainement au-dessous de la réalité, car il ne donne que le nombre des chrétiens connus. Or il y en a beaucoup d’autres, surtout parmi les Indiens, qui vivent dispersés sur tous les points des États malais et qui, cette année particulièrement, n’ont pu être visités comme il l’eût fallu à cause du petit nombre des ouvriers apostoliques. Si notre personnel pour la mission indienne n’avait pas été si amoindri, nul doute que, comme par le passé, de nombreux baptêmes de païens de cette nationalité ne fussent venus augmenter notre chiffre total. Mais comment s’occuper efficacement des païens quand les bras manquent pour accomplir le travail nécessaire parmi les chrétiens eux-mêmes ? N’ai-je pas mille raisons de crier vers vous : Messis quidem multa, operarii autem pauci... Rogamus Dominum messis ut mittat operarios...
« Dans nos trois villes de Singapore, de Pinang et de Malacca, une question qui devient de plus en plus grosse de difficultés, c’est celle de l’éducation. Nos chrétiens nous donnent leur confiance, mais notre ascendant sur eux est une conséquence des efforts que fait la mission pour leur procurer, avec la connaissance de leurs devoirs de chrétiens, la science qui maintenant leur est nécessaire pour acquérir une position. Les chrétiens des villes,comme vous le savez, sont en grande partie des métis qui ne peuvent, dans cette colonie envahie par les Chinois et les Indiens, se livrer au commerce ou aux travaux manuels. Jusqu’ici, avec une simple instruction primaire, ils remplissaient sans concurrents les places d’écrivains et de commis dans les bureaux du gouvernement et les maisons de commerce. Mais voici que d’un côté les Européens eux-mêmes, de l’autre les indigènes qui fréquentent les écoles anglaises, se mettent sur les rangs pour ces divers emplois. De ce nouvel état de choses, qui s’accentue de plus en plus chaque année, il résulte que, dans nos écoles catholiques, nous devons élever le plus possible le niveau des études, afin de ne pas voir nos jeunes gens succomber à la tentation d’aller aux écoles protestantes. J’espère qu’avec le concours toujours dévoué et si intelligent de nos chers Frères, nous pourrons faire face à ces difficultés, et je prie de tout cœur le divin Maître de leur multiplier ses grâces pour les soutenir dans la rude tâche qui leur incombe.
« Après cet aperçu général qui montre la petite part de bien accompli, et fait entrevoir la somme immense de travail qui reste à entreprendre, je dirai quelques mots sur chaque poste en particulier, en commençant par l’île de Singapore pour finir par l’île de Pinang, les deux principaux centres chrétiens au sud et au nord de la mission.
« Singapore. — La paroisse du Bon Pasteur, où se trouve la cathédrale, s’est maintenue dans la piété comme l’attestent ses 8.000 communions de dévotion. L’école des Frères de la Doctrine chrétienne y compte actuellement environ 500 élèves, chiffre qui n’avait jamais été atteint jusqu’ici. Chez les Dames de Saint-Maur, 350 élèves continuent à recevoir les soins les plus dévoués et à obtenir les succès les plus consolants. Ces mêmes Dames, à l’hôpital général, prodiguent aux malades de toute nation et de toute croyance des soins si éclairés et si charitables, que cet établissement est reconnu par tous comme un des mieux dirigés.
« A l’église chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul, il y a eu 59 baptêmes d’adultes. Les offices sont régulièrement fréquentés par un bon nombre de familles très ferventes. Malheureusement, la santé du P. Vignol, qui est à la tête de cette grande chrétienté, laisse beaucoup à désirer.
« La chrétienté tamoule de Notre-Dame de Lourdes a été longtemps sans missionnaire. En conséquence, l’œuvre de l’évangélisation des païens y a subi un arrêt et les chrétiens eux-mêmes devront recevoir des soins tout particuliers.
« Buket-timah compte encore 276 chrétiens. Le P. Belliot les administre de son mieux, et leur donne l’exemple du travail. Mais les païens de cette localité s’obstinent à garder leurs cœurs aussi stériles que le pauvre sol qu’ils cultivent, et les baptêmes sont bien rares parmi eux.
« Sarangong et Johore. — Le poste de Sarangong, à proximité de la ville de Singapore, conserve et augmente quelque peu chaque année sa laborieuse population, qui, unie à celle de Johore, sur le continent, donne un total d’environ 900 chrétiens. 21 baptêmes d’adultes ont été administrés dans la chapelle de Johore et 70 à l’hôpital, tandis qu’à Sarangong 38 adultes ont été régénérés à l’église et 290 au grand hôpital chinois ; ce qui fait pour le cher P. Saleilles une belle moisson de 419 adultes et 7 enfants de païens. Ce vaillant confrère, malgré le mauvais état de sa santé, puise dans son courage et sa foi la force nécessaire pour initier ses néophytes à toutes les pratiques de la vie chrétienne et étendre le royaume de Jésus-Christ dans l’état mahométan de Johore, où les Chinois s’établissent en grand nombre.
« Entre Johore et Malacca, nous n’avons encore aucune station. Il semble pourtant que le moment serait venu de nous établir à Batu-pahat et Kualla-muar, deux endroits qui s’ouvrent à la colonisation et où nous avons déjà quelques chrétiens chinois.
« Malacca. — Le P. Damais y donne tous ses soins à ses 450 chrétiens et à ses deux écoles de garçons et de filles qui sont prospères et obtiennent de bons résultats. Les Dames de Saint-Maur y dirigent aussi une seconde école de filles qui leur a été confiée par les prêtres de la juridiction de Macao, et en faisant leur possible pour bien former ces enfants, elles contribuent à maintenir l’harmonie entre les deux paroisses de juridiction différente.
« La ferme modèle d’Ayer-salah continue son œuvre de christianisation parmi les habitants des forêts. Tous les moyens humains y sont mis en jeu. L’éducation des enfants est soignée d’une manière spéciale, et une vingtaine de baptêmes d’adultes sont venus, cette année, réjouir le cœur du missionnaire.
« Depuis le départ du P. Perrichon pour Ipoh, le poste de Seremban n’a pas de missionnaire. Le confrère de Kualla-lumpor y fait une visite mensuelle pour dire la messe et administrer les sacrements aux chrétiens de cette localité.
« A Kualla-lumpor, 22 baptêmes à l’église et 336 à l’hôpital prouvent que le P. Letessier s’occupe avec un grand zèle de ce poste qu’il a entièrement fondé, il y a quelques années, et confié à la protection de saint Jean l’Evangéliste.
« Dans le sultanat de Pérak, à Batu-gajah, nous trouvons une belle communauté de 750 chrétiens. Le P. Faucillon a eu cette année 38 baptêmes d’adultes à l’église et 82 à l’hôpital. Il vient d’ouvrir une école de garçons et une de filles, déjà fréquentées par une quarantaine d’enfants.
« Ipoh continue à voir s’augmenter rapidement le nombre de ses chrétiens. Il y a quatre ans, ils n’étaient qu’une vingtaine dispersés çà et là et n’ayant pas même un lieu de réunion. Aujourd’hui ils sont environ 700, dont une grande partie, fixés dans des jardins qui entourent l’église de Saint-Michel, forment une colonie toute chrétienne. Le P. Perrichon, qui seconde de tout son zèle cette merveilleuse efflorescence, a recueilli, cette année, 50 baptêmes à l’église et 107 à l’hôpital. Il lui faudrait une église beaucoup plus vaste, car l’oratoire actuel suffit à peine pour la moitié de la population, mais les ressources lui manquent et la mission ne peut lui venir en aide.
« Le nouveau poste ouvert par le P. Gazeau à 8 kilomètres de Thaïping promet de devenir une grande chrétienté, exclusivement composée de Chinois, planteurs de poivre et de café. J’y ai bénit cette année la première pierre d’une église dédiée à saint Paul. 3I baptêmes à l’église et 209 à l’hôpital ont été le résultat du travail de ce zélé confrère. Quand nous aurons un personnel suffisant, il faudra qu’un missionnaire sachant parler tamoul réside aussi à Thaiping pour s’occuper des 1.500 chrétiens indiens employés sur les routes ou dans les plantations. Ce sera un ministère pénible, mais très fructueux.
« A Soussey-paleam, ou colonie de Saint-Joseph, les Indiens sont maintenant plus de 800, et le P. Diridollou y a régénéré 37 adultes dans les eaux du baptême. Le Gouvernement me demande d’ouvrir ailleurs de nouvelles colonies, et je suis obligé de lui répondre que cela nous est impossible présentement.
« En sortant de Perak, nous trouvons sur la limite de la Province Wellesley et du sultanat de Quédah, le poste de Macham-bobo, où près d’un millier de rudes cultivateurs pratiquent avec ferveur la religion chrétienne. Plus de 4.000 communions de dévotion et 32 baptêmes d’adultes donneront une idée du travail accompli par le P. Terrien. C’est dans de pareilles chrétientés que nous faisons bonne besogne ; les gens y sont attachés au sol et s’ils retournent en Chine, c’est pour ramener avec eux leurs parents païens qui deviennent chrétiens à leur tour.
« Dans la station de Buket-martajam, voisine de la précédente, 21 adultes ont reçu le baptême et 50 autres catéchumènes se préparent à le recevoir.
« Passons enfin à l’île de Pinang qui renferme à elle seule environ 5.000 chrétiens avec 5 églises paroissiales et plusieurs chapelles. A l’église de l’Assomption, le progrès des œuvres a été considérablement entravé par la maladie du confrère qui en était chargé : la multiplicité des langues, dans cette mission, rend parfois très difficile le remplacement d’un missionnaire absent. Les écoles cependant ont continué de prospérer et les Frères et les Sœurs ne comptent pas moins de 500 élèves.
« La paroisse indienne de Saint-François-Xavier, où réside le P. Fée, n’a pu être administrée que dans la partie qui se trouve en ville ; car, à mon grand regret, ce cher confrère n’a plus la force de visiter, comme par le passé, les nombreux chrétiens dispersés dans les plantations de la province.
« L’église de Notre-Dame des Sept Douleurs, construite, il y a cinq ans, pour les Chinois, devient trop petite. Le P. Mariette a eu 145 baptêmes tant à l’église qu’à l’hôpital. Chargé aussi de l’établissement des lépreux à Pulo-jeraja, il fait présentement tous ses efforts pour recueillir des ressources, qui lui permettent de bâtir en cet endroit une chapelle et un pied-à-terre pour le missionnaire et le catéchiste. Il pourra ainsi beaucoup plus facilement travailler à l’évangélisation de ces pauvres malheureux et leur procurer, sinon à tous du moins au plus grand nombre, le bienfait de la foi et de la régénération.
« La paroisse de Balek-pulao continue à bien marcher ; c’est une paroisse modèle. Elle a donné plus de 3.000 communions de dévotion et 20 baptêmes d’adultes. Les écoles sont très prospères et le trop plein de la population va, en s’établissant ailleurs, aider à former de nouvelles chrétientés.
« Terminons notre tournée apostolique par Pulo-tikus, la plus ancienne de toutes les stations. La population de cette chrétienté se conserve bonne, simple, assidue à l’église, et fréquente les sacrements. A quelques pas de là se trouve le Collège, où nous avons neuf élèves qui donnent satisfaction à leurs maîtres. Je prie Dieu de leur accorder la grâce de la persévérance, afin qu’ils soient un jour de bons prêtres et qu’ils travaillent de concert avec nous à la conversion des païens.
« Recevez...

« † EDOUARD,
« Évêque de Malacca. »



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